Speaker #0Bonjour, vous écoutez le 59e épisode de Moment de Vérité, le podcast qui vous aide à mieux présenter vos idées. Aujourd'hui, je réponds à une question qui angoisse un grand nombre de nos clients. Comment faire quand rien ne se passe comme prévu ? Mon nom est Bruno Clément, je suis le cofondateur de Zepresenters, un cabinet de conseil en stratégie narrative. Et mon métier, c'est d'aider les gens à exprimer clairement leurs idées et les présenter efficacement en toutes circonstances, de la machine à café au palais des congrès. Je vais vous faire une confidence. Je ne suis pas très à l'aise avec l'imprévu. Je crois qu'au fond de moi, il y a toujours ce petit garçon inquiet qui se dit et si ça ne se passait pas bien ? Du coup, j'ai parfois une tendance à vouloir tout prévoir, tout anticiper, pour me rassurer. C'est valable dans ma vie pro comme perso. Par exemple, très difficile pour moi de débarquer dans une ville en me disant YOLO, on verra bien où on mange Généralement, j'ai pris soin d'étudier les avis Google de tous les restos où je me rends et si possible d'en réserver un à l'avance. Aurais-tu un problème de lâcher prise, Bruno ? Il faudra que j'en parle à ma psy. Alors évidemment, quand il s'agit de préparer mes propres interventions en conférence, je fais tout pour éviter l'imprévu. Sauf que bien entendu, parfois, pour ne pas dire très souvent, rien ne se passe comme prévu et il faut gérer. La bonne nouvelle, c'est que ça aussi ça s'apprend. Et je vais vous partager trois anecdotes qui sont autant d'apprentissages et qui, je l'espère, vous éclaireront sur le sujet. Première anecdote. L'année dernière, un de nos clients m'a proposé de venir partager ma conférence Le point sur le pitch auprès d'une communauté internationale dans l'univers du digital. Cette conférence est pour moi un grand classique, j'adore la faire et je sais qu'elle a toujours un impact positif sur le public. Sauf que là, c'était en anglais et dans un format hybride. J'avais en présentiel 250 personnes et un petit millier en distanciel répartis partout dans le monde en live. Donc autant vous dire... que je m'étais très bien préparé en amont, tant d'un point de vue narration que d'un point de vue technique. La conférence était à 14h. J'arrive bien en avance, histoire de me caler avec l'équipe de la régie, comme je le fais à chacune de mes interventions. Je vais voir le régisseur qui me dit On est en pause-déj, mais t'inquiète pas, tout est calé Bruno, la config que tu as demandé est OK, on fera un dernier test à partir de 13h30 Au fond de moi, je me dis 30 minutes, c'est court, mais bon, si tout est calé, ça va le faire Sauf que, bien entendu, rien, mais absolument rien, ne s'est passé comme prévu. Déjà, le 13h30 s'est transformé en 13h40. Il restait donc 20 petites minutes pour se caler avant le live. On démarre les tests et là, rien ne marche. Le MacBook de la régie qui diffusait mon fichier Keynote fait des siennes, mais cela ne s'affiche pas ni sur le grand écran principal derrière moi, ni sur l'écran en retour en face de moi. Le régisseur me dit T'inquiète, on va trouver une solution Ok. 13h45, le fichier est installé sur un nouveau Mac et là, miracle, les slides s'affichent sur le grand écran. Mais toujours pas sur l'écran de retour. Ce qui m'oblige à tourner le dos au public et à la caméra à chaque changement de slide pour voir où j'en suis. Et franchement, ce n'est ni agréable pour les spectateurs, ni confortable pour moi. Cerise sur le gâteau, je me rends compte que la télécommande ne marche pas. Il est 13h50. Les gens sont déjà en train de s'installer dans la salle. J'aperçois des visages connus. Sur scène, je fais bonne figure, je garde le sourire, mais je peux vous garantir qu'au fond de moi, je suis un peu en mode Houston, nous avons un problème. Le régisseur me dit, bon alors, on a trouvé une solution, on va faire tourner deux fichiers en même temps sur deux ordinateurs, un pour l'écran derrière toi et un autre devant toi. Ok. Et pour remplacer la télécommande défectueuse afin de diffuser les deux fichiers, il me tend deux souris et il me dit qu'il suffit que je clique en même temps sur les deux souris pour faire avancer les deux slides sur les deux ordinateurs. Il est 13h55, les 250 personnes sont déjà installées et attendent le début du show. Je me retrouve donc avec une souris dans chaque main. Je vous laisse imaginer comment c'est pratique. On teste une dernière fois la config et je n'ai qu'une seule souris qui fonctionne, celle de l'écran principal. 13h59, le compte à rebours est lancé sur l'écran du live. Je dis au régisseur, on oublie le retour écran. Je gère avec une seule souris et je vous laisse me suivre à la main sur l'écran retour. 14h, le live démarre. Good afternoon. Je rentre dans mon speech comme on rentre dans une course de Formule 1. Je suis dans le cockpit, je connais parfaitement le parcours. J'enchaîne les virages et tout se passe comme sur des roulettes durant 50 minutes de talk. Mon client vient à ma rencontre pour me remercier et me dit J'ai halluciné de voir à quel point tu restais zen. Vu le contexte, moi à ta place, j'aurais été en panique totale. Et il me demande Comment tu as fait pour gérer tout ce stress ? S'il savait comment j'étais à l'intérieur. Et je lui réponds Tu sais pourquoi les comédiens répètent ? Ce n'est pas pour être bon, mais pour être prêt. et en particulier être prêt à l'imprévu. Alors effectivement, bien sûr qu'intérieurement j'étais stressé, mais j'avais tellement préparé mon intervention que j'en connaissais parfaitement les idées et le chemin narratif que j'allais prendre, si bien qu'il m'était impossible de me perdre et de faire une sortie de route. Donc le premier apprentissage de cette anecdote est très simple. La répétition n'est pas une option. Plus vous répéterez vos interventions en amont, plus vous serez prêt à faire face aux imprévus et plus vous serez à même de les gérer sereinement. Deuxième anecdote. Il y a quelques mois, j'animais un atelier auprès du top 300 d'une compagnie d'assurance. L'objectif était de partager les clés d'un storytelling efficace pour enrichir l'expérience client. Cet atelier démarrait par une conférence inspirationnelle de 30 minutes, puis s'enchaînait par une mise en pratique en équipe. Le lieu est top, l'ambiance particulièrement conviviale et toute l'équipe organisatrice est vraiment en petits soins. La scène est surélevée sur une estrade en bois et lors de la répétition technique, je remarque que sur certains de mes déplacements, l'image affichée à l'écran a tendance à grésiller légèrement. Je le signale au régisseur qui me dit Ah oui, j'ai oublié de te dire que le câble HDMI qui part de la régie au fond de la salle et rejoint la scène où est connecté ton ordinateur est un petit peu fatigué. Donc évite de trop bouger et tout se passera bien. La conférence démarre, le public est très à l'écoute et au bout de cinq minutes, ce que je redoutais est arrivé. L'écran derrière moi se met à grésiller et puis devient noir. Nous sommes pressés par le temps, je ne peux pas m'arrêter, donc je continue à l'oral sans le support. Le régisseur bondit sur le côté de l'estrade, trifouille un peu le câble et, miracle, l'image réapparaît. Je fais une petite blague, le public applaudit la technique, je continue, mais je vois bien que de temps en temps l'image grésille encore. Jusqu'à ce que, quelques minutes plus tard, rebelote écran noir. Le régisseur interrompt la conférence, prend la parole et me dit Je vais devoir tirer un nouveau câble du fond de la salle, si vous pouvez continuer sans slide, c'est mieux. Comme nous sommes pris par le temps et que je ne peux plus rien diffuser, je décide alors de changer le format pour le basculer en mode question-réponse. Et la conférence se transforme en un échange conversationnel de type masterclass avec la salle pendant 10 bonnes minutes, le temps que le câble HDMI soit déployé. Sauf qu'il était trop court de 1m50. J'ai dû descendre de l'estrade tout en continuant ma conversation pour reconnecter mon ordinateur et terminer mon intervention depuis la salle. Bref, rien, mais absolument rien ne s'était passé comme prévu. Et je pense qu'il y a quelques années, j'aurais été très déstabilisé et passablement énervé par une telle situation. Pour autant... Je peux vous garantir que le moment que nous avons passé avec le public était finalement très agréable et que ces incidents techniques ont même contribué à renforcer le lien, l'écoute et l'engagement des participants. L'apprentissage de cette seconde anecdote peut se résumer par cette citation de William Shakespeare. Ce que tu ne peux éviter, embrasse-le. Franchement, je ne vois pas meilleur conseil à vous donner dans ce genre de situation. Votre micro tombe en panne ? Amusez-vous-en et faites-en l'opportunité de créer un moment complice avec votre public. Vous avez un blanc ? Assumez-le et demandez à votre public où vous en étiez. Vous aviez prévu une présentation d'une demi-heure et on vous accorde finalement 10 minutes. C'est l'opportunité de changer de format et peut-être même de laisser une trace de votre intervention encore plus positive car vous avez démontré votre agilité. La troisième et dernière anecdote m'est arrivée il y a quelques semaines lors du Hub Forum, un événement professionnel dédié à la transformation digitale. J'intervenais en plénière pour partager en une vingtaine de minutes notre point de vue sur le rôle du storytelling dans les parcours d'achat client. Cela se passait à la Mutualité de Paris. Si vous connaissez le lieu, c'est une très belle salle de 500 places avec une très grande scène, assez impressionnante mais très agréable. Ce n'était pas la première fois que j'intervenais dans ce lieu et sur ce thème, donc franchement, je me sentais plutôt serein. J'arrive une trentaine de minutes avant mon passage, tout était parfaitement calé, on m'équipe d'un micro-Madonna, je m'installe dans la salle en avant scène dans l'espace réservé aux speakers et je profite des interventions qui me précèdent. Bref, je me la jucoule. Sauf que, un quart d'heure avant de prendre la parole, j'ai une alerte sur mon Apple Watch qui s'affiche. Votre cœur bat anormalement vite. Je regarde et effectivement, alors que je suis tranquillement assis sur mon fauteuil, mon cœur affiche un bon 125 battements par minute. Et là je prends conscience que contrairement aux apparences, je ne suis pas si serein que ça. Mon corps m'envoie des signes physiques de trac, sauf que mon mental a pris le dessus. Je m'en amuse et je me dis que c'est l'opportunité de traquer mon activité cardiaque tout au long de la prise de parole. Franchement, cette intervention s'est extrêmement bien passée pour moi. Tout s'est enchaîné de manière fluide. Le timing a été respecté, j'ai pris beaucoup de plaisir et le feedback public a été très positif. Bref, mission accomplie. Mais qu'est-ce que ça a donné à l'intérieur de mon corps ? Voici quelques datas. A l'annonce de mon nom, quelques secondes avant de monter sur scène, j'étais à 145 battements par minute. Lorsque j'ai prononcé mes premiers mots, je suis monté au pic de track avec 159 battements par minute. Puis quelques secondes après, mon rythme cardiaque s'est stabilisé sur un plateau aux alentours de 135 battements par minute tout au long du talk. Et immédiatement après avoir quitté la scène, je suis redescendu à 120 pour revenir progressivement à 80-90, qui est mon rythme cardiaque normal en activité. L'apprentissage de cette troisième et dernière anecdote, c'est qu'on ne se débarrasse jamais vraiment du trac. En revanche, par la pratique, on apprend à l'apprivoiser. Chez Zepresenters, on a l'habitude de dire que le trac est une chance. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que plutôt que de le considérer comme un ennemi dont vous souhaitez vous débarrasser, faites-en un allié bienveillant qui vous donne l'énergie dont vous avez besoin pour partager avec enthousiasme vos idées. J'espère que ces trois anecdotes et les apprentissages qui en découlent vous auront inspiré. Vous l'avez compris, la clé principale pour gérer sereinement un imprévu est de bien vous préparer en amont. J'ai un de mes anciens patrons en agence de publicité qui nous disait toujours Il y a trois présentations, celle que vous imaginez, celle que vous répétez et celle que vous délivrez. La seule qui compte, c'est la dernière. Et pour conclure, j'aimerais vous partager une petite phrase que ma femme me dit toujours lorsque l'on se retrouve face à une situation imprévue. Elle me dit Tu sais Bruno, Quand il y a galère, il y a souvenir. Merci d'avoir écouté ce 59e épisode de Moments de Vérité. Dans le prochain épisode, on va parler story design, ou comment mettre le design de vos slides au service de l'histoire que vous présentez. Si vous avez envie d'en savoir plus sur Zepresenters, notre méthodologie, notre offre de conseils, de formations et de conférences, je vous invite à télécharger gratuitement notre petit guide de survie pour rendre vos idées désirables. Vous le trouverez sur le site www.thepresenters.com Enfin, si vous aimez Moment de Vérité, le meilleur moyen de le soutenir est d'en parler autour de vous et de vous abonner sur la plateforme de votre choix, Apple Podcast, Spotify, Deezer, en y laissant un commentaire positif accompagné de 5 étoiles. Encore merci pour votre écoute et votre fidélité. Je vous dis à très bientôt sur Moment de Vérité, le podcast qui vous aide à mieux présenter vos idées.