- Speaker #0
Bienvenue dans le podcast 1000 et 1 coureuse, le podcast qui traite des courses à pied d'un point de vue féminin, dans une ambiance intimiste qui je l'espère vous fera sentir comme à la maison. Nous parlerons de formantiement, de nutrition, une grosse part du travail qui est la récupération et de mes dossards préférés. J'aborderai mes hauts, mes bas et mes diverses lectures qui traitent de ce merveilleux sport. Vous êtes prêts ? Alors c'est parti ! Hello, bonjour à toutes et à tous, j'espère que vous allez bien. Aujourd'hui j'ai le plaisir de vous accueillir dans cet épisode qui va aborder l'existence d'une épreuve qui dépasse l'essence même de l'ultra-trail. Une course presque secrète, une course mythique, ça c'est certain. Nous allons parler de la Chartreuse Terminorum, la Barclay à la française. Un parcours rude, sauvage, déroutant. Nous allons parler d'une expérience, plus que d'une compétition. A l'occasion de la sortie du livre La Quête, Paru chez DBS en mai 2025, je reçois son auteur, sociologue, Simon Lancelevé. Nous allons évoquer les caractéristiques de cette épreuve, et nous allons parler de ces femmes et ces hommes qui se lancent dans cette aventure hors normes. Pourquoi choisit-on une épreuve aussi radicale ? Qu'est-ce que l'on recherche, au fond, quand on accepte de se perdre dans le massif de la chartreuse ? Je vous invite dans une conversation à la frontière entre sport, société et quête intérieure. Bonne écoute. Hello Simon, j'espère que tu vas bien. Je suis ravie de t'accueillir aujourd'hui après maintes et maintes tentatives d'enregistrement de cet épisode. C'est chose faite, on est là et on va pouvoir démarrer cet épisode qui ne sera pas le seul puisqu'il s'avère qu'on a décidé de faire une mini-série autour de ton oeuvre, La Quête, qui est parue aux éditions DBS en mai 2025. La quête, tu vas nous en parler, c'est le récit de 4 ans d'aventure que tu as passé auprès de 9 athlètes qui avaient pour aspiration de vivre la Chartreuse Terminorum. Pas tant de la finir, de ce que j'ai compris au départ, parce que ça va bien au-delà. Ce sont des personnes, femmes et hommes de l'extrême. Je pense que je les qualifie pas du tout comme il faut, mais c'est un petit peu ce qui me vient à l'esprit. Tu me diras si t'as une petite idée après les avoir côtoyées de... comment on pourrait les qualifier ou peut-être que ça ne sert à rien, à quoi bon ? Ou peut-être que elles appartiennent à une case, la case des incasables, au sens positif du terme, parce que de ce que je comprends en lisant ton livre, c'est qu'ils ne sont pas à la recherche de reconnaissance, du moins extérieure, peut-être qu'ils cherchent eux-mêmes à se reconnaître à travers ce qu'ils fournissent dans cet effort assez incroyable. J'ai l'impression aussi qu'ils ne recherchent pas de chrono, puisque de toute façon, déjà arriver à finir cette Chartreuse Terminorum, c'est quelque chose de quasi impossible. Seuls six athlètes depuis l'ouverture de cette aventure ont réussi à la terminer. Mais j'ai bien l'impression qu'ils sont à la recherche, ils sont à la quête d'émotions certainement extra-humaines, presque. puisque j'ai l'impression que notre confort dans nos sociétés occidentales lisse, polie, les émotions que nous pouvons avoir quand justement on est confronté à nous-mêmes, à des efforts que nous avons pu faire à travers nos ancêtres quand le confort n'était pas là il y a des milliers d'années. je pense aussi que l'idée là pour ce premier épisode ça va être de comprendre aussi toi ton cheminement, comment tu as réussi en tant que sociologue à la base à suivre ces athlètes. Qu'est-ce que c'est d'écrire un livre en suivant des athlètes dans cette aventure folle ? Tu les as suivis dans leurs entraînements, tu as dû toi-même charbonner, comme on dit dans le jargon, pour pouvoir ne serait-ce que les suivre. J'aimerais un peu que tu détailles tout ça et que tu nous donnes ta vision de ces personnes que tu as côtoyées. J'imagine qu'elle ne sera pas unique cette vision puisque chaque être humain est différent de ceux que tu as suivis. Mais voilà, c'est parti.
- Speaker #1
Merci de m'avoir invité. Je suis très content d'être là pour parler de cette chartreuse Staline Rom qui est une course... qui commence à être de plus en plus connue mais qui garde toujours une part de secret et de mystère. Donc je pense que c'est important de repréciser ce qu'elle est déjà, peut-être dans un premier temps dans ses dimensions. C'est une course qui aujourd'hui est une course d'ultra-endurance qui fait 300 km et 25 000 m de dénivelé à réaliser en moins de 80 heures. Et ces 300 km sont répartis sur 5 boucles, donc d'égale distance. C'est une course qui est une course par élimination, c'est-à-dire que si on arrive avec 16 heures et une seconde de retard au bout du premier tour, on est éliminé. Et surtout, c'est une épreuve qui est à rebours, je dirais, des codes un peu classiques de l'ultra-trail, c'est-à-dire que l'autonomie est reine, il n'y a pas d'assistance, on n'a pas le droit d'avoir une montre GPS, pas le droit d'avoir un téléphone portable. Et puisque c'est aussi une course qui est inspirée de la célèbre Barclay Marathon aux Etats-Unis, On n'a pas de balisage, on a des livres à trouver, desquels les co-œuvres doivent arracher la page qui correspond à leur numéro de dossard. Sur ça, c'est assez classique par rapport à cette barquée, la course étatsunienne. De la même façon, c'est une épreuve qui est à rebours des codes du trail. Il n'y a que 40 personnes qui sont sélectionnées, là où la plupart des courses aujourd'hui affichent des milliers d'inscrits. Et ils sont sélectionnés sur la base d'un essai à envoyer. à une adresse qui n'est connue qu'à une seule date de l'année. Donc ça reconte pour le contexte un peu de cette course, finalement une course qu'on pourrait considérer un peu peut-être comme un ovni, peut-être dans le paysage de ce qu'est l'ultra-trail. Et moi ce qui m'a intéressé, c'est que dans cette épreuve, finalement aujourd'hui en ultra-trail ou même dans les cours d'endurance en général, on connaît un petit peu à l'avance le scénario. on sait que voilà à Chamonix, si tout se passe bien. En moins de 20 heures, on risque d'avoir un premier arrivant. On sait qu'il y en aura un, on connaît le parcours, etc. Là, on peut le repérer aussi. Bref, tout ça, c'est des choses qui sont assez connues. Et à l'inverse, sur cette Terminorum, c'est une course qui recèle de surprises. Le parcours est aussi découvert que la veille. L'heure du départ est inconnue. Et surtout, on ne sait pas si quelqu'un parviendra à... Aller au bout de l'effort. Et moi, quand j'ai vraiment commencé à m'y intéresser, personne même n'avait fini l'épreuve. Donc, c'était une course finalement qui posait la question assez simple. C'est finalement comment on se lance aussi dans un défi qui, sur le papier, je ne dis pas qu'il est impossible, mais en tout cas, apparaît proche du rêve presque.
- Speaker #0
Tout à fait. Alors, j'ai plein de points sur lesquels je veux rebondir, mais je reprends déjà sur la façon de s'inscrire à cette course. Je suis allée voir un petit peu par curiosité et j'ai vu que même avant d'envoyer l'essai en question pour donner envie aux personnes qui ont créé l'aventure de nous choisir, c'est qu'on ne sait même pas la date à proprement parler. Il y a déjà une énigme pour trouver la date. Donc moi, je me suis un peu amusée à faire cette énigme. J'ai trouvé la date en question. Ça m'a titillée. Je me suis dit, est-ce que juste t'as envie de... Vu que tu as commencé à être dans cette énigme-là, est-ce que tu as envie de poursuivre l'aventure ? Et je me suis dit non, parce que ça ne correspond pas du tout à l'esprit pour faire, je pense, cette course. Ce n'est même pas une course pour moi dans ce que j'ai lu de ton livre. Mais du coup, je me suis dit non, tu ne peux pas avoir envie de faire ça sur un coup de tête. C'est quelque chose de beaucoup plus profond. Ça va nous amener tous, si on y participe, dans des profondeurs, dans des remous personnels, je pense, pour arriver à ne serait-ce qu'avancer dans cette course. Je ne parle pas de la terminée, mais... Pour moi, ça a l'air d'être une aventure presque mystique. Du coup, je ne me suis pas laissée avoir au jeu de « Oh, j'ai découvert l'énigme, donc je vais postuler. » Parce qu'il faut que ce soit plus profond. De toute façon, je pense que j'aurais postulé. Les personnes qui reçoivent les propositions n'auraient sûrement pas choisi ma candidature parce qu'il faut qu'ils ressentent quelque chose de cette lettre. C'est ce que j'ai compris. Donc dans tous les cas, je pense que ça ne m'aurait pas amenée à ça, mais j'ai trouvé juste ça. extraordinaire de pouvoir commencer à trouver cette date en jouant. C'était très ludique et franchement, je me suis vue un peu enfant en faisant cette énigme-là. Donc bref, si vous voulez participer pour le coup aux éditions prochaines, c'est trop tard. Là, la date est passée pour cette année, si je ne me trompe pas, si l'énigme est passée. Je ne sais pas,
- Speaker #1
la date est tenue secrète, donc je ne la connais pas forcément. Surtout, si je la connaissais, je ne la dévoilerais pas. Merci. Peut-être qu'elle est en effet passée, peut-être pas. Je n'ai pas été voir récemment le jeu de piste, en effet. Mais cette date, en tout cas, il n'y a pas de publicité sur la terminale. On ne veut pas la voir dans les magazines classiques de course. Donc, c'est juste la date de la prochaine édition. Après, la date de candidature, ça relève justement de... Tu as parlé de mysticisme ou d'un caractère un peu étrange. Ça relève surtout du secret.
- Speaker #0
Oui, carrément. Et donc, après, tu as parlé de pas mal de choses sur le fait que, toi, tu t'es lancée là-dedans parce que, justement, ça sortait un peu des sentiers battus. C'est le cas de le dire. On n'est pas du tout dans des courses où on sait à quoi s'attendre. On sait que tel parcours sera difficile à tel moment. Là, pas du tout, en fait. Enfin, on connaît la boucle en soi, mais il peut y avoir plein de changements. On ne la prend pas dans le même sens, de ce que j'ai compris, par moment. Tout dépend d'énormément de choses et de l'imagination aussi de ceux qui ont organisé chaque édition. Et je trouve que ça met du piment au-delà du côté où ça va plus puiser dans nos réserves puisqu'on ne sait pas à quoi s'attendre. Je veux dire, mentalement, ça doit être plus compliqué. Et j'ai trouvé qu'il y avait un élément intéressant dans « on ne sait pas à quoi s'attendre » . on va peut-être se rapprocher du trail qui existait il y a très longtemps. En fait, j'ai lu une publication il y a peu de temps, et c'était Kylian Jornet qui disait « Finalement, maintenant, on aseptise beaucoup plus les parcours pour que justement, on continue de faire venir beaucoup de personnes et puis ça devient lucratif, etc. Mais par contre, la base du trail, c'était quoi ? C'était des montagnards, globalement. » qui allaient courir sur des sentiers qu'ils connaissent certainement parce qu'ils habitent à l'endroit où ils courent. Mais il y avait quand même, je pense, cette partie un peu plus « je ne sais pas à quoi m'attendre, je suis face à moi-même, je suis tout seul ou je suis avec mes potes, je n'ai pas de ravitailleur » . Et voilà, je trouve que c'est un peu un retour d'une certaine manière à cette source-là. Après, tu me diras ce que tu en penses, c'était juste ce que ça me faisait penser. Et toi, dans ton parcours ? Si maintenant on peut rebondir sur quel sportif tu es, est-ce que le trail c'est quelque chose qui t'avait attiré plus tôt ? J'ai déjà la réponse parce que j'ai lu le bouquin, mais si tu peux nous en dire un peu plus sans spoiler le livre.
- Speaker #1
Je vais peut-être juste répondre un peu sur avant, la parenthèse sur Kylian pour le coup. Je n'ai pas vu cette publie forcément, parce qu'il y a énormément de publies dans tous les sens aujourd'hui et que je ne suis pas non plus à la page. sur les réseaux, etc. Mais en fait, finalement, Kylian parle un peu de... Toi, tu as parlé de montagnards ou de ce que j'ai compris de territoire aussi. Et moi, je parlerais un peu d'esprit de travail, en fait. Parce que finalement, moi, je suis sociologue. J'étais journaliste aussi en amont. Et la question qui a fait que je me suis intéressé à cette discipline, c'est cette question de la croyance, c'est la question de la pratique. Et c'est finalement, je dirais aussi, la question de... de l'éthique en fait, c'est finalement comment on le fait. Et moi je ne sais pas trop s'il y a un trail des origines, etc. Je suis assez mesuré sur le fait que dès qu'on met des baskets et qu'on est sur un sentier, on est du trail. En fait, le trail c'est quand même un jeu, c'est un plaisir. Donc les gens qui le faisaient avant pour répondre finalement à une tâche domestique ou à un travail, ils ne faisaient pas du trail, juste ils n'avaient pas de voiture, ils couraient ou ils n'avaient pas de mule, etc. Ce n'était pas du trail. Le trail c'est quand même un amusement et c'est pour ça que la terminorome... Pour moi, ça reste du travail. En tout cas, en tant que sociologue, je travaille sur les disciplines depuis 2017. Quand j'ai commencé à m'y intéresser, dans les entretiens que je faisais, j'entendais tout le temps parler de l'esprit de travail. Tout le temps. Par des gens qui faisaient de l'ultra, mais aussi des gens qui vusent s'imiter. On me parlait de personnes qui incarnaient cet esprit de travail. Et je remarque que les dernières années, depuis que je continue de faire les entretiens, d'échanger avec des acteurs professionnels, des passionnés, j'entends de moins en moins cette expression arriver. Et en fait, ça, je ne sais pas si ça s'aseptise, peut-être, mais surtout, je trouve qu'il y a un glissement. On ne se pose plus forcément la question de comment on le fait. J'ai l'impression qu'il y a quand même ce côté de plus en plus consommation de l'espace, consommation de dossards, etc. Donc en effet, on peut avoir cette impression qu'on s'est éloigné de quelque chose qui était, on va dire, l'essence même de ce pourquoi on court. et en ça je suis assez d'accord et dans les coureurs que j'ai interrogés de la terminant mais que j'ai suivi pour beaucoup il y avait quand même aussi l'idée on en a marre un peu finalement parfois de faire la course avant même d'avoir fait la course pour avoir un dossard on en a marre de se rendre compte que les dossards ils flambent concrètement si on regarde, moi j'ai intervenu encore cette semaine dans le DEU trail, j'ai donné un chiffre de l'an passé pour une course ça va encore augmenter concrètement cette année donc j'étais devenu obsolète malgré moi Merci. presque, je vais pas vérifier non plus toutes les courses tout le temps mais il y a quand même un peu ce côté là je pense et le côté aussi quand il y a de plus en plus de monde forcément on est obligé d'encadrer la pratique différemment donc ça je pense qu'il y a eu en tout cas une forme de saturation pour moi l'espace il est en train d'être saturé sur le trail, on a de plus en plus de gens qui arrivent même pas à accéder aux courses donc il y a quand même un souci à ce niveau là et en effet il y a des coureurs qui se disent mais ça c'est pas la pratique telle que je l'ai connue il y a 10-15 ans et par conséquent on s'oriente vers autre chose. Ça, c'est une réaction assez facile à comprendre. Après, pour répondre à ta seconde question sur le plus personnel, moi je cours depuis que j'ai 8 ans, j'ai 33 ans, donc ça fait quand même quelques années maintenant. J'ai eu un parcours de crossman quand j'étais au collège, de la course sur piste. Et moi j'ai connu la course quand c'était des has-been qui couraient, quand on avait des t-shirts et des marcelles, et que sur les courses, on était tous contents. de la fin d'avoir un t-shirt en coton avec un imprimé qui n'était pas très beau et ça suffisait en fait donc moi j'ai ce regard un peu parfois nostalgique de la course comme un lieu un endroit vraiment pour fédérer pour faire vivre des associations le Téléthon etc j'ai un peu ce côté là et donc ça c'est vraiment mon côté perso moi là-bas je faisais vraiment des courses assez courtes j'ai fait du 800 mètres, du 1500 mètres et courir longtemps c'était pas forcément ce qui me... me faisait rêver, mais par la force des choses, je m'y suis mis parce que j'ai pu faire un stage en montagne, en chartreuse, donc j'ai commencé à courir un peu en montagne, et j'ai participé à des courses de 24 heures parce qu'on a vu une dans le village à côté de chez mes parents, et que je trouvais ça super de voir des gens tourner sur une boucle, et puis juste sans avoir la notion de performance, je dirais. Voilà comment je me suis mis un petit peu à l'ultra, et par la force des choses, en découvrant cette terminurome, et surtout en ayant envie de la comprendre. J'ai continué de me rapprocher de courses, de participer aussi, parce que de fil en aiguille, l'enjeu, c'était aussi pour comprendre une course si mystérieuse, autour de laquelle les coureurs finalement entretiennent ce secret dont on parlait tout à l'heure. Pour un peu essayer de le percer, ce mystère, il fallait chausser les baskets et donc essayer de les suivre, voire de participer. Donc forcément, comme tu l'as dit, on ne se lève pas un matin, même si on a trouvé l'énigme et tout, on candidate. Il faut aussi, finalement, je dirais, faire ses preuves. Donc, par conséquent, j'ai fait l'ultra pour faire mes preuves parce que j'étais juste pas forcément passionné d'ultra, mais curieux de comprendre. Ça, c'est la nuance, on va dire.
- Speaker #0
C'est intéressant. Et tu as parlé de deux choses, et je trouve qu'il y a un lien évident qui me vient dans ma compréhension des choses. Tu évoquais dans un premier temps que tu avais été crossman, que tu avais connu la course quand elle était à une toute petite échelle. puisque la preuve, si on qualifiait les coureurs d'Asbine, c'était qu'ils n'étaient pas considérés comme très normaux. C'est moi qui ai dit Asbine,
- Speaker #1
mais en tout cas, je me sens que quand j'étais au collège, je faisais de la cour de fond. Bon, si je n'avais pas beaucoup de copains pour venir avec moi, c'était plutôt comme tous les enfants encore aujourd'hui, je pense du foot, etc. Mais même plus tard, même au lycée, etc., il n'y avait pas l'engouement qu'il y a aujourd'hui, ça c'est certain.
- Speaker #0
Oui, je suis d'accord avec toi, mais je suis aussi d'accord avec l'image d'Asbyn, parce que pourtant, tu vois, je vais sur mes 30 ans cette année, je ne suis pas si vieille, et pourtant, je vois déjà une différence. Moi, mon père, il courait beaucoup pour le fun, pas pour la perf, et puis il courait pour des causes aussi, les enfants malades, etc. Et le peu dont je me souviens quand j'étais petite, c'était de voir tous ces coureurs, comme tu dis, habillés un peu n'importe comment, peu importe, peu nombreux. je ne sais pas je trouvais que la vision des gens, c'était beaucoup d'admiration, mais quand il s'agissait d'aller s'entraîner, et c'est encore le cas des fois aujourd'hui avec des gens qui ne courent pas du tout et qui peuvent être face à des coureurs, on nous dit « qu'est-ce qui vous pousse ? » On nous trouve bizarre. Et je pense qu'avant, c'était d'autant plus le cas. Donc l'image lasbine, pour moi, elle me parle. Je ne trouve pas ça déconnant quand tu l'as dit. Et après, tu as dit autre chose, c'était… Attends, j'essaie de me souvenir. Tu évoquais aussi le trail. plus d'une manière esprit trail et pas une question de territoire ou de gens qui habitent à la montagne, etc. T'évoquais que les gens étaient vraiment là parce qu'ils y trouvaient quelque chose qui va au-delà de la performance. Ils étaient moins nombreux. De fait, c'était moins difficile d'aller faire des dossards, etc. Et je trouve en même temps qu'aujourd'hui... Ça a augmenté, les gens courent, font de plus en plus de trails. La solidarité que tu expliquais, le fait de fédérer, que ce soit dans les clubs, à travers des crosses, ou là, en trail avec les montagnards et autres, finalement, ça continue de fédérer, mais de manière différente. C'est-à-dire qu'avant, ils étaient moins nombreux, donc ça faisait une petite communauté, si on peut dire. Maintenant, je pense que ça continue de fédérer, mais entre des amis qui vont décider de faire tel trail ensemble. Je trouve que ça a juste pris un niveau de fédération nouveau, plus interindividuel. Et c'est dommage d'un côté, mais d'un autre côté, je trouve ça bien, parce qu'au moins les gens retrouvent un certain lien avec la nature. En tout cas, c'est ce que j'espère pour la majorité des gens qui courent, sinon... en montagne surtout ou en nature, j'espère que c'est ça qui les motive. Mais en tout cas, je pense que pour plein de gens qui habitent dans des grandes métropoles, qui sont un peu noyés dans ce brouhaha, dans tous les stimuli visuels, ça doit leur permettre, ne serait-ce que mentalement, de se reposer. Donc je trouve ça génial d'un côté que ça ait pris l'envergure, et d'un autre, je comprends que des personnes qui ont connu le trail avant puissent donc vouloir se diriger vers la Barclay française, ou la Barclay tout court. Mais en tout cas, je voulais juste rebondir sur ce que ça me faisait penser de cet essor du trail. Je trouve que ça a des bons côtés et que le côté fédération est toujours là, mais d'une autre manière.
- Speaker #1
Ok. Moi, je ne pense pas voir ça comme la même chose. Parce que finalement, pour moi, la fédération, ça s'incarne par la fédération elle-même. Si je veux dire par là, c'est que historiquement, on a quand même eu la fédération d'athlétisme qui a un peu laissé passer. les vagues successives du hors-stade, que ce soit des années 70, le marathon, le boom, etc. Ils ont été dans le rattrapage un peu. Et il y a eu la même chose sur le trail, en fait. Et moi, ce que je trouve un peu, ce que tu dis, c'est que je dirais qu'on est passé plus dans une sphère du privé. Si je reprends l'exemple des clubs d'athlétisme, moi, quand j'étais plus jeune, je faisais de l'athlétisme. Mes entraîneurs, finalement, ils passaient une dizaine d'heures par semaine avec nous. Si on réfléchit bien, ils nous menaient sur des courses. On avait trois entraînements, deux heures par semaine. Ça fait déjà six heures. on imagine qu'il préparait un petit peu quand même à la maison. Donc 10 heures, je pense que c'est un ordre de grandeur qui me paraît entendable. Et c'était bénévole complètement, concrètement. Et même sur les groupes adultes en fait, c'était du bénévole. Et aujourd'hui, quelqu'un qui s'entraînerait même 10 heures par semaine, il va prendre un coach privé en fait, c'est une possibilité. Ou alors il s'entraîne tout seul avec des plans. Mais ce que je veux dire par là, c'est qu'on a mis aussi de la marchandisation souvent derrière ça. C'est que... Avant, encore une fois, on cadrait un groupe, on pouvait le faire de manière bénévole. Aujourd'hui, ça a quand même beaucoup moins le cas. Pour moi, il y a des glissements qui ont été opérés et ça participe aussi à un glissement de valeur. Mais c'est juste pour rebondir un peu sur ça. Pour moi, on ne peut pas fédérer dans l'ordre du privé. Fédérer, c'est quand même amener des gens qui sont dans des valeurs assez différentes autour d'une même table, avec des pratiques différentes, souvent ses amis qui se ressemblent, s'assemblent. On a quand même des points assez communs. Par contre, j'entends le côté course libre, etc. dont tu parles. Ça, par contre, c'est indéniable. Je serais un peu plus modérotiste sur l'image de nature. Moi, concrètement, je fais de la course à pied, mais quand même, si je fais un tour d'une montagne ou je prends un sentier, je ne me dis pas que je suis en nature la plupart du temps. Je me dis que je suis dans quelque chose qui est aménagé, concrètement. Je me dis que souvent, c'est aménagé. Si on regarde les grands parcours de randonnée, c'est le cas. on suit un peu un VR, on suit une borne PDI-PR, etc. Et c'est ce qu'on dit être la nature. Mais c'est pas concrètement la nature. Si on demande à quelqu'un en Amazonie, on lui dit, ça c'est notre nature. Lui, il nous dira, ça c'est des penseurs, je sais pas, Philippe Descola, etc., qui l'ont très bien montré. Il nous dira, mais en fait, ça c'est pas la nature. En fait, finalement, ça s'arrête où la nature ? Nous, du coup, est-ce qu'on fait partie de la nature ? Et que cette conception, si la nature c'est que des animaux à cornes et à sabots, par exemple, ou de l'herbe, etc., nous on est dans la nature. Et le fait de dire, Et puis... Pour moi, tout autour de moi, finalement, serait presque nature. C'est juste qu'après, on l'a retravaillé, on l'a transformé. Mais je pense que, justement, peut-être que ça enferme aussi l'idée de nature dans une forme qui est un peu plus, finalement, distante de lui. Moi, j'ai tendance à me dire, mais tout ça, ça fait partie de la nature. Jusqu'après, du contraire, même le pétrole qu'on utilise pour faire du plastique, on l'extrait, c'est finalement, à la base, c'est issu de la nature, finalement, si on se réfléchit, etc. Donc moi, j'aurais tendance à plus englober tout ça. Le concept de nature, je trouve qu'en fait, il est assez marquété quand même, de mon point de vue, pas trop sociopathe.
- Speaker #0
Je suis entièrement d'accord avec toi et je trouve ça trop intéressant, pour le coup, d'avoir ton opinion sur le sujet. Et avec une opinion de fait plus sociologique, on voit que tu as réfléchi aussi à comment l'homme réagence la nature, et également dans des endroits qu'on va considérer comme vraie nature, alors que, comme tu dis, si on doit imaginer des endroits ou très peu de... d'hommes vont pourquoi ? Parce que c'est trop dangereux, l'Amazonie par exemple. Par contre, je vais préciser mon propos parce que je reste sur mon premier avis de, tu sais, quelqu'un qui vit en métropole va avoir ses sens complètement chamboulés par cette surstimulation. Ça c'est un fait. Et juste si on se positionne du point de vue du corps, de ces êtres humains qui vivent en métropole quand ils retournent. en milieu plus naturel, même si ça a été retravaillé, que c'est des GERR, etc., il y a des sens qui vont être à nouveau stimulés d'une manière plus douce, d'une manière moins artificielle, puisque ce sont des bruits naturels, les oiseaux, l'herbe sous nos pas, les cailloux, tout ça, pour moi, ça apporte un bien-être de fait psychologique à l'être humain qui devient de plus en plus nécessaire. Et c'est là où je voulais dire que par rapport à ça, c'était super qu'il y ait un essor au niveau du trail. Et en même temps, tu vois, je ne suis pas sûre de moi parce qu'il y a forcément un revers de la médaille. C'est qu'on est plus nombreux, donc on continue de transformer ce terrain naturel. Je pense, ça c'est mon père qui me disait ça. Il me dit, ouais, on transforme le milieu naturel, mais d'une certaine manière, ça permet de garder des chemins ouverts. Tout simplement, on parcourt des chemins. Donc, si à un moment, il y a tempête, on va forcément aller s'en occuper. Et donc, on peut continuer d'aller dans des endroits parce qu'on est obligé de s'en occuper, parce qu'on va s'en servir pour aller courir, par exemple. Enfin bref, ça, c'était son avis. Mais d'une certaine manière, on continue d'instrumentaliser la nature, alors qu'elle pourrait s'épanouir, elle s'épanouirait sans nous bien mieux. Mais voilà, si je pense que du côté de l'être humain et de sa santé mentale, je trouve ça bien, cet essor-là. Et sur la fédération ? je suis obligée de répondre parce que autant j'entends ce que tu dis, c'était super sûrement à l'époque avec des entraîneurs bénévoles qui font ça de bon cœur mais il y a deux sujets quand tu dis ça bien sûr ça fédère bien sûr ça a dû créer des liens dingues moi j'ai pas connu ça bien qu'il y a encore beaucoup de bénévolat dans l'athlée mais dire que ça a été sur un glissement de valeur vers de la marchandisation, ce qui n'est pas faux mais c'est considérer aussi le travail des entraîneurs et pas entraîneur d'athlée maintenant J'avoue que je suis obligée de rebondir en disant que je ne suis pas tout à fait d'accord, parce qu'en même temps, c'est une reconnaissance. C'est toujours pareil, en fait. Dès qu'il y a une évolution, il y a du bien pour certaines choses, mais il y a des régressions pour d'autres. Là, pour repartir sur la chartreuse Terminorum, tu sais, tu évoques donc des parcours d'athlètes. Je ne sais même pas si tu les qualifies d'athlètes, mais c'est ça ma question. C'est comment tu qualifierais ces personnes qui... à un moment de leur vie, vont passer une grande partie à s'entraîner, à rêver de cette épreuve-là. Qu'est-ce que tu en retiens ? Qu'est-ce que ça t'a apporté ? Peut-être que ça t'a transformé dans leur vision de voir cette « discipline » . Forcément,
- Speaker #1
après, oui, forcément, quand on passe beaucoup de temps comme ça avec des personnes, à les suivre sur les sentiers, à les suivre dans leur cheminement, leurs doutes aussi. Forcément, ce sont des moments qui sont très riches et très intenses. Ça fait réfléchir, ça même. On a une posture. Moi, j'y allais vraiment pour les comprendre, eux. Mais moi, dans ma pratique, bien sûr, ça m'a fait réfléchir aussi sur pas mal de choses. Et ça m'a transformé. C'est indéniable parce que, de toute façon, après que j'ai suivi cette épreuve pendant quatre ans, j'ai arrêté de courir concrètement. J'ai arrêté de prendre des dossards. J'ai rangé les baskets pendant deux ans au placard et je les ai ressorties que là il y a quelques semaines. Mais pas pour les bonnes raisons d'ailleurs, mais ça c'est autre chose. Ce que je veux dire par là, c'est que ça nous transporte en fait. Et ce qui nous transporte, c'est que ces personnes déjà sont des... Je ne saurais pas dire en fait qu'est-ce que le trail, qu'est-ce qu'il n'est pas trail, qu'est-ce qu'il est athlète, qu'est-ce qu'il n'est pas athlète, si on demandait à un grec si c'est quoi. Les coureurs étaient des athlètes, ils diraient forcément que non. Même quelqu'un qui fait de l'athlète, il dirait mais non, des athlètes c'est des athlètes du stade ou quelqu'un qui fait du marathon, mais non c'est des marcheurs, on a tout le temps, toujours entendu ça. Donc l'idée c'est pas de trancher, c'est juste de les définir. Et moi ce qui les définit, du coureur qui a pour ambition de finir comme juste le coureur qui vient peut-être pour découvrir et pourquoi pas juste se dire une course où il y a 40 personnes, c'est pas commun et moi j'ai envie d'être dans ces 40 là.
- Speaker #0
Bref, il y a des motivations assez différentes. Mais ce qui les définit tous et toutes, c'est avant tout des passionnés. C'est des passionnés. Et ça, c'est pour moi ce qui est hyper important. Parce que ce qu'on a dit tout à l'heure aussi, qu'on a parlé un peu de la standardisation, de l'acceptation, il n'y a pas beaucoup de courses où finalement, on vous enlève la montre GPS, on prend le téléphone portable, on le met dans un sac et on dit, ça nous coupe vraiment pour le coup. Ça revient à ce que je disais tout à l'heure. Finalement, ça fait écho avec ce déconnecté de sur-sollicitations qu'on peut recevoir. les messages sur la montre, le timer quand on est en train de courir, etc. Là, d'un coup, on ne les a plus. Et ça nous met dans une immersion vraiment assez différente qui, finalement, pourrait s'approcher à l'aventure tellement le trail aujourd'hui ou la course à pied, elle semble liée à ces métriques qu'on a l'habitude de recevoir et qu'on peut faire une super séance, dire « Ah, j'ai été vraiment bien, j'ai pris plaisir, mais pour peu qu'on ait 10 minutes de plus que ce qu'on comptait faire, en renchaissant, on est frustré. » Donc là, ça nous enlève un petit peu ça. et Je trouve que c'est ça aussi qui est beau dans cette course, qui est beau dans les parcours, c'est qu'on a des gens qui ont accepté de jouer le jeu d'une épreuve différente et de se mettre quand on se met en jeu, quand on se met en scène. On prend toujours un petit risque. Donc, c'est les passionnés qui ont pris aussi le risque parfois de sacrifier une année d'entraînement pour ne pas y arriver. Il y a une notion aussi d'humilité qui est très importante parce que concrètement, aucun des athlètes que j'ai suivis m'ont été coachés. Mais je ne connais pas beaucoup de coachs qui auraient accepté de prendre des athlètes comme ça. Parce que je veux dire par là que souvent, c'est valorisant dans le contrat athlète et athlète. Enfin, je dis athlète pour le coup, c'était la question. Mais dans le contrat entre le coureur, l'athlète finalement et l'entraîneur, il y a un pacte qui se fait. C'est si je n'atteins pas mon objectif, c'est fini. Là, l'entraîneur d'entrée de jeu se dit, mais mon objectif, l'objectif qui se fixe, personne ne va me le faire, ça paraît impossible. C'est assez marrant ce côté-là. Et donc, c'est des gens qui aussi... ont trouvé des ressources par rapport à eux-mêmes. Ils ont été aussi, je dirais, leurs propres entraîneurs, leurs propres cobayes pour essayer d'arriver à leur fin. Donc ça, ça demande beaucoup d'adaptation, d'être très joueur, très humble. Il n'y a rien à gagner. On n'a pas de médaille, on n'a pas de prix, on n'a pas de qualification pour d'autres courses. Et donc tout ça, forcément, ça fait vivre beaucoup d'émotions parce que l'échec, on va voir des gens qui se sont donnés et qu'on a vu se donner à l'entraînement pendant des mois et ne pas réussir, forcément. C'est le genre de truc qui me fait vibrer, on va dire. Forcément, ça transforme.
- Speaker #1
Tu disais que c'est des passionnés. Moi, j'aime bien utiliser cette expression maintenant pour les définir. Tu dirais qu'ils sont passionnés par quoi ? Parce qu'en fait, dans cette épreuve, il y a plein de choses. Moi, la chose qui me sautait un peu aux yeux, c'était certainement cette perdition à un moment de soi dans cet effort, puisque en plus, on peut vite être perdu en termes de repères. aussi, donc je pense que ça doit être super déstabilisant. Mais que vont-ils chercher ? Qu'est-ce qui les passionne ? À part là, pour le coup, la nature dans sa complexité et sans aseptisation. Est-ce que tu sais dire ?
- Speaker #0
Oui, bien sûr. J'ai fait un travail de recherche vraiment conséquent dessus. Sur cette cour, j'ai participé deux fois aussi. Je fais un travail vraiment de socio, même si le bouquin, ce n'est pas du tout un bouquin de socio. De récits d'aventures, je dirais grand public. Mais en tout cas, dans cette démarche, un peu essayer de comprendre, puisque je dis que tu es curieux, il y a arrivé de se poser la question, mais est-ce qu'il y a des profils, des styles de coureurs, etc. Et moi, j'ai opté plutôt pour des styles, parce que justement, un profil, souvent, ça enferme. Alors qu'un style, c'est une petite subtilité de la langue, mais on peut en changer quand même. C'est possible, en fonction de la situation, de passer d'un style à un autre. Alors qu'un profil, finalement, c'est un peu plus rigide, on va dire, dans l'idée. Donc moi j'ai trouvé à peu près quatre styles de pratiques et de participants. On va dire que le premier style, tous les coureurs ont ces quatre styles, mais que ce soit un coureur sur route ou quelqu'un qui fait des comms sur Strava, un coureur à la Tainerum, pour moi ces styles sont communs à tous, mais il y a un style qui va toujours être prédominant, on va dire. On a un style qui est un peu notre style force. Et le premier, ça serait le style de la performance. C'est de se dire, la course à pied, se réfléchit bien, c'est un point A, un point B. C'est qui arrive le plus vite et le plus performant. Et ça, c'est ce qui motive pas mal de gens. Dans les parties, en tout cas, dans les pionniers, il y avait quand même ce côté faire de la performance. Je parlais de la piste, c'est le cas encore. Le marathon, on fait une performance. Ce n'est pas forcément gagner le marathon. Mais si on a fait trois heures, on dit, le prochain, je les oserai de 50 ou aller de 55. Bref. à ce côté performance 6% et puis euh Merci. Après, il y a aussi des personnes qui veulent juste découvrir. C'est quand même la plupart des gens, quand ils prennent un dossard, c'est d'après une étude qu'on a menée aussi sur 2000 trailers, ils disent qu'ils viennent avant tout pour découvrir un territoire, découvrir une ambiance, une atmosphère, etc. Enfin, découvrir finalement quelque chose. Et donc, là, la notion de finir, la notion de compétition, elle est vraiment moindre. Et c'est une grande partie du peloton du trade, encore une fois. Après, on peut avoir un autre style qui serait le style convivialité. C'est de se dire, moi, je sais que je ne suis pas le plus rapide. Je sais que le territoire, je le connais. La course, je l'ai déjà faite plein de fois. Je n'ai plus rien découvert. Mais je viens parce que, justement, moi, j'aime bien. On rencontre toujours des gens, etc. Et je fais partie d'un collectif, ce qui est assez rare finalement dans notre vie aujourd'hui. On fait partie de travail, d'une famille. Mais on n'a plus ces grands collectifs un peu qui étaient transversaux, soit liés à la religion, les syndicats ou peu importe. Enfin, pas mal de choses qui, finalement, ont une tendance un peu à... à perdre en puissance. Et enfin, le dernier, c'est aussi des personnes qui se disent qu'il y a un défi qui est face à nous. Le défi, c'est par exemple la terminorome de « personne n'a jamais fini » . Je veux être celui qui est le premier à finir, et coûte que coûte. Je veux être celui qui va connaître toutes les règles du jeu, parce qu'il y a plein de subtilités qu'on découvre une fois qu'on a enfreint les règles. Je vais être celui qui va maîtriser un petit peu ce jeu-là. Ça, c'est un peu des coureurs que je dirais jusqu'au boutiste. Ça veut dire que... Être performant, ce n'est pas suffisant. Ce n'est pas suffisant de gagner. Il y a un rôle de passeur de savoir derrière. Ça, c'est un autre style. Après, il y a la question que je pense que beaucoup de coureurs et de coureuses se sont déjà posées. Parfois, on part et on se rend compte que ça ne va pas le faire. On se blesse, il ne fait pas beau. Bref, on était venu pour faire un certain chrono ou pour voir un paysage. Et puis, pas de chance, on ne le voit pas finalement. et du coup Du coup, forcément, le style, là, il peut switcher. Ce qui nous amène un peu à continuer, c'est de dire, je suis venu pour faire de la performance, ce n'est plus possible. Mais par contre, j'ai trouvé un copain sympa et donc je vais continuer. Donc, ces styles, ça permet de changer. Et sur la Terre en Rome, c'est exactement la même chose qu'on a retrouvé.
- Speaker #1
Merci beaucoup pour l'explication des styles de coureurs que tu as découvert dans ton étude sociologique et voir que ça puisse être le cas aussi chez les coureurs de la Chartreuse Terre en Rome. C'est assez intéressant, je trouve. Je n'aurais pas pensé, j'aurais cru que c'était peut-être des personnes. plus porté sur la recherche, pas spirituelle, mais une recherche plus profonde intérieure. C'est peut-être le cas pour certains, mais en tout cas, je trouve ça intéressant. Maintenant, ce que je te propose, c'est de nous mettre un peu en haleine sur ton travail d'écriture. Comment tu as fait pour écrire alors que tu as dû suivre ces passionnés dans leurs entraînements ? Qu'est-ce qui t'a fait un peu vibrer ? Mais ne nous en dis pas trop, puisque ce sera l'objet du second épisode.
- Speaker #0
Merci, c'est vrai que souvent, c'est un peu tout l'enjeu. Quand on se lance dans une enquête, derrière, comment on va restituer ça ? J'ai commencé à parler surtout de cette course par des chiffres en plus. Les chiffres et les lettres, ça s'oppose souvent. Et derrière, comment on va réussir à retranscrire, je ne sais pas, 1000 mètres de dénivelé, par exemple. Qu'est-ce que ça veut dire 1000 mètres ? Parce que 1000 mètres, sur le papier, ça paraît beaucoup, par exemple, mais est-ce que 1000 mètres... Je ne sais pas, du côté de la Chartreuse, c'est pareil que 1000 mètres. Si on fait plusieurs fois la Tour Eiffel, un terri dans les Hauts-de-France ou une petite bosse du côté de Lyon, ça ne dit pas grand-chose. Donc, c'est un peu tout l'enjeu. Et surtout, l'enjeu sur cette épreuve, c'est que finalement, on n'a pas le droit d'assistance. On n'a pas le droit même d'enregistrer un vocal. On ne peut pas enregistrer des notes pour après se souvenir. Donc, le vrai enjeu pour moi de l'écriture. ça a été justement un travail de trouver les bons mots et aussi de se souvenir des bons mots quand finalement ils nous passent sous les yeux je dirais presque quand on est confronté à la réalité littéraire, ça c'était un peu toute la difficulté de ce travail
- Speaker #1
J'ai hâte qu'on creuse ça lors du prochain épisode Est-ce que tu veux rajouter quelque chose pour clôturer cette première entrevue ?
- Speaker #0
Non mais encore une fois je te remercie de m'avoir invité j'espère que ça permet déjà de J'irais de rompre un peu avec certaines idées reçues qu'on pourra avoir sur l'épreuve. Les personnes qui y participent ne sont pas des gens qui sont fous, ce sont des gens qui travaillent aussi à côté, ce ne sont pas des athlètes de haut niveau, ce ne sont pas des surhommes, la plupart ont des qualités bien sûr, mais ce ne sont pas des canjaredes comme on a dit, ils n'ont pas une VO2 comme notre ami triathlète vient d'exploser il y a quelques jours. Voilà, on est sur des gens qui, encore une fois, sont des passionnés et la passion, c'est peut-être le meilleur moteur. Je pense que c'est ce qui est le plus important et c'est un peu gérer le... La morale quasiment de cette immersion, c'est que quand on est passionné, finalement, c'est un peu un cliché, mais on peut quand même déplacer des montagnes ou en tout cas s'approcher de l'endroit là où on voudrait être finalement. Donc c'est vraiment ça que je voudrais qu'on garantisse, de ne pas se dire, tiens, c'est une course qui est très difficile, c'est des barges, ça ne sert à rien, etc. On va un peu oublier cette question du pourquoi finalement on fait les choses, parce que ça, c'est une question qu'on se pose quand on ne les fait pas. Mais même si vous faites, je ne sais pas, des... pulse, du macramé, du jardinage. Il y a toujours quelqu'un qui dit « Ah, ben quoi, ça sert ? » On a exactement la même chose sur cette épreuve. Donc, si ça peut permettre d'éviter d'aller vers des raccourcis, moi, ça me va.
- Speaker #1
Ok, super. Ça me va de clôturer là-dessus. Et ça me donne des idées pour rebondir. Parce que je connais des athlètes qui courent avant tout pour la performance et moins par passion, alors que ça a pu être l'inverse avant. Ça peut vite glisser et parfois, ça peut devenir un cauchemar pour certains. certain de viser toujours la perf. Très bien, j'ai hâte qu'on se retrouve pour ça. Merci beaucoup à toi.
- Speaker #0
Merci, à bientôt.
- Speaker #1
A bientôt.
- Speaker #0
Merci d'avoir pris le temps d'écouter cet épisode, j'espère qu'il vous aura plu.
- Speaker #1
N'hésitez pas à me faire parvenir vos retours, que ce soit en commentaire sur votre plateforme d'écoute, ou sur Instagram par message privé, ou en commentaire sous la publication du podcast en question. Si vous souhaitez poser des questions à Simon, vous pouvez m'écrire avec vos questions. et on tâchera d'y répondre dans les prochains épisodes de la miniserie. Vous pouvez lui écrire aussi directement, c'est simonlancelvée sur Instagram. Vous pouvez aussi acheter son livre, évidemment, qui s'appelle La Quête, édition de DBS, parue en mai 2025, mais ça je crois qu'on l'a dit deux fois déjà dans le podcast. Et pour finir, je vais faire pour la première fois ma propre pub. Comme vous le savez, je suis entraîneur d'athlètes et entraîneur surtout des disciplines de fond et d'ultra-endurance, que ce soit sur route et sur trail. Donc, s'il vous vient à l'idée de vouloir essayer un coaching personnalisé, sachez qu'il me reste quelques places. Ça diminue de plus en plus. Donc, voilà, je ne peux pas vous promettre qu'il restera des places au moment où vous m'écrirez. Mais en tout cas, si vous avez la moindre envie, la moindre curiosité, n'hésitez pas à m'écrire. Ou surtout, rendez-vous sur mon site qui est runathletique.fr, 3 W point, donc runathletique, A-T-H-L-E-T-I-Q. Je vous souhaite une excellente journée, si vous écoutez en début de journée, une excellente soirée, enfin blablabla, comme d'habitude, je ne sais pas à quelle heure vous écouterez celui-ci. En tout cas, comme d'habitude, je vais vous demander de prendre soin de vous, parce que c'est le plus important. A très bientôt.