Speaker #0Bonjour à tous et bienvenue sur le podcast Mes Sorties Culture. Savez-vous pour qui pose le modèle de ce tableau réalisé par Suzanne Valadon ? C'est très étonnant. Écoutez jusqu'à la fin pour le découvrir. Aujourd'hui, je vais vous parler de comment Suzanne Valadon inventa la femme moderne. Vous pouvez retrouver le visuel sur Internet, entre autres sur nos TartinesDeCulture. Le lien vers l'article est dans la description. Quand j'ai vu ce tableau pour la première fois, j'ai cru qu'il était l'œuvre d'un ou d'une artiste contemporain.e. Le physique du modèle, son attitude, la composition graphique, les couleurs vives, le regard posé sur le personnage, tout respire la modernité. Alors, quand j'ai découvert que "La chambre bleue" datait de 1923, je n'en suis pas revenue. Celle qui signe cette image, c'est Suzanne Valadon, artiste autodidacte, fille de blanchisseuse et de père inconnu. Quand sa mère, désargentée, quitte la campagne pour Montmartre, elle plonge sa fille (née Marie Valade, Suzanne Valadon est son nom d'artiste) dans un Paris bohème et vibrant, celui du début du XXe siècle. Après une courte carrière dans le cirque comme trapéziste, interrompue par une mauvaise chute, la belle Suzanne devient modèle et muse d'une pléiade de peintres en pleine ascension. Auguste Renoir, Puvis de Chavannes, Henri de Toulouse-Lautrec... C'est dans leurs ateliers qu'elle apprend les techniques picturales en les observant, en les écoutant, en les questionnant. Encouragée par Degas, elle finira par vivre de son art, et sera, à seulement 29 ans, la première femme admise à la Société Nationale des Beaux-Arts. Mais revenons au tableau qui nous intéresse. Ici, Suzanne Valadon revendique une filiation, celle des peintures de belles alanguies telles qu'on en produit depuis le XVIe siècle. Sauf que son modèle n'est pas nu et qu'il ne s'offre pas vraiment aux regards masculins. Il semble plutôt s'y dérober. Déjà, cette jeune femme aux formes voluptueuses est vêtue à la garçonne d'un pantalon de pyjama et d'un débardeur. Ses cheveux sont relevés et elle fume une cigarette. Elle semble faire peu de cas du fait qu'on la peigne ou qu'on la regarde avec cette pose très décontractée. Yékrik ! Yékrak ! Yémisticrik ! Yémisticrak ! Suzanne Valadon ne faisait pas appel à des modèles professionnels, et on peut lire ici ou là qu'il s'agissait peut-être de son employée de maison. Il y avait en tout cas, semble-t-il, une vraie complicité entre ces deux femmes, peut-être de l'admiration aussi envers cette femme qui semble solide, sensuelle, mais sans souci de se plier aux codes conventionnels de la séduction, à l'aise avec son corps. Aujourd'hui, on dirait de cette image qu'elle est "body positive"! Dans l'histoire de la peinture, la plupart du temps, quand les femmes sont représentées, c'est un regard masculin qui opère, fait pour plaire aux hommes. Pour la simple raison que la plupart des peintres étaient des hommes, la profession n'étant longtemps pas accessible, ou très peu, aux femmes. Et même quand les femmes peignent des femmes, le regard masculin est parfois intériorisé, autant par l'artiste que par le modèle. Mais Suzanne Valadon, femme libre, peintre reconnue, décide justement d'inverser le regard avec ce portrait d'une jeune femme qui fume et regarde dans le vague (la jeune fille en feu avant l'heure!) et offre un des premiers regards féminins d'une femme émancipée sur une femme manifestement indépendante - suffisamment en tout cas pour poser, fumer, lire et se moquer du qu'en dira-t-on. Dans son écrin de motifs décoratifs, cette jeune femme simple et moderne apparaît en majesté dans toute sa liberté. Et au fond, même si ce modèle ne lui ressemble pas physiquement, on peut considérer que Suzanne, qui fut modèle avant d'être peintre, produit là une forme d'autoportrait, mais en donnant pour une fois au modèle en tant que tel une place centrale. Cet avatar de Suzanne ne pose pour personne, elle est posée là et nous permet de la contempler un instant. Je vous remercie pour votre écoute. J'espère que cette découverte culturelle vous a plu. Je vous invite à aller sur la plateforme d'écoute de votre choix pour nous laisser 5 étoiles ou un avis. Nous nous retrouvons dans deux semaines pour un nouvel épisode. Abonnez-vous à notre podcast MesSsortiesCculture pour ne rater aucun épisode. D'ici là, vous pouvez aller sur le site web messortiesculture.com pour trouver des visites guidées pour découvrir notre patrimoine culturel et aussi répondre à nos #mardidevinette et à nos #enigmeduvendredi toutes les semaines sur Instagram et Facebook. Tous les liens sont dans la description. A bientôt !