- Speaker #0
Bonjour à tous, ici Justine, vous écoutez Melting Ball, le podcast où on parle de tous les sujets. Aujourd'hui, on se retrouve pour un nouvel épisode. Let's go ! Salut vous ! Ça va ? Aujourd'hui, on se retrouve pour un nouvel épisode de podcast et aujourd'hui, j'accueille Lionel Rath. Bonjour !
- Speaker #1
Bonjour Justine ! Ça va ? Ça va bien, merci. Un petit peu fatiguée, et vous ?
- Speaker #0
J'imagine après la longue journée. C'est ça. Aujourd'hui, vous êtes plongeur scientifique, vous êtes aussi fondateur d'Odysseus. Est-ce que c'est 3.1 ? Et vous avez aussi mené de nombreuses expéditions sous-marines et sous des glaciers. Et vous êtes aussi apparemment un grand fan de Jules Verne, c'est ça ?
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Donc aujourd'hui, vous êtes là sur le podcast pour parler de vous, parler de votre expérience et aussi parler de l'association Odysseus et tout ce que vous faites avec. Donc déjà, est-ce qu'on peut en savoir un peu plus sur vous ? D'où est-ce que vous venez ?
- Speaker #1
Tout ça ?
- Speaker #0
Tout ça,
- Speaker #1
ouais. Ça va être long. On a trois heures. Vous avez trois heures devant vous ?
- Speaker #0
En petit, déjà. Ok.
- Speaker #1
Où est-ce que vous venez déjà ? Alors, je viens comme le Rhône, en fait. Je viens des montagnes. Je viens d'un petit village situé au fond de la Vanoise qui s'appelle Champagny-en-Vanoise, qui est le plus beau village du monde. Et il faut que vous y alliez. Et je descends de cette montagne. Et je suis arrivé à Lyon il y a à peu près, exactement même 24 ans.
- Speaker #0
Et du coup, j'avais une question. C'est quoi les métiers de vos parents ? Comment vous êtes venu, l'idée déjà de plonger, d'aimer ce métier, la nature, tout ce que vous faites actuellement aujourd'hui ?
- Speaker #1
Donc mes parents sont des purs produits savoyards et des montagnes. Ils ne parlaient pas toi avant de parler français. Ma maman est devenue la première institutrice du village. Mon père était charpentier. Et j'ai grandi à Champagny, puis à Chambéry pour faire mes études. Et ensuite à Grenoble, Lyon. Et je devais être sur le papier. prof de sport. Et à un moment, ça a ripé. Je me suis lancé dans une carrière dans l'immobilier pendant 20 ans.
- Speaker #0
Très loin encore de ce que vous faites aujourd'hui.
- Speaker #1
Des années de lumière, oui. C'est ça.
- Speaker #0
Et à quel moment vous avez venu ce déclic de se dire, non, j'arrête ce que je fais, j'arrête l'immobilier. Au final, ce n'est pas ce qui me correspond et ce n'est pas ce qui me fait vibrer.
- Speaker #1
Alors, j'ai exercé ce métier pendant près de 20 ans. Je l'ai adoré. J'étais champion du monde de la crémaillère. Je crois que je peux me raser tous les matins sans couper. D'ailleurs, je ne me rase plus, mais pour exercer le métier d'agent immobilier et travailler dans ce secteur-là, je crois qu'il faut aimer les gens. Et j'ai tenu une entreprise à La Guillotière, qui est un quartier emblématique de Lyon. Je me suis éclaté. Et puis, au bout d'un moment, j'ai ressenti le besoin de faire autre chose, de donner du sens à ma vie, un autre sens en tout cas. Et le déclic est venu un soir d'apéritif. où je venais de signer un compromis avec des clients et je me suis retrouvé tout seul à faire défiler des images sur YouTube. Et dans ces images, très vite est arrivé un grint, c'est-à-dire que c'est un massacre de globicéphales, une chose institutionnalisée dans les îles Ferroé ou dans le NIC. Et je n'en croyais pas mes yeux, la mer était rouge, je croyais que c'était retouché. Et donc j'ai vu une vidéo, puis cinq, puis dix, puis vingt.
- Speaker #0
Les premières images quand on les voit pour une première fois, je trouve que c'est vraiment impressionnant.
- Speaker #1
C'est ça. Je voyais des gamins de 5-6 ans égorger des mammifères sur des plages, sous les applaudissements et la bienveillance des parents. Et je me demandais si on était bien à l'époque en 2016-2017. Et très vite, les seuls qui s'opposaient avec la véhémence qu'on devait avoir par rapport à ces actes, étaient une organisation célèbre, les Pirates, les Sea Shepherds. Et ce soir-là, j'ai pris la décision de rejoindre Sea Shepherd et de reprendre la plongée. Ce que j'ai mis en place dès le lendemain matin.
- Speaker #0
C'était rapide comme décision.
- Speaker #1
Oui, mais je suis taureau.
- Speaker #0
Moi aussi. Ah, bien. Je pense comprendre du coup.
- Speaker #1
Ok. Vous êtes de quel jour, vous ? 16 mai. D'accord, du 10.
- Speaker #0
Ça n'est pas long.
- Speaker #1
Oui, enfin, pour le mois, oui. Oui. On est très proches du mois.
- Speaker #0
Il faut aller un peu plus.
- Speaker #1
Voilà. Donc, dès le lendemain, je prenais attache auprès d'un centre Sea Shepherd à Tonon-les-Bains, sur Mont-Clément. Et je reprenais la plongée de manière active.
- Speaker #0
Vous avez fait la plongée quand ?
- Speaker #1
J'étais jeune, à une époque où on essayait à peu près tous les sports. J'avais 16 ans, je voulais être champion du monde dans tous les sports que j'ai fait. J'ai été champion du monde en rien du tout, mais j'avais toujours... Non, je vous remercie. Je vous remercie. Du coup, j'ai repris là où je m'étais arrêté, 20 ans avant. Mais de manière intensive, ultra intensive.
- Speaker #0
Vous avez passé les niveaux, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, vous avez une plongée loisir à différents niveaux que j'ai passée, je dirais rapidement. Certains diraient même trop rapidement, mais peu importe, la motivation était là. Et puis après, je suis rentré dans ce qu'on appelle la plongée professionnelle. Et je suis donc devenu scaphandrier professionnel. C'est-à-dire que ça permet de travailler sous l'eau. Je suis un travailleur de l'eau. J'adore y passer des heures. Et donc spécialisé en mention B, c'est-à-dire tout ce qui a trait aux sciences, à l'archéologie, à la prise de vue photo, vidéo.
- Speaker #0
Est-ce que c'est la même chose de faire de la plongée dans un fleuve, dans un lac ou dans la mer ? Est-ce que c'est la même sensation ou pas ?
- Speaker #1
Alors, philosophiquement, je dirais oui. Parce qu'on est loin de tout, on s'immerge, on se retrouve avec soi-même, on entend sa respiration. Et en cela, oui, on fait tous partie de la même famille après. Effectivement, dans les fleuves, on a des courants que nous n'avons pas en mer, sauf sur certains endroits, mais on va dire que ce n'est pas le cas partout. On a également une visibilité qui est bien plus faible, une température qui est plus basse et ça tombe bien, j'adore l'eau froide.
- Speaker #0
Parfait du coup, d'où les glaciers,
- Speaker #1
après on en parlera. Oui, et puis là, c'est aussi ma manière à moi de me reconnecter avec mes origines. De Savoie, oui, de Champagny-en-Vanoise où j'ai enseigné le ski, le snowboard et... C'est une autre manière de voir la montagne.
- Speaker #0
Moi qui ai très peur des fonds marins et de quand je ne vois pas mes pieds, est-ce que quand on fait de la plongée, on a cette sensation ou pas par contre ?
- Speaker #1
Alors vous pouvez voir vos pieds quand on a une bonne sensibilité. Maintenant, si vous êtes bien entouré et si on arrive à créer un climat de confiance, je ne sais pas si vous pratiquez des sports comme l'escalade ou l'alpinisme.
- Speaker #0
J'ai fait l'escalade, oui, un peu.
- Speaker #1
Ok, on peut retrouver les mêmes sensations. Si ce n'est qu'en plongée, ce qui est génial, on se retrouve dans un environnement 3D. C'est-à-dire que si je veux aller à 10 mètres au-dessus, j'ai juste un coup de palme à mettre. Et si je descends, j'ai un coup de palme dans l'autre sens où je coupe ma respiration. C'est des sensations géniales. C'est très proche de ce que ressentent les cosmonautes. Et d'ailleurs, les premières combinaisons, et notamment les combinaisons d'Apollo 11, ont toutes été réalisées dans des piscines. Et elles sont complètement inspirées des spécificités d'Espéphandrie. Et les Français étaient à la pointe à l'époque avec la société, la COMEX. Et dans toutes les stations internationales de spationautes, que ce soit l'Agence Spatiale Européenne, la NASA ou pour les Russes, vous avez des fosses d'eau dans lesquelles les cosmonautes s'immergent. Exactement. On a les mêmes sensations.
- Speaker #0
Du coup, vous avez passé les diplômes en plongée. Et après, vous avez fait aussi de la biologie.
- Speaker #1
Exactement. Alors ça, ça a été une autre histoire. C'est-à-dire que je suis retourné sur les bancs de l'école à 45 ans. Je me suis retrouvé avec des étudiants, des jeunes, je dirais de votre âge. Et je n'étais pas le prof, j'étais comme eux. Et j'ai découvert que j'avais encore un paquet de neurones qui n'avaient jamais servi, qui étaient encore sous cellophane. Donc j'ai ouvert le paquet de neurones. Ça a été assez violent pour moi, mais avec la passion et l'envie, j'ai pu obtenir deux diplômes importants et symboliques. celui de plongeur scientifique en environnement marin à l'université de perpignan en 2021 et puis dernièrement donc en 2023 c'est très récent comme biologiste et écologue sous-marin à l'université de la rochelle.
- Speaker #0
On étudie tous les écosystèmes, on étudie les espèces aussi minées...
- Speaker #1
Justine pour vous expliquer j'ai eu envie tout de suite de préserver à partir du moment où il ya sept ans on a mis en place les premières opérations de dépollution quand j'ai mis la tête sous l'eau pour voir ce qu'il y avait à Lyon et que j'ai découvert cette pollution en macro-déchets énormes. Alors, j'avais besoin de mes compétences de plongeur, mais très vite, j'ai besoin de comprendre. Qu'est-ce qui se passe dessous ? Quel est l'impact ? Et la seule voie de la connaissance, de l'apprentissage, était celle qui est distillée forcément dans l'enseignement. C'était donc tout naturel pour moi que débutaient tout d'abord des petites formations, mais très riches et très denses, notamment grâce à la Fédération française d'études et de sports sous-marins. et puis après, l'envie de prolonger et d'aller plus loin et d'obtenir de vraies compétences.
- Speaker #0
C'est aussi à ce moment-là que vous avez créé l'Odysseus ?
- Speaker #1
Oui, l'Odysseus est arrivé très tôt dans mon parcours parce que j'avais besoin de fédérer des gens autour de moi. Donc l'Odysseus a été créé le 18 juin 2018, donc ça va faire un peu plus de six ans maintenant. Et l'envie de comprendre ce que je préservais est arrivée... Très naturellement, sur un chemin qui a mis quelques mois, quelques années. Cousteau disait qu'on ne protège bien que ce que l'on aime. Et moi, je rajoute toujours que ce que l'on comprend.
- Speaker #0
C'est vrai. C'est vrai parce qu'au final, même on parle avec l'éducation aussi, si on ne comprend pas forcément ce qu'on protège et pourquoi on le fait aussi, forcément, sur le long terme, ça ne marche pas. C'est pas ce qu'il se passe.
- Speaker #1
C'est exactement ça. Et puis, vous savez, quand on apprend des connaissances, on a envie de les transmettre. Et donc le fait d'avoir un bagage scientifique a tout de suite été pour moi un élément clé, parce que je me suis dit qu'on allait gagner à Odysseus en termes de crédibilité, forcément pour obtenir des mécénats, pour protéger encore mieux les milieux, et puis également pour expliquer et sensibiliser auprès du grand public et des plus jeunes.
- Speaker #0
Odysseus,
- Speaker #1
aujourd'hui, c'est quoi ? C'est pourquoi ? C'est quoi le but ? Odysseus, comme j'aime à le définir, c'est un groupe de rock. Un groupe de rock, ça discute, ça s'engueule, ça s'embrasse, ça crée, ça compose. Un groupe de rock peut parfois être énervé, mais il n'a qu'une envie, c'est de jouer. Donc nous, on joue. On joue. Donner du sens à notre vie est presque un jeu. Il y a de tout à Odysseus. La société française est représentée du chômeur au chef d'entreprise, à l'enseignant, au chercheur, au secrétaire, au comptable. Il y a à peu près toutes les couches socio-professionnelles qui sont représentées. C'est avant tout pour moi un groupe de citoyennes et de citoyens engagés qui avons envie de donner du sens à notre vie, ça je vous l'ai dit tout à l'heure. Puis de faire notre part, comme le colibri de Pierre Rabhi, simplement faire notre part. On n'est pas là pour donner des leçons à qui que ce soit, on est là pour faire. humblement de notre part. Si certains, certaines veulent nous rejoindre, ils sont les bienvenus à bord. Et puis, parfois, un groupe de rock, vous voyez, des groupes comme Metallica et autres, sont repris par des orchestres philharmoniques et c'est très beau. C'est ce qu'on essaye de transmettre à travers des documentaires, des vidéos, pour dire que, ben voilà, une fois que le groupe de rock est un petit peu canalisé, on a canalisé surtout notre colère, on peut arriver à faire de belles choses pour fédérer et donner envie aux autres de nous rejoindre.
- Speaker #0
C'est très métaphore, mais c'est très sympa.
- Speaker #1
je suis en pleine forme aujourd'hui avec
- Speaker #0
Odissi vous avez des projets oui vous avez déjà des projets de dépollution c'est-à-dire du coup dans le Rhône et la Saône c'est ça on a déjà la dépollution des gros éléments mais pas que parce qu'il faut aussi comprendre la dépollution et du coup vous avez aussi des projets on a dit aussi dans les glaciers du coup c'était quoi le lendemain que vous êtes allé déjà la Fouca c'est ça la Fouca
- Speaker #1
Oui, la Furka. Effectivement, les milieux aquatiques sont interconnectés. Ici à Lyon, on est donc sur le chemin du Rhône. Le Rhône est le deuxième affluent de la Méditerranée après le Nil. Ce qui se passe en montagne se passe à Lyon et se passe en mer puisque tout est lié. Donc on s'est très vite spécialisé, forcément par passion pour moi, parce que c'était ma manière de retrouver mes origines. On a effectué différents travaux en altitude. pour le parc national de la vanoise pour l'université de genève et puis il ya quelques années en arrière j'ai appris qu'il y avait un lac glaciaire à la furca qui est la source du rôle à 2400 mètres d'altitude donc sous la glace là haut et surtout que personne n'y avait mis le pied les palmes ou le masque forcément envie d'y aller le taureau et ça il a envie d'y aller ils font ce donc j'ai mis sur place une expédition nous étions 12 autant d'hommes que de femmes c'est des choses qui me paraissent aussi importante à vous dire c'est que On représente l'humanité telle qu'elle est. Et donc, on est partis pendant une semaine là-haut, à la source du Rhône. Et on a été les premiers à ramener des échantillons en colonne d'eau et en sédiments. Nous nous sommes rapprochés d'organismes scientifiques comme l'Université de Lyon, l'Université de Genève, l'INRAE, l'Observatoire des Sédiments du Rhône, afin qu'ils puissent réaliser une étude sur les pollutions microplastiques.
- Speaker #0
Il faut que vous vous servez d'eux pour que les scientifiques qui vont réaliser les aménistes, c'est ça ? Oui. Et ils ne financent pas le projet ?
- Speaker #1
Non. On essaie de se présenter un petit peu comme le bras armé de la science. Vous savez, à une époque en 2024 où on est entouré de fake news ou de scientifiques à la botte de lobby, on essaie, nous, d'apporter notre contribution auprès d'organismes rigoureux, indépendants, publics, afin d'apporter de la connaissance, une connaissance factuelle, sans qu'elle soit influencée par quelque intérêt économique qu'il soit. Donc on se débrouille pour obtenir des financements auprès de mécènes. qui nous laisse l'entière liberté du choix de nos opérations, l'entière liberté de l'expression. À partir du moment où on a réussi à financer l'expédition, on se tourne auprès des organismes, parce que si en plus ils devaient financer les expéditions, il ne leur resterait pas grand-chose pour les analyses.
- Speaker #0
Ça coûte combien un financement d'un projet comme ça ?
- Speaker #1
À partir à la Furcar, on est facilement sur une base à un budget entre 25 et 40 000 euros.
- Speaker #0
Un bon financement quand même et avec des besoins de messieurs. Ça vous a fait quoi de partir là-bas, l'expédition, d'être le premier à aller sous l'eau, le premier à être en plus dans des glaciers comme ça ?
- Speaker #1
C'était génial. C'était génial. On a voulu placer plusieurs volets sur cette expédition. Un volet artistique, un volet scientifique, un volet aventureux et un volet écologique. Pour le volet artistique, nous avions emmené avec nous Julie Rousse, qui est une artiste sonore. qui a pu jeter ses hydrophodes dans le lac. Elle a saisi tout le bruit, à la fois que nous réalisions nous, le bruit de nos bulles, elle a enregistré les craquements du glacier.
- Speaker #0
Malade.
- Speaker #1
Alors, en ichthyophone, on n'en a pas vu. Il faut dire que la visibilité est nulle. On avait des bidons de 5 litres qu'on laissait décanter 48 heures. Ils ne décanteraient pas. On avait une visibilité à 2 cm. Pas vu grand-chose.
- Speaker #0
Ok. Ce n'est pas stressant de ne rien voir ?
- Speaker #1
Après, on a d'autres sens. On a été touchés. On n'a pas l'odorat sous l'eau. Mais il nous restait le... touchés et puis au niveau de la température, on était tout au bien grâce à nos combinaisons étanches. Mais autour du masque, effectivement, ça fresquait un peu.
- Speaker #0
C'est à la combien l'eau ?
- Speaker #1
On est à entre 1 et 2 degrés. Donc là, je vous ai parlé du volet artistique. Sur le volet aventureux, c'était une aventure humaine géniale de se retrouver à un endroit où nous étions seuls au monde. L'autorité suisse qui avait de la bienveillance pour nous nous ont permis d'être vraiment les seuls. Ils n'ont ouvert la route que pour nous parce que c'est un lieu qui est relativement... passant avec la route de la Furka. Sur le volet écologique, on voulait également sensibiliser au réchauffement climatique qui est en montagne 2,5 fois plus rapide que ce qu'on trouve dans les plaines. Les Alpes sont le château d'or de l'Europe et composé de 4500 à 5000 glaciers. Ces glaciers fondent. En 30 ans, nous avons 3000 lacs qui sont apparus avec toutes les conséquences que ça peut avoir sur de la pression, sur des poches qui se créent. On a d'ailleurs eu des événements là. météorologiques en montagne et notamment dans le Valais ces dernières semaines. Donc c'était notre manière à nous d'apporter notre pierre à l'édifice et de la connaissance de l'impact du réchauffement climatique.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a une préparation particulière quand c'est une expédition comme ça en montagne ?
- Speaker #1
Oui, il faut savoir que la plongée en altitude nécessite la maîtrise de paramètres que l'on n'a pas quand on plonge en plaine, notamment en termes de paliers, notamment en termes de désaturation à l'azote. Donc ce sont des compétences qu'on travaille. On fait régulièrement des stages en altitude. Et on aime se retrouver dans des situations un petit peu compliquées. Je ne vais pas dire dangereuses. La plongée n'est pas un sport dangereux, c'est un sport à risque. Donc, il est à nous de calculer le risque. Si. Forcément. Forcément, c'est pas du tout mal. On a encore quelques années devant nous, donc on a encore envie de se faire peur.
- Speaker #0
Vous avez parlé du réchauffement climatique. Oui. Vous en pensez quoi de la situation actuelle du réchauffement climatique ? C'est une question hyper large mais en même temps, on en est où aujourd'hui ? C'est vraiment... La question est vraiment bête parce que c'est vrai, c'est chaud mais...
- Speaker #1
Oui, scientifiquement on sait qu'on a basculé, qu'il y a un monde d'avant et un monde d'après, que nous sommes déjà dans le monde d'après et que l'on ne retrouvera pas le monde d'avant. Et je le dis sans vouloir faire peur à qui que ce soit, c'est factuel. Je suis sidéré par les personnes qui ferment les yeux ou qui considèrent qu'il n'y a pas d'origine anthropique à ce changement. Donc, à nous de continuer à œuvrer pour faire changer, contrer ces mentalités, qui sont, comme je l'ai dit tout à l'heure, vraiment influencées par ceux qui ne veulent rien changer, ceux qui trouvent leur intérêt. Voilà, donc le réchauffement climatique n'est pas un problème pour la Terre, il est un problème pour l'humanité. La question est de savoir comment est-ce que nous, nous allons nous adapter. Seule espèce au monde à être capable de s'empoisonner volontairement et empoisonner nos milieux. Je crois qu'une vraie prise de conscience est nécessaire. Alors, on n'est vraiment pas les seuls. Heureusement, ça fait quand même déjà un paquet d'années que d'autres, avant nous, œuvrent. Et maintenant, on considère que l'éducation et la connaissance sont des armes de construction massive. C'est donc la raison pour laquelle nous, on a vraiment mis un point d'honneur et puis une envie de travailler sur la partie transmission. Transmission aussi bien dans les écoles. Là, on intervient du CE1 au CM2 et on intervient maintenant cette année, on ouvre au collège. Je ne vous cache pas que parfois, quand on commence à discuter avec les enfants, on commence par dire excusez-nous. Vous n'êtes responsable en rien. Parce que je vous avoue que quand on leur montre quelques images, les yeux s'écarquillent. Et on est très gênés. J'ai parfois moi-même des sentiments de honte. On va dire, voilà ce que je vais vous laisser. Alors je préfère leur dire, on fait partie de votre équipe et on va essayer de travailler ensemble, nous, pour réparer nos erreurs et vous, pour éviter de commettre les mêmes.
- Speaker #0
Sensibilisation, je pense que c'est forcément la clé. Et surtout, comprendre encore une fois pourquoi il y a ça et qu'est-ce qu'on peut faire aussi contre ou qu'est-ce qu'on peut faire pour éviter le pire. Et est-ce que des enfants, il y en a qui ne sont pas au courant, on peut dire, à Chauffelan ? Ou globalement, ils sont tous au courant, mais pas forcément très sensibles ?
- Speaker #1
Je trouve que, en tout cas, dans toutes les écoles dans lesquelles nous intervenons, c'est-à-dire à peu près... une trentaine depuis que nous sommes en activité. Il y a un vrai travail de fond qui est réalisé par les enseignants. Pourquoi est-ce qu'on intervient beaucoup auprès des enfants ? C'est-à-dire que, je ne sais pas si vous avez déjà essayé, Justine, d'aller tapoter sur l'épaule de quelqu'un qui vient de jeter son mégot de cigarette ou qui vient de balancer un sachet par terre. Je vous encourage à le faire. Vous pouvez le dire avec toute la bienveillance et la gentillesse du monde, 90% du retour va être un conflit verbal, voire physique et autres. Donc nous, on se dit qu'en intervenant et en agissant peut-être auprès de l'enfant, Il dira à son papa et à sa maman, Maman, tu as fait tomber ton mégot de cigarette. Par erreur, forcément. Maman, il faudrait que tu le ramasses. Et on espère que la réaction soit différente. C'est ça.
- Speaker #0
C'est sûr. Bien sûr, lui, il y a quoi dans le round ? Parce que souvent, ça fait peur, tout ce qu'on voit, on diabolise aussi. Vous avez vu ou pas le film La Seine sur Netflix ?
- Speaker #1
Je ne sais pas si ça vous dit un truc. Bien sûr que ça me dit. Je ne l'ai toujours pas vu. Tout le monde l'a vu, même autour de moi. Tout le monde a vu la scène.
- Speaker #0
Il faut que tu dises vraiment les fleuves.
- Speaker #1
Vous en pensez quoi ? Sur la scène, concernant le postulat de départ d'un requin qui viendrait vivre en eau intérieure, j'ai quelques doutes qui m'habitent. Mais continuons. Qu'est-ce qu'on trouve ? On trouve... Vous savez, les fleuves, c'est un petit peu comme des bouquins d'histoire qu'on ouvre. Je suis également plongeur archéo, donc on a des chantiers archéologiques sur les fleuves où on peut mesurer l'activité humaine aux glaives que nous retrouvons, aux poteries, aux bateaux qui ont coulé. Là, à l'époque de l'anthropocène, ce qu'on découvre dans nos fleuves et nos rivières en milieu urbain, c'est l'activité humaine dans toute sa splendeur. Ça va des batteries, des vélos, des accessoires de mobilité douce, comme on les appelle, les trottinettes, les véloves. On trouve également le chantier du particulier qui a rénové son appartement. On va avoir le tableau électrique, on va avoir les toilettes, le cumulus, les artisans qui ne veulent pas aller payer la déchetterie et donc qui, de nuit, vont en jeter. C'est ça, on trouve des matelas. On a traversé Lyon il y a deux ans, sous l'eau. Donc on a fait près de 8 km sous l'eau en trois heures. Nous nous repérions. Au macro-déchets que nous retrouvions, un matelas rouge que nous n'avions pas pu relever par scimbi-bébaux et avec des sédiments, nous indiquait que nous passions à côté des cordeliers. Un scooter, dont je me souviens très bien, vert avec des reflets bleutés, me donnait l'information que j'étais au niveau de la guillotière, etc. On peut arriver à se situer sous l'eau.
- Speaker #0
En fonction des déchets.
- Speaker #1
Le type de déchets que nous retrouvons.
- Speaker #0
Il bouge les déchets, une fois que c'est posé, c'est posé.
- Speaker #1
Tout dépend lesquels. On est sur, comme je vous l'ai dit, un fleuve très puissant, 1700 m3 secondes, avec des épisodes plus violents. Donc les crues peuvent chasser, déplacer certains objets. La mode en ce moment est aux bonbonnes de gazilarons. On en trouve des quantités phénoménales. L'activité de sapiens au bord de l'eau est de boire de la bière et de jeter la canette, et puis de se mettre dans le nez du gazilaron. On en témoigne tous les jours. Tout va bien.
- Speaker #0
Et niveau espèces animales ?
- Speaker #1
Alors on a du brochet, on a du silure, alors on a ces espèces dites invasives. Moi j'adore quand Homo sapiens parle d'espèces invasives, puisque c'est un spécialiste dans le domaine. Donc on a oui forcément du silure, mais on trouve du potamo, on trouve des myriophylles pour la partie fleur, avec ces plantes qui contribuent à l'oxygénation des fleuves. Et puis on a... On a une grande fierté actuellement, puisque comme je vous le dis, on n'est pas les seuls à travailler sur la préservation des milieux aquatiques. Là actuellement, nous avons un gros chantier subaquatique qui nous a été confié pour partie par nos amis de l'Association des espèces par millions, qui consiste à installer un gabiolive, enfin on va l'appeler le gabiolive. C'est une expérience qu'ils ont réalisée en 2019-2020 au niveau de la guillotière, ils ont renaturé des berges, et là on a un chantier de presque 200 mètres de linéaire. au niveau du Capier-Siz à Lyon, plein centre-ville, dans la Saône, où on pose des murs en gabion, des murs grillagés avec des pierres. Eux revégétalisent, mettent du galet, mettent de la terre végétale et plantent des milliers d'individus, ce qui va contribuer à restaurer, à apporter des zones de frais, d'abris, d'habitats pour les poissons et puis forcément pour un milieu aquatique complet, avec toute la faune qui va avec. Donc on a entamé ces travaux il y a à peu près trois semaines. On n'est pas très loin d'ici, on est juste en amont de la barge sur laquelle nous nous trouvons. Et c'est un vrai challenge. Sur le chantier qu'ils ont réalisé il y a quatre ans... le gabiot d'Yves, qui est à la guillotière, on a pu assister à la naissance de petits brochets, ce qui n'avait été encore jamais observé en milieu urbain. C'est vrai, on a 80% des berges de Lyon qui sont complètement bétonnées. Donc on a ces 32 km de linéaires bétonnées. Les espèces passent, ne s'arrêtent pas, pour ce qu'il en reste. On n'a plus de zone d'abri. Donc contribuer à restaurer ces milieux aquatiques... également contribué à redonner de la végétation, à redonner de la vie, un contact avec la nature en ville et des études scientifiques rigoureuses font des liens indéniables entre la santé humaine et la nature en ville.
- Speaker #0
Il y a même les castors aussi, je crois qu'il y avait... Il n'y a pas un endroit aussi qui avait renaturé les castors ?
- Speaker #1
Oui, oui, oui. Alors on a notamment là sur la Saône le parc Tombouc. tout qui est connu pour avoir plusieurs cohortes de nos amis des castors qui ont été une espèce menacée d'extinction et ça va beaucoup mieux parce que c'est reparti même si la population de base étant très faible on a des problèmes après génétique mais effectivement nous côtoyons tout un tas de rongeurs dont les castors mes amis les castors oui
- Speaker #0
oui oui j'ai rencontré un castor j'ai suivi un castor de taille
- Speaker #1
C'était il y a deux ans. Deux ans ?
- Speaker #0
Vous avez chopé une petite maladie à cause du castor.
- Speaker #1
Oui, c'est ça, mon ami le castor. J'ai contracté une zoonose, comme la Covid-19, donc une zoonose qui se transmet à l'humain, qui provient de la déjection des rongeurs. Et effectivement, en m'immergeant dans la saune, j'étais certainement au mauvais endroit, au mauvais moment. et dix jours après quelques effets secondaires où je me suis mis à gonfler du visage et avoir des problèmes de respiration j'ai été hospitalisé d'urgence j'ai passé plusieurs jours en réanimation c'est pas passé loin puisqu'il ya à peu près 250 à 300 cas par an de leptospirose avec un pourcentage de décès à 30% voilà et je sais ce qui fait peur quand même oui trois semaines après on était encore dans l'eau c'est ça trois semaines après et près de 10 kilos en moins j'étais à nouveau dans l'eau donc là pour le coup on peut forcément me dire que je cherche,
- Speaker #0
oui là je cherche je pense qu'il y a aussi l'amour et la passion c'est ça,
- Speaker #1
j'ai toujours l'envie de donner du sens,
- Speaker #0
si je peux pas plonger on va à autre chose mais j'ai pas envie est-ce que vous avez un petit mot d'encouragement sur l'écologie un petit truc à dire aux gens je prends toujours comme ça au dépourvu sur la fin, c'est pas mal hum hum
- Speaker #1
Vous savez, j'ai surtout envie de dire, osez, connectez-vous, indignez-vous aussi. Je trouve qu'on est dans un monde qui est de plus en plus aseptisé, alors je n'ai pas envie de passer pour un ancien combattant. On est dans un monde où on a de moins en moins le droit de dire ce qu'on a envie de dire et de faire ce qu'on a envie de faire. Les limites se sont réduites dans beaucoup de domaines et je crois qu'il est temps que l'humanité et les citoyens surtout reprennent leur destin en main. et décide de franchir des limites qui leur ont été imposées doucement, insidieusement. Et il est temps de faire un petit peu ce qu'on veut, et je crois que le sort de l'humanité en dépend. Et on se doit de le faire, non seulement pour nous, mais pour nos enfants. J'ai trois filles, j'ai Heidi, Salomé et Johanna. Je n'ai pas envie qu'un jour, elles me disent Papa, t'étais où ? Donc, il fallait faire quelque chose. Vous savez, on se gargarise d'avoir des monuments aux morts pour nos anciens combattants. Alors, je suis loin d'être un belliqueux, mais on est toujours très fiers de s'enorgueillir en disant Voilà ce qu'ont fait les anciens. Quelques jours ont fêté le 80e anniversaire du débarquement. Et je crois qu'il est vraiment temps qu'on prenne en main notre destin. Je ne dirais pas que c'est la guerre, mais la situation est compliquée. Et on a besoin d'agir, il est temps d'agir.
- Speaker #0
Des très beaux mots de fin. Merci Lionel d'être venu sur le podcast.
- Speaker #1
Merci Justine pour votre intérêt, vos questions et votre sourire.
- Speaker #0
C'est gentil, merci. Nous on se retrouve la semaine prochaine pour un prochain épisode. Bye !