- Speaker #0
Le musée Sacem présente Regarde Cinéaste, un podcast imaginé et animé par Stéphane Lerouge. Bonjour à tous, notre nouvel invité du podcast Regarde Cinéaste est une créatrice qui a pris son destin en main, qui s'est réinventée en opérant une série de métamorphoses successives. La comédienne est devenue autrice, l'autrice est devenue cinéaste, la cinéaste est devenue chanteuse, la chanteuse est devenue parolière. Après avoir écrit et tourné pour Alain Resnais, notamment On connaît la chanson, son passage à la mise en scène s'effectue avec une comédie de mœurs au scalpel, pleine de sentiments mélangés, drôlatiques et bouleversantes, le goût des autres. Avec elle, nous allons évoquer ses partis pris musicaux comme metteuse en scène, partis pris qui reflètent son goût pour la musique au pluriel, du baroque au rythme sud-américain et arabo-andalou. Bonjour Agnès Jaoui. Bonjour.
En sortant de l'adolescence, est-ce que vous saviez clairement vers quelle discipline vous alliez vous orienter ? Entre le chant, la comédie ou l'écriture ? Non, non. Je voulais jouer, je voulais être sur scène, je voulais m'exprimer. C'était celle que vous allez réussir le plus vite possible. Et ça a commencé par la comédie d'abord ? Oui, c'était le moins dur. J'étais dans les cours de théâtre, parce que c'est ce que je voulais faire le plus, et disons, oui, qui était le moins difficile. Et puis, je pense qu'assez vite, je me suis dit, il y a quelque chose qui ne va pas très bien. Parce qu'en plus, ce n'était pas une époque où on faisait du tout ni de la musique, ni de la danse, ni rien dans les écoles de théâtre. Et je sentais que... On m'apprenait presque à détimbrer ma voix pour être très sensuelle. Et bon voilà, il y a un truc qui me gênait un peu. Plus les castings, les trucs où il fallait juste être un physique et où c'était très dévalorisant en fait. Et évidemment quand on veut être comédienne en général et quand on est adolescente, c'est plutôt qu'on a besoin d'être valorisé que dévalorisé. Donc il y avait... Bref. Je... et... et... Et puis, il se trouve aussi que, comme mon père mettait beaucoup de musique, je beuglais beaucoup sur les musiques de mon père. Et qu'un jour, une amie a dit, ah, mais elle a une belle voix. Donc, j'ai recoulé. Puis, je suis allée dans un conservatoire. Et là, ça m'a apaisée, en fait, vraiment. Là, pour le coup, c'est comme une image. Enfin, je veux dire, j'ai ressenti là quelque chose qui était... Où j'avais le temps, en tout cas, d'apprendre quelque chose et d'être jugée par rapport à quelque chose que j'aurais appris, ce que je ne ressentais pas du tout dans les cours de théâtre. Parce qu'il y a ce truc bizarre que vous avez beau apprendre des choses, vous pouvez tout d'un coup être une actrice célèbre, on n'y aura rien fait. C'est toujours un peu étrange le métier de comédien. Donc à partir de là, je me suis dit, pourquoi pas, il y a un moment où j'ai plus fait que de la musique, plus que du chant. Et à un moment, j'ai été prise des mêmes doutes et des mêmes paniques et donc j'ai commencé une thérapie. Parce que je me suis dit, le problème n'est peut-être pas la discipline, c'est peut-être moi qui ai un petit souci de confiance. Mais j'ai gardé mon amour et ma pratique de la musique comme du théâtre. Et en plus, il se trouve que quand j'ai été prise dans l'école de Patrice Chéreau et Pierre Romand, au Théâtre des Amandiers, il y a une professeure qui s'appelle Bernadette Valle, qui est venue donner un stage de chant. Et en fait, c'est devenu ma professeure. C'était une professeure extraordinaire. Et donc, voilà, il y a quand même eu... Après, les disciplines sont restées séparées pendant très, très, très longtemps. Mais quand même, il y avait des points de convergence.
- Speaker #1
Et puis donc il y a cette première pièce, Cuisine et dépendance, co-écrite avec Bacri, Salabrouillère, mise en scène de Meldey, qui devient un film très rapidement, l'année suivante quasiment. Mise en scène par Philippe Muil, c'est la première fois où au cinéma vous cumulez ces deux statuts de co-auteur et d'interprète. Mais là vous voyez en quelque sorte quelque chose que vous avez créé qui au niveau de la post-production vous échappe, puisque la musique là pour le coup est l'affaire du cinéaste de Philippe Muil et du compositeur Vladimir Kosma. Est-ce que vous vous souvenez de ce que ça vous a fait de découvrir le film, terminer, monter, mixer ?
- Speaker #0
Oui, je me souviens de... d'un ensemble de choses, je me suis dit je n'aurais pas fait comme ça. Ce qui a été le cas sur les films d'après, même si je les ai aimés, mais évidemment, c'est comme quand on lit un livre et que malgré nous, on a des images et après on voit le film et on est en général déçus parce que ce ne sont pas les images qu'on avait nous en tête. Donc c'est ce que j'ai ressenti. Je me suis dit, mais pourquoi ne fait-on pas un coup ? Mais pourquoi ? Voilà, enfin, je... Je me souviens de mon étonnement.
- Speaker #1
Très vite, Alain Resnais va entrer dans votre vie avec une série de trois films, le diptyque Smoking No Smoking et On connaît la chanson. Avant de le rencontrer, quelle image musicale vous aviez de son cinéma ?
- Speaker #0
Je passais mes étés au Kiboutra-Sor, puisque mes parents vivent de Tunisie, ils sont d'abord installés en Israël et puis après sont venus en France, mais toute la famille est restée là-bas. Et au Kiboutch Radsor, au Hadar Orel, la grande salle commune, il y avait les vendredis ou les samedis soirs, je ne me rappelle plus, le film, et c'est des projections, je me souviens, particulières, parce que d'abord c'est toujours bizarre de voir un film à l'étranger, avec des gens qui n'ont pas les mêmes références, c'est toujours très intéressant, parce que vous ne voyez pas les films exactement pareils. Et je me souviens d'avoir vu Podane là-bas, et je me souviens d'avoir vu Muriel là-bas. Et voilà, c'est bizarre comme mélange. et j'étais petite Et donc, je me souviens de ne pas comprendre d'une musique étrange, enfin, de plein d'étrangetés. Voilà. Et puis, de la salle qui réagit sans réagir. Enfin, voilà, il y a tout un ensemble C'est de ça dont je me souviens. Quelque chose que je ne comprends pas complètement, mais par contre, qui me fascine, qui me séduit.
- Speaker #1
Et des années après, vous êtes toute jeune, vous avez 28 ans, et vous vous retrouvez à écrire pour un espèce de monstre sacré, un géant du cinéma. C'est surtout la première fois qu'on l'a rencontré, quand il nous a laissé ce message sur notre répondeur, disant qu'il voulait nous voir tous les deux. On s'est demandé On est un peu tombé de notre chasse, on jouait encore cuisine et dépendance en fait. Donc on ne comprenait absolument pas ce qu'il nous voulait. Et c'est quand il est venu. Mais René, c'était un homme tellement timide, gentil, respectueux, qu'en fait, très vite, on a eu l'impression que c'était nous, Alain René, et lui, un étudiant au Bonsard, qui venait nous présenter un truc complètement Donc, on était plutôt intimidés par sa timidité, mais assez vite, plus du tout intimidés, parce qu'il était plus timide que nous. Rapport inversé. Oui, enfin, et puis en fait, très vite, plus du tout, on était dans un rapport, je crois, assez égalitaire. Il ne jouait pas au grand homme et nous, on était tellement heureux de collaborer avec lui. Il a toujours eu d'ailleurs ce désir, il l'a dit souvent dans ses interviews, de mettre en scène au cinéma un opéra. Est-ce que finalement vous ne pensez pas qu'il a transposé ou décliné ce désir-là, mais de façon différente, à travers On connaît la chanson ?
- Speaker #0
Ah mais je le pense, j'en suis sûre. Il le disait. Ah oui ? Ah oui, il disait voilà, j'ai toujours voulu faire un opéra et j'en aurais pas le temps, je le sais. Donc voilà, c'est exactement ce que vous venez de dire. C'est ma façon de quand même travailler avec de la musique.
- Speaker #1
Et sur le sujet, comment se faisait le choix des chansons par rapport aux situations ? C'était vous ou vous et lui, tous les trois ?
- Speaker #0
Non, c'était nous, Jean-Pierre et moi, parce que René a fait comme il fait toujours, c'est-à-dire qu'il nous laissait faire ce qu'on voulait, on lui remettait sur cassette chaque semaine notre production, et il écoutait dans le noir en visualisant les choses. vers la fin, on a eu un peu des... De la discorde parce qu'il y avait beaucoup de chansons contemporaines qu'il ne connaissait pas. On s'était mis d'accord sur le fait qu'il fallait que ce soit un inconscient collectif qui se révèle dans nos paroles. Lui voulait dire pas tout à fait la même chose, je pense. Pour lui, son propos, c'était une chanson populaire de base et pas forcément... incroyable, peut avoir plus de force que de la philosophie. Dans certains moments de notre vie, on peut être abattu et tout d'un coup entendre je ne sais pas quel daube du top 50 et être transpercé parce qu'on se sent accompagné par des mots très simples et tout. Ce avec quoi je suis d'accord, là, il n'y a pas de problème. Mais donc Et du coup, il nous fallait des chansons que tout le monde connaisse à peu près.
- Speaker #1
Consensuelles. Voilà. Et là-dessus, il nous disait, ah bon, il est connu, Johnny Hallyday, enfin j'exagère, c'est peut-être pas Johnny, mais je me rappelle qu'il connaissait pas Jonas, par exemple, ou je sais plus, enfin voilà. Et lui, il aimait beaucoup, il avait très envie, ce qu'il a fait après, d'ailleurs, de toutes ses chansons. des années 30, de son enfance à lui, parce qu'évidemment c'était son inconscient à lui. Et donc là, on a eu un petit problème de génération, parce qu'on n'avait pas les mêmes... Et pourtant, j'adore ce répertoire-là, donc il se trouve que je le connais bien, enfin, moins bien que lui, mais que c'est un répertoire que j'ai beaucoup aimé. Mais malgré tout, il y avait un moment où on ne pouvait pas mettre que ça dans le film. Ça doit être assez émouvant quand on a soi-même écrit ou co-écrit le film, de se retrouver sur un plateau avec René et de jouer et chanter en musique sur les versions originales. Moi, je trouve qu'il y a une séquence magique, c'est la visite de l'appartement avec Wilson, où il y a ce duo à Darletty et le reste, où vous êtes dos à dos. Travelling circulaire, vous parlez sans vous regarder, et la lumière qui descend. Par exemple, ça c'est une séquence qui a été compliquée à mettre en boîte.
- Speaker #0
Qui a été archi compliquée, mais pas tellement pour nous. Ça a été une des fois où il y avait Renato Bertal, le chef opérateur. Il y avait comme une sorte de lutte de pouvoir tout à fait sympathique entre lui et Sylvette Baudreau, la fameuse script d'Alain Resnais.
- Speaker #1
Est-ce que vous avez beaucoup appris de Resnais sur le mixage ? Est-ce que vous avez assisté parfois au mixage des films ? Parce qu'il y a cette autre séquence qui est la descente de l'escalier, la descente vers le lac de Paladru, où le compositeur... Et arrangeur du film, Bruno Fontaine, raconte toujours que l'intelligence de René, ça a été finalement de retarder l'arrivée de la musique pour jouer sur votre respiration.
- Speaker #0
Absolument. René, il ne s'est assisté à rien. Il était complètement... Non, mais je veux dire, de la post-production. Ah oui ? Non, rien du Alors d'ailleurs, il a été embêté parce que c'était la première fois que des scénaristes jouaient sur ses films. D'habitude, sur Smoking the Smoking, on est réintervenu. À la toute fin, où il nous a montré le montage, et où là, il nous a demandé éventuellement quelques réécritures, mais autrement, il a toujours fait ça avec ses scénaristes, donc là, il ne pouvait pas le faire, mais par contre, je n'étais pas du tout présente à la post-production. Par contre, là où c'était absolument passionnant, parce qu'effectivement, quand je disais tout à l'heure que le son est plus important que l'image, l'autre chose, c'est qu'on peut changer plein de choses avec le son. On peut changer la qualité d'une scène, la qualité d'acteur. Mais en faisant juste un énorme bruit tout d'un coup sur quelque chose qui ne va pas, on peut distraire, on peut manipuler le spectateur d'une façon inquiétante. Et effectivement, j'ai pu voir, parce qu'on tournait les scènes sans mixage évidemment, et après le travail qu'ils faisaient. Et notamment il y avait une scène avec le docteur, un des docteurs que va voir Jean-Pierre. Nelly Bourgeau qui faisait la doctoresse. Et à un moment, il y avait cette phrase où elle devait dire « Vous comprenez, si vous continuez avec ce médicament, votre défense immunitaire chute ! » Et je ne sais pas pourquoi, elle disait « Votre défense immunitaire chute ! » dans le même... Enfin, bon, bref, je limite mal. Et puis elle avait une sorte de nervosité comme ça qui était assez étrange et inintéressante. Mais bon. Mais par contre... Au montage, enfin après, quand j'ai vu le film, je pense que c'était déjà derrière des immeubles en construction, et René avait mis en fait des sons de... On comprend que cette femme, elle est vie dans les travaux depuis je sais pas combien de temps, et que ça la rend dingue, et que donc, elle est particulièrement.tout est comme ça. L'utilisation du son, du mixage, des voix, de la musique. Chez lui, elle est prodigieuse. Moi, je m'en suis servi sur mes films, mais quand j'adore faire ça, aller filer un coup de main sur un copain réalisateur qui montre son film à telle ou telle étape, j'adore ça. Et plein de fois, j'ai proposé des solutions, parce que des fois, tout le monde sait qu'il y a un petit problème sur telle séquence. pour telle ou telle raison, mais on n'a que le matos qu'on a. Grâce au son, parfois, vous pouvez transformer. Je ne vous parle pas d'en plus mettre la belle musique sur le truc qui fait que c'est mouant. Non, non. Vous pouvez pallier ou renforcer certains effets du film. C'est très étonnant, effectivement, comment il maîtrisait ça.
- Speaker #1
Et ça, vraiment, pour avoir vécu les films de l'intérieur, pour les avoir écrits et interprétés, ça, vous l'avez vraiment appris de René. C'est de voir après comment il transformait ça. par le mixage. Complètement. Et l'agencement de tous les éléments, la musique, les effets, etc.
- Speaker #0
Absolument, complètement. Et d'ailleurs, tous ces films sont une réussite de ce côté-là. Ils sont très singuliers, et très travaillés. Et il disait aussi que le succès, évidemment le terme est mal choisi, mais quand même, le fait que Nuit et brouillard étaient distingués des autres films sur la Shoah et sur les camps, tient, pareil. à la musique contemporaine qui est employée, qui est particulière, qui là aussi fait un choc visuel qui n'est pas le même qu'avec une musique, bon voilà, telle ou telle. Et je pense qu'il a raison, il était très conscient de ça, vraiment.
- Speaker #1
Pendant toutes ces années d'antichambre à votre traversée du miroir, à votre passage à la mise en scène, lorsque vous étiez juste comédienne, ce qui n'est pas une restriction, comment receviez-vous le regard du compositeur en découvrant le film mixé ? Je pense par exemple à Michael Nyman dans 24 heures de la vie d'une femme, le film de Laurent Bounic, ou Philippe Romby avec le rôle de sa vie, musique que l'on vient d'entendre à l'instant.
- Speaker #0
Alors c'est drôle parce qu'en fait Je pense plus au réalisateur qu'au compositeur. C'est-à-dire que je me dis parfois « Pourquoi il a choisi cette musique ? » « Pourquoi ? » Des fois, je ne pense pas tellement au travail du compositeur parce que peut-être bêtement, je me dis que le compositeur ne fait pas ce que lui demande le réalisateur. Pour bien des cas, les réalisateurs ne sont pas forcément des compositeurs ou des musiciens. Mais voilà, vous me posez la question. Et en fait, ce n'est pas tant à ça que je réfléchis. C'est plutôt... Alors souvent, en plus justement, je vois les films à une étape de travail. Et donc souvent, ils ont mis des musiques provisoires. Des fois, c'est génial parce que c'est des musiques qui existent et qui sont géniales. Et puis, du coup, des fois, après, de le revoir avec une musique qui n'est pas celle-là, c'est un peu compliqué. C'est compliqué pour moi, en vérité, parce que je pense que j'aimerais refaire toutes les bandes-sons de plein de films.
- Speaker #1
Justement, est-ce que c'est aussi en partie pour ça qu'il y a ce passage à la mise en scène, donc en 99, avec le goût des autres, c'est aussi pour avoir une envie d'aller plus loin dans le contrôle ? de vos sujets, de vous dire voilà je veux les traiter au niveau de la mise en scène, du découpage, la conception de la lumière, du décor, le choix des comédiens, comme moi je l'entends en tant qu'auteur à la base.
- Speaker #0
Absolument, exactement.. Parce qu'en plus avec les comédies il y a quand même cette idée de la musique de comédie qui est un peu difficile pour moi. Et donc j'avais aussi J'avais envie de trouver ou d'essayer mon propre langage. Je continue à apprendre et je continue à avoir d'autres idées. Et j'espère un jour les mettre à profit.
- Speaker #1
Et sur le goût des autres, spécialement, à quel moment du projet vous avez commencé à penser musique ?
- Speaker #0
Alors, je pense à la musique tout le temps et je pense à la musique en écrivant. Donc, par exemple, la sonate de Schubert. Sur les leçons et sur le salon de thé, etc., je l'avais en tête avant de filmer. Je l'ai même fait écouter au chef opérateur, notamment pour un travelling avant, pour qu'il ait le rythme, etc. Il y avait pas mal. Après, des fois, je les vérifie une fois au montage et il y en a qui... Ça tient et il y en a où c'est plus du tout le... Ça marche pas, en fait. comme je le pensais, donc j'en change. Mais elle est intervenue pour partie assez tôt. Mais vous avez une certitude, sur ce film-là, il n'y a eu aucune hésitation pour vous entre des musiques, des œuvres préexistantes et faire composer une musique originale pour le film ? Ah si, si, si, il y a eu. Je voulais au départ faire composer une musique originale et j'avais demandé... à un ami qui s'appelle Jean-Charles Jarrelle et du coup, et de, éventuellement, co-composer avec Alexandre Desplat, parce que je n'ai pas du tout aucun doute, vous voyez. Et enfin, Alexandre, à part ça, n'était pas du tout aussi célèbre qu'il l'est maintenant. Et d'ailleurs, il avait dit oui. Et puis, sauf que, ben voilà, le montage arrive et au montage, je mets des musiques de mes auteurs favoris, d'ailleurs. Enfin, Handel, Schubert, enfin bon, voilà. Adelson ! Mendelssohn ale xandre Desplat qui m'a dit non, mais il faut tout refaire. Et puis quand même, moi je me disais, j'aime assez ce que j'ai mis et je l'ai fait écouter et montrer à Bruno Coulet qui m'a dit, il n'y a rien à changer. Tes musiques sont celles qu'il faut. Il aimait juste pas le Mozart sur le petit chien qui court, je sais toujours pas pourquoi.
- Speaker #1
Le concerteur pour piano. C'est pas parce que c'était un indicatif de Macha Béranger. Alors là, mais vraiment, il était fâché même. Non, sauf ça, ça c'est pas possible, ça c'est pas possible. Alors pareil, j'ai pensé que c'était possible en tout cas. Et du coup, je suis restée avec Jean-Charles Jarrel qui a fait juste quelques musiques ici et là, et puis la musique de la fin. Du coup, pas une musique d'Alexandre Desplat, parce que je pensais que finalement, non. Et Bruno non plus, puisque voilà comment ça s'est passé. Donc non, je n'étais pas du tout aussi sûre de moi au tout début. Mais une fois le montage fait, oui, je suis sûre. Enfin, en tout cas, c'était mon goût, et pas celui des autres. C'est assez insolite, d'ailleurs, comme l'ouverture du film et le générique début, avec ces travelling latéraux de plans de route ou d'autoroute, et d'avoir une œuvre de Mandelson. chanté en anglais par ces deux chanteuses, Kathleen Ferrier, Contralto et Isobel Bailly.
- Speaker #0
Bravo, parce que Malade deuxième, je ne m'en souviens jamais. Et juste deux voix, accompagnement au piano et avec un son, c'est un enregistrement des années 40, extrêmement compressé. Et ça crée tout de suite une sorte de décalage par rapport à l'action du film qui est contemporaine. Oui, je pense, alors après maintenant c'est intellectuel et tout ça, mais il y avait Par rapport à cet homme, puisque tout le début du film est sur le personnage que joue Jean-Pierre Bacry, qui est censé être un beauf, chef d'entreprise, quelqu'un pour qui la culture, il n'y a pas de raison d'y aller, il n'y a pas de raison de l'élargir plus que la série télé qu'il voit le soir. Mais que c'était comme si, dans sa rêverie, en regardant dehors, et aussi ce que fait le paysage quand il passe comme ça, qui a une beauté assez grande. Comme si en fait il avait accès à tout ça sans le savoir. C'est quand même un être complètement sensible, mais il n'a pas les clés, il n'a pas l'habitude, ce qui fait qu'il va dans ces lieux-là et qu'il écoute ces musiques-là. Mais oui, je pense que ça mettait tout de suite dans un... Oui, sûrement... En tout cas, c'est tellement beau.
- Speaker #1
François Truffaut disait je tourne contre le scénario et je monte contre le tournage ? C'est-à-dire qu'à chaque fois, ils refabriquaient un film qui n'était pas complètement celui de l'étape précédente. Est-ce que c'est ça pour vous ? Ou au contraire, vous vous fixez un cap que vous tenez complètement au gré des différentes étapes, y compris lorsque vous mettez la musique à l'image ?
- Speaker #0
Je ne sais pas ce que c'est, mais je ne dirais pas que je tourne contre et après je monte contre. Non, l'impression que j'ai, c'est que le moment où je mets la musique à l'image, j'arrive à quelque chose que j'avais en tête, mais plus ou moins, évidemment. Mais parfois, voilà, c'est comme si c'était le coup de pinceau final. que ça prenne sens par rapport à ce que j'avais dans mon imagination au tout début de l'écriture. Après, évidemment, et c'est ça qui est incroyable, les acteurs, le temps, l'image, tout modifie votre pensée initiale. Et en même temps, je suis tellement... Obsédé par le rythme, parce qu'on parle de la musique, mais nos mots, ce qu'on écrit avec Jean-Pierre est très précis. Et que pratiquement, les acteurs ont peu de liberté par rapport à ça. C'est vraiment les bains, eux, point point. On leur demande de les respecter. Après, je les vois seul à seul, ils peuvent me proposer autre chose. Mais bien souvent, on l'a tellement mâché nous-mêmes. Donc c'est très proche d'une partition. D'ailleurs, En mettant en scène au théâtre, je me suis rendu compte que je souffrais beaucoup plus parce que j'avais dans la tête l'idée du rythme qui devait être celui-là, mais que comme ce n'est pas une partition, quand j'allais les voir jouer, et que moi j'avais envie d'avoir des baguettes et de leur faire... Et des fois... Ça tombait juste et très bien, mais des fois, je me disais, mais c'est pas possible. Il y a un temps de trop. Mais il y a un temps de trop, mais respecte ce silence, mais qu'est-ce que tu fais ? Mais vraiment ! Alors qu'au cinéma... Ben finalement, d'abord, je suis avec eux pendant les deux heures ou les quatre heures sur lesquelles on travaille la scène, et puis on a déjà répété avant, et donc je peux leur dire, non, enfin voilà, plus vite, plus vite, plus ça, enfin bref, je peux travailler avec eux le rythme. Et après il y a la pause synchro, le montage ? Et puis après au montage ! Si le mec il n'a pas été foutu de me foutre son silence quand Bon bref, et ben je le mets en je sais pas, en faisant un plan sur les chaussures, bon bref, . Reprendre la maîtrise du rythme, ce que je ne peux pas faire au théâtre, et ce qui vraiment était une grosse douleur.
- Speaker #1
Et ce qu'on peut faire aussi au cinéma, ce que vous faites notamment dans Le Goût des Autres et dans votre dernier film à ce jour, Place Publique, c'est que par la musique, vous pouvez faire comme un gros plan. Ça m'a toujours frappé quand, dans Le Goût des Autres, quand Castella, le personnage de Bakri, reconnaît la prof d'anglais Anne Alvaro au théâtre, la musique fait tout de suite créer un lien.
- Speaker #0
On est dans la tête. Mais c'est drôle parce qu'en ce moment où on écrit une petite comédie musicale pour France Musique, j'ai dit hier exactement à mon compositeur, non mais la musique ça peut pas être ça à ce moment-là, parce que si c'était au cinéma, ce serait un gros plan, j'ai besoin d'un gros plan. Là, la musique s'arrête pas, c'est la même. Or non, il faut qu'on parle la musique. Alors c'est très particulier parce qu'en plus c'est vraiment que audio. Il n'y a même pas une mise en scène parce que je dis au théâtre. Je me débrouillerais pour que... Et je lui ai dit, peut-être qu'il faut qu'un verre se casse, vraiment qu'il y ait une rupture pour qu'on comprenne, parce que c'est un pivot de l'histoire. Et s'il n'est pas mis en musique, ça ne marchera pas. Et donc, oui, on peut tout faire grâce à la musique.
- Speaker #1
On parlait de Schubert, Mendelssohn. Et il y a un thème que, d'ailleurs, un large public a découvert grâce au film. Un autre thème qui est un axe central du film, un thème co-composé par Pat Metheny et interprété par lui, Oley, qui habille complètement, qui structure une séquence, une grande séquence du film, quand à la fin le personnage Gérard Lanvin vient sonner chez vous, vous n'allez pas lui ouvrir, mais en même temps vous l'observez de la fenêtre. On a l'impression que vous avez quasiment pensé, structuré et découpé la séquence sur cette musique. Alors je suppose que c'est l'inverse.
- Speaker #0
Non, et ça non. Et ça, en plus, c'est une suggestion de Jean-Pierre. Il adorait ce morceau et je l'ai essayé et j'étais très contente. Pourquoi ? Parce que je trouvais que ça fonctionnait aussi, bien que ce soit fort différent du reste. Mais il est très cinématographique comme morceau, très méditatif. Et en même temps, il a ce côté qui revient comme une ancienne, qui fait que je le trouve... archi cinématographique.
- Speaker #1
Il est très signeux et avec des mesures composées. Enfin, ce n'est pas un rythme carré du tout. Il est bancal avec un lyrisme triste.
- Speaker #0
Oui, alors oui. Alors, elles sont toujours tristes, mes musiques. c'est comme ça Michel Legrand disait, il avait une théorie, il disait que quand la musique d'un film est réussie, on ne peut plus voir le film ou imaginer le film avec une autre musique. Est-ce que par rapport à votre premier film comme Seigneur sur le goût des autres, c'est ça ? Est-ce qu'aujourd'hui, c'est impossible de détacher vos choix, vos partis pris musicaux du film ? Alors, je ne sais pas parce que je ne le revois pas vraiment. Mais je l'ai revu il n'y a pas si longtemps, en fait. Mais normalement, je ne revois pas tellement mes films. Mais en tout cas, quand j'ai revu le film, j'étais contente des choix. Merci Agnès. Merci à vous.