- Speaker #0
On va moins rire, je crois, avec le suivant, plutôt dramatique, c'est On Falling. Oui,
- Speaker #1
c'est un film réalisé par Laura Carrera. Alors Laura Carrera, c'est une scénariste et réalisatrice portugaise, mais qui est installée depuis pas mal de temps au Royaume-Uni. Alors son travail explore principalement toutes les questions qui peuvent... Enfin, pas toutes les questions, les questions qui sont... liées au monde du travail, à la solitude, aux tensions sociales de notre époque. Question études de cinéma, elle l'a faite à l'université d'Édimbourg, et elle a réalisé plusieurs courts-métrages, d'ailleurs, qui ont été salués dans certains festivals internationaux. Il y a eu Red Hill en 2019, qui était en compétition au festival, un festival que tu connais, le festival de Clermont-Ferrand, et elle avait fait aussi The Shift, qui était à la Mostra de Venise en 2020. Et grâce à la BBC, Laurent Carrera a eu cette opportunité d'être présenté à Sixteen Films. Alors si je vous dis Sixteen Films, ça ne vous dit peut-être pas grand-chose et ça ne me disait pas grand-chose non plus à moi. C'est la société de production fondée en 2022 par Ken Loesch. Donc je vais revenir, mais là on va comprendre un certain nombre de choses. Alors en 2024, elle a reçu pour ce film On Falling le Sutherland Trophy. c'est que qui est une des récompenses les plus importantes du cinéma au Royaume-Uni. Alors, je l'ai dit, il y a des rapports qui sont assez forts, je pense, avec le travail en tout cas de Ken Loesch, et là, on va voir qu'ils ont une certaine vision commune du cinéma. Elle a un cinéma qui, comment on peut le distinguer son cinéma ? Il y a une approche qui est assez minimaliste, mais c'est un travail rigoureux, avec une intention. particulière qui est portée aux gestes ordinaires de ces vies précaires. La réalisatrice s'intéresse vraiment, on sent qu'elle s'intéresse d'abord aux gens. C'est pour moi une des voies émergentes du cinéma social européen. Alors, pourquoi et qu'est-ce qui se passe dans On Falling ? Elle avait fait, la réalisatrice, des recherches sur le travail précaire Et c'est là qu'elle a découvert un travail qui s'appelle le travail de piqueur. Alors qu'est-ce qu'un piqueur ? C'est dans le monde de la logistique, et le piqueur c'est celui qui va aller chercher les articles qui sont commandés. Et le piqueur il est dirigé par ordinateur, c'est-à-dire qu'il porte au bras un écran qui lui indique maintenant il faut aller au rayon 24B à l'échelle C6. pour aller prendre l'article.
- Speaker #0
Oui, on minimise le temps pour aller dans ces grands entrepôts chercher les objets.
- Speaker #1
En fait, ça s'appelle un piqueur, on peut dire chez nous un préparateur de commandes. Alors, ce qui est intéressant dans le film, c'est de voir comment les vendeurs à distance nous parlent d'innovation, de technologie, d'être capables... de pouvoir nous livrer les produits en peu de temps, mais bien évidemment, on n'a pas cette vision de ce qui se passe derrière pour arriver, c'est vrai, à réaliser ces choses où on vous dit « si vous commandez dans les deux heures qui suivent, vous serez livré demain matin à 8h » . Pour faire tout ça, il y a toutes ces personnes qui, disons-le, sont à la limite de l'esclavage. toutes ces personnes sont toute la journée commandés, dirigés par ces ordinateurs, commandés par le chronomètre, leur vie est entièrement chronométrée et on leur demande toujours, toujours, toujours, toujours plus.
- Speaker #0
Et Amazon n'est jamais cité. Non,
- Speaker #1
mais bon, c'est Amazon et c'est tous les Cédiscounts, c'est les Chain, c'est les Temu, c'est tout ça. Alors, Alors... Dans le film, si je parle un petit peu plus du film, on va suivre Aurora qui est une émigrée portugaise et qui, comme je l'ai dit, elle passe son temps dans cet entrepôt où son temps est chronométré. On la voit aussi avec les rapports qu'elle peut avoir avec les autres. Et les autres, elle les retrouve dans ces sortes, je ne vais pas dire de foyers, d'ortoirs, foyers. Des sortes de colocations internationales, mais c'est absolument pas l'auberge espagnole. Ça l'est au sens où ils viennent de tous les pays et j'ai quelque chose qui sonne, je sais pas ce que c'est. C'est pas moi. Non, je sais pas. C'est pas bien grave. Et là, on va la suivre, les rapports qu'elle va pouvoir avoir avec un autre Polonais travaillant en décalé. Donc c'est là aussi, c'est ça qui est intéressant dans le film, c'est qu'on voit leurs rencontres qui sont souvent de quelques heures, l'une arrivant, l'autre repartant. Alors le film, nous on l'a vu, Hervé et moi, il y a déjà plus d'un an, puisqu'il était présenté au festival de San Sébastien.
- Speaker #0
2024.
- Speaker #1
Oui, et ce dont je me souviens, c'est quand même de l'interprétation assez bouleversante de Johanna Santos, qui interprète Aurora. Et ce film est vraiment un travail important sur l'alignation qu'on peut avoir dans un travail où on vous demande toujours, toujours, toujours de faire mieux. Alors ce film a été bien reçu dans différents festivals, d'ailleurs au festival de Saint-Sébastien en 2024. il a reçu le prix de la mise en scène. Donc, en résumé, On Falling, c'est une œuvre qui nous interroge sur la place que peut avoir l'individu dans un système finalement aliénant. Ce n'est pas un film, ça ne crie pas, je veux dire, ça ne montre pas des pancartes, mais on nous laisse juger et voir ce que peut être l'avis de ces... personne. Donc moi c'est un film que je peux conseiller, je pense que aussi tu l'avais aimé.
- Speaker #0
J'ai peu de munitions sur ce film que j'ai le souvenir d'avoir beaucoup apprécié, mais il y a maintenant en effet plus d'un an, donc l'eau qui a coulé sous les ponts brouille ma mémoire des détails, je ne pensais même pas qu'il allait sortir en France du coup ce qui fait que j'ai effacé les notes vocales prises juste à la sortie du film comme je fais pour chaque séance en fait je me souviens de ce personnage courageux et très fort, de femme immigrée portugaise travailleuse anonyme dans ce vaste centre de distribution écossais, cherchant à résister à la solitude et l'aliénation et des relations émouvantes qu'elle tente de tisser avec un de ses locataires polonais. La solidarité des exclus, les invisibles esclaves modernes de la machine capitaliste, c'est le thème, avec une caméra qui oscule comme un scalpel le quotidien des travailleurs précaires, avec des conséquences financières, physiques. et aussi psychologique. Alors c'est du Ken Loach en effet, mais au féminin et venant de plus au sud de l'Angleterre, puisque la réalisatrice Laura Carrera est donc portugaise. Alors je trouve que ce n'est pas au niveau du maître du réalisme social, Ken Loach, qui a donc coproduit le film, mais pas loin. Il y manque sans doute peut-être une lueur d'optimisme, souvent présent chez Ken Loach. En tout cas, c'est porté par une actrice impressionnante, je redis son nom, Joanna. Voilà pour On Falling, qu'on pourrait traduire approximativement par En tombant, ce qui évoque la chute du personnage principal, qui fait pourtant tout pour se raccrocher aux branches et à son téléphone portable. Seul véritable lien avec le monde, elle passe son temps à scroller dans ses temps libres.
- Speaker #1
Et ce dont je me souviens aussi, c'est une des scènes du début, où on voit toutes ces personnes qui vont pointer. Et pour les prendre leur travail, on a un peu cette impression de personnes qui vont un peu à l'abattoir. Et ça, c'était assez fort dans le film.
- Speaker #0
Il y a un côté des temps modernes de Chapelet, là.
- Speaker #1
Oui, sauf que les temps modernes... Donc c'est moins drôle aussi. Voilà, c'est moins drôle. Je pensais également, en même temps que toi, je pensais aux temps modernes.