- Speaker #0
Générique Bonjour, bienvenue sur les podcasts Mountain Changemakers, le média de la transition des territoires de montagne. Générique Talk to you, c'est un rendez-vous avec un acteur économique, politique ou associatif avec qui nous décryptons les enjeux liés à l'évolution de nos territoires. Changements climatiques, biodiversité, bouleversements économiques, diversification touristique, mobilité, crise du logement, l'ensemble de ces sujets font partie de nos entretiens réguliers pour mieux comprendre les changements auxquels nous devons faire face. Aujourd'hui, c'est François Debroux, le directeur général de Evolution 2, qui répond aux questions de Laurent Surbeck. Ingénieur en mathématiques appliquée aux sciences de l'environnement, François Debroux est également moniteur de ski et pisteur secouriste. Différents postes d'encadrement dans des grands domaines skiables alpins, directeur de Méribel Alpina lors des finales de Coupe du Monde de 2015 et 2022 et des Championnats du Monde de 2023, François Debroux connaît la vie en station et les activités qui s'y rapportent. Depuis 2023, il dirige donc Evo2, groupe détenu à 60% par la Compagnie des Alpes, qui propose une école de ski, une école d'aventure et un tourisme d'affaires. Au micro de Mountain Changemakers, il nous parle d'outdoor, d'aventure, d'expérience et d'adaptation.
- Speaker #1
François, de vous bonjour. Bonjour. Vous avez un parcours, je vais dire atypique, non, il n'est pas atypique, mais enfin, vous avez un parcours... domaine skiable, vous êtes passé par Thing, vous avez été aussi évidemment à Meribel Alpina, aujourd'hui directeur général de Evolution 2. Est-ce que ce parcours dans les domaines skiables, il est tout à fait enrichissant pour s'occuper aujourd'hui d'une société comme Evolution 2, qui, vous allez nous le rappeler, en quelques mots, est quand même spécialisée dans l'outdoor ?
- Speaker #2
On va dire que mon parcours a nourri une expérience dans les domaines skiables, avec une vision plutôt d'aménageur et d'exploitant. Moi au départ j'arrive de la modélisation mécanique des fluides de l'environnement, donc c'est pas vraiment le milieu dont on imagine qu'on terminera à s'occuper de l'exploitation d'un domaine skiable, mais avec une volonté de pouvoir être pas mal les pieds dans la neige, et donc du coup se transférer vers un réseau d'école de ski et d'aventure, et d'élargir le panel autour de la seule discipline de l'exploitation d'un domaine skiable, c'était un cheminement plutôt naturel pour moi.
- Speaker #1
Alors, Bérybel Alpinat, groupe Compagnie des Alpes, vous prenez la direction générale d'Evolution 2 à l'occasion du rachat partiel, en tout cas par la Compagnie des Alpes, de la société Evolution 2. En deux mots, Evolution 2, aujourd'hui, c'est quoi ?
- Speaker #2
Du coup, Evolution 2, c'est un réseau d'écoles de ski et d'aventure qui est pour partie propriété du groupe Compagnie des Alpes dans un cadre d'un rachat qui s'est fait de manière progressive avec les dirigeants historiques de ces structures, donc une quinzaine de structures. Et puis un réseau de licenciés de la marque Evolution 2 qui sont situés dans les Alpes, mais aussi dans le Massif Central, dans les Pyrénées, sur la côte Atlantique et même plus loin à l'étranger, avec pas mal d'activités de tourisme d'affaires sur les bases qui sont un peu lointaines. Mais grosso modo, le volet Compagnie des Alpes Evolution 2 est très resserré autour de la Tarentaise et de la Haute-Savoie.
- Speaker #1
Evolution 2 d'ailleurs, pour rappel, qui a été créé à Hatzing par Hervé Favre en 87, c'est ça ?
- Speaker #2
Absolument, créé en 1987 par Hervé Favre, comme école de ski. puis directement en école d'aventure. Et puis, dès les années pré-olympiques en 1991, il est allé vers un volet de tourisme d'affaires pour pouvoir faire découvrir la montagne à des gens qui venaient à l'occasion des Jeux Olympiques en Savoie et donc, du coup, leur permettre de faire autre chose que de simplement venir dans les tribunes des épreuves olympiques.
- Speaker #1
Alors, école d'aventure, c'est quoi une école d'aventure aujourd'hui ? Et quel est l'objectif d'évolution d'eux en termes d'expérience à proposer ?
- Speaker #2
C'est intéressant de parler d'école d'aventure, on en parle en se disant est-ce qu'il faut mettre aventure au singulier ou aventure au pluriel ? Est-ce que c'est l'aventure au sens de la discipline de l'aventure ou les aventures que l'on peut proposer à nos clients ? Moi je vois vraiment l'aventure comme un partage d'un territoire dans la nature avec des pros, avec des éducateurs sportifs de pleine nature, des gens qui sont les locaux de l'étape, qui sont diplômés, qui ont toutes les compétences nécessaires pour assurer la sécurité, la progression. La progression de nos vacanciers, de nos usagers, de nos touristes, tout ce qu'on pourrait dire, mais grosso modo, des gens qui ont envie de se balader en pleine nature, et puis de leur permettre de faire ça avec différents moyens, sur terre, dans l'air, sur l'eau, sous l'eau, et de vraiment le vivre d'une manière très partagée, partager et découvrir le territoire ensemble.
- Speaker #1
C'est ça ce qu'on appelle outdoor ? Aujourd'hui, comment vous définiriez ce terme outdoor ? Aujourd'hui, c'est important pour qu'on le ramène peut-être dans ses vraies significations.
- Speaker #2
Le terme d'enfermer dehors, il est plutôt bien. Et de se dire d'être finalement au grand air. Pour moi, là-haut d'or, je vois vraiment comme étant au grand air et profiter de ce que la nature a à nous offrir. Et en profiter avec les éléments du jour. Non pas d'imaginer, de se dire c'est comme ça qu'on va le vivre. J'ai typiquement quelque chose au fond de ma tête qui est de me dire le ski aventure pour moi, c'est de... d'être capable d'aller faire du landart avec des enfants quand il pleut et d'aller se cacher en forêt plutôt que d'être en pleine pluie, de monter jouer dans les congères quand la neige s'y prête et de passer voir le maître chien d'avalanche au poste de secours, d'être capable finalement de se dire, on va plutôt faire des igloos ou des boules de neige quand la neige est collante, mais vraiment de faire découvrir la neige, faire découvrir la nature, faire découvrir la montagne, comme on le fait avec nos propres enfants, sans le stress de se dire, il y a une semaine de ski, il y a une semaine de vacances, il faut absolument que ce soit dans quelque chose de codifié. Donc moi là-dedans, je vois vraiment... Comment profiter au maximum de ces expériences que nous offre la nature dans un territoire qui est finalement extrêmement varié, en toutes saisons, avec toutes les météos, à toutes les altitudes, avec toutes les végétations, avec tout ce qu'il y a de plus divers. Et puis là encore, en l'air, sur la terre, dans l'eau, sous l'eau, de la manière la plus 360 degrés qu'on puisse imaginer.
- Speaker #1
Est-ce que c'est une... tendance qui progresse. Est-ce que les activités que vous proposez, vous avez parlé du ski, bien entendu, l'enseignement du ski aussi, mais d'autres activités proposées, est-ce que la pratique de ces autres activités en montagne progresse réellement depuis quelques années ?
- Speaker #2
La manière de le voir, ce serait de se dire, si on regarde avec le prisme d'Evolution 2, qui s'est bâti autour d'une image plutôt de sport très actif, de sport élitiste, avec des images de freeride, avec des images de sport très engagé. Et de la même manière que le ski, qui était un sport, est devenu plutôt un loisir sportif, voire même un loisir actif, on peut imaginer que l'outdoor, tel qu'on veut le promouvoir, il passe de finalement une vraie expérience sportive à plutôt une expérience de loisir actif. voire même une expérience de loisir. Et en fait, cette tendance-là, elle vient plutôt avec le fait d'avoir des personnes à qui on va faire découvrir notre milieu, qui sont de plus en plus sédentaires, de moins en moins à l'aise en territoire naturel, qui sont plutôt en perte de repère de ce qu'est la nature et de se balader en nature. Donc au-delà de se dire est-ce que c'est une tendance sociétale, c'est en tous les cas de se dire nous on a bien cette impression qu'on a des gens à emmener avec nous pour leur faire découvrir en leur disant... Tout ça, en fait, c'est accessible, c'est bien, c'est chouette. Tu peux venir le faire avec nous, tu pourras venir le faire tout seul. Mais en tous les cas, vraiment de l'ouvrir au plus grand nombre. Donc cette notion de passer de plutôt des activités de niche qui sont pour les gens qui savent,
- Speaker #1
pour les gens du coin, pour les locaux, à le faire savoir au plus grand nombre, c'est quelque chose qui, à mon sens, est extrêmement important pour la montagne de demain. Est-ce qu'on entend, on voit souvent les stats disant que on est... sorti ou en train de sortir en tout cas du je passe une semaine au ski et je skie tous les jours et donc il y a ce côté je vais passer une semaine au ski je vais skier 3 jours, 4 jours et il va y avoir toujours un jour ou deux jours où je vais pratiquer autre chose est-ce que ça, ça s'installe aussi ? est-ce que c'est justement une des cases, si on prend l'hiver qu'une boîte comme Evolution 2 prend justement ?
- Speaker #2
Oui, j'aurais tendance à dire que ça s'installe parce qu'on arrive à faire cette démonstration que les gens de plus en plus, que les vacanciers de plus en plus prévoient à l'avance les activités qu'ils vont pouvoir faire. On le voit sur la manière dont aujourd'hui on commercialise nos activités, où on a été extrêmement baigné dans du last minute avec des gens qui, au tout dernier moment, notamment l'hiver, souhaitaient venir faire une activité, quand aujourd'hui on voit que les gens... Ils réfléchissent et puis ils se lancent dans le fait d'aller regarder nos produits, de réserver un créneau et de finalement s'engager bien avant qu'ils soient arrivés en station. Donc on le voit, nous, finalement, dans ce qu'on appelle nos booking windows, c'est un anglicisme, mais nos fenêtres d'achat, on voit que de plus en plus les gens regardent ça à l'avance. Ça ne veut pas dire qu'ils décident au dernier moment quand ils voient un plongeur sous glace et qu'ils se disent pourquoi je ne pourrais pas faire ça demain. Mais ils regardent ça en amont et on a effectivement cette impression qu'ils se projettent dans leurs semaines d'une manière plus diversifiée que de se dire j'ai six jours de ski et puis j'essaierai de trouver quelques-uns à côté autour.
- Speaker #1
Concrètement, si on parle de l'hiver par exemple, et puis on reparlera de l'été évidemment, est-ce qu'il y a une ou deux activités que vous proposez qui marquent une vraie croissance de la demande d'expérience à vivre depuis quelque temps ?
- Speaker #2
On essaie de vraiment promouvoir des camps multi-activités. Le fait de se dire pas uniquement du ski, du ski typé Memento, du système d'enseignement à la française, mais plutôt de se dire du ski et des activités à côté. Ski le matin, activités l'après-midi, ou d'être capable d'enchaîner ces choses-là. Et donc nos winter camps, nos summer camps, sont des choses sur lesquelles on sent qu'il y a une vraie appétence des clients de se dire, je ne veux pas simplement faire apprendre à skier à mes enfants, mais j'ai envie en fait que mes enfants découvrent la montagne euh... comme les enfants du coin, en tout cas sans avoir ce stress uniquement de l'apprentissage du ski. Ça, est-ce que c'est une tendance lourde ? En tous les cas, on voit que ça se développe et nous, on mise beaucoup là-dessus parce que c'est aussi la manière dont on veut faire vivre la montagne à nos clients.
- Speaker #1
Les activités, évidemment, qui reviennent, dont on entend tous parler, comme la poussée du ski de rando, évidemment, post-Covid, enfin, grâce au Covid, pour une fois, ou des activités plus... plus spéciales comme du VTT sur neige, comme des randonnées. Est-ce que ça, c'est des choses qui se développent vraiment ? Est-ce que même sur les basse-campes dont vous parlez, il y a des choses particulières ? Oui, ça se développe. Oui, on est toujours en développement. J'ai une illustration qui me semble assez cohérente. Douglas,
- Speaker #2
notre dirigeant à Evolution de Tignes et à Val d'Isère, il nous a dit l'année dernière, il y a quand même quelque chose d'épatant. On vend de plus en plus de raquettes à Tignes. des expériences en raquettes. Quand on n'est quand même pas en train de se dire que Tignes est dans l'imaginaire des clients, une station où c'est propice d'aller faire de la raquette. Mais du coup, il y a la personne du groupe qui ne fait pas de ski et qui, elle, est finalement contente d'aller faire de la raquette. Le plus épatant, c'est que du coup, quand elle fait une semaine de raquettes, en fait, le jeudi ou le vendredi, il y a le reste de la famille qui vient parce que finalement, il a aussi envie de voir et de se dire, peut-être que je loupe quelque chose. Donc c'est quelque chose qui est assez étonnant de se dire, Tignes, associé à de la raquette à neige.
- Speaker #1
mariage impromptu mais qui semble pouvoir se faire à des moments. Est-ce qu'il y a des freins au développement des activités outdoor ? Est-ce que c'est l'image de la montagne si on parle de l'hiver qui est tellement imprégné du ski que ce n'est pas facile de placer d'autres activités ? Est-ce que l'écosystème fait que ce n'est pas forcément adapté ?
- Speaker #2
Les freins, je dirais qu'il y a des freins matériels. Ça reste des sports immatériels. Il y a le frein de l'effort physique. Si effectivement on veut arriver à rendre les expériences les plus accessibles possibles au plus grand nombre, il ne faut évidemment pas viser à dire on va aller faire une expérience luge, on va faire 500 mètres de dénivelé à la montée pour faire 500 mètres de luge. Ça ne marche juste pas parce que les 500 mètres à la montée sont une vraie punition. Faire découvrir le ski de rando et on a... des stages d'initiation au ski d'Ando, il faut qu'on soit extrêmement précautionneux dans le fait de bien choisir les itinéraires, les dénivelés, d'être vraiment sur les bons terrains et puis de donner du sens au-delà de dire, vous inquiétez pas, ça va être dur à la montée mais vous allez vous éclater à la descente. Non, c'est une expérience globale avec un plaisir qui se prend à la montée, à la descente, qui se prend en passant voir le chalet d'Alpage, en passant voir des gens du coin et en étant accompagné avec un local de l'étape qui sait quelque part sur faire profiter de la journée d'une manière autrement qu'un frein physique qui pourrait y avoir, par exemple.
- Speaker #1
Ça fait plusieurs fois que vous en parlez. Il y a le côté expérience-vécu-activité, mais qui est lié beaucoup à la découverte du territoire de façon différente. Il y a un côté culturel. Il y a un côté culturel, il y a un côté lien humain.
- Speaker #2
Il y a un côté « viens voir la montagne que je connais au quotidien et je te la fais partager » . Je me suis pas mal questionné sur ce lien humain, la manière dont il se transmet, ou dont il est présent dans le groupe Compagnie des Alpes entre les familles et nos staffs. En fait, un vrai lien profond qui s'établit entre les familles et les staffs, ce n'est pas si commun dans le groupe Compagnie des Alpes. Dans les parcs de loisirs, les enfants jouent avec les mascottes, mais les mascottes ce sont des mascottes, ce sont des personnages, ce ne sont pas des personnes, on ne sait pas si c'est Jean-Jacques ou Mélanie qui est à l'intérieur de la mascotte. Les clients sur les domaines skiables tissent un vrai lien avec des pistons-scouristes quand il y a un secours, mais ce n'est pas une expérience des plus mémorables que de se dire, du coup je m'appelle Jean-Michel, je vais m'occuper de vous, et vous comment est-ce que vous vous appelez ? C'est dans des situations de stress. Il y a les animateurs, notamment dans les clubs village MMV, où c'est de se dire qu'ils créent un vrai lien durable pendant une semaine avec des enfants, au gré des journées, journées d'activité, les soirs après les activités. Et puis après, j'ai même pensé aux entraîneurs de foot de la PSG Academy dans le groupe Urban, qui est le réseau de centres de padel et de foot à cinq, en me disant que les coachs de la PSG Academy, eux aussi, doivent créer ce lien avec les enfants. Sinon, on n'a pas tant de liens que ça. Et nous, on a cette chance. incroyable d'avoir nos clients au long cours, des gens qu'on a plusieurs journées, qu'on a peut-être même toute la semaine, qu'on a même d'année en année, parce que c'est des gens qui viennent, qui sont fidèles, dont on peut découvrir la vie, dont ils peuvent découvrir notre vie, à qui même on donne rendez-vous l'été, qui du coup viennent faire d'autres expériences. Et ça, c'est quelque chose qui est extrêmement fort, parce que nos éducateurs sportifs, c'est une fibre qu'ils ont, qu'ils ont envie de partager, de connaître les gens, d'être connus des gens, et de finalement pouvoir vraiment vivre les choses ensemble et ça c'est très très fort et c'est vraiment quelque chose moi qui m'anime au plus haut point parce que je me dis que là on quelque part on a quelque chose qu'on ne touchait pas forcément du doigt dans l'exploitation de nos domaines skiable ou des opérateurs voit beaucoup de monde mais les voies de manière extrêmement courte extrêmement vive pour vendre un titre de transport pour les accueillir sur une remontée mécanique pour donner une information mais pas de manière aussi durable et quoi le
- Speaker #1
L'activité que vous aimeriez développer plus au sein d'Evolution 2 ? Ou l'activité peut-être qui n'existe même pas encore, mais auquel vous pensez ?
- Speaker #2
L'histoire d'Evolution 2, elle s'est construite autour de fondateurs qui étaient des passionnés de glisse. Passionnés de glisse à la descente sur la neige, passionnés de glisse à la descente sur des rivières, passionnés de glisse à la descente sur des VTT. Des vrais passionnés de glisse et qui ont adoré enchaîner les choses. qu'on adorait, on entend souvent parler de l'imaginaire, du flocon à la vague, de partir du sommet de l'aiguille rouge et de faire la descente infernale, où on partait à ski, alors ils en parlent à l'époque, on partait à ski. Et puis après derrière, on continue en VTT, on terminait en raft, et c'était des choses, c'était formidable, on en parle tout au passé, on se dit, mais pourquoi est-ce qu'on en parle au passé ? Parce que c'était compliqué, parce qu'il y avait des enjeux de matériel, parce que c'était finalement pour une niche extrêmement... réduites, c'était les gens du coin, les locaux, les sachants, c'était la petite communauté. En fait, mon rêve, c'est de me dire comment est-ce qu'on peut faire pour que ça devienne la grande communauté. Parce qu'en fait, aujourd'hui, avec nos moyens de commercialisation, de promotion de nos produits, en fait, on peut être capable d'organiser des expériences combinées, monter au petit Saint-Bernard en VTT électrique depuis la Rosière, descendre par la voie romaine. Faire un chouette pique-nique en bas et faire une descente en raft derrière pour partir de Boursa-Maurice et aller jusqu'à Centron, ce n'est pas du sport de haut niveau, c'est du loisir actif. Ce sont des choses qu'on peut mettre à portée du plus grand nombre. Être capable de faire ces enchaînements, d'être sur les skis le matin et dans un raft l'après-midi, ce sont aussi des choses qu'on peut faire et on peut trouver des clients pour. Donc il y a ces notions d'expérience combinées. Après, j'ai un deuxième point qui tient plus à ma personnalité et à ma manière de vivre mon temps libre, c'est l'itinérance et c'est être capable de se dire mais partons un jour on va faire de Chamonix le matin en descendant en vélo, en récupérant les ascenseurs Valéens qu'il y a à Saint-Gervais, en montant au sommet du Mont d'Arbois, en redescendant en VTT pour aller passer le col des Aravis le lendemain, avec une nuit au milieu, avec les locaux de l'étape, pour aller voir un coucher de soleil à Chalais-d'Alpage, et puis derrière de redescendre de nouveau en VTT pour terminer au bord du lac d'Annecy, et de se dire on est capable d'emmener des gens en deux journées, une nuit, de Chamonix au lac d'Annecy, et de voir... Voilà, des lieux mythiques, sans forcément se dire que ça se fait par le biais d'un van, ça se fait par le biais d'un bus, mais plutôt ça se fait par le biais de partir dans l'endroit et aller à l'autre en itinérance. Il y a forcément un peu de bus au milieu, il y a forcément de la logistique, il y a forcément du matos, il y a forcément des gens dans les coulisses qui l'organisent. Il y en a des gens passionnés qui adorent organiser ça. Donc voilà, le produit combiné, l'itinérance, c'est à développer, ce n'est pas si simple, mais ce sont des beaux enjeux pour Révolution 2.
- Speaker #1
On va terminer aussi avec une des questions plus de votre vision en tant qu'hockey patron d'évolution 2 et puis acteur de la montagne qui vit la montagne. Comment vous la voyez évoluer cette montagne dans son offre touristique et d'activité sur les 10-20 ans à venir ? Est-ce que vous... Comment vous aimeriez l'avoir évolué, cette montagne ? Je parle de stations, mais de vallées aussi, en tout cas d'offres en général. Comment vous aimeriez l'avoir évolué ?
- Speaker #2
Sur l'encadrement des sports de pleine nature, mais c'est probablement lié aussi au fait que je travaille pour une structure, pour une structure d'école de ski et d'aventure. J'espère l'avoir évolué de manière structurée. que finalement on arrive à promouvoir des offres cohérentes, avec des canaux de promotion, de commercialisation qui sont cohérents, qui permettent d'accueillir des gens de tous les niveaux physiques, de tous les niveaux de vie. De ne pas simplement se dire, en fait, l'archétype même de l'enseignement du ski en France, c'est la semaine 1, la semaine 8 et la semaine 9. à Val d'Isère, avec de la clientèle anglaise, avec un niveau d'honoraires pour des éducateurs sportifs, pour des moniteurs de ski, avec un niveau d'honoraires très élevé, dans une organisation extrêmement déstructurée, de plateformes d'individus qui finalement sont directement maillées avec des plateformes clients et qu'on est quelque chose qui ne ressemble pas à l'organisation d'une montagne où tout le monde peut s'y retrouver. En fait, j'ai peur de l'ultra-élitisme qu'on peut avoir. Peu à voir aussi sur l'enseignement du ski, où tout sera pour promouvoir les clientèles extrêmement aisées qui arrivent de loin, avec des moyens financiers très élevés, et que finalement on oublie même que l'essence du ski reste quand même de faire grandir des générations de skieurs en les faisant progresser,
- Speaker #1
en les faisant profiter de la montagne. Cette partie justement outdoor et aventure, liée au ski aussi évidemment, mais avec ce côté plutôt outdoor et aventure à faire vivre, c'est aussi participer à l'accessibilité de la montagne ? Pour tous. Oui. Le sport pour les nuls. Un des philosophes de mon groupe Compagnie des Alpes,
- Speaker #2
le sport pour les nuls, n'oublie pas, on est beaucoup plus à être nuls en sport qu'à être des experts de notre sport. C'est l'essence même du plaisir que prennent nos éducateurs sportifs à faire découvrir leur discipline. Ils ne sont pas des champions du monde de leur sport, ils n'ont pas vocation à l'être. Il faut simplement qu'ils soient des champions du monde, de faire partager leur discipline. Et ils savent bien le faire, ils le font avec cœur, ils le font avec joie. Et à mon sens, c'est ça qui est le plus fort. C'est avoir des gens qui se retournent à la fin de leur journée en se disant « Waouh, ce que j'ai vécu, c'est formidable ! » Plutôt que de se dire « On est le petit entre-soi de gens qui savons. » nous savons et nous le gardons pour nous, le best kept secret n'est pas mon proverbe favori, n'est pas mon expression favorite, le best kept secret c'est juste dommage de ne pas le faire partager aux gens et je pense que c'est ça qui nous anime
- Speaker #1
Et si on revient juste pour finir sur le côté justement recherche de diversification et de d'élargissement de l'offre en montagne Vous travaillez évidemment beaucoup sur l'élargissement des ailes de saison avant, après et en dehors. En tout cas, le côté outdoor amène ça aussi, parce que pas forcément besoin d'en monter une canicouverte.
- Speaker #2
Oui, on a parlé les deux saisons, le cas de saison, l'hiver, l'été, comment est-ce qu'on sait pas ? On en est presque à des endroits à se dire qu'il ne faut plus qu'on parle de produits été-hiver, il faut qu'on parle de produits sur neige ou hors neige. Et paradoxalement, nos structures qui sont plutôt à basse altitude sont les mieux préparées à cette bascule-là, d'être capable de dire, le biathlon qu'on avait prévu, ski de fond, carabine laser, va se faire en basket carabine laser, va se faire en vélo carabine laser, il n'y a pas de souci, on sait faire. Le fait d'être capable de dire, on s'adapte, on a souvent tendance à dire que les Pyrénéens et les Centraliens du Massif Central, Ils ont un temps d'avance sur les Alpins là-dessus, sur le fait de savoir déjà faire avec des aléas climatiques compliqués, de savoir faire avec très peu de neige alors qu'ils en avaient beaucoup 15 jours avant. Et nous, je pense que ça fait aussi partie de nos sujets à nous, d'être capable de se dire, arrêtons de parler de produits hiver-été, parlons plutôt de produits sur la neige ou sans la neige. On doit savoir le faire tout le temps et on y arrive plutôt bien. On y arrive plutôt bien, notamment quand je pense à toute l'organisation qu'on a en termes de tourisme d'affaires, de séminaires. Finalement, on a tendance à dire qu'il n'y a pas de plan B. En fait, le plan A, il va marcher parce que le plan A, il est déjà une adaptation de comment se présente la nature aujourd'hui, quelles sont les conditions, niveaux, météo, les terrains de jeu qu'on a devant nous et comment est-ce qu'on adapte. Donc en fait, le plan A, il est adaptatif par essence.
- Speaker #1
Plutôt que de se dire qu'on a un plan beau temps, un plan mauvais temps, un plan avec la neige, un plan sans la neige, c'est juste qu'on adapte et puis ça roule. Donc il y a forcément juste un besoin de faire savoir que tout ça c'est possible. Ce que je veux dire par là, c'est qu'il y a certainement encore un formatage assez fort de la part des agences, de tout ce qui est lié au travel, qui commercialise la montagne et qui la commercialise en hiver pour faire du ski, en été pour faire de la randonnée. Et il y a encore sûrement beaucoup de boulot de pédagogie à faire avec ces prescripteurs. pour faire passer cette image de la montagne qui n'est pas forcément liée à des semaines type, qui est beaucoup plus large que ça en fait comme offre.
- Speaker #2
Je suis complètement d'accord avec ça. Effectivement, il faut qu'on arrive à vraiment rendre les choses diverses. Je tente une analogie, discussion avec un fabricant de ski. massif en France, leader de la fabrication des skis et j'avais la discussion avec un des représentants du service marketing qui me disait, voilà du coup on a des skis très typés piste, très typés hors piste voilà on a toutes les gammes de skis et au bout d'un moment les gens vraiment rachètent à chaque fois et prennent quelque chose de très catégorisé non mais là on est en train de sortir le ski, c'est le bon ski pour la neige que vous allez trouver et le précepte est bon à mon sens de se dire mais en fait c'est la bonne activité pour le terrain de jeu que vous allez trouver parce qu'en fait on va s'adapter et Et effectivement, du coup, c'est loin de l'idée monobloc de dire votre semaine de ski, voilà comment est-ce qu'elle démarre, voilà comment est-ce que vous allez la vivre. Mais c'est plutôt votre semaine de ski, voilà comment est-ce que vous pouvez l'imaginer. Et puis, voilà, votre semaine de ski, n'en parlez plus ou ne l'imaginez plus comme une semaine de ski, mais imaginez-la bien comme une semaine de vacances, d'activités sportives, de loisirs sportifs, plus ou moins intenses, plus ou moins complexes techniquement. Mais ne vous inquiétez pas, vous saurez trouver des gens qui ont envie de vous emmener. Avec votre niveau, avec vos envies, avec vos moyens techniques et financiers. Et ça, c'est quelque chose qui est beaucoup plus large que effectivement se dire, vendons notre cœur de cible, le cours collectif 6 demi-journées matin du dimanche au vendredi. Oui, évidemment, il nourrit l'économie de la même manière que la vente des forfaits, ce qui passe 6 jours, nourrit l'économie de la montagne. Et pour le coup, il y a beaucoup plus de choses à découvrir.
- Speaker #1
Oui, et puis ça doit évoluer.
- Speaker #2
Et puis ça doit évoluer,
- Speaker #1
et je pense que ça évolue, effectivement. Merci François. Merci à vous. On reviendra de toute façon pour parler d'été, avec Évolution 2 bientôt. Merci.
- Speaker #0
Ce que je retiens de cet échange avec le directeur d'Évolution 2, c'est d'abord qu'apprendre à skier n'est plus une fin en soi, et vaut deux, mise sur l'apprentissage de la montagne. Les raquettes, par exemple, reviennent à la mode. Pour François Debroux, il faut retrouver le plaisir de la montée, le plaisir de la découverte du territoire, le plaisir des liens humains. Bref, vivre la montagne avec un rythme différent. Des expériences nouvelles donc, qui à l'avenir pourraient allier l'utile à l'agréable en proposant des activités combinées en itinérance et décarbonée. Bien sûr, le ski reste l'activité dominante, mais le maître mot est évidemment l'adaptation. L'adaptation à l'altitude, à la météo, au climat, François Debroux craint l'élitisme du ski et rêve d'une montagne plus accessible. Enfin, selon lui, le changement passe par l'imaginaire des clients. Plutôt que de se projeter dans une semaine de ski, pourquoi ne pas imaginer une semaine d'expérience ? Un changement qui passe aussi par le langage. François Debroux parle de produits sur neige et de produits sans neige, plutôt que d'activités d'hiver et d'été. C'était Talk to You, le podcast original de Mountain Changemakers, à retrouver sur les plateformes d'écoute Apple Podcasts, Deezer et Spotify. Si ces sujets vous intéressent, l'ensemble de nos contenus est disponible sur notre chaîne YouTube, sur les réseaux sociaux LinkedIn et Instagram. Retrouvez toutes les informations sur notre collectif sur mountainchangemakers.org. Ce podcast a été réalisé par Tom Surbeck.