- Speaker #0
Bonjour à tous. Lors du premier podcast, elle nous a raconté sa jeunesse, ses débuts. Sa fructueuse collaboration avec Alain Renet, son passage à la mise en scène avec le goût des autres. Aujourd'hui, nous allons évoquer une double transition, celle vers la création de musique originale pour ses films, avec Philippe Rombi et Fernando Fisbane, puis un autre aiguillage, cette fois vers la chanson, avec l'enregistrement de ses albums vocaux, notamment avec El Quintet Oficial. Bonjour Agnès Jaoui. Bonjour. Nous avons terminé le précédent podcast en évoquant votre traversée du miroir. comme cinéaste, avec le goût des autres. Le film se termine sur une séquence assez émouvante, puisqu'on voit à plusieurs reprises le personnage d'Alain Chabat, qui est à la fois chauffeur et flûtiste amateur. On le voit répéter tout seul chez lui. Et à la fin du film, on le voit jouer avec une fanfare, interpréter non rien de rien, le standard de Charles Dumont. Est-ce qu'on peut dire que dans cette séquence qui clôt le goût des autres, il y a disons qu'elle révèle de façon un peu embryonnaire quelque chose qui va revenir dans vos films suivants, c'est-à-dire filmer de la musique, notamment filmer de la musique vivante.
- Speaker #1
Elle est surtout pour moi, pour nous, symbolique du fait que les autres sont peut-être l'enfer, mais aussi complètement nécessaire. Et que je trouve que souvent, je partagerais plutôt La philosophie de Brassens, c'est qu'au-delà de trois, on est un groupe de cons, sauf en musique. L'émotion, la beauté de ce qui se fait en musique quand on est en groupe, est quelque chose, encore une fois, une émotion qui est incomparable. Et c'est ce que ça signifiait pour nous, parce que ce flûtiste amateur, il joue tout le temps les mêmes deux notes. et on se demande où ça va aller, ça paraît ridicule, sauf que tout d'un coup, quand il y a les autres, on comprend que ces deux notes sont fondamentales et que chacun a sa place. Pour moi, c'est de l'harmonie dans tous les sens du terme et c'était plutôt cet hommage-là. Puis c'est un personnage qui est un peu en dedans, qui est un peu, qui paraît moins comme ça, flamboyant que celui qui incarne l'envin. Et puis finalement, peut-être que c'est lui qui a raison. En tout cas, c'est lui qui a trouvé un chemin pour être heureux, peut-être plus humain, justement, que l'autre, qui est droit dans ses bottes, mais qui, du coup, est victime de lui-même.
- Speaker #0
Mais ce que je voulais vous demander, c'est justement, est-ce que vous pensez que ça annonce quelque chose ? que vous allez développer ? Peut-être que vous ne le saviez pas fortement quand vous avez tourné. Je pense que je ne le savais pas. Par contre, c'est sûr que j'aime filmer la musique. J'aime la musique. Et d'ailleurs, j'ai mis en scène un opéra, Tosca, où j'ai filmé les musiciens et ils apparaissaient à l'écran de temps en temps parce que on sait mal tout ce qu'ils font. On sait mal à quel point tout d'un coup, la flûte justement à ce moment-là, ou la harpe à tel autre. Enfin, pour moi, je vous dis, il y a de quoi désespérer de l'être humain, quand même, très très très souvent. Mais quand ils font de la musique, je trouve qu'il y a de quoi... Enfin, je deviens un bisounours, je me dis, mais c'est extraordinaire ! Les êtres humains sont capables de faire ça ensemble, sont capables de donner cette beauté avec chacun. D'ailleurs, c'est fou qu'en ce moment, ils ne puissent pas jouer, quoi. et que ce soit considéré comme non essentiel. Enfin, c'est un autre débat, Moi, plus je vieillis, plus ça me fait pleurer. Enfin, ça m'a toujours fait pleurer, ça m'a toujours émue, mais c'est des émotions, que j'aimerais que plein de gens connaissent, y compris il m'est arrivé de voir dire des textes ou chanter avec des orchestres symphoniques, c'est incroyable ! Ou même la première fois que je suis allée dans un conservatoire et qu'il y avait des gens en jean et cette femme qui chantait dans une petite salle de conservatoire, il n'y avait rien comme des chorums, mais tout d'un coup ce son qui sortait C'est fabuleux. Encore une fois, c'est ce qu'il y a de meilleur dans l'être humain. Et en l'occurrence, dans votre deuxième long métrage, comme metteur en scène, comme une image, l'art lyrique est à la fois en partie le cadre du film, mais c'est aussi un moteur du récit par rapport à votre relation entre votre propre personnage, prof de chant, et celui de Marie Louberry, Lolita, qui est apprentie chanteuse lyrique. Oui, oui. Peut-être le plus autobiographique de mes films, même s'ils le sont tous, évidemment. Il y a évidemment de l'histoire de Jean-Pierre aussi dans plusieurs. Mais effectivement, celui-ci est peut-être le plus proche de moi, mais bon, on s'en fout. Et là aussi, Schubert qui revient en force avec une pièce qui s'appelle Andy Music. Vous m'avez dit d'ailleurs, que finalement, quand on plaque Schubert sur une image, c'est très difficile pour un compositeur de s'aligner.
- Speaker #1
C'est sûr. C'est sûr que c'est, encore une fois, la difficulté de la musique de film. C'est que très souvent, elle arrive en dernier, avec peu de temps. Et c'est absurde, parce que vous avez beau être un immense compositeur, vous n'avez pas forcément tout de suite le thème qui convient. Et c'est pour ça aussi que quand il y a des Ninorota Fellini, Bernard Herrmann, Itchkoff, enfin bon bref, tous les duos de compositeurs-réalisateurs qui se sont trouvés, ont créé des choses extraordinaires parce qu'ils avaient la connaissance l'un de l'autre et le temps. Et évidemment, j'imagine que ce n'est pas des gens qui intervenaient au dernier montage, comme c'est la plupart du temps le cas. et donc... Bah moi, Schubert, c'est mon ami, mon frère et mon consolateur depuis que je suis petite. Et évidemment, quand je le mets sur certaines images, oui, c'est difficile de faire mieux derrière. Néanmoins, pour nuancer, dans Comme une image, il y a la vingt-dernière séquence du film, qui est une séquence bouleversante. Et là, il y a Schubert, parce que la séquence démarre sur Schubert. Vous quittez la maison de vacances, vous plaquez ce monde que vous ne voulez plus voir. En mettant Schubert à fond, la musique se prolonge sur la fameuse séquence de la bicyclette, mais là il faut que Schubert devienne autre chose. Comment est-ce que vous avez traité ce moment musical ? Effectivement, j'avais envie qu'il y ait une espèce d'envolée lyrique, donc je me suis adressée à Philippe Romby, que j'avais découvert, pas forcément avec le film de François Favra, sur d'autres, je crois que c'était un film d'Ozon, où j'avais beaucoup aimé ce qu'il avait fait. Et il était... Très gêné au départ de devoir partir de souver pour faire quelque chose. Il se sentait un peu écrasé, un peu blasphémateur. Enfin, je ne sais pas. Je comprends. C'est une œuvre en plus tellement simple et implacable et essentielle, ce Andy Music. Et puis, évidemment, il a joué le jeu. J'aime beaucoup ce qu'il a fait.
- Speaker #0
Vous avez assisté à l'enregistrement ? Oui. Comment ça se passe là ? Vous êtes cinéaste et pour la première fois, il y a une séance des musiciens qui sont réunis pour vous, pour votre film, pour vos images. Comment est-ce que vous avez vécu ce moment ?
- Speaker #1
Avec énormément de plaisir, de chance, de joie, comme à chaque fois que de toute façon je suis avec un orchestre. Je dois dire qu'à chaque fois, je me dis que c'est beau la vie.
- Speaker #0
Voici donc le fameux Andy Music. Écoutez bien les cordes. de Philippe Romby entre sous le piano-voix de Schubert et le supplante vers 40 secondes comme une sorte de fondu enchaîné, passé-présent, XIXe, XXIe siècle. Merniès, vous avez réagi comment, quand, quelques années plus tard, Wes Anderson a eu l'idée de réutiliser votre Schubert dans Moonrise Kingdom ?
- Speaker #1
J'ai été complètement flattée, je l'ai découvert en plus, en voyant le film. Et les producteurs avaient déjà fait leurs affaires, mais j'étais pas au courant. Et donc, on m'avait dit qu'ils me remerciaient au générique. Donc je ne comprenais rien pourquoi Wes Anderson me remerciait. Et puis j'ai vu le film et je nous suis entendue. Parce qu'en fait, il prend plusieurs moments. Et il prend notamment aussi des moments où on chante tous ensemble avec mes amis, qui sont toujours mes amis, chérie. de Canto Allègre, l'ensemble vocal avec lequel je travaille depuis de longues années, grâce à Bernadette Weil, enfin. Bref, et donc quand j'ai entendu ça, j'ai été touchée. J'aime beaucoup ce film en plus, et ce cinéaste, et voilà, ça fait partie des choses qui me rendent fière et heureuse.
- Speaker #0
Et sur le tournage, le moment, cette séquence clé, la séquence du concert dans la chapelle ? C'est-à-dire arriver à filmer notamment un groupe vocal qui va chanter dans un lieu qui est assez exigu, etc. C'est un moment en plus dramatiquement important puisque le personnage de Bakri va sortir, il va rater en partie la prestation de sa propre fille, etc. Ça vous a excité l'idée de vraiment de tourner quelque chose qui soit un moment fort de la dramaturgie du film et qui en même temps dans la musique est vraiment au centre du dispositif ?
- Speaker #1
Oui, ça m'a plu parce que Parce que je crois que j'ai tout le temps envie de les filmer, mes amis chanteurs. J'ai tout le temps envie de... En fait, aussi pour transmettre cette immense joie et cette immense consolation que m'apporte la musique. Jean-Pierre Bacry, il n'est pas sensible à la musique classique. Et c'est fou parce qu'il est très doué musicalement, énormément de types de musiques, mais la scène, il ne m'en voudra pas si je le révèle, mais de Juanita Banana, c'est-à-dire du personnage qui reconnaît une musique, je l'ai vécue avec Jean-Pierre lui-même. Florey Goletto. Et j'ai vu Jean-Pierre lui-même, parce qu'on écoutait une oeuvre à la télé, et je l'ai vue tout d'un coup heureuse, et moi j'étais heureuse, je me suis dit ça y est ! Il comprend la joie de la musique. Et il m'a dit... C'était une scène vécue. Il y en a beaucoup dans nos films. Vous savez comment c'est. Quand on aime quelque chose, on a envie que les gens que vous aimez aiment aussi. Ça enrage de se dire... Autant Jean-Pierre, finalement, j'ai jamais réussi à le persuader. Il y a quelques musiques qu'il s'est mis à aimer grâce à moi, mais pas beaucoup. Autant je me dis qu'il y a d'autres gens que... qui vont pouvoir être éventuellement touchés par ça. Évidemment, le son me passionne et l'image me passionne. Donc j'ai envie de pouvoir Travaillez les deux, exprimez les deux.
- Speaker #0
Entre la sortie de Comme une image et celle du film suivant, Parlez-moi de la pluie, il y a eu une étape importante dans votre parcours, qui est la sortie de votre premier album, en tant que chanteuse. J'ai pensé souvent à Michel Legrand, qui était chef d'orchestre, compositeur, pianiste, et qui à un moment donné a voulu devenir lui-même chanteur, et plus tard encore metteur en scène, et qui disait toujours « j'ai envie de me sonder moi-même » , c'est-à-dire de mesurer mes propres limites et de voir jusqu'où aller trop loin pour ne pas raser Cocteau. c'était la même chose pour vous ?
- Speaker #1
Oui et non, en fait c'est vraiment très personnel mais je peux tout à fait le révéler je suis allée à Cuba j'ai aimé ce pays et ces musiques m'ont touchée comme des musiques maternelles j'ai mis du temps à me rendre compte que c'était des musiques en fait beaucoup issues de la musique arabo-andalouse Enrico Macias qui a bercé mon enfant en tant que chanteur du Maghreb, que mes tantes et ma famille qui à ce moment-là ne se sentaient pas très bien vues en tant qu'immigrés pourris. Il y avait quand même quelqu'un qui les représentait, qui était aimé, qui était accepté par la France. Donc c'était quelqu'un de très important pour ces familles, pour ces gens. Et puis ça aussi, c'est des musiques qu'on berçait à mon enfance. et quand on m'a demandé pour... Un Chant d'Elysée de Michel Drucker, de chanter avec lui. J'ai réécouté, j'ai voulu. Et là, tout d'un coup, je me rappelle justement d'appeler mon ami cubain à Cuba, de lui faire écouter. Il me disait, « Pero es puro flamenco, es puro flamenco, pero es puro flamenco. » Et j'ai compris, voilà, ces correspondances. Et après, grâce à Christina Pluart, l'Arpeggiato, etc. J'ai compris aussi qu'en fait, toutes ces musiques aussi d'Amérique latine, elles ont, avec leur contrepartie, de temps, leurs émioles et tout, elles ont beaucoup à voir avec la musique baroque. Il y a beaucoup de... Il y a toute une histoire savante sur le fait que les colons sont arrivés avec leur musique et leurs instruments de cette époque, après qu'ils sont repartis et que les instruments sont restés. Enfin, il y a beaucoup de correspondances réelles, musicales, entre toutes ces expressions musicales tellement différentes et qui me touchent terriblement toutes. Un peu plus que moi-même, J'change cent fois d'amour pour me rencontrer, Femme d'un seul et de tous, elle était mon dilemme, Et mon cœur fait du sang, l'air s'est écadé, J'ai voulu voir ailleurs si l'air était vert, Si ma misère s'ouvrait, m'appelait du soleil, Mais j'ai constaté que si loin que l'on part, De ce jour, jamais vraiment, on ne s'écarte. Et je serai le point pour m'ordonner de toi. Et par les étoiles et par sa main, un beau station, celle pour bonheur, avec ton vie, et n'est pas, et n'est pas tout d'avance,
- Speaker #2
une dame en profondeur, à te regarder, ils s'habitueront. Il y a l'interprète, mais il y a aussi le fait qu'il y ait cette autre bascule, c'est que vous devenez auteur, autrice. C'est-à-dire que vous, auteur de pièces de théâtre, auteur de scénarios, Comment ça se passe quand vous écrivez le texte d'une chanson ? Est-ce que pour vous, justement, c'est écrire quelque chose qui serait comme une pièce de théâtre ou un scénario miniature ?
- Speaker #1
Alors en fait, oui, c'est bizarre, je suis rentrée en Espagne, donc on m'a un peu demandé d'écrire en français, donc je l'ai fait, oui, avec un peu, quand même, j'aimerais bien un jour écrire une chanson que des gens reprennent ou quoi, enfin, il y a quelque chose qui est très émouvant là-dedans. Mais, force est de constater que c'est pas du tout comme écrire un film, voilà. C'est un exercice pour moi qui est proche de la poésie. Et la poésie, je me suis arrêtée à l'âge de 12 ans et je ne suis même pas sûre que même à 12 ans, j'ai vraiment écrit des poèmes. Donc voilà, je me sens débutante en fait et très écrasée par Brassens, Barbara. Ce n'est pas le même art, je pourrais raconter des petites histoires et c'est les rares fois où j'ai trouvé supportable ce que j'écrivais. mais l'art de Des mots qui font que c'est beau, enfin voilà, de Léo Ferré. Brassens, n'en parlons pas parce qu'en plus il y a un travail dingue. Ou Barbara dans un autre Mais pour moi, je ne l'ai pas et je sais que je ne devrais pas le dire. Mais il suffit que je le dise pour que tout le monde trouve ça nul. Effectivement ce que j'écris, mais bon. Mais ce n'est pas grave, je l'aurai peut-être un jour. Mais ce n'est pas du tout, du tout, du tout, pour moi, le même travail, le même exercice.
- Speaker #0
Dans Parlez-moi de la pluie, qui peut être objectivement le film le moins directement musical de vos cinq films comme cinéaste, il y a comme deux, trois très belles séquences dans lesquelles la musique a une vraie mission, un vrai statut. Et je pense à ce que vous avez fait, par exemple, au mixage, dans une séquence où le personnage de Jamel Debbouze découvre que son coéquipier, Jean-Pierre Bacry, tourne en fait des films de baptême. Et comme s'il y avait un masque qui tombait, ils ont un dialogue assez anodin. et derrière, il y a une œuvre, il y a Handel, qui crée comme une espèce de gravité sous-jacente à la banalité de leurs propos. Est-ce que ça, c'est le type de manipulation que vous aimez au moment du mixage ?
- Speaker #1
Ah, ben merci. Parce que mon monteur était contre cette musique à ce moment-là, François Gédiger. Mais j'ai tenu. Oui, complètement. Et d'ailleurs, ce film qui est plutôt le mal-aimé de notre filmographie, et je comprends. Pourquoi ? Et il y a des moments où je ne suis pas contente de ce que j'ai fait musicalement, par exemple. Mais ce moment, j'en suis contente. Oui, je suis d'accord avec moi, en tout cas. Après, c'est une œuvre supplicime, effectivement, d'une telle puissance. C'est peut-être pour ça que J.D.J. trouvait que ça n'allait pas, ou j'en sais rien. Mais oui, effectivement. Tout est banal, enfin je vais vous paraphraser une fois de plus, mais tout est banal dans ce moment, tout est trivial pratiquement, et puis il y a cette musique qu'il y a aussi dans les églises, c'était un enterrement il n'y a pas si longtemps, où tout n'était pas bien parce que le discours du prêtre n'était pas bien, qu'il faisait très froid, puis que ce n'était pas bien parce que c'était quelqu'un qui était mort et que rien n'était bien, mais tout d'un coup sur un tout petit magnéto merdique, ils ont mis justement du Vivaldi là pour le coup. Il se trouve que ces musiques sont aussi rattachées à l'église. Et c'est vrai que, bah oui, ça console. C'est vrai que ça peut faire croire en Dieu ou en tout cas en quelque chose de supérieur. Enfin bon, ça c'est encore autre chose. Mais oui, j'étais heureuse d'avoir cette musique à ce moment-là.
- Speaker #0
Et puis le film se termine sur quelque chose qui est assez étonnant, c'est que quand on aime Brassens, on est habitué à entendre Brassens avec une combinaison très simple qui est une voix, deux guitares, une contrebasse. Et là, c'est un retraitement de Brassens par une fanfare cubaine, une relecture des Passantes, chanson que Brassens avait écrite sur un poème d'Antoine Paul, et qui figurait d'ailleurs déjà dans le film de François Favrat. Qu'est-ce qui vous a motivé à utiliser ce retraitement complètement hirsute, inattendu de Brassens, pour canaliser, pour faire la fin de Parlez-moi de la pluie ?
- Speaker #1
Voilà un exemple. Parlez-moi de la pluie s'appelle comme ça, en référence à une chanson de Brassens que j'adore, et qui ne fonctionnait pas avec le film. Alors que je l'espérais pendant que j'écrivais le film. Et voilà, il y a trop de paroles dans Brassens, peut-être que... J'aurais pu leur faire composer par quelqu'un, les faire évoquer. Mais bon, tout d'un coup, ça ne fonctionnait pas du tout. Mais j'avais toujours envie que le titre demeure, bien que ce soit un titre que personne ne retienne, et qu'en général, on écorce toujours, mais ce n'est pas grave. Donc, ce n'était pas un si bon titre, mais tant pis. Et puis, j'avais envie qu'il y ait Brassens quand même, parce que... Et il y a cette... Ces musiques de fanfare cubaines avec des instruments complètement désaccordés, faux. Et c'est ce qui est tellement beau et tellement bouleversant dans leurs interprétations et en général dans ce que j'entends là-bas. Et il y avait en plus que j'adore, parce que je n'aime pas tellement la tristesse pour la tristesse du tout, mais quand la mélancolie devient... finalement dansante et joyeuse et festive et c'est comme ça qu'elle se termine cette fanfare c'est merveilleux comme musique c'est tout ce que j'aime
- Speaker #0
Sur votre quatrième film, pour la première fois, vous avez vraiment demandé une partition originale conséquente à Fernando Fisbein dont vous parliez tout à l'heure. Pourquoi est-ce que sur ce film-là, donc au bout du compte, le déclic s'est produit ?
- Speaker #1
Alors parce que d'abord, d'abord j'en sais rien, je sais pas dans quel ordre ça se passe, mais mon amitié avec Fernando Fisbein et le fait qu'il fait partie du groupe maintenant... du catate officiel, etc. Enfin bref, on est devenu de plus en plus proche, de plus en plus... On s'est de mieux en mieux connus. Il est compositeur de musique et en même temps, il vient du CNSM. Enfin bref, il est très cultivé. Et en même temps, il est très ouvert à la musique populaire. Donc on avait comme ça des points communs. Et puis... Et puis aussi, je me disais, mais si je mets toujours du Schubert, ça teinte énormément mes films, nos films. Donc, essayons d'aller ailleurs, essayons de sortir peut-être d'une couleur. Et puis, il y avait ce personnage de compositeur du CNSM, qui a été inspiré de Fernando. mais enfin voilà qu'il y avait quand même donc il y avait Tout un ensemble de choses qui faisait que je me suis dit, créons quelque chose ensemble. René, dans tout ce qu'il m'a appris, il y avait aussi le fait qu'il disait, oui, je pourrais faire ça, mais bon, je l'ai déjà fait dans mes lots. Il aimait énormément innover et je trouve ça chouette. Parce que, de toute façon, je trouve que, enfin, bref, je trouve ça agréable de créer. tenter des nouvelles aventures, des nouvelles choses. Je trouve que c'est stimulant, c'est vivant.
- Speaker #0
Quand Ennio Morricone avait été sollicité par Tarantino pour écrire la musique des Huit Salopards, il avait hésité. Il a dit, j'ai hésité tout simplement parce que j'avais devant moi un cinéaste qui, depuis son premier film, ne faisait que manipuler des musiques préexistantes. Il disait, j'avais peur qu'il soit... pas englué, mais en tout cas freiné par des automatismes, etc. Il dit, saura-t-il accepter qu'un compositeur apporte aussi son propre éclairage, sa propre interprétation de ses images, de son sujet, etc. Vous, ça a été facile, après plusieurs films, de se dire, ben voilà, maintenant j'ai quelqu'un qui va créer quelque chose d'original.
- Speaker #1
Alors, ça a été facile, oui, parce que d'abord, c'était mon désir. Et ensuite, alors pour le coup, on a travaillé dès le début ensemble. Alors, justement... Sur son opéra, la musique qu'il a créée à partir de L'homme qui met les chiens, régulièrement, il me dit non mais là, genre tais-toi, c'est mon opéra, c'est moi qui fais ce que je veux et tu n'as pas à t'en mêler. Et c'est vrai, parce que sur le film, c'est évidemment lui qui a composé tout, mais je pouvais lui dire j'aimerais qu'il y ait tel thème, qu'on parte de tel thème. Aide-nous, raccroche-nous, qu'on reconnaisse tel thème dans ta musique contemporaine, même dans le concert que fait Sandro à un moment. J'ai fait écouter les partitions, enfin on a écouté ensemble les partitions de Walt Disney, justement, les premières sur Cendrillon, etc. Et qui sont fabuleuses. On a fait quand même un vrai travail ensemble. Je ne me suis pas sentie dépossédée de quoi que ce soit.
- Speaker #0
Il faudrait que vous nous racontiez absolument comment vous avez eu l'idée, tous les deux, de cette séquence musicale, avec un montage alterné entre une répétition au conservatoire, avec une formation un peu chambriste, et l'arrivée du personnage principal, Sandro, Arthur Dupont, au bal des princes, où il va rencontrer la femme de sa vie. Et la relation entre les deux se fait sans dialogue. C'est la musique qui raconte quasiment leur coup de foudre. C'était Cendrillon, hein ? Cendrillon, on l'a regardé, on a regardé ce moment, on a regardé... L'horloge et les douze coups de minuit qui n'existent pas. Il y a absolument zéro horloge dans Cendrillon. C'est pour ça que c'est rigolo la musique. Enfin, et le souvenir. Justement, c'est la musique qui dit que c'est l'heure. On en fait un film d'ailleurs. Il y a un effet de carillon pour les douze coups de minuit. Exactement. On s'est vraiment inspiré de ce moment-là, qui est entièrement musical.
- Speaker #1
Est-ce que vous diriez avec le recul que peut-être c'est l'un de vos films les plus influencés par René, notamment dans une forme de stylisation de l'image, d'avoir de nombreuses séquences qui s'ouvrent sur un plan qui évoque ces illustrations de livres de contes de fées avec l'image qui s'anime ? Ce qui est sûr, c'est que c'est un film plus fantastique, en tout cas moins réaliste. Que d'habitude, ce qui a d'ailleurs été très jouissif pour moi, très libérateur, parce qu'on sortait de ce naturalisme, et que du coup, puis aussi, j'ai commencé avec des idées très arrêtées, sur, il ne faut pas que la caméra bouge, il faut qu'il y ait des plans, des séquences, et que là, je... Je m'en foutais un peu de... J'avais plus d'idées, de dogmes. Et puis, mon chef-op aussi était quelqu'un de moins dogmatique que les autres, peut-être. Enfin, de moins... Parce qu'il y a des goûts comme ça. Et des modes. Je sais que j'avais demandé des zooms au début et qu'on m'avait dit, mais non, il y a des zooms, certainement pas. Et que Loubemire, il était d'accord pour qu'il y ait des zooms. Enfin bon, bref, ça lui semblait pas une faute de goût affreuse. C'est vrai que jusqu'alors, vous n'aviez jamais tourné de galipettes à l'envers. Non, il y a plein de choses que je n'avais pas faites. Et c'est vrai que c'était créatif, amusant. Et qu'il y avait plus de mise en scène aussi, quelque part. En tout cas, elle était plus visible. C'est surtout ça. Mais oui. Après, René, je ne sais pas. C'est drôle parce que je suis retombée il n'y a pas longtemps sur le message qu'il m'a laissé après le goût des autres. Parce qu'il voyait vos films au fur et à mesure ? Oui, oui. Et ? C'était trop beau. Sur votre dernier film à ce jour, Place Publique, la musique est au centre du dispositif. Parce qu'un lieu unique, une fête, et un groupe, un combo, un sextet. Ça fait quoi d'avoir là, au centre de la mise en scène, ce groupe du musicien qui sont vos musiciens ? Là, c'est à nouveau le fameux Roberto. Et les fameux Fernando. Oui, absolument. Ça fait... D'abord, ça fait plaisir. Et d'ailleurs, aussi, je me souviens du moment, on était en préparation sur Au bout du compte, où on est allé au CNSM écouter les répétitions. Ça me rassure la musique, je ne sais pas comment dire autrement, ça me console, ça me rassure. Et d'ailleurs pareil, quand on a répété avec... Parce qu'en préparation d'un film, c'est un moment que j'aime plutôt bien, parce que tout est possible, on est toute l'équipe ensemble en train de chercher, c'est très joyeux. Et c'est très en même temps abstrait, et puis au fur et à mesure on commence à être un peu inquiet, parce qu'on arrive au premier jour de tournage, alors que tout est... À chaque fois que je suis arrivée, que la musique était en cours ou que Jean-Pierre Bacry a répété avec le groupe Les Feuilles Mortes, c'est des moments qui sont très réconfortants. Donc, j'étais heureuse de les savoir là, d'abord parce que c'est mes amis et que je les aime, mais aussi parce que je savais qu'en tout cas à moi... quand même toujours de son propre ressenti, de son propre goût. J'aimerais ces moments-là, j'aimerais ces passages-là. Et si d'autres les aiment aussi, tant mieux, c'est comme ça que je fonctionne. Vous avez poussé en plus certains comédiens à chanter, parce que Bakri imite Montand, Bachung à la fin sur José Joséphine, et Éric Vielard, de la tendresse.
- Speaker #0
Je savais qu'il chantait bien aussi, enfin, je l'avais déjà entendu chanter. Et puis Jean-Pierre, il sent merveilleusement bien. Enfin, il a une oreille... Je pense qu'il a une oreille absolue, d'ailleurs. Enfin, bref, peu importe. Ça, c'est pas... Enfin, il a de la feuille.
- Speaker #1
Et puis au niveau du mixage, en plus, par rapport à la musique, il y a des effets de rupture. Par exemple, quand le personnage de Frédéric Pierrot avoue être amoureux de votre nièce dans le film, et là, la musique s'arrête derrière. Et l'arrêt de la musique derrière le dialogue augmente la déflagration de la révélation, quoi. Vous tombez encore dans le Grand Canyon C'est ça La musique s'arrête derrière vous au moment où vous dites J'aime Pamela
- Speaker #0
Oui parce que la musique elle change tout La musique elle fait que Le plus grand malheur De quelqu'un peut être Tout d'un coup magnifié Vous devenez un héros Avec de la musique dans les oreilles Et puis tout d'un coup quand elle est pas là Quand elle est Vous êtes tout seul Vous êtes tout seul, avec vous-même, avec l'effroi du vide. Donc oui, c'est vrai.
- Speaker #1
Aujourd'hui, on est fin 2020, je le dis pour les auditeurs de ce podcast, dans une période, à la fin de cette année, tellement étrange, tellement insolite. Quelles sont vos envies musicales pour l'avenir, à la fois du côté de la chanson et du côté du cinéma ?
- Speaker #0
Alors, j'ai très envie de remettre en scène un opéra parce que ça a été une joie pure et intense de justement avoir cette chance de baigner dans la musique pendant des mois. Est-ce que vous aimeriez un jour, Agnès Jaoui, mettre en scène une comédie musicale au cinéma ? Bien sûr. Je pense que j'aimerais faire tout ce qui se rapporte à la musique. Donc, je ne sais pas qu'est-ce que je n'aimerais pas faire qui se rapporte à la musique. Est-ce que vous auriez déjà un sujet une comédie musicale ou pas ? Non, pas vraiment. J'ai des désirs. Est-ce que vous seriez à minima d'accord pour qu'on termine sur une chanson que j'espère vous aimer, qui est une chanson que vous avez également utilisée d'ailleurs dans Place Publique qui s'appelle Amor Fantasma ? Oui, bien sûr. Vous l'aimez ? Oui, oui. Elle raconte quoi pour vous, cette chanson ? Elle raconte mon amitié avec Roberto qui est à Cuba et que j'espère pour l'avenir. en France pour faire des concerts bientôt. Merci
- Speaker #2
Agnès. Merci à vous.