- Speaker #0
Bienvenue dans mon Pas de Côté, ici on raconte les vies qui prennent un autre chemin, pas toujours par choix, mais toujours par nécessité intérieure. Je suis Andy, psychologue, et je reçois celles et ceux qui ont osé. Belle écoute ! Bonjour Aude, je suis ravie de te recevoir aujourd'hui pour mon Pas de Côté.
- Speaker #1
Eh bien, je suis ravie d'être avec toi.
- Speaker #0
Et dans un premier temps, est-ce que tu serais d'accord de te présenter, s'il te plaît ?
- Speaker #1
Alors, je m'appelle Aude Michon et j'ai bientôt 50 ans. Je vis en Bourgogne, je suis danseuse, chorégraphe et j'ai aussi dans mon quotidien professionnel une... Une action que je mène depuis 13 ans et que j'ai fondée qui s'appelle Elle Danse pour accompagner les personnes qui sont touchées par le cancer avec la danse, en l'adaptant à leurs besoins et à leurs spécificités. Je danse depuis que j'ai 4 ans et la danse est mon chemin de vie.
- Speaker #0
C'est magnifique. Pour rebondir sur Elle Danse, j'invite les personnes à retrouver l'épisode du podcast dans lequel on développe... Tout un épisode sur cette magnifique association, justement. Alors, tu m'as devancé en me disant que tu danses depuis tes 4 ans. Et du coup, ça me permet de rebondir pour te demander finalement d'où tu viens.
- Speaker #1
Alors, géographiquement, je viens de l'Est de la France, parce que je suis née à Nancy, en Lorraine. Et j'y ai passé 28 ans de ma vie avant de quitter la région pour m'installer à Paris. Et voilà, je viens de deux familles très différentes. Côté mère, une famille d'artisans et côté père d'une famille, alors je dirais à la fois bourgeoise intellectuelle, mais aussi artiste.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Je ne peux plus dire artiste. C'est dans quel domaine ? Ma grand-mère paternelle était une soliste pianiste à l'âge de 16 ans. C'était un petit génie du piano, vraiment. Mais on remonte à un siècle en arrière, presque un siècle. Et à cette époque, il n'est pas question de s'émanciper comme ça. Donc, elle rencontre mon grand-père et très rapidement, ça va être très clair pour tout le monde. Son père, son mari vont lui dire maintenant c'est terminé. Maintenant on est au foyer, on fait les enfants. Donc ça c'est une grande fracture familiale, une grande rupture pour elle qui va avoir un impact évidemment très puissant sur toute la famille. Quelque chose qui est encore là. On dit souvent qu'il faut trois générations pour dépasser des événements et des traumas. Je pense que ça a l'air comme ça anodin. Ce n'est pas hyper visible, mais je le sais, pour en être la petite fille et avoir observé et voir comment la danse peut me challenger, ne serait-ce que pour lui faire sa place dans ma vie professionnelle. Je vois comme ça peut avoir un impact sur le long terme.
- Speaker #0
Tu dirais que quelque part, par ton activité de danseuse, tu serais venue transcender les douleurs de ta grand-mère ?
- Speaker #1
Alors... transcendés je ne crois pas que je les transcende parce que c'est sa souffrance par contre j'essaie d'ouvrir une voie parce qu'en fait tous ces enfants sont des artistes tous ces petits enfants oh pas tous parce que il ne faut pas exagérer quand même mais il y a un potentiel artistique qui est énorme ça se voit elle a Elle a transmis le piano, mais pas que. Tous ses enfants jouaient d'un instrument émerveilleusement bien. Beaucoup de ses petits-enfants ont des activités, activités artistiques, que ce soit le chant, le piano. Et puis on arrive aux arrières-petits et c'est là que ça se débloque. Donc moi, je n'ai pas d'enfants, mais je vois bien une de mes cousines a trois enfants. Ce sont des petits génies, que ce soit dans la danse, le violoncelle. Ou alors, il y en a un, il joue de tout et voilà, c'est assez incroyable. Donc, on voit bien que ça se débloque quand on arrive à trois générations plus tard. Moi, je suis deuxième génération et je suis la seule parmi les cousins à avoir tenté. C'est-à-dire, on va en parler après, mais avoir mis de côté les injonctions de « tu auras un métier sécure, tu seras intellectuelle » , etc. Pour tenter une activité professionnelle artistique. Pas n'en faire juste, et ce n'est pas péjoratif, mais ce n'est pas suffisant dans mon ressenti, n'en faire qu'une activité personnelle et en amateur. Donc c'est vraiment, je ne transcende. pas, je tente de réouvrir les voies en fait, ça passe par moi pour débloquer la situation comment t'as fait pour te libérer de ces injonctions ? je n'en suis pas complètement libre du tout donc pas du tout parce que je suis encore sur ce chemin c'est pas d'avoir choisi la danse a priori comme chemin quand je dis que je suis danseuse et chorégraphe que je suis accomplie du tout ou complètement plutôt dans d'endrondes dans ces dimensions-là. Disons que très rapidement, j'ai été mise à la danse. Voilà, 4 ans, on me met à la danse. Et le petit bouchon que je suis semble bien fonctionner avec ça. Mais je ne sais pas ce qui se fait, puisque je suis trop petite pour le comprendre. À l'âge de 6 ans, j'entre au conservatoire. La seule chose dont je me souviens, c'est, je vais passer l'examen d'entrée. Et je mets mes plus beaux bijoux. C'est tout ce que je sais. Donc, il y a une partie de moi qui est très heureuse de ça. Je ne sais pas ce qu'on m'a raconté, mais je me vois avec mes colliers roses, mes bracelets. J'en ai partout. Et je vais être prise. Alors que très rapidement, c'est tout le paradoxe. On va dire très rapidement, mais elle n'est pas faite pour ça. Elle n'a pas les dimensions. Alors, on est au conservatoire de musique et danse de Lorraine, qui est à Nancy. Je le disais, j'ai 50 ans, donc ça remonte maintenant. Ça fait 44 ans que c'est arrivé. J'ai du mal à comprendre qu'on puisse accepter une enfant, sachant qu'on la mesure au moment des examens d'entrée, et ensuite venir dire qu'elle ne fera pas carrière puisqu'elle n'a pas les dimensions pour. Mais bon, c'est de la danse classique. Et je sens bien qu'il y a des choses qui sont déjà... À reculons, quand je me retourne pour voir, je vois bien que ça se trame déjà.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Bon.
- Speaker #0
Du haut de décision.
- Speaker #1
Je vais faire tout. Pardon ?
- Speaker #0
Du haut de décision.
- Speaker #1
Ouais, mais je ne peux pas te dire que je le sais. C'est en me retournant plus tard que je vais comprendre tout ce process. Et j'y vais. Et ça va être dur parce qu'ils sont coriaces à cette époque, les professeurs. Ce n'est pas toujours simple, mais j'ai la chance d'être en horaire aménagé. C'est comme ça qu'on dit encore même. matin, école, l'après-midi, le conservatoire. Solfège, j'ai le piano grâce à ma grand-mère, je chante aussi beaucoup avec l'école, et la danse, bien sûr. Et puis, je progresse plutôt pas mal. L'adolescence va être un petit peu plus compliquée, mais enfin, j'aurai un prix de conservatoire à la fin de ma troisième. Donc, la question est, qu'est-ce que tu fais ? Est-ce que tu rentres dans une seconde générale ? Tu poursuis. Alors, avoir un prix, ça ne veut pas dire que j'ai eu le premier prix, ça veut dire que j'ai eu le deuxième prix. Donc, c'était est-ce que je continue et je reste en horaire aménagé et je me consacre à une carrière. J'essaye d'abord d'avoir mon premier prix à Nancy, puis ensuite, on cherche plus loin. Ou alors, seconde générale. Et là, le système se referme sur moi.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Donc, c'est la tragédie de ma grand-mère qui œuvre. Et il y a ce système, j'appelle ça un égrégore, l'égrégore familial, qui veut qu'on n'est pas artiste. On a un métier, c'est cure et c'est tout. Ils sont tous soit mariés à des ingénieurs, soit ils sont médecins, soit ils sont juristes. Donc, soit ils travaillent dans des banques. Donc, c'est ça qui se trame. Et moi, je ne suis pas particulièrement incitée. Ce n'est pas qu'on est contre que je choisisse une voie artistique, mais en fait, je ne suis pas particulièrement incitée. Ça fait flipper. Donc, je n'irai pas en seconde artistique. Je vais partir en seconde générale. Le grand drame, évidemment, qui arrive.
- Speaker #0
Et toi, comment tu le vis à ce moment-là ?
- Speaker #1
Je suis le mouvement, mais je vais me retrouver non plus quatre heures seulement sur une chaise, mais huit heures. parce qu'il n'y a plus de conservatoire. La danse, au lieu d'en faire 16 heures environ par semaine, il n'y en aura plus que deux. Le samedi, c'est tout. dans une école privée. Et évidemment, je vois les autres à côté de moi dans cette école privée qui, elles, continuent à avoir un entraînement important. Et moi, au fur et à mesure, mon niveau diminue, puis on s'intéresse à moi, en fait, dans cette école privée, puisque c'est la même professeure au conservatoire que dans cette école privée. Donc, du coup, je suis un peu moins intéressante, en fait. Donc, c'est un peu la dégringolade, je dirais. corporellement, n'en parlons pas, je vais commencer à avoir des douleurs. Et puis au ventre et tout, non, non, c'est vraiment intense comme expérience. Je vais avoir un bac général parce que je veux... En fait, je veux me spécialiser dans rien. Il n'y a rien qui va vraiment. Donc je vais partir en économie. Je vais juste détester. Je vais raser les pâquerettes, mais j'aurai mon bac. Et puis ensuite, qu'est-ce que tu vas faire comme études ? Qu'est-ce que tu veux faire ? Mais qu'est-ce que j'en sais ? Ce que je veux faire, moi ? Bon, ben... Papa voulait être notaire, il n'a pas réussi à l'être. Il voudrait que je sois juge pour enfants. Mais parce qu'on est quand même dans ce process. On n'impose pas, mais enfin, on dit beaucoup. Donc, c'est quand même influençant quand on est en difficulté à se comprendre et qu'on se cherche. Et puis, voilà, c'est des études de droit qui vont arriver. Je vais faire un tri quand même au bout de sept ans. Ce sera quand même le notariat qui va... Je vais décrocher un diplôme de notaire, quoi. Sept ans, sept ans de dépression. Mais au beau milieu, l'amatrice se dit, il n'y a pas que le classique. Amatrice de danse, je veux dire. Et je vais me passionner pour les danses à deux. Ça va arriver dans ma vie aussi bien par la faculté que par des vacances qui vont m'amener les danses swing. les danses rock, les danses afro-caribéennes, la salsa, etc. Donc, c'est vraiment quelque chose qui va me faire un bien fou parce que c'est très social et ça nourrit ma sociabilité. Je ne la connaissais pas, mais je la découvre en fait. Et elle est très forte chez moi. Donc, ça me fait vraiment beaucoup de bien. Ça compense, quoi.
- Speaker #0
Ce que j'entends là, dans ce que tu décris, c'est que quelque part, à l'âge de 4 ans, se développe le langage du corps par la danse que tu développes pendant une petite dizaine d'années, très fort, et du jour au lendemain, ce langage est réduit à presque rien. C'est comme si on t'avait coupé la parole du corps.
- Speaker #1
Alors, et c'est très juste puisque j'ai eu moi aussi mon lot dans mes relations avec mes parents. Très tôt, j'ai un père que je vais aimer énormément, mais qui va aussi être terrorisant pour moi, toute petite. Et donc, on l'entend, j'ai un grain à la voix. Je n'ai pas développé mes cordes vocales comme tout le monde. C'est-à-dire que je suis restée encore avec des mots qui ne sont pas sortis et obligées de me taire parce qu'à peurer, en fait. Donc, c'est... C'est vraiment tout le langage qui... Je pourrais m'exprimer en plus par le corps, au moins ça, ça pouvait circuler. Bon, là, il n'y a plus de possibilité.
- Speaker #0
Oui, il y a quelque chose qui se coupe. Et ce que j'entends, qui a émergé dans ce que tu as retrouvé après, quelques années après, c'est le langage de ce corps, mais non plus seul, mais avec quelqu'un.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Comme si ce lien venait réconforter ce qui avait été... Je ne vais pas utiliser les trop gros mots, mais ce qui avait été en tout cas restreint pendant trop d'années.
- Speaker #1
Oui, oui, tout à fait. Et puis, c'est mon choix. C'est ça qui est intéressant quand même. Ça me fait un grand waouh, mais je veux aller voir en fait.
- Speaker #0
Et alors, tu es allée voir quoi ?
- Speaker #1
Alors, je suis allée voir le rock and roll, le rock sauté. Et puis, j'ai voyagé. C'est-à-dire qu'à un moment donné, cette salsa qui déboule sous mes yeux. me met dans un état, mais moi je n'ai appris que le binaire et le ternaire, là la salsa c'est une grande sauce, c'est des percussions dans tous les sens, des instruments de toute nature du chant l'espagnol, enfin je veux dire c'est très vite ça a un fort impact et je me dis je veux comprendre j'aimerais bien saisir ce qui se passe en fait, parce que vraiment à regarder, à entendre, je ne comprends rien du tout, donc ça ça va être une démarche importante en fait qui va être décisive ça vient de moi et déjà quelque chose commence à se tracer de plus personnel en fait Évidemment, ça se fait en parallèle de ce qui est plus imposé et qui n'est pas vraiment choisi, qui est de l'ordre du non-choix. Bon, qu'est-ce que je te dirais ? Ça va m'amener jusqu'à Paris parce que je cherche des voies de sortie du notariat tous les jours. À peine rentré dedans, j'en cherche tous les jours. Une option va se présenter et c'est tant mieux parce qu'en parallèle, je vais tous les week-ends. Je prends ma petite voiture, je quitte Nancy, je fais trois heures de voiture. Je vais danser dans des événements de danse sociale à Paris, Barrio Latino, qui n'existe plus, mais voilà, qui était à Bastille. Je vais danser à la Pachanga, je vais danser à la Coupole, tous ces lieux où on dansait beaucoup la salsa. Et hop, je reprends ma voiture, je rentre, et le lundi matin, je suis à l'étude. Et c'est cette démarche qui est vraiment déjà entamée, de venir toutes les semaines à Paris pour ça, fait que... Ça va enclencher. En tout cas, c'est comme ça que je le vois. Quand on met une énergie sur quelque chose, en général, on a un accompagnement. Sauf si c'est la mauvaise voie. Mais là, il se trouve que c'était la bonne, je pense. Et je vais réussir à trouver un boulot à Paris qui est à la fois dans le notariat, mais qui n'est pas une étude de notaire. C'était une société de courtage qui gérait la responsabilité civile professionnelle des notaires. Et très vite, ça va fonctionner. Très vite. En trois mois, je suis partie de Nancy. Donc, c'est vraiment quelque chose qui transforme une porte qui s'ouvre et je m'engouffre. Et je me dis, il y a la danse, il y a un job, on y va. Ça va durer six ans et pendant ces six ans-là, je dirais que la chance que j'ai, c'est de rencontrer, un peu avant mon départ, un danseur qui est en train de monter en flèche dans la salsa.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et dans le monde entier. Et lui, il est dans une transition avec sa partenaire et il en a une autre, mais ça va s'arrêter, etc. Et il me propose de danser avec lui. Je ne suis encore qu'un petit bouchon dans la salsa, mais ce n'est pas grave, je dis oui. Avec toutes les peurs que ça peut impliquer, je dis oui. Et on va bosser jour et nuit, en même temps que le boulot. Et du coup, il va m'emmener avec des chorégraphies sur tous les événements où il est pris. Et ça, ça va me faire tourner dans le monde entier.
- Speaker #0
Et comment tu arrives à jongler avec les deux ?
- Speaker #1
Je jongle que le soir, je l'accompagne pour monter ses cours. Je l'aide à gérer ses élèves, tout le tralala administratif et de gestion. Après, on danse et que j'ai une envie folle de danser. Donc, je le fais. Et puis, je suis contente. J'ai des peurs énormes, parce que je suis envahie par les peurs. Je n'ai pas été légitimée finalement dans ce que j'ai fait. Les années au conservatoire ont été quand même, même si elles ont créé du mouvement et qu'elles m'ont initiée à la danse et qu'elles me libéraient de choses, ce ne sont pas des professeurs qui m'ont rassurée sur ma capacité à danser. D'emblée, c'est elle n'a pas le corps pour. D'emblée, ça ne donnera rien, elle ne fera pas carrière. D'emblée, c'est ça. Ils sont durs en plus. Ils sont assez maltraitants dans leurs propos. Et puis franchement, les jurys que j'ai devant moi sont juste impressionnants pour une petite fille. Il y a la petite cloque, les petites lunettes. C'est hyper flippant. On sent bien que c'est un truc de libidineux. C'est juste dégueulasse. Donc tout ça n'a pas mis du confort. Et la salsa, c'est très libérateur. Quand on arrive de là pour se libérer, là aussi, c'est toute une démarche. Je vois les filles qui sont quand même habillées de manière assez légère, etc. Moi, je trouve ça indécent. Donc, c'est long pour moi d'arriver aussi à cranter pour rejoindre ce monde. Et je vais passer des heures même toute seule à apprendre les pas, à corriger mon en dehors. Parce que la salsa, ce n'est pas en dehors, c'est parallèle. Je parle des jambes et des pieds. Il faut... il faut quand même se fondre dans un nouveau modèle qui n'a rien à voir. Alors c'est marrant parce qu'à Cuba, ils font les deux. Ils apprennent autant le classique que leur danse traditionnelle et ils sont extrêmement forts dans les deux. Mais moi, je viens uniquement, je ne suis pas cubaine et je viens uniquement du classique. Donc c'est toute une démarche.
- Speaker #0
Et justement, si tu pouvais retourner au côté de la petite fille qui était devant ce jury avec ces types, avec ces petites lunettes, leurs petites clopes là. T'aurais envie de lui dire quoi à la petite Aude qui est là sur scène ?
- Speaker #1
Ça, tu vois, c'est encore pas réglé complètement. Je ne sais pas si ça le sera parce que tu vois, ça me donne des larmes. J'aurais envie de lui dire, tu sais qu'on est là sur les confidences, moi je me suis retrouvée à attendre la décision du jury dans les coulisses et à avoir ma vessie qui lâche et mes urines qui descendent jusque dans mes chaussons de danse. Donc tu vois la violence, c'est de la violence. J'aurais envie de lui dire, écoute, tu es juste exceptionnelle dans ce contexte-là. Donc voilà, bravo. C'est tout ce que j'ai à lui dire. Et le seul, je vais te dire, parce que ça c'est mon petit truc à moi, le seul qui m'a donné un peu de courage, c'est Patrick Dupont. Parce qu'à une époque, sur les dix ans que j'ai fait dans ce conservatoire, il était directeur du ballet de Lorraine juste à côté. Et un jour, il a fait partie du jury du conservatoire. Donc il était dans le jury de mon cours. Et je me vois terminer ma diagonale et saluer. Et il m'a fait un... Je l'ai regardé, il a baissé la tête en me disant, c'est très bien, quoi. C'est ça que ça voulait dire. Je n'ai jamais oublié ça.
- Speaker #0
Et donc, si on garde ça plus ce que tu allais dire à la petite fille que tu étais, qu'est-ce que ça fait à l'intérieur ?
- Speaker #1
Eh bien, ça fait que... J'ai eu raison d'y croire et de continuer. Je continue à y croire. Ce sont mes ressources à moi. C'est cette lumière que j'ai dedans qui ne doit pas s'éteindre. Parce qu'on en parlera tout à l'heure, mais cette lumière-là est tellement forte. Je la diffuse dans les hôpitaux et c'est juste incroyable. Donc ça, c'est mon support que j'ai pour moi, avec moi, que je ne dois à personne, en fait.
- Speaker #0
Et cette lumière, je te propose qu'on en parle dès maintenant.
- Speaker #1
Allez.
- Speaker #0
C'est quoi cette lumière ?
- Speaker #1
Eh bien, cette lumière, je l'ai découverte en créant Elle danse. Donc, on joint quasiment les deux périodes, celle dont je parlais juste avant et la nouvelle.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Puisque je finis par sortir de cet enfer du notariat.
- Speaker #0
Comment tu as fait pour en sortir alors ?
- Speaker #1
Ah ben... C'est à la fois voulu, mais la manière de sortir n'a pas été voulue. C'est encore une forme de non-choix, mais ça s'est fait là aussi avec violence. J'étais une bonne élève. Ben oui, notaire à 24 ans, j'étais une bonne élève. Mais il se trouve que dans la boîte où j'étais à Paris, je travaillais très bien, mais... Et du coup, ils m'ont donné, Et encore, ils m'ont donné. J'ai vécu des choses. Ça a été juste démentiel. Mais j'étais très appréciée par ma direction. Et ma direction, un beau jour, quitte la boîte. C'est-à-dire que même le fondateur vend ses parts. Vend sa boîte, en fait. Et ce qui va arriver va être dur. Parce que je n'ai certes pas forcément envie d'être là. J'avais quand même des conditions de travail qui étaient plutôt bonnes. Oui, je rentrais en pleurant parce que je ne voulais pas être là, parce que j'étais mieux à danser les week-ends dans le monde entier. Mais en vrai, j'étais bien traitée. Et là, ce n'est pas de la maltraitance qui arrive. Parce qu'ils n'ont rien contre moi, en vérité. Mais ils me demandent des choses que je ne veux absolument pas faire. C'est-à-dire, tout d'un coup, travailler avec des individus qui sont juste à l'opposé de mes valeurs. C'est juste pas pensable. Des collègues qu'on avait mis à distance avec intelligence pour que tout le monde puisse travailler bien et sereinement. Et là, tout est chamboulé.
- Speaker #0
De quelles valeurs tu parles ?
- Speaker #1
C'est des valeurs de respect, ne serait-ce que ça. Des valeurs qui, aujourd'hui, ça n'arriverait plus, mais la domination masculine était forte. les anciens sur les jeunes. C'était dément. Donc, bien sûr que tout ça existait, mais moi, j'étais assez... Je dirais pas protégée, mais d'une certaine manière, en tout cas, on avait fait en sorte que je sois en lien avec des personnes qui allaient être en harmonie avec ma personnalité. Et j'ai fait des choses incroyables. Ils m'ont confié des dossiers qui sont monumentaux. Ils m'ont fait travailler sur des régions de France avec des notaires qui ne sont pas piqués des hannetons. Et moi, j'étais très à l'aise, j'étais très sociable. Donc, ça fonctionnait. Mais bon, bref. Je me suis retrouvée à nouveau embarquée dans quelque chose d'intenable. Et la danse ne suffisait pas. Et c'est allé très loin. Puisque j'ai été virée du jour au lendemain. Mais je l'ai un peu cherchée dans le sens où c'était pas tenable en fait. C'était pas tenable. Donc j'étais surpris. On est sortis. J'ai été surprise de la manière dont ça s'est passé, mais en fait, c'est un mal pour un bien. Et j'en suis sortie en trois minutes. C'est assez violent. La lettre recommandée est partie, c'est ça qu'on voulait vous dire. Vous prenez vos affaires et vous vous barrez, on ne veut pas vous revoir.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui s'est passé là, à l'intérieur ?
- Speaker #1
Alors, le soir même, je dansais avec une compagnie sur notre première pièce. Le lendemain, avec une autre compagnie, une autre pièce. Donc je peux te dire que... Heureusement que j'ai eu ça pour amortir, parce que je pense que ça a été un peu violent. Et en même temps, au fond de moi, ça faisait des mois que ça durait cette histoire, il était temps que ça s'arrête. Néanmoins, l'année qui a suivi, chômage, ok, mais le néant, et je n'ai plus été capable de danser. C'est-à-dire que mon corps était dans des douleurs extrêmes.
- Speaker #0
Tu dirais aujourd'hui, avec du recul, si c'est OK, que ton corps te disait quoi ?
- Speaker #1
En fait, remonter à la surface toutes les souffrances que j'avais tenues, en fait. J'ai tenu face à l'adversité, le corps s'est resserré et pendant un an, le fait de se détendre tout en cherchant ce que j'ai à faire, mais surtout de se détendre, ça... Je ne suis pas très au clair avec ce qui se passe physiologiquement, mais tu sais comment c'est. Par exemple, on en entend beaucoup parler avec les personnes qui passent à la retraite. Pendant 40 ans, elles donnent tout, elles sont à fond. Du jour au lendemain, ça s'arrête. Et se déclenche dans les 6 mois, une crise cardiaque, un cancer ou je ne sais quoi, tu vois. Donc, c'est un peu de cet ordre-là, je pense. C'est quand ça relâche, toutes les couches qui étaient enfermées explosent. Un an sans danser, voilà. C'est un certain vécu, c'est un peu effrayant parce que je vois bien que depuis 13 ans que j'ai quitté, ça en fait 15 maintenant, j'ai à nouveau donné beaucoup, tenu beaucoup, serré beaucoup les dents. Et si ça devait recommencer, je ne sais pas si je tiendrais au niveau santé de me relâcher complètement. C'est vraiment un questionnement.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
C'est vraiment un questionnement. Mais bon, il se trouve qu'à ce moment-là, je sors, il se passe une bonne année et j'ai l'intention de partir en voyage toute seule, trois semaines, loin, ce que je n'ai jamais fait. Et c'est une des meilleures décisions de ma vie, au moins encore une fois, en revienture. Un choix. une vraie décision, dès que je décide en fait et que je ne suis pas imposée et ben voilà ça donne de bons résultats je pars toute seule et je vais laisser en bonne créative que je suis divaguer mon regard sur des paysages rencontrer des gens avec qui ça va durer une heure, deux heures une soirée et hop le lendemain je repars sur d'autres choses t'as décidé,
- Speaker #0
t'as choisi quelle de...
- Speaker #1
J'ai choisi la Thaïlande parce que c'était sécure. Mais je ne suis pas allée à Koh Tao. J'ai fait vraiment un... Comment ? A Koh Lanta. Non, je ne suis pas du tout allée là. J'ai vraiment fait un parcours à l'intérieur des terres et tout ça. Et franchement, ce dépaysement, le fait de ne pas savoir chaque matin ce qui va se passer, me laisser aller, ça aboutit, trois semaines plus tard, à un soir... En pleine nuit, sous deux, trois loupiottes, je sors un cahier, un stylo et je me mets à écrire. Je vais écrire pendant une bonne heure et le lendemain quand je vais lire, j'ai écrit un festival de danse pour mettre à l'honneur les femmes dans les danses latines.
- Speaker #0
Magnifique.
- Speaker #1
Et à ce moment-là, les femmes sont encore vachement sous le joug des hommes. Alors les danses latines sont des danses où on a beaucoup... Euh...
- Speaker #0
Oui, c'est très macho. Je n'ai pas envie de dire que c'est machiste, mais c'est macho au sens où l'homme guide, donc il choisit beaucoup de choses, y compris... Ça peut aller jusqu'à choisir la manière dont l'expression de la partenaire féminine doit être. Et moi, c'est ce que je vis, mine de rien, je m'en rends compte et ça me fait beaucoup souffrir. C'est aussi, bon, maintenant, j'ai plus envie de toi, j'en prends une autre. Et ça, c'est à répétition. Et je vais le vivre, moi aussi. Je te garde, mais il y en a plein d'autres avec qui j'ai envie de danser. C'est mon droit, donc je fais ce que je veux. Mais toi, pas bouger. Bon. Et je vois bien aussi dans le monde que des partenaires féminines magnifiques sont laissées sur le carreau du jour au lendemain. Alors qu'elles sont sublimes. Donc je... C'est quelque chose qui fait son chemin et d'où cette idée de festival, je pense. Alors, je sais que je suis une juriste, je me rends compte que je suis quand même une créative. Je sais qu'autant avoir quitté le notariat pour aller vers ce que j'aime, la danse, mais je ne sais pas encore comment. Ça fait un an que ça dure. Et donc, ça va démarrer par ce festival. Donc, super. Et je trouve une nana juste géniale sur mon chemin. Là, encore une fois, une décision et les portes s'ouvrent. Elle va m'aider sur la com. et elle va avec trois cacahuètes et un petit verre de vin me dire tu sais franchement et dans la com tu sais il y a un truc qui serait vraiment génial c'est d'accompagner ce projet là avec une action plus solidaire parce qu'on fait quelque chose qui est solidaire en soi on met le féminin à l'honneur on lui donne un lieu d'expression rien que pour les femmes mais N'empêche, il faudrait aller plus loin. Il y a des femmes qui sont en grande vulnérabilité. Regarde la salsa, le bien que ça fait à des tas de personnes. Regarde les gens qui sont dans ces soirées. Je dis, bah oui, je vois bien. Moi, j'ai des amis qui ont subi viol, violences diverses. D'autres qui sont des mères isolées. D'autres qui sont dans des difficultés de boulot ou de famille. Finalement, cette salsa, elle réunit des gens qui ont des grandes solitudes. Ça nous donne une vie sociale incroyable. Ça nous donne une joie énorme. C'est vrai, t'as raison. Aller donner ça à des femmes en grande vulnérabilité, c'est juste génial. Les poils se dressent sur les bras et nous voilà parties avec cette idée supplémentaire. Et en quelques semaines, je crée Elle Danse. Je suis au chômage, pas elle. Elle va rentrer, par hasard, à l'armée du salut, à la maison, au palais de la femme. Et moi, c'est une association en cancérologie qui répond. Venez avec votre salsa, mais quelle bonne idée. Et donc, je me lance là-dedans bénévolement. Et j'avance. Et je me dis... Et là, mon cerveau, vraiment, est disponible à tout ça. Donc, je me donne toutes les possibilités. Tout est OK. C'est là que mon soleil commence à... Pour répondre à ta question, c'est là que mon soleil commence à grandir. Et je vois bien, quand je vais en parler, je pense que j'ai deux soleils à la place des yeux, un sourire immense. Et je me dis, je ne veux pas rester que dans cette association parce que je voudrais donner aussi la possibilité à ces femmes, ça fait déjà un an que je les accompagne, de pouvoir être dans des lieux où on ne parle pas que de la maladie, où on va faire pour elles, la salle de danse, le cours et rien pour elles, mais tout autour, c'est des énergies de danseurs, ça pulse, ça envoie la bonne énergie qui va leur faire du bien. Et je ne sais pas à quel point mes petites idées, qui me sortent de mon petit studio sur mon canapé le soir toute seule, vont devenir une grande idée. Et ce Elle danse va rentrer dans les hôpitaux parisiens, va rentrer à Gustave aussi. On va me proposer de danser au chevet des patients qui sont hospitalisés, etc. Voilà, c'est un grand truc qui monte. Et là, il y a juste à mettre un peu de braise, mais la braise, elle vient pour que ce feu devienne très grand parce que c'est juste un peu dormir, quoi. Ne serait-ce que ça. Parce qu'en fait, c'est de la joie. H24. C'est merveilleux.
- Speaker #1
Merveilleux.
- Speaker #0
Oui. Alors, en parallèle, je dirais, la danseuse et la chorégraphe essaient de se donner, comment dire, de satisfaction. Parce que ce n'est pas exactement ce que je voudrais en tant qu'artiste. Ça l'est d'une certaine manière. mais ça ne répond pas exactement au chemin de l'artiste. Et ça me revient en boomerang. Parce que je vais quand même continuer à faire de la scène. Je vais avoir une collaboration que je vais adorer avec un partenaire qui, lui, est plus jazz contemporain, mais aussi danse afro-caribéenne et antillaise. Ça va être génial. Vraiment, ça va être génial. Mais le Covid déboule, tu vois, et ça remet en cause énormément de choses. qui ne repartent pas. Et ça fait cinq ans que l'artiste souffre intérieurement.
- Speaker #1
Du coup, t'en es où aujourd'hui ?
- Speaker #0
J'en suis qu'en parallèle de ce que j'ai monté. Et finalement, c'est pas que de la parallèle, ça va en même temps. L'univers du cancer, le monde du cancer. a beaucoup avancé, et heureusement d'ailleurs. Et ils ont, je ne rentre pas dans les détails, il a été instauré les soins de support, les soins oncologiques de support. Et dans ces soins de support, il y a entre autres la grande famille de l'activité physique adaptée. Moi j'appelle ça une grande famille parce que je me suis dit très tôt, mais en fait Aude, ce que tu fais c'est de la danse adaptée. Ce n'est pas de la danse thérapie. c'est pas de la danse de performance c'est pas de la danse d'animation bienvenue à Galaswinda c'est pas ça, c'est de la danse mais qui est adaptée donc c'est une proposition d'accompagnement quotidienne des personnes en sortie de traitement grâce à grâce à cet art qu'est la danse, c'est prendre soin des gens tout en leur permettant de conserver du plaisir, une envie être en mouvement, s'exprimer tout ce qu'on a évoqué on dit du langage corporel, de l'être ensemble, du lien social. Et en même temps, comme les traitements abîment beaucoup les fonctions cognitives, c'est travailler la mémoire, mais ce que font tous les danseurs, travailler la présence, travailler la concentration. Et je réfléchis à leur proposer tout le panel possible en me disant, il n'y a pas une manière de danser. On peut prendre un cours de danse codifié, mais aussi on peut prendre un cours de danse libre. On peut faire de la création. Il y a plein d'options. On peut décider de monter sur scène. Il y a énormément de possibles. Il y a plein de possibles et je les envisage tous. Voilà. Maintenant, soins de support en oncologie et danse fonctionnent tant qu'on ne cherche pas à en vouloir plus pour la danse. Comment le dire autrement ? Si c'est thérapeutique... Alors, c'est déjà très encadré, il y a les diplômes, il y a tout ça. Mais si ça ne l'est pas, il n'y a pas d'études scientifiques menées sur ce qu'apporte la danse adaptée. Du coup, c'est très compliqué de se dire qu'on peut changer d'échelle. Parce qu'en fait, on remonte 13 ans en arrière pour la création d'Elle Danse. 13 ans plus tard, ça fait déjà un moment que j'essaie de changer d'échelle. C'est énorme ce qui a été fait sans avoir eu besoin d'activer autre chose que le relationnel pour entrer dans les hôpitaux de la PHP, pour arriver à Gustave Roussy, pour faire partie de ces institutions. C'est donc énorme. Mais en vérité, ça ne suffit pas pour aller plus loin. C'est-à-dire que pour former, pour monter une formation ou peut-être un diplôme universitaire, il en faut beaucoup plus. Et entre autres, il faudrait une mesure scientifique. qu'ils ont obtenu avec le sport adapté. Et donc, l'activité physique adaptée, ça fonctionne. Mais nous ne sommes pas qu'une activité physique, la danse. Et donc, voilà, je suis face à cette limite. J'en discute énormément, mais voilà, c'est une énorme limite. Est-ce que j'ai vraiment envie d'aller mesurer ? Je dis toujours, mais pourquoi mesurer ce qui existe depuis la nuit des temps dans le corps des hommes ? On est les... Les enfants, ils sont à peine sur leurs fesses, ils sont déjà en train de remuer quand ils entendent une musique. C'est une expression qui est naturelle, ça fait partie des traditions, ça fait partie de rituels dans de nombreuses cultures. Pourquoi vouloir absolument prouver scientifiquement ses bienfaits ? Je le comprends d'une certaine manière, d'une autre je me dis, c'est certainement pas ma voix.
- Speaker #1
Du coup, c'est en train de se... Elle fait que tu es dans un inconfort et que j'ai presque l'impression que tu es en train de te mouvoir vers quelque chose d'autre.
- Speaker #0
Alors, d'autres, est-ce que c'est complètement d'autres ? En tout cas, finalement, ça rejoint le fait que je ne suis pas allée au bout de tout ce qui relève de mon art. Science et art peuvent fonctionner ensemble, j'y crois volontiers. Maintenant, là où j'en suis moi, c'est qu'il faut que l'artiste ait plus de place. Ah oui, il faut que j'ai plus de place. Du coup, je suis dans ce passage.
- Speaker #1
C'est hyper intéressant d'être là-dedans. Oui. Un autre passage. Et tu perçois les petites pousses ou pas ?
- Speaker #0
Ce que je perçois, c'est la poussée.
- Speaker #1
Tu vois ?
- Speaker #0
C'est peut-être avant la pousse. C'est quand la graine est encore sous terre et que ça gronde, en fait. Ça veut dire, il faut que je sorte de cette coquille, de cette capsule, et je vais germer. Et donc, oui, ça germe. Pourquoi ? Parce que, je ne vois pas les pouces, mais ça germe quand même. Parce que j'ai des propositions artistiques qui sont fabuleuses. Je ne suis pas complètement sûre que je puisse le dire là maintenant, mais voilà, il y a un haut lieu d'art qui me propose une création. Et donc, je me dis... C'est en train de se faire et que je serais bien bête de ne pas emboîter le pas. Donc, je le fais, sachant que le reste n'est pas encore complètement réglé, stabilisé. Qu'est-ce que je fais ? Comment je le fais ? Mais en tout cas, d'un point de vue artistique, c'est ça. Je laisse la place, j'ouvre à nouveau. Et j'ai pris la décision d'y aller. Alors, ce n'est pas aussi radical que sur tout ce qu'on a dit juste avant, sur l'expérience passée. Ce que j'aimerais bien, c'est que ça se fasse avec un peu plus de douceur. Oui,
- Speaker #1
sans violence.
- Speaker #0
Oui, j'aimerais bien que ce soit plus doux. J'abandonne pas le fait d'accompagner les patients parce que j'adore voir émerger des choses du vivant. Ça n'empêche pas,
- Speaker #1
tu peux avoir plusieurs casquettes.
- Speaker #0
Et ça n'empêche pas.
- Speaker #1
Et les deux peuvent se nourrir l'un l'autre.
- Speaker #0
Et peut-être que finalement, c'est peut-être ça l'équilibre que je vais trouver. Ce n'est pas quelque chose de radical. C'est conserver ces deux branches qui me caractérisent bien. Parce que j'ai découvert quand même avec Eldance que j'avais le sens de l'accompagnement, du soin, de l'écoute.
- Speaker #1
Alors moi, je ne suis pas danseuse. J'ai très peu d'expérience, voire pas en danse. Mais j'imagine que lorsque l'on danse à deux avec un partenaire qui guide, tu n'as pas d'autre choix que d'être à l'écoute. J'avais pris des cours de tango argentin il y a très longtemps. Et ils disaient « corazon a corazon » . Et que finalement, je me souviens, les premiers cours, la femme fermait les yeux pour être vraiment à l'écoute du corps de son partenaire et du cœur qui bat, pour être au même rythme. Du coup, ça ne m'étonne pas que tu sois à l'écoute de ces patientes, puisque pour bien danser, il faut être... Bon, et ton partenaire aussi, il y a forcément un échange, ça ne va pas que dans un sens, sinon il n'y a pas d'harmonie. Mais j'imagine qu'il y a quelque chose là aussi d'équivalent dans cette écoute de l'autre.
- Speaker #0
C'est très juste parce que je me suis rendu compte que les danses à deux avaient beaucoup développé cette écoute qui n'attendait que ça, je pense, d'être stimulée. Et j'en suis à un point où, je te donne un exemple, j'étais encore hier à Gustave Roussy pour danser au chevet. Une jeune femme qui était dans une tristesse profonde. Au moment où j'arrive, l'infirmière me l'avait signifiée. Elle entend la musique que je passais dans le couloir en arrivant. Du coup, elle se met assise sur son lit, etc. Et je vais rester un moment dans ce service à danser. Puis je vais aller la voir en me disant, est-ce qu'il y a une musique qui vous ferait plaisir ? Elle me dit, écoutez, là, comme ça, je n'en sais rien du tout. Je vous laisse choisir à ma place. Et je lui dis, Gilberto Gilles, ça vous dirait ? Ah bah et comment ? Et je lance le morceau, puisque j'ai un oui, je lance le morceau. Cette jeune femme s'effondre en larmes. Je danse et à la fin, je lui dis est-ce que ça va ? Et elle me dit mais vous savez, non, vous savez, non, non, je ne pouvais pas savoir à part que j'ai une écoute tellement fine que ça va jusque-là. Elle me dit mais moi, je suis brésilienne et cette chanson a un sens fou pour moi. Donc, c'est au-delà d'être brésilienne, c'est que cette chanson-là a un sens fou pour elle. Je pleure de joie.
- Speaker #1
Ah ben là, tu vois, ça m'arrive très rarement. En consultation, oui, mais pas là. J'en ai les larmes. Je suis complètement émue de ce qui s'est passé hier. Et il y a ce qu'on appelle... Il y a eu un transfert entre vous deux. Il y a eu une écoute d'inconscient à inconscient parce que là, elle ne t'a pas parlé. Tu as perçu quelque chose au-delà du langage courant. C'est merveilleux.
- Speaker #0
Parce que tu vois, si je vais au-delà, c'est qu'il n'y a pas d'âge, de genre, de culture, d'histoire de race et je ne sais quoi. Moi, j'arrive à un endroit où les personnes sont violentées par un cancer et des traitements. Je ne connais pas leur histoire de vie. Je demande juste, est-ce que vous pensez que je peux aller dans cette chambre ou dans celle-ci ou pas ? Et c'est tout. Et j'arrive avec un langage universel, musique et danse. Tu te rends compte ? Si seulement on pouvait entendre ça à un moment donné pour pouvoir pousser les murs de nos jugements et de toutes les limites qu'on se met à être en relation les uns avec les autres. Donc j'ai cette force-là, en tout cas cette capacité. Et dans ce changement, je ne veux pas abandonner ça.
- Speaker #1
Évidemment, c'est essentiel. Tu fais quelque chose de précieux. Bon ! Du coup, si tu pouvais faire des recommandations à ceux qui nous écoutent et qui pourraient, tu vois, ressentir cette force dont on parlait à l'intérieur, cette poussée, mais qui n'arrive pas encore à traverser la terre. Tu vois, qu'est-ce que tu auras envie de leur dire ?
- Speaker #0
Alors, ce que je suis amenée à me dire à moi-même, puisque je suis à nouveau sur un passage comme celui-là, observer la nature, elle vous donne toutes les réponses. Je parlais de la graine, elle ne réfléchit pas, elle prend la poussée et elle y va. Donc, c'est garder les yeux grands ouverts, les sens en action, et puis saisir. Et même si elle a peur, on est de l'autre côté de la peur de toute façon. Donc, c'est vas-y, prends la peur sous le bras et puis fonce. Et à un moment donné, la pousse va émerger de l'autre côté vers la lumière. Et c'est là que ça va... C'est le moment sous terre qui est compliqué, mais ça ressemble à une gestation. Repensons à nous. Quand on était dans le ventre de notre mère, c'est la même chose. Avant d'aller vers la lumière, il s'en passe des choses. Donc, il faut rester confiant, il faut y croire. Essayer de s'entourer quand même un peu. C'est vrai que tout est solitaire dans la vie. On n'est quand même que seul avec soi, mais trouver des appuis ou en fonction de nos besoins à chacun, qu'ils soient affectifs ou des conseils tout simplement. rester attentif et puis toujours revenir bien à ce qu'on ressent. C'est ça que je dirais aussi. Parce qu'il y a plein de super conseils. Ce n'est pas tout vers l'extérieur. C'est savoir s'entourer. Faire l'aller-retour. Oui, faire l'aller-retour, passer ça à son filtre et puis voir si on prend ou si on ne prend pas. Et puis bon, les peurs sont là. Donc moi, je suis dedans. La peur, ça peut être un frein, mais garder à l'esprit que... Quand on a peur de quelque chose, c'est qu'on est derrière cette peur. Donc, il faut aller se trouver de l'autre côté. C'est l'inconnu, mais ça fait partie.
- Speaker #1
Génial. Merci pour tout ça. Et du coup, ça nous laisse la place au rituel de mon pas de côté avec le moment de visualisation, si tu es d'accord.
- Speaker #0
Allez !
- Speaker #1
Du coup, je vais t'inviter à t'installer confortablement dans ton siège. Essayez de rester immobile, si c'est possible, avec les pieds bien ancrés. Moi, je regarde toujours dehors pendant ce temps-là. Je regarde mes roses qui sont magnifiques, c'est le moment de leur épanouissement. Et je t'invite à avoir aucun croisement et puis de prendre quelques respirations bien profondes. Tu peux fermer les yeux si c'est ok pour toi, ou bien garder le regard fixe afin de ne pas te laisser distraire par l'environnement. Et puis, après quelques respirations ventrales, je t'invite à te projeter dans 5 ans. Tout est possible, tu peux être où tu veux, avec qui tu veux, comme tu le souhaites, il n'y a aucune contrainte. Tout est possible, ce que tu peux me dire ou ce que tu vois.
- Speaker #0
Alors ? Je me vois sur une scène, mais je me vois de haut.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Je me vois d'en haut, c'est comme si j'étais le projecteur qui projette une intense lumière sur moi et je suis sur scène.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Et j'ai l'impression que quelque chose en moi a rajeuni.
- Speaker #1
Ok. Est-ce que tu saurais me dire ce qu'il y a sous tes pieds ? une scène oui la scène est-ce que tu saurais me dire ce que tu ce que tu ressens à ce moment là, les sensations de température de vent tu vois de texture, qu'est-ce que tu ressens ?
- Speaker #0
alors moi je vois plutôt lumière et obscurité c'est très neutre le reste
- Speaker #1
Et si tu peux sentir ce que tu portes, par exemple, les vêtements sur toi ?
- Speaker #0
Un vêtement souple. Un vêtement souple, léger. Souple et léger. C'est-à-dire que j'ai une manière de me mouvoir qui est très ondulante, très ronde.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Très souple.
- Speaker #1
Ok. Est-ce qu'il y a des odeurs ?
- Speaker #0
Ça sent comme à l'opéra.
- Speaker #1
Oui, ok. Et là, est-ce que tu vois quelque chose autour de toi ? Qu'est-ce qui se passe autour de toi ?
- Speaker #0
Je pense qu'il y a beaucoup de monde dans la salle. Mais je ne sais pas où sont les autres artistes.
- Speaker #1
Ok, d'accord.
- Speaker #0
Mais il est étrange parce que j'ai un très très grand chapeau, comme si c'était un chapeau asiatique, très grand. On ne me voit pas en dessous et j'ai une lumière très intense qui illumine du dessus.
- Speaker #1
ok et toi que fais-tu ?
- Speaker #0
je sais pas si c'est d'être allée voir Michael le film hier mais je danse en dessous tu danses sous ce grand chapeau et
- Speaker #1
là à ce moment là quel est ton rôle ?
- Speaker #0
Je pense que j'ai créé quelque chose qui est un langage, qui est donc mon langage, un langage que j'ai créé et que je partage. Mais c'est marrant parce que ce n'est pas un langage qui se déplace partout, qui fait plein de bruit, c'est un langage simple. Donc, je partage un langage.
- Speaker #1
Tu partages un langage. Et si on regarde au-delà de cette scène, ce serait quoi ta mission de vie ?
- Speaker #0
De respecter ce pour quoi je suis arrivée ici. Donc, parce que...
- Speaker #1
Précisément.
- Speaker #0
Si tu veux, là où j'en suis, c'est que voir grand et large pour ne pas être que centré sur soi. Et au contraire, qu'est-ce que j'apporte au monde ? Si j'arrive dans ce monde, qu'est-ce que j'apporte au monde ? C'est une chose. Mais c'est d'abord, avant d'apporter, il faut savoir ce que je suis pour pouvoir apporter. Et donc, j'apporte un langage, mais ma mission, là, présentement, c'est d'être déjà alignée avec ce pour quoi je suis là. Et c'est certainement ça le plus important, c'est d'aider à comprendre, donner à voir que je suis... que je m'aligne avec ce pour quoi je suis là. Je ne sais pas si c'est clair.
- Speaker #1
Ce qui est important, c'est que ce soit clair pour toi. Je t'invite à respirer dans cette mission, depuis tes orteils jusqu'au sommet de ton crâne. Et puis de reprendre quelques respirations un peu plus franches, de commencer à... à réanimer tes quatre membres. Tu peux t'étirer aussi. Et puis, réouvrir les yeux et revenir avec moi quand c'est OK.
- Speaker #0
Mais c'est beau.
- Speaker #1
Comment tu te sens, là, dans l'instant ?
- Speaker #0
Bien, je me sens bien. Ça fait du bien de mettre des mots.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Je reviens sur ça. J'ai un grand besoin d'expression. Ce n'est pas que d'avoir été amenée à me limiter dans mon expression, c'est parce que aussi je suis un être qui aime être en communication, en dialogue, que ce soit avec moi ou avec les autres. Donc ça fait du bien de mettre des mots et de passer par la parole pour le faire parce que je sens que ça profite à tout le monde.
- Speaker #1
corps aussi. Et du coup, si tu pouvais cette semaine mettre en place une toute petite action pour tendre vers cette scène, qu'est-ce que tu pourrais faire cette semaine ? Une toute petite action ?
- Speaker #0
Ben, c'est ne serait-ce que me mettre dans mon salon où j'ai mis deux tapis de scène.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et me mettre à l'intérieur de ces deux tapis. Et chercher ce langage.
- Speaker #1
Est-ce que tu pourrais bloquer ? Oui, je pense.
- Speaker #0
Au démarrer.
- Speaker #1
C'est déjà, voilà. Et du coup, est-ce que tu pourrais bloquer ça dans ton agenda, s'il te plaît ?
- Speaker #0
Oui, je peux mettre ça jeudi.
- Speaker #1
À quelle heure ?
- Speaker #0
À 11h.
- Speaker #1
Allez, jeudi 11h. Tu l'écris ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
super je dis 11h je m'occupe de créer mon langage ok on arrive à la fin de oui de ce temps partagé si tu peux garder 3 mots de cet échange ce serait quoi ?
- Speaker #0
alors révélateur hum sensible porteur
- Speaker #1
Aude merci infiniment pour tout ce que tu as partagé et pour ta confiance et ta générosité je te souhaite une très bonne journée je te dis à très bientôt à toi aussi,
- Speaker #0
à bientôt
- Speaker #1
Et je te dis à très vite pour un nouveau pas de côté.