- Speaker #0
Pendant tous ces mois de décembre, nous allons rendre hommage à celles qui ont fait l'histoire. Chaque jour, nous allons parcourir et remonter le temps pour vous présenter une figure marquante qui a lutté, milité pour que le droit à l'avortement soit reconnu. Ces femmes, qu'elles soient pionnières radicales, avocates audacieuses ou ministres courageuses, ont brisé le silence, affronté la violence des débats et permis que le drame de l'avortement clandestin appartienne au passé. Leur combat est le socle de notre liberté et c'est grâce à elles. que nous pouvons aujourd'hui, ici, déculpabiliser et continuer à libérer la parole. J'imagine que vous êtes impatients de découvrir le portrait de la femme qui se cache derrière la case numéro 6. Laissez-moi vous parler d'Evelyne Soulereau. Son nom vous dit peut-être quelque chose puisque je l'ai mentionné assez brièvement dans le portrait de Marie-Andrée Larcois-Vaille-Allais. Alors Evelyne Soulereau est une figure marquante puisqu'elle est cofondatrice du planning familial. C'est une militante. essentielle de cette époque, même si plus tard, elle prendra ses distances avec certaines évolutions du mouvement féministe. Donc Evelyne Sulrault, elle est née le 10 octobre 1924 en région parisienne. Mais avant même de parler de militantisme pour les droits des femmes, Evelyne est d'abord une femme de courage, une femme de terrain, notamment pendant l'occupation. À ce moment-là, elle est lycéenne à Nîmes et elle se fait arrêter par la police de Vichy pour propagande antinationale et propos hostiles au chef de l'État. Il fallait quand même un peu d'audace à l'époque pour aller jusque là. Une fois libérée et revenue en zone occupée, elle entre dans la résistance au sein de l'organisation civile et militaire des jeunes, en travaillant notamment pour le réseau Charles Verny qui soutenait un maquillage en Sologne. Son sens des responsabilités est renforcé quand elle devient orpheline à l'âge de 18 ans et doit s'occuper seule à ce moment-là de ses frères et sœurs qui sont plus jeunes qu'elle. C'est clair, elle sait se battre et défendre ce en quoi elle croit profondément. Et c'est bien plus tard, en 1956, qu'Evelyne Sulrault entre en contact avec Marie-Andrée Lagroix-Vaillelet. Elle a lu avec intérêt son récit présenté à l'Académie des sciences morales et politiques, récit où elle a évoqué la nécessité de la régulation des naissances.
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Alors, à ce moment-là, en 1955, mon mari est rentré un soir en me disant « Dans le monde, il y a quelques lignes qui vont t'intéresser. » d'une dame, une doctoresse qui a parlé à l'Académie des sciences morales et politiques du contrôle des naissances. Je me suis précipitée là-dessus. J'ai vu une personne avec un nom très compliqué, elle avait trois noms de famille. La Groua Veilalé. La Groua, c'était son nom de jeune fille. Veilalé, c'était le nom de son mari. Et je lui ai écrit tout de suite, en lui disant, ce sujet est absolument capital, mais il faut faire quelque chose. Il ne faut pas seulement en parler. Et moi, je vous propose de réunir les femmes, de faire une association de femmes. Et là, à ce moment-là, quand on sera très nombreuses, on ne pourra pas nous mettre toutes en prison. Il faudra obtenir quelque chose.
- Speaker #0
Alors, elle propose à Marie-Andrée de s'unir pour fonder une association de sensibilisation à la contraception. Et ensemble, elle dépose les statuts le 8 mars 1956 pour créer la maternité heureuse. Evelyne Soulereau en devient. la secrétaire générale pendant trois ans. Et comme je vous l'avais indiqué, c'est cette association qui deviendra en 1960 le Mouvement français pour le planning familial, MFPF, que l'on connaît aujourd'hui. Alors officieusement, les membres du planning familial acheminent sous le manteau les produits anticonceptionnels interdits, comme les diaphragmes par exemple, jusqu'en 1970, où le planning familial sera même surnommé l'Institut français de la mort.
- Speaker #1
Le moment où on a craint quand même d'être arrêtés, on risquait trois mois de prison et une amende de 40 000 francs. C'était pas rien.
- Speaker #0
Après des années de clandestinité, c'est la loi Neuvirce qui autorisera enfin la pilule en 1967 et ensuite qui sera remboursée par la Sécurité sociale et distribuée dans les plannings familiales. Et dans les années 60, Evelyne Souleurot a multiplié les combats pour la cause des femmes. Elle ne s'est pas arrêtée à la création de la maternité heureuse. Elle a notamment écrit le livre « Demain les femmes » dans lequel elle développe le caractère historique de la condition féminine, insistant sur le fait qu'elle n'a rien de naturel. Et son engagement dépasse également les frontières par un rapport sur l'emploi des femmes et ses problèmes dans la CEE. en 1968. Elle est également à l'origine de la directive européenne sur l'égalité de traitement entre les hommes et les femmes. Et la même année, elle commence à publier ses articles féministes dans le magazine Marie Claire. En 1974, elle va reprendre ses études pour se spécialiser en sociologie. L'objectif est d'être à la hauteur des hommes qu'elle allait contredire. Cette même année, elle fonde les centres retravaillés qui ont pour but de faciliter le retour à l'emploi des mères de famille. Alors en 1980, ses positions vont évoluer. Elle commence à prendre position contre l'homosexualité et le paxe, et dans son ouvrage « Pilules, sexe et ADN » , Évelyne Sulrou écrit notamment au sujet de la révolution sexuelle de 1968 « La révolution sexuelle, au lieu de renforcer le couple, la fragilise. Le culte du plaisir immédiat l'a remporté sur le désir d'avenir. On a dérapé vers la guerre des sexes, entraînant la négation du couple et l'élimination des pères. » Et concernant l'avortement, elle dira même J'étais contre le fait d'en faire un droit, or aujourd'hui l'avortement est devenu une contraception bis et même un droit à détruire. Elle est réticente aux dons d'ovocytes, elle s'oppose à la GPA, affirmant que l'idée qu'on s'achète un incubateur la révulse. Elle se met même à défendre les droits des pères, soi-disant lésée par la révolution féministe, et soutient l'association SOS Papa avec l'idée de résister à l'élimination des pères, notamment en cas de divorce. Et pourtant, Eveline Sulro reste un personnage fascinant qui a marqué le début du combat de la libre maternité, avant de se positionner en critique du mouvement féministe qu'elle a elle-même contribué à faire naître. Alors malgré les évolutions de ces positions, on ne peut quand même que saluer le courage et la détermination d'une femme qui a pris des risques immenses, d'abord dans la résistance, puis en cofondant le planning familial et en défrichant mine de rien le chemin pour la liberté de la femme. Alors merci Evelyne, et rendez-vous demain pour ouvrir la nouvelle case de notre calendrier.
- Speaker #1
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- Speaker #0
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