- Speaker #0
Bienvenue dans Merci Simone, le podcast qui donne la parole à celles et ceux qui font vivre un droit fondamental, celui de choisir. On parle d'IVG sans tabou, sans jugement, avec du vécu de l'expertise et surtout de la bienveillance. Ici vous entendrez des femmes, celles qui l'ont vécu, celles et ceux qui accompagnent ces femmes, des professionnels de santé pour soutenir, informer et briser le silence.
- Speaker #1
Merci Simone c'est aussi un hommage à Simone Veil bien sûr mais aussi à Simone de Beauvoir A toutes celles qui se sont battues et qui se battent encore pour que l'IVG reste un droit, un droit accessible, sûr et respecté.
- Speaker #0
Bienvenue dans ce nouvel épisode de Merci Simone. Aujourd'hui nous allons à la rencontre de Luna. Luna elle a tout juste 15 ans quand elle apprend qu'elle est enceinte, elle est encore au collège et le brevet du collège approche. Ses parents ignorent tout de sa vie sexuelle à ce moment là. Alors leur annoncer cette grossesse, ça lui semble complètement impensable au début. Seule face à cette réalité, elle déploie d'abord des trésors d'ingéniosité pour gérer la situation comme une grande avant de réaliser qu'elle a besoin du soutien de sa mère. Dans cet épisode, Luna nous raconte son histoire, celle d'une adolescente qui, malgré son jeune âge, doit reprendre le pouvoir sur sa vie et décider de son propre futur. Entre doute et responsabilité, elle nous partage son cheminement vers une décision qui n'a pas été simple pour elle à prendre. C'est aussi un récit de transmission car en ouvrant son cœur à sa mère,
- Speaker #1
Luna va découvrir un secret qui les lie plus qu'elle ne l'aurait imaginé. En France, le recours à l'IVG pour une mineure nécessite l'accompagnement d'une personne majeure, alors Luna nous explique comment elle a traversé cette épreuve. Je vous laisse tout de suite avec la suite de son témoignage.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots, donc me dire ton prénom, ton âge, nous dire ce que tu veux qu'on sache de toi avant qu'on débute cet échange et ce qui t'a amenée au micro aujourd'hui ?
- Speaker #1
Alors, moi je m'appelle Luna, j'ai eu 18 ans en mai. Après qu'est-ce qu'il faut savoir de moi ? Enfin je suis contente aujourd'hui de témoigner de ça parce que j'en ai pas honte et il ne faut pas en avoir honte. C'est important je trouve et il faut en parler. J'espère que ça aidera des jeunes filles qui y sont passées ou qui passent parce que je suis passée.
- Speaker #0
Avant de rentrer un peu dans le détail de ton histoire... C'est la première fois que je pose cette question, mais en fait, je me dis que c'est important pour mieux comprendre aussi d'où la personne vient. Est-ce que tu peux nous parler un petit peu de ton entourage, de l'environnement dans lequel tu as grandi, mais plus spécifiquement sur la question de la sexualité, de l'avortement ? Est-ce que c'était tabou ? Est-ce que c'était évoqué ? Est-ce que c'était un sujet chez toi où ça ne l'était pas ? Pour voir un petit peu après l'impact que ça a eu dans la suite de ton histoire.
- Speaker #1
Moi, franchement, j'ai grandi dans une famille qui a été très à l'écoute, qui a toujours été ouverte sur le sujet. Je sais que je pouvais en parler autour de moi ou quoi que ce soit. Mais après, moi, je suis une personne... Quand ça m'est arrivé, j'ai eu beaucoup, beaucoup de mal à en parler. Enfin, j'ai eu honte, quoi. Peur, parce que j'étais très jeune. Mais sinon, en soi, mon entourage, que ce soit famille, amis ou quoi que ce soit... Je sais que si j'en aurais parlé dès le début, ça n'aurait pas posé problème dans le sens qu'ils auraient été là pour moi dans tous les cas.
- Speaker #0
Ok, donc tu savais que tu avais un entourage plutôt bienveillant sur le sujet. C'est plus toi qui t'es mis des freins à cause de la peur, de la honte sur le sujet. Mais sinon, tu savais qu'il n'y avait pas forcément a priori de jugement ou de frein sur le sujet.
- Speaker #1
Oui, je sais qu'ils m'auraient soutenue dans tous les cas.
- Speaker #0
Bon alors on va commencer du coup à entrer un peu dans ton histoire. Au moment où tu as su que tu étais enceinte, à ce moment-là, à quel moment de ta vie tu étais ? Tu avais quel âge ? Qu'est-ce que tu faisais ? Qu'est-ce qui se passait dans ta vie à ce moment-là ?
- Speaker #1
Alors je venais tout juste d'avoir 15 ans, ça faisait un mois à peu près que j'avais eu 15 ans. Mon copain à l'époque, on avait une relation très très toxique. C'était mon tout premier copain, il était assez violent avec moi. Que ce soit verbalement,
- Speaker #0
physiquement.
- Speaker #1
Physiquement. Ils me trompaient très régulièrement. C'était vraiment une relation très toxique.
- Speaker #0
Et ça faisait longtemps que vous étiez ensemble ?
- Speaker #1
Oui, ça faisait longtemps. Ça faisait un an et demi.
- Speaker #0
À cet âge-là, ça fait quand même une longue relation. Vous vous êtes rencontrés fin collège ou au collège ?
- Speaker #1
Ouais, c'est ça.
- Speaker #0
Et 15 ans, t'étais au fin collège ou t'étais début lycée ?
- Speaker #1
Non, j'étais en troisième.
- Speaker #0
Et à cette période-là, du coup, c'est des choses que vous évoquiez déjà avec vos amis, les relations sexuelles ou pas du tout et c'était quelque chose qui était déjà tabou à ce moment-là ?
- Speaker #1
Avec mes copines proches, oui, on en parlait. Pas dans les détails non plus, mais oui. Mes copines, elles savaient que j'avais des relations sexuelles, mais c'était les seules à savoir.
- Speaker #0
Et du coup, à 15 ans, est-ce que tu avais une contraception ou vous faisiez avec un préservatif ? Ou est-ce que vous aviez conscience de l'importance de la contraception ?
- Speaker #1
Alors moi, oui, j'en avais conscience. Lui, je dirais un peu moins dans le sens que, évidemment, c'est... C'est pas eux qui vont aller prendre la pilule ou se renseigner ou quoi que ce soit. Et moi, à l'époque, j'étais allée au planning familial, du coup. J'avais peur de dire à ma maman que j'avais un copain. Surtout, vu la relation, je n'avais pas du tout envie de lui en parler. Donc encore moins que j'avais des relations sexuelles. Donc j'étais allée au planning familial et j'avais pris une pilule. C'était Optilova.
- Speaker #0
Ok, donc à ce moment-là, du coup, tu as quand même conscience que toi, il faut que tu te protèges. Et tu connaissais déjà le panique familial ou tes parents t'en avaient parlé ou au collège peut-être qu'ils en parlaient ?
- Speaker #1
Oui, c'était surtout au collège qu'ils en avaient déjà parlé dans les cours sur la sexualité, etc.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Donc je m'étais un peu renseignée sur Internet aussi pour savoir comment faire pour pas que mes parents ne sachent que...
- Speaker #0
Ok. Donc c'est à ce moment-là où tu as découvert le planning familial et leur utilité, notamment pour des jeunes. Ils permettent de parler de sexualité, de contraception et aussi de donner des contraceptions sans que les parents soient au courant.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Tu commences à avoir des relations sexuelles avec ton copain. Ça fait un moment que vous êtes ensemble, surtout à cet âge-là. Oui. Et t'es sous pilule, donc sous contraception.
- Speaker #1
Au planning familial, on ne m'avait pas bien expliqué qu'il fallait commencer sa pilule à la fin de ses règles. Pour qu'elle fasse effet immédiatement. Donc moi j'avais commencé ma pilule le jour où j'ai eu ma première boîte de contraception. Donc forcément elle a mis je crois que c'est 7 jours à faire effet.
- Speaker #0
Tu t'es sentie bien reçue ? Pas de jugement ? Comment ça s'est passé pour toi d'y aller ?
- Speaker #1
Oui non franchement je ne me suis pas sentie gênée. Les dames étaient assez gentilles, elles étaient douces, elles étaient à l'écoute.
- Speaker #0
C'est ce que tu disais, manque d'explications sur la contraception. Vous avez eu un rapport sexuel pendant la première semaine de la prise d'Optilova. C'est ça. Et donc là, qu'est-ce qui se passe pour toi ? Parce que j'imagine que tu penses que tu es protégée, donc il n'y a aucun souci.
- Speaker #1
Oui. En fait, j'avais beaucoup de symptômes. J'étais au collège, en plus j'étais en train de faire ma révision pour mon brevet. Mais à cette époque je consommais des stupéfiants, je me fumais inconsciemment. Je pense que j'étais un peu dans le déni, je me disais non mais c'est parce que je fume que par exemple j'avais beaucoup de nausées, je vomissais. Par contre j'avais perdu beaucoup de kilos, j'avais perdu 6 ou 8 kilos, je ne sais plus exactement. À cette époque, je fumais vraiment beaucoup. J'avais une fatigue inexplicable. Je sais que si un jour je suis fatiguée comme ça, c'est que je suis sûrement enceinte parce que c'est vraiment une fatigue lourde.
- Speaker #0
C'est des symptômes que tu connaissais liés à la grossesse ou pas du tout et donc tu te disais « Je fume et c'est sûrement ça » et tu ne soupçonnais aucune grossesse ?
- Speaker #1
Si, je connaissais les symptômes. Surtout que mon entourage, du coup, mon ex-copain, ses amis, mes copines me disaient « il faut que tu ailles faire un test et tout » . Et en fait, moi je disais « mais non, c'est pas possible, je ne suis pas enceinte, j'ai pas… » Enfin voilà quoi, j'étais vraiment dans le déni.
- Speaker #0
Donc à ce moment-là, les symptômes, t'en as parlé à ton copain et à tes copines, t'es transparente sur les symptômes que tu étais en train de vivre ?
- Speaker #1
Oui, après ils le voyaient quoi, mes copines. À l'école, tu voyais que je vomissais, je m'endormais dans tous les cours. J'étais ultra sensible et j'avais des douleurs de règles constamment. Et j'ai eu mes règles d'ailleurs. Mais ce n'était pas vraiment des petits saignements. Ce n'étaient pas des règles très abondantes, mais j'ai eu mes règles. Et surtout le pire, le truc qui a été le plus douloureux, je crois, c'est les reins. J'avais extrêmement mal au dos. J'étais bloquée du dos constamment, c'était horrible.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui à un moment donné a fait tilt et tu t'es dit « Ok, peut-être quand même que là il faut que je fasse un test de grossesse ? »
- Speaker #1
Eh ben j'étais avec mon ex-copain du coup. Le matin je me suis réveillée, j'étais très fatiguée. J'ai fumé et après ma maman elle est venue me chercher et on est allé au parc des oiseaux à Upi. Ils m'ont soigné toute ma vie. Ce jour-là, il faisait très très chaud. Moi, il faut savoir que je crains la chaleur, mais pas non plus au point d'être dans des états vraiment pas bien. Et en fait, on est rentrés dans le parc et j'ai failli tomber dans les pommes au moins 3-4 fois. Du coup, j'ai dit à ma maman que ça n'allait pas, qu'il fallait rentrer. Et en fait, dans la voiture, je me suis assise et j'ai vu le bas de mon ventre gonfler. Et genre, vraiment beaucoup. Parce que vu que j'avais maigri, ça se voyait vraiment beaucoup. Et j'ai touché mon ventre et mon ventre, il était dur comme de la pierre. Et du coup, je me suis dit OK, en rentrant, il faut que je fasse mon test. Parce que j'avais un test qui était là depuis trois semaines dans le placard. Je l'avais acheté, mais je ne l'avais pas fait.
- Speaker #0
Et pourquoi tu ne l'avais pas fait du coup ? Parce que tu étais dans le déni en te disant c'est impossible que ce soit ça.
- Speaker #1
Ouais, je pense que c'était... J'étais jeune, je faisais beaucoup la fête. Je sortais beaucoup et je préférais ne pas y penser. Je me disais non, ça ne peut pas être ça. Ce n'est pas possible.
- Speaker #0
Tu avais acheté le test qui part de... Tu l'avais bien acheté dans un placard en te disant bon vraiment s'il y a un moment donné, mais pour l'instant, ça doit être autre chose quoi.
- Speaker #1
Exactement. Et du coup, j'ai touché mon ventre et il était... Quand j'ai dur comme de la pierre, c'est que même en y pensant, je suis encore choquée. Et après, je suis rentrée et j'ai fait mon test de grossesse.
- Speaker #0
Donc là, tu étais encore avec ton copain à ce moment-là ou tu étais toute seule ?
- Speaker #1
C'était un peu compliqué. On était ensemble, mais on n'était pas trop ensemble parce que je savais qu'il allait voir à droite, à gauche. Donc voilà. Du coup,
- Speaker #0
à ce moment-là, tu fais le test chez toi, dans ta maison, toute seule ?
- Speaker #1
Exactement. Je vivais chez mon papa à cette époque-là. Donc mon papa qui n'est aussi pas du tout au courant que j'avais un copain, etc. Encore heureux ce jour-là. Enfin à ce moment-là il n'était pas là, Dieu merci. Parce que j'avais déjà fait des tests auparavant. Donc voilà j'ai uriné sur le test tellement innocemment. Je ne sais pas si ça se dit mais... Et en fait quand je l'ai enlevé, je l'ai vu les deux barres directement. Et je me suis effondrée en larmes. J'ai fait une crise de panique et j'étais vraiment... En fait, je ne savais pas quoi faire. Je me disais, je dois parler à qui ? Je dois prendre rendez-vous où ? Je dois faire quoi ? C'était compliqué.
- Speaker #0
Là, du coup, ça a été immédiat. Il n'y a même pas eu d'attente. C'était tout de suite très clair. Tu es en train de quoi ?
- Speaker #1
Oui, les deux barres se sont affichées directement. Il n'y a pas eu de simple attente ou deux. Non, non, pas du tout. Voilà. Donc après, qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai appelé ma meilleure amie. À ce moment-là, on ne se parlait plus. Et c'est la première personne que j'ai appelée. Parce que je ne savais pas du tout qui appeler d'autres. Donc, je l'ai appelée, je lui ai expliqué. Et elle, elle a... Parce qu'elle aussi, évidemment, elle n'était pas tellement informée là-dessus.
- Speaker #0
Ouais, j'imagine qu'à 15 ans... Déjà, moi, ce que je te disais, à 28 ans, je n'étais pas beaucoup informée. Mais à 15 ans, j'imagine que le manque d'informations est encore plus problématique.
- Speaker #1
Oui. Et du coup, elle a appelé l'hôpital et eux, ils l'ont aiguillée en lui expliquant qu'il faut aller prendre rendez-vous au planning familial, etc.
- Speaker #0
Donc, elle a fait les démarches pour toi parce qu'à ce moment-là, tu étais incapable de le faire ? Oui,
- Speaker #1
j'étais sous le choc. Mais je crois que c'est moi qui ai appelé le planning familial le lendemain. Il était fermé au moment où j'ai fait mon test. Et c'était compliqué parce que le planning familial à Valence, les horaires sont un peu merdiques. Parce qu'à ce moment-là, on avait cours et ils fermaient quand je finissais les cours.
- Speaker #0
Oui, puis ce n'était pas pensable que tu loupes les cours, sinon tes parents étaient tout de suite au courant.
- Speaker #1
Voilà, donc du coup, j'ai dû chercher quelque chose pour louper l'école. Donc, j'ai dit à ma mère que vu que j'avais mon brevet, je voulais réviser correctement une semaine avant. Elle m'a autorisé la semaine tout juste avant le brevet de ne pas aller à l'école. Là que j'ai eu tous mes rendez-vous, ça allait très vite. Du coup,
- Speaker #0
c'était combien de temps avant ton brevet ? Tu as dû beaucoup attendre pour avoir cette semaine-là de révision et pouvoir faire tous les rendez-vous ?
- Speaker #1
Je crois que les rendez-vous, je les ai eus assez vite. Parce que vu que je leur avais dit que j'étais libre toute la journée, n'importe quelle heure, n'importe quel moment, la semaine d'après, j'ai eu tous mes rendez-vous et c'est allé très vite.
- Speaker #0
Et t'en parles à ce moment-là à ton copain ou tu lui en parles pas du tout ?
- Speaker #1
Alors, si, c'est la deuxième personne que j'ai informée. Donc, j'ai essayé de l'appeler mais il n'a pas répondu. Et après, je lui ai envoyé un message et je lui ai dit « Bon, écoute, je viens de faire un test de grossesse, je suis enceinte. » Et je me rappelle, il m'a donné toute ma vie de sa réponse. Ah non, mais quel homme ! Il m'a dit « MDR, je savais » . Du coup, par contre, moi, ça a été le déclic complet sur la relation. Depuis que j'ai avorté, je ne me suis plus jamais remis avec lui. J'évite tout contact parce que c'est une personne très mauvaise, tout simplement. Il m'a accompagnée à aucun rendez-vous, rien du tout.
- Speaker #0
Ça, c'est des choses qui sont hyper importantes. Moi, je me dis « waouh, comment c'est ces relations ? » amoureuse en commençant par des relations aussi difficiles. C'est hard, quoi, parce que tu disais du coup il était violent physiquement et verbalement. Tu tombes enceinte, le gars clairement s'en fout, quoi.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Donc ouais, ça doit être difficile de commencer par ça en ayant 15 ans et en devant avancer quand même et porter la responsabilité toute seule parce que c'est ce que tu disais aussi au début sur la contraception. Ce n'était pas trop son problème.
- Speaker #1
Oui, voilà.
- Speaker #0
Donc là, il te répond MDR, je savais.
- Speaker #1
J'ai quand même insisté. Enfin, j'envoyais beaucoup de messages en lui expliquant que voilà, quoi. Il ne se rendait pas compte que moi, j'ai 15 ans, que lui, il est tranquille sur son canapé pendant que moi, je suis enceinte, quoi. Et que je ne sais pas quoi faire. Puis après, j'avais tous mes rendez-vous, etc. En fait, ils s'en foutaient tellement royalement que ça m'énervait. Je lui envoyais des messages, je lui disais « moi là, je dois aller à ce rendez-vous, je dois faire ça, j'ai mon bébé qui est mort dans mon ventre, je dois attendre demain pour l'évacuer » . Je lui disais « tu ne te rends pas compte de la charge mentale ? » Mais ils s'en fichaient.
- Speaker #0
C'est tellement un sentiment, je pense, je ne sais pas si tu l'as ressenti comme ça toi aussi, mais d'injustice. De se dire, on a fait une connerie et encore là, même pas du coup parce que t'étais sous contraception. Mais on était deux et t'es la seule à payer le prix quoi.
- Speaker #1
Surtout que j'ai eu un moment où j'ai hésité. En fait, je savais pas quoi faire parce que j'avais que ma meilleure amie qui était au courant à ce moment-là et mon ex-copain du coup. En fait, quand je l'ai su, j'ai beaucoup pleuré, je détestais. Je me disais, il y a un truc dans mon ventre. C'était vraiment une crise d'anxiété et de rage, je pense. Et après, je me rappelle que je me suis endormie tellement j'ai pleuré. Et en fait, quand je me suis réveillée, j'avais que de l'amour. Je me disais quand même, c'est pas rien. Tu portes la vie.
- Speaker #0
Du coup, sur ce passage-là de la décision, ça n'a pas été si clair pour toi ? tout de suite de se dire ok, il faut que j'avorte.
- Speaker #1
Oui, ça a été compliqué. Après, évidemment, j'ai essayé d'en parler avec mon ex-copain. Pour lui, c'était pas imaginable. C'était pas possible. Bon après, à l'heure actuelle, je me dis Dieu merci parce que j'étais jeune. Je préfère avoir un enfant dans deux ans. dans d'autres circonstances, pardon, et avec une personne bien. Que je me dis, si je l'aurais gardée, autant j'aurais eu plein de problèmes parce que le papa aurait été totalement... C'est vraiment un personnage problématique.
- Speaker #0
Et du coup, comment ça s'est passé ton cheminement de pensée ? Par où t'es passée ? Et qu'est-ce qui t'a finalement guidée vers la décision de te dire « Ok, j'avorte » .
- Speaker #1
En fait, je n'ai même pas eu le temps de réfléchir. J'ai eu mes premiers rendez-vous et quand tu arrives au planning familial... On ne t'expose pas l'option de, si tu gardes ton enfant, il va se passer ça, ça, t'auras ça comme aide. T'auras ça, non, moi j'ai été au planning familial, on m'a dit, ça va se passer comme ça, point barre. J'ai pas eu de, si tu gardes ton enfant, t'auras des aides ou ça va se passer comme ça, ou enfin, j'ai pas... Et puis moi je me suis dit, en fait j'avais une partie de moi qui voulait le garder. En fait, c'est un sentiment, je ne sais pas comment l'expliquer, ce sentiment que j'ai eu, que j'espère que j'aurai à nouveau un jour. Mais oui, je ne peux pas... Enfin, je ne peux pas... C'était en moi, quoi. Il était dans mon ventre. Tu vois, j'avais de l'amour. Même si c'était dans une mauvaise relation, etc., je me disais, c'est quand même mon bébé, quoi.
- Speaker #0
Oui, tu avais déjà une forme de lien émotionnel avec ce qu'il y avait dans ton ventre à ce moment-là, que tu ressentais au-delà de juste c'est un embryon, c'est un fœtus.
- Speaker #1
Oui, vraiment. Parce qu'après, je me suis dit, par exemple, quand j'ai mal ou quoi que ce soit, c'est qu'il grandit. Si j'ai la nausée, en fait, c'est qu'il était là.
- Speaker #0
Donc tu voyais quand même tes symptômes différemment. Pour toi, il prenait une autre signification presque positive de savoir que finalement c'est parce qu'il y avait ce bébé.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Donc ce n'était pas clair et limpide dans ta tête au point de te dire j'en veux absolument pas.
- Speaker #1
Oui, non, je ne me suis jamais dit j'en veux pas du tout ou quoi que ce soit.
- Speaker #0
dans ce chemin-là vers l'avortement ? Parce que tu te disais quoi du coup ? Que c'était peut-être quand même la meilleure solution ?
- Speaker #1
À aucun moment,
- Speaker #0
en fait, tu réfléchissais à ça et juste tu t'es laissée porter.
- Speaker #1
Non, j'ai quand même eu une part de conscience. En fait, c'est surtout quand j'en ai parlé à ma maman après.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Parce que... C'était... Parce que quand moi, j'ai avorté... Avec les médicaments.
- Speaker #0
D'accord. Donc là, tu vas au planning familial, ils te présentent comment avorter. Tu ne sais pas encore du coup de combien de temps tu es enceinte. Donc j'imagine qu'ils t'exposent aussi le fait d'aller voir un échographe, peut-être de faire une prise de sang.
- Speaker #1
Oh non, j'ai fait l'échographie le jour même. Le jour de mon rendez-vous, c'est... Voilà, j'étais enceinte de un mois et demi, presque deux mois. Et du coup oui, après le problème est venu de même quand tu es mineure. il faut forcément qu'il y ait quelqu'un de majeur qui soit présent avec toi. Donc là, ça a été très compliqué.
- Speaker #0
Quand tu as ce besoin-là, c'est dès le premier rendez-vous au planning ou pour la suite ?
- Speaker #1
Non, c'est pour la suite. C'est au moment où tu es à prendre tes cachets parce qu'il y a des risques d'hémorragie, etc.
- Speaker #0
Ils te disent ça, que tu as besoin de quelqu'un de majeur avec toi pour t'accompagner ?
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Donc moi, à ce moment-là, je me dis que c'est impossible. Je ne peux pas en parler à mes parents, déjà. Du coup, normalement, c'était la maman de ma meilleure amie, parce qu'on est très proches, elle et moi. Qui devait m'accompagner pendant que je prenais les médicaments au cas où.
- Speaker #0
Donc tu avais trouvé une personne référente dans ton entourage pour t'accompagner et qui n'allait pas te juger et qui allait être bienveillante.
- Speaker #1
Oui, voilà.
- Speaker #0
Au rendez-vous planning, ils te disent que tu es enceinte de un mois et demi, deux mois. Donc ça fait quand même un petit moment. À ce moment-là, tu as encore le choix entre la pilule abortive et l'opération ?
- Speaker #1
Oui, mais je crois que j'étais vraiment pas loin de la fin, du délai-délai. C'est pour ça aussi qu'il s'est allé très vite. Parce que moi, je leur ai dit que je ne veux pas du tout avorter. Je ne sais pas comment on dit.
- Speaker #0
Par aspiration, enfin par la poitrine médicale. Parce qu'il me semble que c'est 8 ou 9 semaines maximum. Donc effectivement, si tu étais presque à 2 mois, ça fait 8 semaines. Tu devais être vraiment dans la limite du délai par médicament.
- Speaker #1
Et dans la limite limite. Et je leur ai dit moi, si j'ai le quoi, je prends les médicaments. Je ne veux pas vivre ça dans un hôpital entouré de médecins, de bruit. Je préfère être chez moi tranquillement. Ça m'aurait juste encore plus stressée.
- Speaker #0
Et du coup, il t'explique quand même à ce moment-là ce que ça veut dire la prise de médicaments ? Comment ça va se faire ? Qu'est-ce qui va se passer pour toi au niveau de ton corps, etc. ?
- Speaker #1
Oui, il m'explique. Il m'explique sans rentrer dans les détails non plus. Il me dit que c'était, je crois, deux jours après, j'allais prendre un cachet qui allait d'abord arrêter le cœur du bébé et le lendemain de ce cachet, j'allais prendre le médicament qui allait faire expulser l'embryon. Mais moi, à ce moment-là, je me suis juste dit que je vais devoir garder mon bébé inerte, mort, dans mon ventre pendant toute une journée entière.
- Speaker #0
C'était ça ton ressenti à ce moment-là ? Est-ce que tu l'appelles bébé ? Enfin, ton bébé.
- Speaker #1
Moi, je lui avais donné un nom parce que la dame m'avait dit qu'il fait presque la taille d'une prune. Et du coup, moi, je l'ai appelée prune. J'étais... Oui. Après, je suis une personne hyper sensible. Donc, j'y ai vraiment profondément.
- Speaker #0
Du coup, ça t'a aidé de... De vraiment matérialiser, de lui donner un prénom où ça t'a pesé. Parce que je me disais, tu matérialises vraiment son existence.
- Speaker #1
Ah oui, mais je pense que ça ne m'a peut-être pas fait du bien. Mais je ne sais pas, j'y avais besoin. Je ne pouvais pas l'appeler truc ou bébé. J'avais besoin de lui donner un nom. Je savais dans tous les cas qu'il était en moi. Donc, il est là.
- Speaker #0
Donc là, à ce moment-là, ils te renseignent et ils te disent « revenez dans X temps pour avoir les médicaments » , c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, ils m'avaient donné du coup un rendez-vous. C'était deux jours après, je crois, pour prendre les médicaments qui arrêtent le cœur.
- Speaker #0
Donc là, tu y vas avec la maman de ta meilleure amie ?
- Speaker #1
Non, parce qu'entre ces deux jours, j'ai eu un moment où je me sentais vraiment mal. Enfin, c'était entre la relation que j'avais plus mes autres problèmes personnels, etc. C'était vraiment quelque chose qui était trop pesant. Et je me suis dit, il faut que j'en parle à ma mère ou je vais faire une connerie, quoi.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
J'étais vraiment à deux doigts de faire... L'irréparable, j'étais vraiment dans un état que moi-même je ne veux plus jamais être dans cet état-là.
- Speaker #0
À ce moment-là, tu t'es dit qu'il me faut finalement une autre ressource plus proche de moi que la maman de ta meilleure amie.
- Speaker #1
Oui, j'avais besoin d'être soutenue par n'importe qui, vraiment par ma maman.
- Speaker #0
Par ta maman, oui.
- Speaker #1
J'avais besoin qu'elle soit là, qu'elle m'épaule. Alors, elle a eu une annonce, la pauvre. Il ne faut pas oublier que ma maman ne savait pas que j'étais en couple. Encore moins que j'avais des relations sexuelles, ni que mon ex-copain était violent, etc. Et connaissant ma maman, je me suis dit, je ne peux pas lui dire en face parce qu'elle va péter un plomb. Tu vois, par exemple, à l'heure d'aujourd'hui, j'ai 18 ans. Si ça m'arrive, je ne vais pas faire comme avant. Je vais lui dire en face parce que c'est pas... Je n'ai pas le même âge, je n'ai pas la même mentalité, etc. Et je lui ai annoncé par message.
- Speaker #0
Waouh ! SMS de sa fille du coup ?
- Speaker #1
Exactement. Je lui ai envoyé un message, je lui ai dit « Maman, il faut que tu dises un truc » . Elle m'a dit quoi ? Je lui ai dit « J'ai fait une bêtise » , elle m'a dit « Dis-moi » . Et après, je lui ai envoyé un long texte. Où je lui ai expliqué que ça faisait un an et demi que j'étais avec un garçon, qu'il était violent physiquement, verbalement, moralement, tout. Et que j'avais eu des relations sexuelles et que j'étais enceinte. Et que j'allais avorter dans quelques jours et que j'avais besoin juste d'elle. Vraiment, j'avais besoin de ma maman.
- Speaker #0
Ah là là, j'imagine que ton cœur devait battre à une vitesse au moment où tu as envoyé ton SMS.
- Speaker #1
Ah oui, c'était horrible. Mais j'ai su après sa réaction à elle, elle s'est juste effondrée en larmes.
- Speaker #0
Bah ouais.
- Speaker #1
Oui, c'est compréhensible.
- Speaker #0
Ouais, elle a dû se dire mince ma petite fille, elle est toute seule dans cette histoire.
- Speaker #1
Bah oui, puis je pense qu'elle ne s'attendait pas du tout à ça. J'étais vraiment la dos qui... enfin pour elle, parce que moi avant là je sortais souvent etc. Mais pour elle j'étais la dos sage, qui travaille bien à l'école.
- Speaker #0
Tu lui cachais les choses, comme tout ado.
- Speaker #1
Exactement. Elle ne savait pas que je fumais, etc. Vraiment, elle a tout appris d'un coup.
- Speaker #0
Et du coup, quelle a été sa réaction ? Parce que là, vous étiez physiquement pas au même endroit, du coup, si tu lui as envoyé le message.
- Speaker #1
Oui, à ce moment-là, je vivais chez mon papa. Voilà. Et du coup, elle m'a dit tout simple... Elle m'a répondu un seul message. Je me suis dit non, mais là, elle va me tuer. Elle m'a dit ce soir, je viens te chercher, je t'emmène au planning. Voilà. Donc, je me suis dit OK, là, je suis dans la merde. Mais après, finalement, quand elle est venue me chercher, le planning familial était fermé. Donc on allait boire un coup. Et en fait, elle a vu l'état dans lequel j'étais et elle m'a juste... Elle a eu la réaction que je voulais qu'elle ait. Elle m'a pris dans ses bras, elle m'a dit que ça allait aller, qu'elle était là pour moi, etc. Je pense que sur le moment, ça a vraiment juste été sur le coup. Elle a répondu ça sur le coup de la colère ou... ou je ne sais pas vraiment ce qu'elle a ressenti sur le moment, mais elle aussi, quoi. Elle a eu un choc.
- Speaker #0
Ouais. Ouais, c'est ce qu'on prend aussi, quoi. Je me mets à sa place et je me dis, forcément, ça doit être un choc. Et c'est cool qu'elle ait pu passer à travers ça et aller plus loin finalement en étant la maman dont tu avais besoin à ce moment-là aussi.
- Speaker #1
Oui. Puis elle m'a beaucoup rassurée aussi, parce que je lui ai expliqué que moi, je n'avais pas forcément envie d'avorter. Au final, elle m'a beaucoup rassurée. Elle m'a dit que des enfants, j'en aurais d'autres dans ma vie avec un garçon bien meilleur qui me mérite. Et rien que ça, ça m'a rassurée dans le sens où je me suis dit qu'il ne faut pas que j'ai un enfant avec lui, pas maintenant. Je n'ai pas la situation financière, mentale. J'étais vraiment instable mentalement à ce moment-là de ma vie, surtout. Donc là-dessus, elle m'a bien rassurée.
- Speaker #0
Et petite pause rapide. J'espère que l'épisode vous plaît autant que j'ai aimé le préparer. Et si c'est le cas, prenez juste deux secondes pour vous abonner à ce podcast sur votre plateforme d'écoute préférée et éventuellement mettre 5 étoiles si le cœur vous en dit. Mais surtout, partagez cet épisode avec quelqu'un qui pourrait être intéressé. C'est la meilleure façon de m'aider à faire grandir cette communauté. Et si vous voulez aller encore plus loin, venez me rejoindre sur Instagram merci.simone.podcast. Je vous laisse tout de suite. avec la suite de l'épisode. Donc, on en était au fait que tu en avais parlé à ta maman et que finalement, le fait de lui en parler, ça t'a permis aussi de reparler de la décision qui jusque-là n'avait pas été tant discutée que ça. Toi, tu ne savais pas, tu suivais un peu le chemin dans lequel on t'avait emmené. Le fait d'en parler avec ta maman, ça a pu remettre des mots très clairs sur la décision de pourquoi tu la prenais et est-ce que c'était une bonne décision pour toi ?
- Speaker #1
Oui, on va dire que je le faisais à contre-cœur. Mais je savais que c'était la bonne décision. Je lui ai expliqué comment je l'avais su, etc. Après, on n'a pas trop parlé de la relation que j'avais avec mon ex-copain. Ça, ça s'est fait plus tard. Enfin, un peu de temps après. Là, on était vraiment sur le fait d'avorter.
- Speaker #0
Tu te sens soulagée quand même à ce moment-là de savoir que ta maman est au courant ?
- Speaker #1
Oui, je me sens soulagée. Je me sens toute nue, quoi. Parce que oui, j'avais mes copines qui étaient là pour moi, mais elles avaient le même âge que moi. Enfin, c'est pas... Ça leur arrive pas à elles. Même quand on dit « je te comprends » , non, tu peux pas comprendre. Puis ma maman a déjà eu un avortement. Bon, elle, c'était après moi. Parce qu'elle était tombée enceinte par accident et elle voulait plus d'enfants. Donc aussi, elle m'a un peu expliqué comment ça s'était passé, etc.
- Speaker #0
Tu savais déjà qu'elle avait avorté ou ça a été à ce moment-là que vous avez pu en parler ?
- Speaker #1
Je ne le savais pas. Je l'ai su à ce moment-là, oui.
- Speaker #0
Donc elle a pu te raconter, elle aussi, son histoire, son vécu, comment ça s'est passé pour elle et te dire qu'elle était aussi passée par là.
- Speaker #1
Oui. Après, elle n'en a pas spécialement souffert parce qu'elle avait déjà quatre enfants d'avoir un enfant pour avoir un enfant.
- Speaker #0
Et par aspiration, donc du coup, ce n'était pas le même avortement que toi tu allais vivre ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et là, le fait qu'elle soit au courant, est-ce que tu t'es dit, maintenant qu'elle est au courant, peut-être que finalement je peux le faire à l'hôpital ? Ou non, le choix du médicament, c'était en aucun lien avec le fait que tes parents soient au courant et le risque d'aller à l'hôpital et tu voulais vraiment que ce soit fait avec cette pilule ?
- Speaker #1
Non, moi je voulais vraiment le faire... Bah chez moi, dans mon cocon à moi, sans être entourée de médecins, de bruit, etc. J'avais vraiment envie d'être tranquille pour être le moins stressée possible.
- Speaker #0
Donc là, à ce moment-là, ta maman t'accompagne au rendez-vous où on va te donner la pilule ?
- Speaker #1
Oui, le premier cachet qui arrête le cœur de l'embryo.
- Speaker #0
Ok. Et ça, ça se fait au planning familial du coup ?
- Speaker #1
Oui. Je suis allée avec ma maman. Ils m'ont expliqué qu'est-ce qui va se passer quand je vais prendre le cachet. Le premier cachet, en tout cas, j'ai pas eu de douleur, pas eu de saignement. Par contre, je l'ai pris directement. Je ne l'ai pas réfléchi, elle m'a attendu le cachet. Elle m'a dit tu peux le prendre ce soir ou voilà. Moi je l'ai pris directement. Parce que je n'avais pas envie de la voir et de réfléchir. Je sais que je ne l'aurais jamais pris sinon.
- Speaker #0
Tu voulais que ce soit maintenant, tout de suite.
- Speaker #1
Voilà, je l'ai avalé. Je me suis dit bon trop tard dans tous les cas c'est fait. Plus de retour en arrière.
- Speaker #0
Jusqu'à ce moment-là, tu es accompagnée par le planning familial. Le planning familial de Valence il est... Tenant à l'hôpital ou pas du tout ?
- Speaker #1
Non, c'est à Grand Ausha. En soi, quand je suis allée pour avorter, bien accompagnée, ils ont été à l'écoute. Mais j'ai quand même eu la réflexion de... Après, tu sais, un avortement, ce n'est pas un moyen de contraception. J'avais envie de leur dire merci. Si je suis là, c'est que je suis au courant. Ce n'est pas comme si je ne m'étais pas protégée. Voilà quoi.
- Speaker #0
elle est dure cette phrase je trouve parce que tout de suite derrière on entend un jugement t'as failli dans ta contraception alors qu'en l'occurrence alors que vous m'avez mal expliqué en vrai cette phrase je me rappelle que
- Speaker #1
c'est quand même marquant mais sur le moment je me suis dit en fait c'est pas toi qui le vis donc t'as rien à dire je suis passée à autre chose j'ai pas fait attention j'avais déjà assez de choses dans la tête pour réfléchir à cette phrase
- Speaker #0
Solide ! Loulouna, à 15 ans... Parce que bon, c'est pas facile quoi, je me dis, d'avoir des réflexions comme ça. Effectivement, à ce moment-là, c'est peut-être le cadet de tes soucis finalement de te faire juger par une autre personne. Mais je me dis putain, à 15 ans, on te balance cette phrase-là solide sur tes appuis. Tu te dis « Je m'en fous de ce que tu me dis, je sais ce que je fais, je sais pourquoi je suis là » . Ah bah oui,
- Speaker #1
ça vraiment, c'est quelque chose que je ne supporte pas. Je ne prends pas ça comme un jugement, mais c'est des choses que tu n'as pas à dire. Tu peux le penser si tu as envie, mais tu ne dis pas ce genre de choses, surtout même à des personnes plus âgées. Moi j'avais 15 ans, j'étais mineure, je venais de commencer ma vie sexuelle, ça faisait quoi ? Même pas un mois, je crois que j'avais couché avec mon ex-copain. Il y a des choses qu'on ne peut pas dire.
- Speaker #0
Et donc tu rentres chez toi pour prendre la seconde pilule à ce moment-là ?
- Speaker #1
Non, la seconde pilule c'était le lendemain. Je crois deux jours après. Il fallait que je la prenne. Donc du coup après moi je suis rentrée chez moi. J'étais un peu... Surtout que j'habitais avec mon papa et mon papa n'était pas du tout au courant. Donc j'ai dû bien cacher mon jeu. Il est toujours pas au courant à l'heure actuelle.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Il était pas au courant, je lui en ai jamais parlé. Je faisais comme s'il n'y avait rien.
- Speaker #0
Et pourquoi, du coup, tu ne voulais pas qu'il soit au courant ?
- Speaker #1
Je me suis dit, entre la situation avec mon ex-copain, je suis jeune et je suis sa fille. Et souvent, alors que mon papa, il n'y a aucun tabou là-dessus. Je sais que même à l'heure actuelle, je peux lui en parler. Il ne me jugera pas du tout, bien au contraire. Mais je ne sais pas. Je me suis dit, je suis sa fille, je viens d'avoir 15 ans. Il va se dire que j'ai couché avec un garçon, etc. Enfin, je me suis dit... Enfin, je ne pouvais pas, quoi. J'avais trop peur. Puis vu que j'habitais avec lui, je me suis dit qu'il avait une mauvaise réaction. Je vais devoir avoir ça tous les jours. Et je n'avais pas envie d'avoir un poids en plus.
- Speaker #0
Le plan, c'est que tu prennes la deuxième pilule en étant chez ton papa ou que tu ailles chez ta maman ? Pour prendre cette deuxième pilule ?
- Speaker #1
Non, pour la deuxième pilule, je suis allée chez ma meilleure amie. Ma maman, elle travaillait le soir, je crois. Enfin, elle avait quelque chose que... Ouais, je crois qu'elle travaillait le soir. Et du coup, elle ne pouvait pas rester avec moi. Donc, moi, je suis allée chez ma meilleure amie. Bon, elle, elle avait quelque chose de prévu. Et je lui ai dit... Honnêtement, je lui ai dit, moi, je préfère être seule. Donc, bloque pas ta soirée pour moi, genre. Juste, va faire ce que t'as à faire. Et moi, j'étais vraiment... J'étais seule, mais aussi c'était un choix. J'avais besoin d'être seule à ce moment-là. J'avais pas envie d'être entourée, etc. Mais il y a eu une partie, parce que c'est long quand même.
- Speaker #0
Comment ça s'est passé pour toi à ce moment-là ?
- Speaker #1
Du coup, je me suis réveillée le matin. J'étais encore chez mon papa. Lui, il était au travail. Donc, je me suis réveillée. La première chose que j'ai fait, j'ai pris le cachet. On m'avait donné des médicaments aussi pour les douleurs parce qu'ils m'avaient quand même prévenu que ça faisait un petit peu mal. On m'a dit un petit peu mal.
- Speaker #0
On se rappelle du un petit peu mal pour quand tu vas nous décrire comment ça s'est passé, c'est ça ? Voilà,
- Speaker #1
c'est ça. Du coup je prends le cachet, moi on m'avait dit, bon je leur avais dit du coup que je fumais etc. Ils m'avaient dit de surtout pas fumer ce jour-là, sauf que pour moi c'était impossible parce qu'à ce moment-là j'étais vraiment dépendante. Bon à l'heure actuelle je ne fume plus mais à cette période-là j'étais vraiment dépendante. Et surtout, dans ce genre de moment, la seule chose que tu as envie de faire, malheureusement, c'est... Désolée du terme, mais c'est d'être défoncée. Tu n'as pas envie de te dépenser, tu n'as pas envie...
- Speaker #0
Mais ils t'avaient dit pourquoi il ne fallait absolument pas fumer à ce moment-là en lien avec la prise de médicaments ou des faits indésirables ? Oui, pourquoi ?
- Speaker #1
C'était vu que j'avais pris le médicament et qu'il y a des risques d'hémorragie, etc.
- Speaker #0
Ah yes !
- Speaker #1
Voilà. Il ne fallait surtout pas que je fume, même une cigarette c'était limite. Je n'ai pas écouté, j'ai quand même fumé. Et quand je fumais, j'ai commencé à sentir comme des petites douleurs de règles. Donc je me suis dit ok ça va, c'est pas non plus... Mais après ça s'est accentué évidemment. Et j'ai commencé à avoir de très grosses douleurs, des contractions tout simplement. pour expulser le fœtus. Et de là, je me rappelle que je suis allée m'allonger sur mon canapé. J'ai pris les cachets pour la douleur. Et les cachets, bon aussi vu que j'avais fumé, j'avais fumé plus les cachets, ça m'avait quand même shooté. Donc j'essayais de dormir mais j'avais extrêmement mal. Mais je restais juste, en fait je suis un légume, je suis restée allongée. Voilà, on m'avait dit d'aller régulièrement aux toilettes. Donc, c'est ce que j'ai fait. J'allais régulièrement aux toilettes. Je perdais beaucoup de sang. Enfin, franchement, ils disent que c'est comme des règles, mais moi, personnellement, dans mes souvenirs, c'était bien pire que des règles. Peut-être pas hémorragique, mais c'est peut-être aussi le fait que j'étais un peu traumatisante quand même. Du fait que je voyais beaucoup de sang, je me disais « Oh là là, c'est quand même beaucoup ! » Après, j'ai des copines à moi qui sont passées me voir. pour voir comment j'allais, etc. On a bu un café. Enfin, elles ont bu un café, moi j'ai été pliée en 5, évidemment.
- Speaker #0
C'est ça. Là, à ce moment-là, c'est à ce moment-là qu'il faut se rappeler qu'il y aura un petit peu de douleur.
- Speaker #1
Exactement. Il y a un petit peu de douleur, t'es pliée en 8 dans ton canapé, on pleure, mais il y a un tout petit peu de douleur.
- Speaker #0
Un petit peu.
- Speaker #1
Exactement. Et après, mes amies sont parties et quand elles sont parties, je me suis levée pour aller aux toilettes. donc j'ai fait pipi et au moment où je me suis rhabillée, j'ai senti un truc entre mes jambes et du coup je me suis vite rassise et là j'ai entendu plouf. Voilà, je me suis dit ok, enfin en fait je crois que je suis restée au moins 5 minutes sur le toilette assise à me dire faut que je me lève mais pas que je regarde. Bon bien évidemment je me suis levée, j'ai regardé.
- Speaker #0
Donc toi t'as vu ?
- Speaker #1
Oui moi j'ai regardé Même si je me disais qu'il ne faut pas que je regarde, j'ai regardé. J'ai encore l'image dans la tête de toilettes pleines de sang, comme une boule un peu blanche, visqueuse, qui était, moi, je trouve quand même assez grosse. Je me suis dit qu'il y avait ça dans le ventre. Ce n'était pas rien. Et ça aussi, ça m'a traumatisée, je crois. C'est le moment où j'ai tiré la chasse et je me suis dit... Vu que je l'avais quand même beaucoup, je ne l'avais pas donné un prénom, mais comme un surnom, etc. Je me suis dit « Ok, la prune, elle va dans les toilettes, dans les égouts. » Tu portes un embryon et juste tu tires la chasse. Et les gens pensent parfois que t'as avorté, c'est rien. Mais non, pas du tout en fait. C'était ultra traumatisant.
- Speaker #0
Toi, tu l'avais matérialisé, tu lui avais donné un surnom, comme tu dis. De le voir dans les toilettes, quoi.
- Speaker #1
Et puis surtout, le geste de « tu tires la chasse et ça part » , c'est… voilà. Et après ça, j'ai quand même eu beaucoup de douleur. Et du coup, après, je suis allée chez ma meilleure amie le soir parce que je n'avais pas envie de rester. Il y avait mon papa, etc. Je n'avais pas envie. Enfin, je voulais vraiment être toute seule, quoi. Ouais, vraiment. Là, je ne pouvais pas. Je prends beaucoup sur moi, mais là, je ne pouvais pas. Donc, du coup, je suis allée chez ma meilleure amie. Elle est partie faire ce qu'elle avait à faire. Et j'ai passé ma soirée. Bien évidemment, je réfléchissais. J'étais un peu triste, c'est normal. Je pleurais un peu. Après, j'étais toujours soutenue par ma maman qui m'appelait régulièrement pour savoir comment j'allais quand même.
- Speaker #0
Et comment tu t'es sentie une fois que cet embryon a été expulsé ? Est-ce que tu t'es sentie attristée, soulagée ? C'était quoi l'émotion qui prédominait à ce moment-là ?
- Speaker #1
Moi, personnellement, j'avais un peu toutes les émotions. Mais je dirais surtout le soulagement de c'est fini. Mais aussi un peu, je ne dirais pas de la tristesse, mais j'avais l'impression que je n'étais plus la même personne. Je me suis dit, ok, là tu viens de vivre un truc dur que pas tout le monde vit et je ne le souhaite à personne. Enfin, t'es plus pareil. Il faut faire attention. Je ne sais pas comment expliquer. Je me sens plus du tout...
- Speaker #0
Je t'en veux cette histoire.
- Speaker #1
Oui, ça m'a beaucoup changé.
- Speaker #0
Donc on le rappelle, tu étais au collège, ta meilleure amie du coup est au courant, tes copines sont au courant et ton copain aussi. Quelles sont leurs réactions ? Comment elles sont présentes pour toi ? Est-ce qu'il y a du jugement ? Parce que moi je me rappelle du collège, c'est tellement un âge ingrat avec tellement de jugements et de malveillance. Comment tu l'as vécu ? Est-ce que ça s'est bruité ? Est-ce qu'il y a eu des jugements ?
- Speaker #1
J'allais passer mon brevet pas longtemps après. Alors ça s'est bruité très très vite parce que mon ex-copain à l'époque connaissait tout Valence. Donc évidemment, il était très fier de ce qu'il avait fait. Il m'a mis enceinte, il était content. Il peut mettre qui veut enceinte. Voilà quoi, ça a été vraiment... Il n'est vraiment pas assuré du tout. Et au niveau de mes coquines, ma meilleure amie, je sais, elle ne m'a jamais jugée. Elle a été présente pour moi au rendez-vous, surtout au début. Puis même après, parce qu'après on a beaucoup de séquelles aussi. Je pense que les personnes ne se rendent pas compte. Mais même encore aujourd'hui, j'ai totalement fait mon deuil. Je ne regrette pas du tout, mais pendant très longtemps, j'ai eu beaucoup de mal. Par exemple, maintenant je sais que je veux des enfants jeunes. Là j'ai 18 ans. je sais que quand j'aurai une situation stable, que ça fera un petit peu longtemps que je serai avec quelqu'un, etc. Et que la personne sera OK, bien évidemment. Enfin voilà quoi, c'est mon but dans la vie. C'est mon but.
- Speaker #0
Ouais, donc du coup, ça a dû rendre les choses aussi plus difficiles dans la décision de savoir que tu voulais être maman et d'être maman jeune. Alors sans être maman à 15 ans non plus, mais du coup...
- Speaker #1
Oui, on va dire que c'est...
- Speaker #0
Au fur et à mesure des années, c'est un petit tiroir qui est resté ouvert dans ta tête.
- Speaker #1
Oui, voilà. Avant, je ne pensais pas du tout. Je me disais non, mais moi, si je tombe enceinte, j'avorte direct. Mais une fois que c'est dans ton ventre, tu réfléchis à deux fois. Le fait d'avoir avorté qui m'a donné cette envie d'avoir un enfant. Parce que du coup, maintenant, moi, j'ai toujours été assez mature pour mon âge, même quand j'avais 15 ans. Et enfin, voilà, je sais que demain, ça m'arrive. Je n'avorterai pas. Ça dépend forcément de la situation, avec qui, etc. Mais ça m'a... Je ne sais pas. C'est mon but dans la vie, avoir des enfants.
- Speaker #0
Et donc, du coup, finalement, peu de jugement de ton entourage, de tes potes à ce moment-là, qui ont été plutôt bienveillants, à part ton ex qui a continué dans sa lignée du mec...
- Speaker #1
Exactement. Mais après, forcément, il y a toujours des personnes qui vont venir te dire... Bon, désolée pour les termes que je vais employer, mais c'est ce qu'on m'a déjà dit. Ouais, t'es une pute, t'es tombée enceinte ou voilà. Mais moi, ces gens, je leur répondais tout simplement, tu ne l'as pas vécu, tu ne connaissais pas la situation, tu n'étais pas à ma place, donc tu n'as rien à dire. Et puis franchement, c'est vraiment le truc qui ne m'atteint pas du tout. Parce que moi, bien au contraire, je n'en ai pas du tout honte. Et il n'y a pas à avoir honte, parce que ça peut arriver à n'importe qui. Enfin, c'est pas... Voilà, je me dis juste, les personnes qui disent ça, c'est des personnes vraiment immatures. et qui n'ont rien d'autre à dire, rien d'autre à faire de leur vie que juger les gens ou vouloir leur faire du mal. Mais moi, ça ne m'atteint pas. Je me dis heureusement que j'arrivais à prendre du recul parce que parfois, tu as des personnes qui veulent vraiment dans la vie tous les jours, même sans parler d'avortement, qui veulent vraiment t'anéantir. Il faut toujours prendre du recul.
- Speaker #0
Il y a eu par la suite beaucoup de changements. Les jours, semaines qui ont suivi, comment ça s'est passé pour toi dans ton corps psychologiquement ? Comment tu t'es sentie ?
- Speaker #1
Physiquement, j'ai saigné pendant un mois et demi encore. Ce n'était pas très abondant, mais c'est des petites pertes vraiment chiantes qui sont là tous les jours, tout le temps. Après, niveau psychologique, ça a été compliqué quand même au début. Fallait que je m'en remette. Une fois que je m'en suis remis, entre parenthèses on va dire, Quand même pendant, je ne sais pas, je dirais peut-être un an et demi, deux ans, j'avais toujours pas le regret. Mais je me disais, par exemple, j'étais dans le bus pour aller à l'école. Quand je croisais une femme avec un enfant, je me disais, si je le regardais, ça aurait été quoi ma vie ? À quoi elle aurait ressemblé ? Etc. Et aussi, un problème que j'ai toujours actuellement, c'est la phobie de tomber enceinte. Donc dès que j'ai mal au ventre... ou j'ai mal au rein, je vais directement acheter un test de grossesse. Même si je n'ai pas eu de relation sexuelle ou quoi que ce soit, c'est vraiment psychologique et si je ne fais pas mon test, je ne vais pas avoir mes règles. Je vais avoir tous les symptômes, le ventre qui gonfle. Parfois, je vais faire mon test et une minute après, j'ai mes règles. Si je ne fais pas mon test, je n'ai pas mes règles.
- Speaker #0
Et ton copain, il était au courant du coup que tu avais eu toute cette histoire-là ? Tu lui en avais parlé ou pas du tout ?
- Speaker #1
Oui, oui, il était au courant parce que mon ex-copain... En fait, beaucoup de personnes sont au courant de ça. Parce que mon ex-copain en a beaucoup parlé. Et souvent les gens, moins maintenant mais au début, les gens venaient m'en parler. Ouais, c'est vrai qu'eux... Donc moi je n'allais pas leur mentir. Enfin, voilà, on te l'a dit, on t'a montré. Voilà, donc c'est aussi ça, je pense, qui a fait que j'ai pris du recul et que je n'en avais pas honte. Donc moi, je dis ouvertement oui, c'est vrai. Je disais mais il ne faut pas qu'il en soit fier. Pas du tout.
- Speaker #0
Et ton copain, du coup, tu lui en as parlé aussi pour dire si jamais ça nous arrive, quelle décision on prend et comment toi, tu seras là pour me soutenir ou pas forcément ?
- Speaker #1
Moi, il m'a connue, ça faisait... Peut-être un mois que j'avais avorté.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Et je lui ai dit directement, quand on a commencé à parler, je lui ai dit écoute, je ne sais pas si tu es au courant, mais voilà, je l'ai avorté, etc. Et je trouvais ça important de lui dire, parce que je me suis dit si on parle et que ça accroche bien et que dans six mois je lui dis... Enfin, j'avais besoin que les choses soient claires. Et bon, il ne m'a pas du tout jugée, etc. Par contre, je lui ai toujours dit que si je tombe enceinte accidentellement, je n'avorterai pas.
- Speaker #0
Mais tu étais très prête pour ça.
- Speaker #1
Oui, à l'heure actuelle, je ne suis plus avec lui. Dieu merci ! Mais voilà, à l'heure actuelle, c'est sûr que si je parle avec un garçon depuis pas longtemps, qu'on a des relations, que je tombe enceinte, je ne vais pas le garder. Oui,
- Speaker #0
ça dépend de la relation que tu as. Voilà,
- Speaker #1
ça dépend quand même de la situation. Je ne suis pas non plus inconsciente.
- Speaker #0
Est-ce qu'en étant mineure, tu as eu l'obligation d'avoir un suivi psychologique ou pas du tout ? Est-ce que tu as vu quelqu'un sur ce sujet-là ou pas du tout ?
- Speaker #1
Alors, pas du tout. Au planning familial, ils m'ont dit que si j'avais besoin, je pourrais revenir pour en parler. Mais je trouve ça dommage d'ailleurs qu'ils ne poussent pas assez le suivi psychologique. Après, une fois que j'ai avorté, j'ai eu un rendez-vous pour être sûre qu'il ne restait plus rien. Et c'est là qu'on m'a dit, si tu as besoin, tu peux revenir, on en parle. Mais voilà, je ne suis jamais revenue, ils ne m'ont jamais appelée pour savoir comment ça allait ou quoi que ce soit. Moi, ça va, j'ai pris les choses avec du recul, comme tu dis, mais je pense qu'il y a des jeunes qui en souffrent vraiment beaucoup et ils devraient avoir un suivi obligatoire.
- Speaker #0
Quelle vision tu as sur toute cette histoire, sur la Luna d'il y a trois ans qui avait 15 ans ? Si tu pouvais lui dire quelque chose quand elle découvre ce test positif, qu'est-ce que tu lui dirais avec tout le recul que tu as aujourd'hui ?
- Speaker #1
Franchement, je lui dirais « doute jamais de toi, ça va aller » . Parce que c'était… je ne sais pas. En fait, pour moi, la Luna qui avait 15 ans… Et la Luna de maintenant, c'est deux personnes totalement différentes qui voyaient les choses totalement différemment. Comme j'ai dit à cette époque-là, entre ma relation, les autres problèmes que j'avais dans ma vie personnelle, j'étais vraiment instable mentalement. Je fumais beaucoup, je me faisais beaucoup de mal, etc. Je suis vraiment une personne totalement différente. Mais que je me dis, si c'était à revivre, je le referais. ça m'a changé. Je l'ai évolué de façon... Dès qu'il se passe quelque chose de mauvais dans ma vie, je me dis c'est juste qu'il fallait que je le vive. Je grandis, je change. Donc si c'était à refaire, malheureusement, je le referais. Parce qu'aujourd'hui, la femme que je suis est totalement différente de l'ancienne Luna.
- Speaker #0
Est-ce qu'avec du recul, il y a des choses que tu aurais aimé qu'on te dise ? ou des choses qui se fassent à ce moment-là, quand tu as appris que tu étais enceinte et pendant toute la période de l'avortement ? Est-ce que tu as eu des besoins qui n'ont pas forcément été comblés ? Est-ce qu'il y a des choses qui t'ont manqué ?
- Speaker #1
Je dirais quand même qu'on me dise « si tu gardes ton enfant, il va avoir ça » , « tu peux aller ici » , « tu peux te renseigner là » , etc. Parce que j'aurais bien aimé moi me renseigner pour savoir à l'époque. comment ça se serait passé, etc. Et après sinon, je dirais un suivi psychologique quand même. Parce que même si je m'en suis sortie, j'étais vraiment à cette heure-là instable mentalement. Je ne sais même pas comment j'ai fait pour devenir cette personne aujourd'hui. Mais il faudrait un suivi parce qu'il y a des jeunes qui vivent ça. Je me dis, je ne sais pas comment... Si tu n'as aucun suivi, ça peut être compliqué. Surtout si tu n'en parles pas à tes parents, que tu es seule et qu'il y a des personnes qui te jugent, etc. Tu peux faire des conneries.
- Speaker #0
Et sur justement les personnes qui jugent, s'il y a des personnes qui écoutent ce podcast, ce n'est pas le cas pour l'instant, tant mieux. Mais s'il y a des personnes qui écoutent ce podcast et qui jugent le choix que tu as fait, qu'on a fait d'avorter, qu'est-ce que tu aurais envie de leur dire ? Si tu as envie de leur passer un message ou pas ?
- Speaker #1
Ben, tout simplement qu'ils sont... Enfin, on a tous une histoire différente, tous des situations différentes. Et je préfère avorter qu'avoir un enfant dans de mauvaises circonstances et ne pas pouvoir m'en occuper correctement ou pas pouvoir subvenir à ses besoins. Et que tout simplement, on n'a pas notre mot à dire quand on vit pas la situation. Voilà.
- Speaker #0
Merci, Luna.
- Speaker #1
Non mais c'est vrai.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai. Je partage complètement tout ce que tu dis.
- Speaker #1
Après, il y a forcément des femmes qui tombent enceintes accidentellement qui, elles, font le choix de ne pas avorter. Et c'est leur choix. Moi, je ne juge pas leur choix. Donc, elle jugerait le mien.
- Speaker #0
Eh bien, merci beaucoup. C'était trop cool de pouvoir échanger avec toi et d'avoir cette vision-là de toi, en plus, avec le recul. Aujourd'hui, à 18 ans, du coup, ce regard... Je dis sur la petite Luna, alors à 15 ans, on est... On est grand déjà, mais on est aussi encore un peu un enfant. Oui,
- Speaker #1
on est encore un enfant. Même à 18 ans, on est encore un enfant.
- Speaker #0
Merci infiniment à Luna pour sa confiance et pour sa sincérité dans son récit. L'histoire de Luna met clairement en lumière l'importance du dialogue entre générations et la force que l'on puise dans le soutien de ses proches. Elle montre surtout que l'âge ne définit absolument pas la légitimité d'avoir le choix sur son propre corps. Et cet épisode, c'est aussi un moyen de parler de l'IVG. de continuer de briser les tabous et de soutenir la liberté de toutes les femmes, quel que soit leur âge. Si cet épisode vous a touché, n'hésitez pas à le partager, à en parler autour de vous ou à me laisser un message. Je vous invite aussi à vous abonner sur votre plateforme de podcast favorite, à mettre 5 étoiles, ça aide au référencement et à la visibilité du podcast. Si vous souhaitez avoir plus de contenu, vous pouvez vous abonner à ma page Instagram merci.simone.podcast témoigner au micro de Merci Simone et nous raconter votre histoire, écrivez-moi. En attendant le prochain épisode, merci Simone !