- Speaker #0
Le musée Sacem présente Évocation d'une vocation. Un podcast imaginé et animé par Stéphane Lerouge.
- Speaker #2
Dans Évocation d'une vocation, un créateur d'aujourd'hui nous raconte les cinq bandes originales fondatrices qui ont façonné son ADN et lui ont transmis l'amour de la musique pour l'image. Pour ce nouvel épisode, nous accueillons une comédienne, autrice, chanteuse, parolière, dont les cinq longs-métrages emblématiques comme Cinéaste s'intitulent Le goût des autres, Comme une image, Parlez-moi de la pluie, Au bout du compte et Place publique. Bonjour Agnès Jaoui. Bonjour.
Est-ce que vous pourriez nous dire d'abord quelle place occupait la musique dans votre enfance ? Alors une place immense, bien que personne ne soit musicien, enfin en tout cas instrumentiste. Par contre, mon père est un mélomane absolu, enfin je ne sais pas comment appeler ça, mais enfin il a toujours écouté de la musique, toujours mis de la musique, et des musiques très très différentes les unes des autres, très éclectiques. J'ai vraiment hérité de ce goût. Et aussi, on chantait beaucoup. Il faisait partie d'un mouvement de jeunesse qui s'appelait la Shomer HaTzair, où il chantait tout, tout, tout. Léo Ferré, c'était un mouvement communiste, non marxiste, enfin bon bref. Donc il y avait toutes les chansons de la Révolution, beaucoup de chansons du répertoire français. Donc bref, on chantait beaucoup. Et on écoutait beaucoup de musique.
Est-ce que vous êtes toujours fidèle aux goûts musicaux de votre jeunesse ou est-ce que ça a beaucoup évolué ? Ça a incroyablement peu évolué. Ça, je dois dire que je suis effarée. Et c'est touchant et fascinant parce que Après, disons que j'entends un peu différemment parce que les écoutes et puis le fait que moi-même, je me suis mise à pratiquer de la musique, etc. font que quand même Mon oreille, c'est un peu développé, mais je me rends compte à quel point je ne fais que retourner à ce que j'ai découvert petite, à ce que j'ai aimé petite. C'est terrifiant. J'aurais pu évoluer, mais j'ai peu évolué musicalement. La chance que j'ai, c'est que j'écoutais déjà beaucoup de musique de toutes sortes. Grâce à mon père, entre autres, mais aussi des musiques que moi-même j'aimais. Donc effectivement, je revisite un répertoire déjà très large. Donc ce n'est pas de quoi m'ennuyer. Et parce que déjà petite, on écoutait de la musique israélienne, de la musique arabe, de la musique espagnole, de la musique brésilienne, de la musique classique, de l'opéra, du fado énormément, et de la chanson française. Est-ce que par ailleurs, par opposition, il y avait également des langages ou des styles, des esthétiques musicales auxquels vous n'étiez pas sensible ?
- Speaker #0
Oui, je n'aimais pas le disco, je n'aimais pas la musique contemporaine, je continue à être tragiquement sourde. Enfin sourde, oui un peu quand même. Et là, on doit travailler sur un opéra avec Fernando Fisbein qui est adapté de L'homme qui aimait les chiens. de Padura. J'espère qu'en travaillant des mois sur cette musique, je vais l'appréhender différemment. Mais pour l'instant, je me rends compte qu'en fait, elles me font toutes peur. Je trouve qu'elles font toutes peur, les musiques contemporaines. Elles pourraient toutes être sur des films d'horreur ou des films de terreur parce qu'on est tout de suite dans un climat inquiétant. Mes enfants s'en plaignent d'ailleurs parce que France Musique est... en permanence dans la cuisine, et c'est vrai que le soir, on a de la contemporaine, et ils me disent, et donc ils l'éteignent, et je leur ai dit mais arrêtez d'éteindre, moi j'adore qu'il y ait de la musique, et ils me disent oui mais elle fait peur, et j'avoue que j'ai un peu sans argument. Donc dans la grande séquence du concert d'En bout du compte, il y a vraiment une dimension un peu d'ironie ou de moquerie par rapport à la musique qui est jouée ? de moquerie, absolument pas, parce que je me sens, moi, ignorante. Je n'ai... Je ne pense pas du tout qu'au contraire, ce qui me frustre terriblement, c'est comme dans l'art conceptuel aussi. En fait, quand on sort de la narration, parce qu'après ça, de façon générale, j'ai du mal à lire des essais. Dès qu'on sort de l'histoire et la musique tonale, elle raconte une histoire. Alors à ce moment-là, je m'y accroche. Mais en fait, dès que ça sort de l'histoire, dans tout domaine finalement, que ce soit pictural, littéraire ou quoi, Je n'ai plus le support qui me permet d'aller dans l'abstraction. Mais je m'en sens coupable, en tout cas fautive. J'aimerais comprendre, parce que je vois bien que les gens qui comprennent et qui l'aiment, là je parle de la musique, c'est sincère, c'est réel, et c'est parce qu'ils ont une connaissance que je n'ai pas. C'est ça qui me rend... folle. Après, je vois des gens qui sont comme ça vis-à-vis de la musique classique, vis-à-vis de la musique baroque, enfin voilà, je vois des gens qui pareil, ne sont pas touchés et n'ont peut-être pas l'éducation musicale, j'en sais rien, mais en tout cas, moi, je sais que c'est un manque d'éducation de ma part, donc il n'y a pas d'ironie. Par contre, oui, j'ai vécu exactement cette scène avec une amie à qui je disais, t'aimes bien la musique contemporaine ? Elle me disait ah oui, oui, j'adore, et le concert a commencé, et elle s'est bouchée les oreilles en disant ah, pas celle-là ! Enfin... parce qu'elle pensait tout à fait à autre chose. Et donc, oui, je comprends qu'on ressente ça, mais en tout cas, il n'y a pas de moquerie.
- Speaker #2
Alors, est-ce que vous pouvez nous dire si les chocs cinématographiques que vous avez eus à l'enfance ont également été des chocs musicaux ?
- Speaker #0
Alors, pas que, mais oui, je peux citer Fantasia, qui est, je pense, le premier film que j'ai vu, puisque j'étais petite et que je me souviens que je voulais un verre d'eau, que j'avais soif, et je me revois debout. avec un verre d'eau dans les couloirs d'un immense cinéma. Et je me rappelle d'avoir été fascinée par le spectacle et la musique. Et la musique, ça va sur un spectre qui coupe le bac à Stravinsky. Ça, je ne peux pas être aussi précise. Je ne l'ai pas revu en plus. Après, j'ai revu à chaque fois Les éléphants qui dansent, etc. L'apprenti torsier. L'apprenti torsier. Voilà, les moments les plus connus, mais je ne sais pas, aller à trois ans, ce qui m'a marqué à ce moment-là. Je vous laisse choisir, si vous êtes d'accord, Agnès, un extrait de Fantasia. Ce serait lequel ? L'apprenti sorcier. Paul Ducas. Paul Ducas, absolument.
- Speaker #2
Vous avez également choisi un film que vous avez dû voir à la sortie, c'est Podan. Que représente Podan dans votre enfance ? Ce film qui est une sorte de synthèse entre l'imaginaire de Cocteau et celui de presque du pop art que Demi a découvert en Californie.
- Speaker #0
Peau d'âne, je me souviens de tout, je crois. D'abord de l'émerveillement que j'ai ressenti, et je me souviens de cette sensation de trahison que j'ai ressenti aussi. Et ce n'était pas la première fois pourtant, quand à la fin tout le monde rit. Et je n'ai pas compris pourquoi les gens s'étaient mis à rire comme ça. J'ai eu l'impression qu'ils me poignardaient. Et c'était l'hélicoptère qui arrivait, et donc je ne comprenais quand même pas. Et ma mère m'a dit, c'est parce que c'est totalement anachronique. Donc, je me souviens de m'être dit Anna Kronik et donc, je ne comprends rien à ce que ça veut dire. Bon, elle m'a quand même expliqué. Mais voilà, j'étais très amoureuse de Jean Marais, mais pas dans ce film, mais dans La Gardère. Après, j'étais très amoureuse de Perrin et de Catherine Deneuve. Et puis... Et puis, je pense que vraiment, ça m'a conduit à aimer la musique baroque comme une musique maternelle. On ne dit pas des musiques maternelles, mais on devrait dire, comme une nourriture dont
- Speaker #2
Les deux grandes fugues qui encadrent le film ont été presque un passeport pour la musique baroque.
- Speaker #0
Ah oui, complètement. Ah oui, j'ai vraiment J'ai tout aimé. Et après, je l'ai revu, je ne sais pas combien de fois, ce film. C'est le film que je pense que j'ai le plus revu, peut-être avec l'Assassin, 821, au Quai des Orfèvres, mais bon bref. Donc oui, j'aime passionnément ce film.
- Speaker #2
peut-être pas forcément à la sortie, à 5 ou 6 ans, mais plus tard, vous avez perçu à quel point dans Podane, là aussi, il y a ce principe de métissage où il y a cette fugue. Et puis après, il y a des rythmiques beaucoup plus modernes, voire pop. Il y a cette valse jazz, des insultes dans la cour. Comment on part de quelque chose qui est plus ou moins raccord avec le cadre et puis on glisse et on fait des pas de côté vers d'autres rythmes ? Oui, il y a cette magie, cette grâce qui fait que... Je ne sais même pas tellement comment en parler. Vous en parlez mieux que moi, je ne vais pas chercher à paraphraser.
Et les Demoiselles de Rochefort ? Par rapport à la découverte de Podane, qu'est-ce que ça représente ? Je l'ai découvert plus tard, ça je suis sûre, et je ne me souviens pas de la première fois, du tout. Mais c'est aussi un charme fou, je ne sais pas, une alchimie très particulière qui fait Parce que c'est dur la comédie musicale en fait, Il y a tout qui marche. Parce qu'en fait, il y a la musique de Michel Legrand, mais il y a demi, évidemment, et ses choix. Et il y a la beauté de l'image, il y a les comédiens qu'il a choisis, il y a le décalage, le léger décalage qu'il y a avec la réalité qui fonctionne de façon miraculeuse, comme ça peut. avoir lieu, parfois. Une vraie ville, en plus, qui existe, Rochefort, mais qui est une ville complètement repeinte aux couleurs de demi. Et l'arrivée de Gene Kelly, est-ce que vous étiez fan de comédie musicale américaine ? Et de voir Gene Kelly qui arrive dans un cadre en pleine Charente maritime, c'est assez étonnant. Oui,
C'est étonnant. Mais tout est étonnant. C'est des idées, ce du Trousse, Monsieur Dame, enfin, voilà. À chaque fois, il y a une espèce de fantaisie assumée, de poésie, de drôlerie. Je ne sais pas, c'est trop joli. Et s'il y avait pour vous un extrait, une chanson des Demoiselles, qui serait la plus proche de vous, de votre cœur, ce serait quoi ?
- Speaker #0
Là, tout de suite, je pense à « Je l'ai cherché partout, je ne l'ai pas trouvé » , la chanson de Maxence. terre. De Bali à Lima, des Cousettes aux Marquises, du ciel de l'île de Sainte, au ciel de l'île d'Élise, je l'ai couru partout et de partout, j'espère. Le seul fait d'exister la rend incomparable. Le seul fait d'être là la rend plus désirable. Comme une fille nulle, Dans mille rêves fous, j'ai fait le tour du monde, je l'ai cherché partout. Est-elle loin d'ici ? Est-elle près de moi ? Je n'en sais rien encore, mais je sais qu'elle existe. Est-elle pécheresse ? Ou bien fille de roi, star de cinérama, ou modeste fleuriste, je sais qu'elle m'appartiendra.
- Speaker #2
Alors vous avez fait un autre choix qui est celui d'une partition emblématique d'un grand binôme compositeur-signasse qui est Filini-Ninorotta. Et vous avez choisi une partition qui est l'avant-dernier jalon de leur fraternité. Et c'est une partition dans laquelle justement Ninorotta abandonne toutes les références aux musiques populaires, populistes, italiennes, folkloriques. C'est un Ninorotta, disons, plus dépouillé, plus étrange, presque plus vénéneux. C'est le Casanova. Pourquoi cette partition ?
- Speaker #0
Parce que je l'ai lu d'abord longtemps sur une cassette et que je la trouve très envoûtante. D'abord, je trouve ce film absolument insensé. Je l'ai revu il n'y a pas si longtemps et j'étais encore plus stupéfaite de la beauté de ce film. Et de l'étrangeté, d'avoir l'impression de ce que je déteste dire et que je ne vais pas dire d'ailleurs. Mais bref, que c'est vraiment un film incroyable. Et cette musique est à la fois totalement Ninorota et pas du tout, comme vous le dites. Et je trouve qu'elle gloue aussi avec le classique. Et c'est ça qui me plaît. C'est qu'elle s'amuse aussi avec des références comme le film, avec des choses qu'on connaît ou qu'on croit connaître, ou en tout cas qui sont très référencées par rapport à cette époque. Et oui. complètement ailleurs. Je trouve que c'est une alchimie, là encore, magique. Oui, et puis Fellini à chaque fois, parce que j'aurais pu prendre la Neveva aussi. Je trouve qu'il a aussi une utilisation du son d'abord. tellement bizarres, puisque déjà ces acteurs, ils les faisaient doubler par d'autres, enfin c'était très bizarre pour nous, en tout cas français, etc. Et puis du son en général qui est Il connaît la musique. Probat d'orchestra, c'est un film que j'adore aussi. Comment les vieux jouaient avec les verts dans la nave et vin. Il y a plein de C'est-à-dire que la musique, elle est organique. Et dans Les Boiselles Rochefort aussi. Des fois, on sent une musique posée sur des images avec plus ou moins d'efficacité. Et quand il y en a plus, ça ne me plaît pas mieux. Et dans d'autres œuvres ça fait partie on pourrait presque la toucher ça vous enveloppe dans une atmosphère vous allez ailleurs c'est une création aussi importante que celle de l'image et je trouve que c'est très
- Speaker #2
bizarre et très beau Vous dites exactement la même chose qu'Alain Cavalier qui dit que pour lui quand il met de la musique dans ses films la musique emmène son film vers un territoire encore plus vaste que l'image elle-même Ah bah oui Bye
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La publicité ne fait que ça, enfin. Le pouvoir de la musique, c'est ça qui est fou. C'est d'abord que, d'après moi, il est plus grand que celui de l'image, parce qu'il est subliminal. On pense qu'elle ne nous influence pas. Or, on le sait, elle nous influence terriblement. Et l'autre chose, c'est qu'on peut fermer les yeux, mais on ne peut pas se boucher les oreilles. On ne peut pas se fermer les oreilles soi-même. Et il y a certains films, Billy Elliot, j'aurais voulu le voir sans la musique, parce qu'elle m'insupporte pendant le film. Je bouchais les oreilles parfois, mais je n'entendais plus le dialogue. C'est embêtant quand même.
- Speaker #2
Agnès, vous avez choisi un film qui est la seule comédie musicale réalisée par le vétéran hollywoodien Howard Hawks. Ce sont les hommes préfèrent les blondes avec le binôme, le duo, Jane Russell et Marilyn Monroe. Quel souvenir de l'enfance ?
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En fait, c'est parce que vous m'avez demandé des musiques de l'enfance et je me suis dit, alors que je ne parle jamais de ce film que je n'ai pas beaucoup revu, mais n'empêche, qu'est-ce que j'ai pu danser, chanter, imiter mes copines Marguerite Luneau. sur Les hommes préfèrent les blondes et Diamonds are the girl's best friend, c'est bien de là. Oui, Donc voilà, je me suis dit par honnêteté, il faut que je parle de ce film-là et de ces numéros-là. qui est chissime, j'en sais rien. Franchement, je vous dis, j'ai pas revu. En fait, vous m'apprenez que c'est The World of Hawks. Donc ça doit pas être si mal. Et donc voilà, je l'ai choisi parce que, pour ce que je viens de dire, c'était plutôt vers 10-12 ans. On chantait ça, on dansait ça, on faisait les femmes.
- Speaker #2
Donc avec une copine, vous vous identifiez aux deux filles.
- Speaker #0
Je sais pas si on s'identifiait, mais c'était des telles caricatures de femmes que je pense qu'à l'adolescence, ça nous aide beaucoup pour se déguiser en femme. Parce que c'est ça qui nous attirait complètement.
- Speaker #2
Donc, on va écouter Diamonds are the girl's best friend. Merci Agnès.