Speaker #0Bonjour, vous écoutez l'épisode 28 de Moment de Vérité, le podcast qui vous aide à mieux présenter vos idées. Aujourd'hui, on va parler des liaisons dangereuses entre l'éloquence et la manipulation. Mon nom est Bruno Clément, je suis le cofondateur de Zepresenters, un cabinet de conseil en stratégie narrative. Et mon métier, c'est d'aider les gens à exprimer clairement leurs idées et les présenter efficacement en toutes circonstances, de la machine à café au palais des congrès. Je vais vous faire une confidence et vous dire pourquoi je fais cet épisode. Tout simplement parce que régulièrement, quand quelqu'un qui n'est pas du métier me demande ce que je fais dans la vie et que je lui explique, j'ai souvent une réaction contrastée qui oscille entre une forme de fascination et de suspicion. Ce fameux ah ouais d'accord qui en dit long. Et quand je creuse un peu avec la personne, je me rends compte à quel point parfois l'éloquence, la rhétorique, le storytelling ont mauvaise presse. Car on les associe à des techniques de manipulation orchestrées par des spin doctors, ces communicants dont le métier serait de créer de toutes pièces, des éléments de langage, des fake news ou pire, des mensonges voire des complots. Bref, si je suis ce fil narratif peu glorieux, Zepresenters serait non pas un cabinet de conseil en stratégie narrative respectable, mais une machine à produire du bullshit. Alors évidemment, si vous avez un doute, ce n'est pas le cas. Ce qui anime chaque jour nos équipes chez Zepresenters, ce n'est pas de manipuler les foules, mais bien d'aider nos clients à défendre la cause de leurs idées, en faisant en sorte qu'elles soient mieux présentées. Charge à nous de choisir nos combats avec précaution. Ceci dit, je ne peux pas en vouloir aux gens d'avoir un regard suspicieux sur le sujet, car de mon point de vue, ce n'est que la conséquence d'un mode de pensée qui s'est ancré dans notre culture depuis des années via notre système éducatif. Pour illustrer mon propos, le meilleur exemple, pour ne pas dire le pire que je puisse vous donner, c'est cette fameuse tradition des concours d'éloquence au sein des universités et des facultés de droit. Le principe est simple, deux personnes s'affrontent sur une thématique, chacun devant défendre un point de vue différent au-delà de toute conviction personnelle. Et celui qui gagne, c'est celui qui s'est exprimé avec le plus d'éloquence et de brio en enchaînant les figures de style et les techniques de rhétorique. Alors au-delà des vertus pédagogiques incontestables de ce genre de concours, je suis personnellement mal à l'aise avec les valeurs qu'elles véhiculent. Les concours d'éloquence, c'est quelque part la célébration des beaux parleurs. On récompense la compétence à manipuler par le langage et non pas celle de défendre une idée à laquelle on croit vraiment. Et comment voulez-vous que les gens pensent le contraire quand le livre qui fait encore référence aujourd'hui en rhétorique dans les grandes écoles, c'est le fameux L'art d'avoir toujours raison de Schopenhauer. Ainsi, on enseigne sur les bancs des facultés et des universités les 36 stratagèmes de la dialectique héristique, c'est-à-dire l'art de la controverse, à des étudiants qui plus tard seront pour certains à la tête de grands projets et auront de grands pouvoirs. Pour l'anecdote, Donald Trump et ses conseillers ont sont sans doute de fervents lecteurs quand on voit avec quel aplomb il continue d'affirmer qu'il a gagné les élections. En effet, Clamer victoire même quand vos arguments sont vaincus est la dixième technique enseignée par Schopenhauer dans son livre. Pour autant, je ne peux qu'applaudir chaleureusement les initiatives qui ont été prises par le ministère de l'Éducation avec la création de l'épreuve du grand oral pour le bac de 2021. Car elle permet enfin de sensibiliser nos enfants à l'importance de l'oralité pour avancer dans la vie. Prendre la parole, oui, c'est prendre le pouvoir. Et chez Zepresenters, nous avons même la conviction que c'est un super pouvoir, celui de défendre la cause de vos idées. Mais c'est à vous de décider ce que vous faites de ce super pouvoir. Soit vous choisissez le camp des beaux-parleurs et vous l'utilisez pour manipuler et servir vos intérêts personnels, soit vous décidez de devenir un bon orateur pour avoir le super pouvoir d'inspirer et de mobiliser pour faire avancer vos idées. Beau parleur ou bon orateur, le choix vous appartient. Et il appartiendra aussi à nos enfants qui passeront le grand oral en 2021. Et si vous hésitez, je vous conseille d'écouter l'épisode 9 de ce podcast qui fait le point sur la différence entre un beau parleur et un bon orateur. Pour conclure, permettez-moi de donner la parole à un grand philosophe contemporain, Peter Parker.