Speaker #1Bonjour à toutes et à tous, et bienvenue dans votre nouvel épisode de Mesdames, le podcast où je dresse, dès que j'en ai le temps, le portrait d'une femme inspirante qui a changé le monde. C'est le printemps et j'aimerais commencer cet épisode par vous dire que c'est quand même hyper agréable de voir les arbres revêtir leur plus belle robe de soirée verte de rentrée du boulot avec le soleil. Genre il fait encore jour quand je prends mon bus le soir. En vrai c'est fou quoi, on a beau savoir que ça va revenir, que tout ce truc c'est cyclique, on est quand même hyper surpris de voir le printemps arriver chaque année. Comme quoi l'être humain n'est quand même pas la truite la plus futée de l'étang. Moi je sais pas, en tout cas ça me fascine et ça nous rappelle quand même qu'un petit peu de nature, bah ça fait de mal à personne hein. Je pense que tous les rédacteurs du GIEC en sueur à l'écoute de cette phrase. Et là vous allez me dire, bon c'est top, mais si on voulait des nouvelles de la météo, on a Evelyne Delia et nos mamies, donc si tu pouvais passer à la raison pour laquelle on a doucement pressé l'index sur notre écran de téléphone à 97% recouvert de bactéries, pour info c'est quand même plus que vos WC, et bah ça serait super cool. Et le peuple vous a entendu. Aujourd'hui... on redescend sur Terre après notre épisode sur Valentina Tereshkova et on remonte un peu dans le temps puisque la Madame du Jour n'a pas été dans l'espace et date des années 1700-1800. Pour autant, elle vous a certainement déjà fait voyager dans un monde imaginaire très connu, celui de Frankenstein. Et oui, aujourd'hui, nous allons parler de son autrice, Marie Shelley, ou Marie Wollstonecraft Shelley, née Marie Godwin. Alors déjà, est-ce que vous saviez que Frankenstein avait été écrit par une femme ? Pour ceux qui répondraient... Ben oui, on n'est pas complètement ignare en fait. Alors déjà, ça va, peace, hein. Et ensuite, moi j'en savais rien, alors je demande. Je me souviens bien avoir étudié le texte en plus en classe de littérature anglaise au lycée, mais à aucun moment on n'avait discuté du fait que cette œuvre avait été écrite par une femme. Qu'est-ce que ça sous-entendait ? Est-ce qu'on pouvait du coup y voir une seconde lecture ? Ce qui, dans un monde où peu de femmes sont étudiées dans les filières littéraires pour le bac, aurait à mon sens mérité... qu'on s'y attarde un petit peu plus. Marie Chélet, donc, est certes l'autrice de Frankenstein, qu'elle a écrite à 19 ans. Hein, 19 ans. On y reviendra plus tard, mais bon, à ce moment-là, moi j'écoutais Laurie qui me disait qu'à 20 ans, rien n'allait être impossible, qu'on allait être invincible. Donc chacun son développement, mais c'est surtout une femme extrêmement intelligente, intéressante et à la production littéraire foisonnante. Elle a quand même eu...... pas beaucoup de bol en termes de perte de proches, donc si vous avez votre boîte de Xanax, je vous propose qu'on découvre tous ensemble la vie de Marie Chelet. Marie est née en 1797 à Londres et est la fille de William Godwin, philosophe et théoricien politique et de Marie Wollstonscraft, philosophe féministe. Et là, je vais faire pause, point contexte, que je juge d'une importance capitale à ces quelques minutes de début d'épisode. Pourquoi ? Vous avez bien entendu ! Marie Shelley est la fille de Marie Wollstonecraft. C'est très dur à dire. Et ça les amis, tout le monde ne peut pas le sortir le dimanche midi chez mamie. Mais donc, qui était-ce que cette incroyable madame ? Marie Wollstonecraft était une philosophe féministe extrêmement connue. A l'époque où le mot féministe n'existait pas encore, c'est pour vous. Et qui a notamment rédigé un pamphlet assez connu, lui aussi nommé Défense des droits de la femme en 1792. Notez que ce pamphlet est aujourd'hui encore considéré comme l'un des plus originaux ouvrages du siècle des Lumières. Badass or what ? Cet ouvrage fera de Mary Wollstonecraft la mère de la pensée philosophique féministe. Malheureusement, comme beaucoup de femmes, son mode de vie complètement anticonformiste provoque scandale et elle sera reléguée pendant plus de 200 ans au discrédit, à l'oubli et surtout, surtout, surtout, surtout au rang d'épouse de l'écrivain politique William Godwin, père de notre Marie à nous d'aujourd'hui. On parlera très certainement de Mary Wollstonecraft dans un épisode dédié parce que c'était quand même... une autodidacte, qu'elle était ultra badass et que le féminisme lui doit énormément. Je trouvais quand même ça assez important pour bien comprendre d'où viennent certaines idées et certains idéaux de notre madame du jour, de préciser qu'elle ne vient pas non plus de n'importe quel couple, n'importe quelle maman. Allez, je vous propose de retourner à notre histoire. Donc bon, déjà, dès sa naissance, Marie perd sa mère au bout de 10 jours des suites d'une septicémie. Son père se remarie au bout de 4 ans. Et spoiler alert, ça ne va pas être dingo-dingo comme ambiance. À ce moment, Marie est une petite fille qui, niveau éducation, a eu beaucoup de chance. Fille d'une philosophe avant-gardiste féministe et d'un écrivain politique libéral, elle est très rapidement encouragée à adhérer à ce type d'idées et son père lui offre une éducation extrêmement riche, surtout littérairement parlant. Malgré une éducation culturellement dense, et encore une fois on peut parler d'une vraie chance pour une femme à cette époque, on ne peut pas dire que Marie vit la vida loca suite au remariage du padré. puisqu'on saura sur un mini-bye de cendrillon, la pomme et la chute d'une falaise hyper flippante du Disney à la fin en moins, sa vie devient très dure, l'éducation de cette nouvelle maman est très stricte. Et de plus, les finances de son père ne sont pas au beau fixe, disons que l'ambiance n'est pas coupe du monde de 98. Marie, de nature plutôt rêveuse, va se réfugier donc assez tôt et logiquement dans les livres, comme une île à un endroit confortable qu'elle connaît bien de par son éducation et qui lui permet d'échapper un petit peu à cette nouvelle maman. nouvelle vie de famille bien cadrée. Qui dit échappatoire, dit un petit peu cachette. Et Marie aime se plonger dans les pages d'un livre, certes, mais dans des endroits un petit peu particuliers, dont le plus connu étant près de la tombe de sa défunte mère, pour qui, bon même si elle ne l'a pas réellement connue, puisqu'elle est décédée dix jours après sa naissance, elle a quand même beaucoup d'admiration. Sautons un petit peu plus loin en 1812. Marie a 15 ans et est envoyée tout l'été en Écosse chez un botaniste ami de son père. Et là... Tout comme je trouve un plaisir exquis à m'allonger dans l'herbe d'un parc municipal pour lire un vieux Hercule Poirot, comme si j'étais la muse d'un peintre un peu loose et dépressif sur les bords, Marie respire enfin. Elle en a marre du foyer familial, où tout est trop strict, trop gris, et où tous ses rêves romantiques de grande littéraire n'arrivent pas à s'exprimer. Là, en Écosse, dans un endroit paumé comme on en fait peu, Marie écrit et lit paisiblement. Elle décrira les paysages de ce charmant petit coin, bien qu'elle soit... contrainte de retourner à Londres, elle retournera dans cette petite bourgade écossaise l'année d'après et malgré ces beaux paysages qu'elle dépeint dans ses nombreux écrits, Londres aura raison de ses yeux et surtout de son cœur à son second retour de vacances en 1814 si vous voyez ce que je veux dire. En effet, à son retour, elle rencontre Ladies and Gents, el famoso Percy Shelley. Ce magnifique jeune homme est fils de baronnet et il a comme particularité d'avoir une réputation déjà bien sulfureuse, malgré qu'il n'ait que 22 ans. Pour ceux du fond, aujourd'hui, on appelle ça un fuckboy. Plus sa famille essaie de le recadrer et de le faire rentrer dans les rangs comme un bon jeune homme de son âge, plus le jeune Percy n'en a rien à secouer. Comme quoi les ados d'il y a 200 ans sont quand même bien plus proches de ceux de maintenant qu'on voudrait me le faire croire. En vrai, je pense pas que c'est un mauvais bougre. Il se faisait souvent foutre de lui parce qu'il aimait la poésie, les fleurs... et qu'il n'avait pas vraiment le physique d'un gomuscu, bon voilà, et puis en plus il était athée. Athée ? Oh vous voulez dire qu'il ne croyait pas en Dieu ? Et merde, pour l'époque c'est quand même pas de chance. Compter un athée parmi ses proches, c'est pas dingue. Compter un athée sulfureux, franchement c'est très moyen. D'ailleurs sa famille entière lui tourne le dos quand il s'enfuit avec une jeune fille de bonne famille, parce que ça craint quand même pas mal, et qu'au moins fermer les yeux sur leur fils leur permet de sauver le peu de réputation qu'il leur reste. Pas de fils, pas de problème. Je fais ce point contexte spécial perci parce qu'en fait c'est important de comprendre comment il a fini par rentrer dans la vie de la rêveuse et jeune Marie. A ce moment c'est un poète romantique, au sens premier du terme, avec une belle dose de drama et d'envie de suicide en plus des roses du matin. C'est un homme marié, c'est important, et surtout c'est un philosophe radical très admiratif des écrits de Charles Godwin, le père de Marie. Le père de Marie, Godwin étant un petit peu dans la mouise financièrement depuis son remariage, je vous le rappelle, un marché que lui propose le sulfureux Percy lors de leur rencontre. Ce dernier éponge ses dettes, famille aurait soi-disant de l'argent, en échange d'être pris sous l'aile de l'écrivain qui l'admire. Marché conclu, mais il y a un petit twist. Alors, il flash complètement sur Marie qui n'a alors que 17 ans. On rappelle que Percy est un jeune homme qui a tout lâché pour se barrer avec une jeune fille qu'il a déjà épousée donc il est marié, mais il propose quand même à Marie d'aller un petit peu plus loin. qu'une lecture sur un banc au soleil ou sur la tombe de maman. Marie sait pertinemment quelle réputation a Percy et a bien vu la petite alliance sur le doigt de ce dernier, mais qu'importe, la grande romantique littéraire s'empare d'elle et elle accepte les avances du jeune poète et ses propositions insistantes pour partager une petite pomme pote. Le père de Marie n'est évidemment pas d'accord du tout, surtout quand il apprend que la famille de Percy ne le soutient pas financièrement, puisqu'il désapprouve son style de vie, je vous le rappelle. Mais bon, toute l'amitié du père de Marie et de Percy se tenait sur la promesse que Percy rembourse les dettes du papounet, en échange d'être pris sous son aile. Bon, du coup, quand la vérité éclate, le père de Marie n'a plus vraiment de raison de garder le jeune homme dans son cœur, ni d'avoir envie qu'il soit dans celui de sa fille. Les deux tourtereaux, comme des adolescents in love dignes de ce nom qui tournerait dans le clip love story de Taylor Swift, ne l'écoutent pas et décident de s'enfuir. Avec leur petit baluchon, ils voient grand rêve de voyage. Ils partent donc sans se retourner pour la France, la Suisse, les Pays-Bas. Un petit voyage tranquillement et pif paf pouf, Marie tombe enceinte de leur premier enfant, Clara. Bon et là ça devient franchement bof. Clara, bébé prématuré, meurt au bout de deux mois. Les amants n'ont pas une seule thune parce que non seulement la famille de Percy n'avait absolument pas les moyens d'aider la famille de Marie, le père de Marie est donc complètement fauché lui aussi, et vous vous doutez bien que ce dernier n'a absolument pas financièrement soutenu sa fille quand elle a décidé de se barrer avec Percy. Donc là dans l'histoire tout le monde est complètement fauché. A ce moment là Marie elle tente bien de retourner vers son père. quand même, alors que la situation devient critique, mais bon, ce dernier n'a toujours pas avalé la pilule de sa fuite avec Percy et refuse de l'aider. Le temps file et Percy tâche de regagner un peu de sous-sous pour remonter dans les sphères de la société, afin que les deux tourtereaux puissent reprendre le voyage avec leur second enfant, William, à Genève. Là-bas, il se loge dans la résidence imposante de Lord Byron. Lord Byron est un grand ami de Percy et de notre couple en général. Pas étonnant en vue du personnage, car ce cher monsieur était très connu pour ses mœurs libertines, sa bisexualité et ses propos excessifs et passionnés sur la liberté. Pas étonnant qu'ils s'entendent avec notre couple, qui ont, on va dire, des pensées assez radicales pour l'époque. Malgré tout ça, Lord Byron, ça reste quelqu'un de très influent et de réputé dans le monde littéraire de l'époque. Dans cette petite résidence de vacances, il y a donc notre couple Marie et Percy, Claire Clermont, la demi-sœur de Marie, qui s'est enfuie avec eux, et Lord Byron. Je précise que Claire Clermont, la demiseur de Marie, s'est également enfuie avec notre couple principal parce qu'elle était très très amoureuse du jeune baron bisexuel. Secrètement, en fait, elle espérait pouvoir vivre une romance passionnée et similaire à celle de Marie et Percy. Manque de bol, Lord Byron, c'est pas Percy. Il aime la vie et la bonne chair et il en a pas grand chose à faire de la petite Claire. L'été passe, il pleut, tout le monde essaie de s'occuper, Claire essaie de draguer Lord Byron, Lord Byron s'en fout, Marie et Percy n'ont pas beaucoup d'argent. Bref. Ça écrit, ça lit, ça fait de la barque, mais globalement, on regarde quand même pas mal le plafond en essayant de faire des rimes en alexandrin. Et c'est à ce moment que Marie va devenir la Marie que vous connaissez bien. Un soir, Lord Byron décide d'écrire des nouvelles en groupe, pour s'occuper. Marie n'a absolument aucune idée de quoi écrire, ni même sur quel thème. Elle cherche des sujets, mais il n'y a rien qui lui vient, et puis ça commence quand même bien à la frustrer comme histoire. Ça dure plusieurs jours durant lesquels elle s'isole afin de pouvoir s'accrocher à n'importe quelle idée suffisamment épaisse pour en dérouler quelques phrases. Et là, une thématique attire particulièrement son attention, le galvanisme. Pour ceux et celles qui ne le savent pas, le galvanisme, c'est le concept de contraction d'un muscle par un courant électrique. Vous n'allez quand même pas me dire que vous ne le voyez pas venir. Ce concept va perturber énormément Marie. Et une nuit de 1816, alors qu'elle n'a que 19 ans et qu'elle ne trouve pas le sommeil, elle devient comme... possédée par cette idée. Et au petit matin, l'histoire de Frankenstein est née. Elle écrit donc sa nouvelle et la présente à Percy qui est directement giga convaincu. Il ne faudrait pas en faire qu'une nouvelle enfin mais un roman, un film, un parc d'attractions ! Et sur ces bonnes paroles d'homme qui trompe déjà sa femme, Marie se lance dans l'écriture de son premier roman basé sur la nouvelle de Frankenstein. L'été touche tranquillement à sa fin, tout notre petit monde retourne en Angleterre. Nouveau coup dur pour Marie puisqu'elle perd sa demi-sœur, le 1, Et que la femme de Percy, vous savez, celle avec qui il s'était déjà enfui avant de rencontrer Marie, se suicide. Bon, ça craint quand même pas mal niveau aura pour un retour de vacances. Mais comme j'aime bien voir le positif dans ce qui se passe, disons que la femme de Percy en moins, Marie peut maintenant épouser Percy, finalement, pour renouer un petit peu les liens de la famille, faire en sorte que tout ça se rentre un petit peu plus dans les clous. On va dire qu'on peut voir le positif, hein ? Bon, voilà. Donc du coup, Marie devient officiellement Marie Shelley. Niveau écriture, elle publie avec Percy leurs récits de voyage, nourris de tout ce qu'ils ont vécu ensemble durant leur petite fuite de jeunes amants passionnés. Et n'étant pas prise au sérieux en signant ces récits sous son propre nom, elle décide de les publier anonymement. Franchement, j'ai beau lire ce genre d'histoire des tas, des tas, des tas et des tas de fois, ça me frustre toujours autant. Ça me frustre pourquoi ? Parce qu'en fait, ça marche. Ça marche parce qu'elle publie Frankenstein de façon anonyme, en se rendant compte que ça ne marchait pas avec son vrai nom. Et quand elle le publie anonymement, le truc devient un banger. Franchement, dites-vous bien que maintenant, à l'heure où je vous parle, il n'y a quand même pas un pélo qui ne sait pas ce qu'est Frankenstein, qui n'a pas l'imaginaire en tête. Quand elle le publie anonymement, ça reste quand même Percy, son mari, qui signera la préface du roman. Vu que le roman était anonyme et que le seul nom rattaché à l'histoire était la préface Marie-Percy, tout le monde va penser, et tout le monde a pensé pendant longtemps, que c'était lui qui en était également l'auteur. Elle a franchement saoulé par cette réalité. on peut la comprendre, Marie décidera, quand le roman deviendra un truc giga connu qui marchera très très bien, de publier le roman une nouvelle fois sous son nom. Non mais oh ! Madame Persichelet donc sera son nom pendant longtemps tant elle ne sera littéralement pas reconnue avec son nom. Il faudra attendre les premières vagues du féminisme pour qu'elle reprenne ses lettres de noblesse véritablement et que Frankenstein soit analysé comme un texte représentant les tourments de son autrice. et pas seulement l'oeuvre de science-fiction que l'on connaît aujourd'hui. Petit aparté, même si c'est quelque chose que j'ai tendance à faire en fin d'épisode, si je l'écris aujourd'hui, c'est également parce que j'ai lu il n'y a pas si longtemps un livre qui s'appelle Que les étoiles contemplent mes larmes journal d'affliction. Il s'agit d'un journal intime que Marie Chélé a tenu pendant 9 ans. Je l'ai lu quand j'étais en syndrome prémenstruel, et ça comblait parfaitement le vide intersidéral émotionnel et les larmes inopinées provoquées en grande partie par mes hormones au bord du gouffre. Et je peux vous dire que c'est une é... clairement pas le journal de la joie. Franchement, même celui de mes années de collège respire un peu plus la confiance et la joie de vivre, si c'est pour vous dire. C'est un journal, donc, dans lequel on retrouve une grande partie de ses tourments, hein, sur 9 ans, y'a de quoi faire, de ses doutes, de sa dépression latente et du vide qu'elle ressent un peu plus en elle à chaque perte d'un être cher, ce qui lui arrivera quand même beaucoup au cours de ses 9 années de rédaction. Marie, bien qu'elle acceptait les mœurs de son mari qui ne changèrent pas réellement après le décès de sa première femme, était... est incapable d'aimer un autre homme. Toute sa vie, toute sa vie, et on peut clairement le lire dans le journal intime dont je vous parlais un peu plus tôt, elle l'aimera comme au premier jour, et ça la rendra parfois profondément triste. Après la publication de Frankenstein, le couple déménage en Italie, où Marie accouche d'un troisième enfant qu'elle perdra au bout d'un an. D'ailleurs, William, le second enfant, meurt aussi au bout de trois ans. Ah non mais quand je vous dis qu'elle a perdu du monde en cours de route, je rigole, zéro. La vie n'est donc pas spécialement propice à l'amusement, même si dans le journal dont je vous parlais un peu plus tôt, on comprendra que l'Italie représente beaucoup aux yeux de Marie. La jeune femme d'à peine 25 ans, rendez-vous compte qu'elle a écrit et vécu tout ça à 25 ans, sombre tout naturellement, j'ai envie de vous dire, dans la dépression. Percy aussi d'ailleurs, puisque l'un dans l'autre, il ne sait pas vraiment quoi dire et comment faire pour que sa femme arrête d'avoir envie de se jeter d'un pont tous les matins. Ils ont ensemble un dernier enfant, Percy Junior, le seul qui survivra à sa mère. Il devient donc la prunelle de ses yeux et tout son journal intime tourne autour du manque de son mari et de tout ce qu'elle serait prête à abandonner et à faire pour que son fils reste en bonne santé. L'année 1822 marquera un tournant décisif dans la vie de Marie, qui n'a toujours environ que 25 ans. Percy, parti en voyage, meurt en mer. Son corps retrouvé, il fut incinéré sur la plage comme la tradition le demande. Mais pour Marie, c'est... littéralement la fin du monde, la fin de son monde, l'être cher ultime, celui pour qui elle a tout abandonné, celui pour qui elle a accepté d'être reniée par sa famille entière, s'en est allée. D'ailleurs, c'est à ce moment que Marie commence à écrire le fameux journal dont je vous parlais un petit peu plus tôt et qui durera 9 ans. Mais elle décide également de retourner en Angleterre et de se plonger dans l'écriture n'ayant plus rien d'autre à quoi se raccrocher, mis à part son fils. Elle se fait la promesse de retranscrire et de publier les œuvres de son mari d'ailleurs. Elle s'engage dans la cause féministe, qui n'en était pas encore une à l'époque, et au sens large. On parle de droits des femmes, mais aussi des femmes trans, des femmes lesbiennes, et elle se donne corps et âme pour faire en sorte que les femmes écartées de la société au sens très large puissent accéder aux droits qu'elles méritent. C'est quand même révolutionnaire, hein ? On n'est même pas en 1900. Son esprit est donc extrêmement occupé malgré une fatigue physique qui se fait beaucoup ressentir. Elle ne vit que pour la vie. que pour son fils, se sent trahi par la plupart de ses proches, et au bout d'un moment, même l'écriture dans laquelle elle s'était plongée et qui restait jusque-là son grand amour, après Percy, Marie et fils, faut pas déconner, commence à la fatiguer. Elle souffre de plus en plus de maux de tête, de paralysie, vous l'aurez peut-être compris, mais tout ça n'est pas anodin, puisqu'on lui diagnostiquera effectivement une tumeur au cerveau. Et finalement, en 1851, à l'âge de 53 ans, Marie décède de la tumeur en question, après avoir tenu sa promesse colossale de faire publier les écrits de son mari, et après avoir eu elle-même une production littéraire qui marquera des générations. Il est l'heure de conclure. Quand j'ai emprunté le journal de Marie à la médiathèque de Montpellier, sincèrement, c'est que j'avais trouvé le titre de ce dernier extrêmement joli. Sans déconner, que les étoiles contemplent mes larmes. Ça semblait me promettre une lecture pleine de poésie, de métaphores filées incroyables sur les astres et l'amour. Et comme je n'avais jamais rien lu d'autre que Frankenstein de cette autrice, pour être très honnête, je n'ai pas fait le lien tout de suite quand j'ai vu le nom, j'étais assez curieuse de son style plus personnel et d'en apprendre plus. plus sur sa vie à travers ses yeux et ses mots à elle. Ce journal a été écrit suite à la mort de Percy en mer alors qu'elle n'avait que 25 ans, donc ce qui donne immédiatement la couleur des pages. Une couleur bleu nuit, violette, triste, mélancolique, ce ne sont pas des couleurs mais vous avez l'idée, parfois désespérée mais toujours bienveillante. Parce que c'est ça que j'aime énormément chez Marie Chelet. Elle a perdu énormément de personnes chères à son cœur, beaucoup plus que je n'ai perdu de chaussettes dans toute ma machine à laver. et pourtant elle est d'une bienveillance et d'une douceur incroyable dans ses écrits. Je me remercie tellement d'avoir pris ce livre quasiment au hasard parce que j'ai pu découvrir une femme incroyablement douée et en avance sur son temps. On pense parfois que romantisme et féminisme n'ont peut-être pas grand chose à faire ensemble dans une société où l'indépendance et la girlboss attitude font beaucoup de bruit. Marie Shelley est une femme qui m'a beaucoup parlé parce que l'amour inconditionnel et passionné qu'elle a pu vivre avec Percy ne l'a absolument pas. pas empêchée de s'engager pour le droit des femmes marginalisées. Je dirais même que s'enfuir avec un homme à la pensée radicale, dont les mœurs étaient quand même pas mal décriées par beaucoup, et par sa propre famille, peut donner une idée assez précise de la lourdesse de ses ovaires. Marie a vécu la vie qu'elle voulait, avec qui elle voulait, selon ses valeurs, ses codes et ses fantasmes. Elle était curieuse, active, fine d'esprit, créative, dotée d'une persévérance et d'une envie d'aider son prochain à toute épreuve. Certes, sa vie n'a pas été de tout repos. On peut même dire qu'elle ressemble à un monde où tous les jours serait un lundi matin. Mais elle a toujours suivi son cœur et je pense que c'est ça qu'il faut en retenir. On connaît tous Frankenstein, ou le Prométhée moderne. C'est une œuvre marquante, thérapeutique pour son auteur, influente pour les siècles qui l'ont suivi, un roman pionnier dans l'univers de la science-fiction qui a mis un certain temps avant d'être attribué à sa véritable créatrice. Ce que j'aimerais vous faire retenir de cet épisode est la raison pour laquelle je porte... beaucoup d'amour à Marie Chélet, au-delà de toutes les raisons évoquées précédemment, c'est que malgré le tragique palpable de sa vie et de ses œuvres, on sait maintenant que c'est une femme qui, au-delà d'avoir été très radicale dans ses réflexions politiques, soutenait l'idée selon laquelle la coopération et la solidarité qu'elle opposait à la violence masculine étaient les deux qualités qui permettraient de réformer la société civile. Ça, on le ressent profondément dans sa fiction, on le ressent profondément dans son journal intime et à ses mots. J'espère que vous le ressentez aussi. La coopération et la solidarité, je ne sais pas vous, mais ça me plaît bien, ces deux mots. Allez, à bientôt dans un nouvel épisode de Mesdames.