Speaker #1On a rencontré Bruno, je me rappelle, la première fois, c'était dans un restaurant à Marseille. Parce que sur l'album de Shuriken, qui rappe dans le groupe IAM avec moi, on a utilisé un sample de Bruno sur un morceau qui s'appelle Samouraï. Et puis on demandait l'autorisation d'utilisation du sample. Et chose très rare, en général, on demande des autorisations, ça se fait de manière très administrative. Là non, ça s'est fait de manière très humaine, puisque Bruno est venu nous rencontrer. et on a apprécié la démarche parce qu'on a pu apprécier, au-delà du compositeur, on a apprécié l'homme. Et très vite on a tissé des liens parce qu'on avait finalement un langage commun, même si on venait d'univers complètement différents. On parlait de même chose, donc à travers l'utilisation du sample de Samurai, on a commencé à prendre un premier contact, puis après se rappeler, puis après pourquoi pas se dire pourquoi pas travailler ensemble plus tard, et puis après. On s'est retrouvé sur des projets plus grands, plus ambitieux on va dire. C'est sur communément qu'on a fait vraiment un travail en commun. C'est pas du tout pareil que de faire ensemble. Sur l'album de Shuriken, c'est un disque déjà existant, on prend la musique, on la revisite. Et je pense que Bruno, c'est quelqu'un qui est extrêmement curieux. C'est ça qui l'a intrigué, c'est pour ça je pense qu'il est descendu aussi, il s'est dit comment une musique qui est plutôt d'écriture classique. Comment elle peut passer à travers le miroir, être réutilisée et devenir un succès ?
Parce que le Samouraï, c'est le plus gros single de l'album de Shuriken. Il a connu un succès énorme. Il a même été repris par Wallen. Ça a été un morceau qui a tourné de partout. Il s'est dit comment un morceau qui n'a pas du tout été écrit pour cette destination finit par être écouté et passer dans un autre genre musical et à connaître une deuxième vie. Et il a été très intrigué par le travail, le travail du sample. Et Et donc sur KOMONEMENT, on a par contre travaillé dans la composition. Donc on travaille tous les deux sur des thèmes. Je travaille des fois sur des thèmes et il est développé. Et on travaille sur un petit synthé. Et ce petit synthé, il l'appelait le cimetière parce qu'il disait que dedans, il n'y avait que des cadavres de son. Et il y a une petite anecdote vis-à-vis de ce cadavre de son. Donc on faisait toutes nos , on faisait toutes nos démos sur ce petit Mais vraiment, c'est un synthé, c'est un petit YAMA comme ça. On faisait toutes nos démos dessus, et puis après on le rejoue avec l'orchestre, et puis il y a un morceau. J'ai dit mais il sonne bien. Il sonne bien dans notre petit synthé. On va le garder. Le pianiste, il essaie, il n'arrive pas à reproduire l'effet mécanique et un peu psychopathe du thème ultra mécanique qu'il y avait dans l'ancien thème. On va le garder. Et ça fait le gros single pareil de « C'est comme un Emberson's breakdown » qui en fait, les cordes sont de vraies cordes, mais tous les pianos sont des pianos d'un jouet. Comme quoi des fois, et je pense que Bruno, comme moi, on se retrouve autour de la même philosophie. La musique, ce n'est pas mathématique. Ce sont des maths au début, parce que c'est des chiffres de 1 à 12. Mais ce qui plaît, l'émotion que ces combinaisons de chiffres génèrent. Elle n'est plus. En communément, ça m'horripile parce qu'on a été obligé de travailler avec le son direct. On n'avait pas de budget pour du sound design. Moi, si un jour j'ai le budget pour mes films, ça va être tout redesigné, comme le cinéma américain. Pareil, c'est une espèce d'ouverture à boulet rouge. sur le cinéma américain m'horripile au plus profond de moi-même. Je suis quelqu'un qui déteste le cinéma d'auteur. Je déteste la vaguelette. C'est-à-dire, comme la nouvelle vague, mais version cheap. Des films à 70 millions de francs pour filmer un appartement ou une plage. C'est remboursé par la sécurité sociale, ça. Le son était présent avant qu'on pense le film. Malheureusement, très souvent dans le cinéma français, beaucoup de réalisateurs ne pensent pas en musique. Alors, revoyons les grands classiques du cinéma américain, mais c'est de la musique tout le long. Je regardais encore des films qui sont plutôt bien foutus. Je regardais par exemple The Town, l'autre jour, réalisé par Ben Affleck, qui est un beau film. super bien filmé, super bien foutu, qui est une histoire qui me parle parce que c'est une histoire qui est un peu la manière dont j'ai grandi aussi, qui est l'histoire de Charlestown, qui est un quartier où il y a énormément de braqueurs et les mecs grandissent Vous l'avez vu, Qui est une histoire d'amitié mais qui est une histoire de choix de vie aussi, d'appétit, de savoir ce qui est important Il y a de la musique tout le long. Même si on n'aperçoit pas qu'il y a de la musique derrière, des séries comme Damage avec Glenn Close, c'est odieux tellement il y a de la musique. Sur l'épisode de 42 minutes, il doit y avoir 30 minutes de musique qui tournent derrière. Et il pense à la musique.
Il pense à la musique avant de faire les films, ou alors il pense à la musique, il laisse une place pour la musique. Il laisse une place pour le sound design. Quand, par exemple, quand Kenny Reeves et Al Pacino dans L'Associé du Diable marchent dans la rue, marchent dans une rue de New York, dans une circulation dense, on n'entend aucun klaxon, aucun moteur. aucune pétrolette, aucun coq, aucun chat, aucun clocher sonné, on entend et qu'est ce qu'on est et nous le spectateur on est où ? On est sur les lèvres des personnages dans ce qu'ils disent et en même temps en train d'écouter le démon faire son discours et être au dessus du monde et qui génère une sorte de brouhaha informe donc tout est même dans le seigneur des anneaux quand il les envoie les deux flèches chaque flèche est bruité c'est j'étais comme ça dans le making of je me disais mais le travail c'est obligé chapeau à plan même on n'aime pas les films mais c'est un travail colossal Donc on se bat pas à armes égales. Mais par contre on pourrait faire des efforts sur la musique en France, au lieu de payer des dizaines de milliers d'euros un mois avant la clôture du film pour synchroniser des musiques que les gens ont déjà entendues. Qu'est-ce qu'on va donner aux gens ? Un morceau qu'ils ont écouté 10 000 fois. Allez, venez on remet ce morceau, ils l'ont écouté 160 000 fois. Ça va faire marcher notre film. Cette démarche qui est là, et après ça pleure. Oh, pétarole et dolorue ! Oh mon dieu, les Morricone ! Oh mon dieu, les Hans Zimmer ! Non mais bon, après il faut savoir les choix. Il n'y a aucun développement de thème dans un film. Il n'y a plus de thème musical dans les films. Oui, il y a quelques compositeurs comme Bruno, comme Amart, comme Christophe Julien, comme Nicolas Desplat qui font encore quand ils le peuvent des thèmes, mais c'est compliqué. Et je pense qu'aussi le succès du MIA, le succès d'IAM et la longévité d'IAM, pourquoi IAM continue en 2013 à jouer sur scène, à attirer énormément de monde en concert, à vendre des disques, parce que même si les ventes c'est pas celles des années 90, ça reste pour aujourd'hui des très bons scores de ventes, c'est parce que le groupe est un groupe travailleur qui s'intéresse à des tas de choses, qui est à fond dans la créativité, qui est pas qui se calibre pas sur ce que les gens veulent entendre mais ce que fait de la musique que le groupe a envie d'entendre et éventuellement si il y a des gens qui veulent entendre la même musique ils écoutent. Pour moi la création artistique elle est là et je pense que Bruno est un peu pareil c'est un cheval sauvage aussi il fait ce qu'il aime faire quand il n'aime pas faire quelque chose il le fait pas. On a eu ces discussions avec lui, j'ai eu des longues discussions avec Bruno sur le fait de faire des trucs à contre-coeur et faire des choses et de dire oui par politesse et ce sont des choses... que ni lui ni moi on fait de nos jours. On l'a peut-être fait dans notre passé. C'est des choses qu'on avait en commun, une forme de timidité mélangée à de la politesse. Et on a repris à dire non avec les années, parce que finalement, le fait de faire les choses un peu à moonwalk, à reculons, c'est pas terrible au final, ça donne pas de très bons résultats. Si je dois rajouter quelque chose, On va dire des fois on éprouve des douleurs personnelles dans la musique, on a des regrets. Mais moi là c'est l'inverse, si je dois parler de Bruno, c'est une des plus belles expériences que j'ai vécues dans ma carrière musicale. Et surtout la chance d'avoir rencontré quelqu'un qui est tout juste un génie de la musique. Je suis très fier.