Speaker #2J'ai rencontré Bruno pour Bébé, qui était un film que j'avais produit, un documentaire avec 4 bébés. Un en Namibie, au Japon, aux États-Unis et en Mongolie. Et on les regardait grandir de leur naissance jusqu'à leur premier pas. Et c'était compliqué la musique sur ce film à trouver. Est-ce qu'on mettait des titres ? Est-ce qu'on mettait un score ? Parfois c'était trop démonstratif. Enfin bon, c'était compliqué. Et je suis allé voir Bruno pour lui demander si ça l'intéressait. de faire la musique et on était très loin dans le processus. C'est-à-dire que le film sortait pas très longtemps après, en fait, il avait très peu de temps. Donc moi, il m'a dit non, en fait, parce que c'était trop court et je crois qu'il travaillait, je crois qu'il était sur, je ne sais plus quel film, Coraline, je pense, à ce moment-là. Je ne sais plus, mais en tout cas, il était blindé de boulot. Je lui ai dit, est-ce que tu peux regarder quand même 15 minutes du film et peut-être ça t'inspire ? Et il a regardé 10 minutes du film, puis après le film en entier d'ailleurs, et au bout de 10 minutes il a dit « Ah oui, ça me plaît, je vais essayer de trouver quelque chose. » Et en fait je crois qu'en 3 semaines, il a composé, arrangé, enregistré, orchestré, ça a été super rapide, et il a vraiment été inspiré. C'était exactement, il a vraiment trouvé un truc formidable pour cette musique. Très légère, très délicate, sans être gnangnan. C'était super ce qu'il a fait comme boulot là-dessus. Après on est allé aux États-Unis voir le film « Babies » et donc j'avais emmené des gens qui avaient travaillé sur le film, dont Bruno. Et puis là-bas je lui ai proposé, si ça l'intéressait, de réfléchir à la musique du Marsu. Voilà, ça s'est fait comme ça. Il y a plein de trucs dans la musique du Marsupilami.
Il y a vraiment un score symphonique que je trouve vraiment magnifique, composé, c'est une merveille de composition, dans les codes du film d'aventure, vraiment avec de l'ampleur, en se disant que c'est un épique. Et puis il va y avoir des attaques, donc dans son coup, des violons, des cuivres, et on ne peut pas avoir peur d'aller là-dedans. Et puis de la magie, quand même, parce que le marsupilami, il est quand même assez magique. Et dans le film, il y a une notion de magie. Donc, il fallait qu'il y ait ça. Et puis que ce soit Je répète un peu ce que me dit Bruno quand il a... C'est vrai qu'il a mis des mots sur des sensations que j'avais aussi. Plus que des mots, après, il a mis des notes. Mais voilà, il disait qu'il faut qu'il y ait de l'aventure, que ce soit sautillant aussi et joyeux. Et puis magique. Donc il y avait tout ça, la houbaden s'étend un peu à part, presque comme la musique de cette tribu païen, mais tout le reste, je la trouve plutôt presque dans des codes de ce genre de film, et puis l'idée c'était aussi que la musique se prenne assez au sérieux, qu'elle ne soit pas là pour rajouter de la comédie ou souligner des poing poing poing, des trucs comme ça, sans être non plus triste, c'est-à-dire sans plomber non plus la comédie. Donc il y a un équilibre qui était très délicat à trouver. Donc c'était plein d'aller-retour et plein de questions qu'on s'est posées, surtout lui encore une fois. Moi j'arrive, j'écoute et je dis « Ah c'est chouette » ou « Ah ce serait pas mieux un petit peu plus je sais pas quoi » . En plus c'est difficile de parler de musique, de mettre des mots sur des... J'aime la musique mais je ne suis pas du tout musicien, donc c'est difficile d'expliquer ce qu'on veut. Moi je trouve ça magique de toute façon, De toute façon, partir d'une mélodie et puis à un moment commencer à ajouter d'autres instruments, et puis des contrepoints, et puis écrire la partie, j'en sais rien, uniquement la partie des violons évidemment, mais d'un seul coup, je ne sais pas quel instrument, que je n'entends même pas en fait. sauf que d'être dans le justement dans le process ça me permet d'écouter aussi toutes les pistes et d'un seul coup quand je réécoute tout effectivement je l'entends le l'entend le petit ukulélé qui est tout au fond là bas vous n'avez pas entendu à la première écoute moi je trouve ça ouais c'est de la science fiction quoi pour moi de d'arriver à créer ça quoi C'est très gentil de la part de Bruno Poulet de m'avoir crédité sur ce titre. En fait, j'avais fait un lexique en païa. avec une langue imaginaire qui est un mélange de maya et de palombien donc Et voilà donc j'ai mis des tas de mots comme on dit marsupialis, danser, je sais pas quoi j'avais bon plein de plongé dans un dico vraiment maya quoi que j'avais détourné Parce qu'il m'a dit c'est quoi les paroles ? Je lui ai dit ben voilà je vais te donner En tout cas les mots païens ça peut être ça si tu as envie de faire quelque chose avec ça mais voilà les mots. Mais donc j'ai pas écrit les paroles mais il a écrit lui des paroles à partir de ce dictionnaire païen que j'avais écrit donc du coup il m'a crédité aux paroles. On pense toujours, enfin en tout cas moi je pense toujours à la musique ouais quand je pars sur un film quoi enfin ou que j'écris ça va être quoi la musique ? C'est super en plus c'est plus que le son, il y a du son, de la musique, de l'image on sait qu'à un moment on va envoyer les on va envoyer les watts quoi, il faut que ça ça fait battre le coeur, ça fait on peut être ému sur une scène toute simple d'un seul coup et après comment pas tomber dans le miel ou alors la guimauve ou bien l'armée ou pas de charge. Et Bruno, c'est super d'ailleurs, parce que c'est toujours des trucs qu'il essaye d'éviter, et qu'il évite d'ailleurs à chaque fois. Il me dit, d'accord, je comprends bien, je vois bien ce que tu veux. Comment on va réussir à donner ça sans faire des trucs qu'on a entendus encore une fois, mille fois, mais je comprends bien que tu veux cet effet-là. Donc à moi de m'étonner moi-même là-dedans pour arriver à te donner satisfaction et qu'en même temps je ne te refasse pas un truc, une espèce de cliché, ce genre de choses. Donc lui, son plaisir et son défi propre, enfin personnel, il est là-dedans aussi je pense. Sur les films il y a toujours du montage et du remontage, on est toujours en train de tripoter les images et essayer de faire mieux et parfois c'est rien du tout, parfois on enlève trois images. Donc c'est à l'œil nu, la scène est exactement la même, sauf que d'un seul coup toute la musique est déséquilibrée, parce que j'ai enlevé même une seconde, ou une demi-seconde, ça déséquilibre. Bruno a tout composé à l'image quand même, donc ça lui change toute son écriture, un peu en tout cas, pas toute parfois, mais vraiment ça lui change l'écriture. Des temps, des accélérations, des départs, des attaques, plein de choses. Je veux dire, ce n'est pas tous les musiciens qui sont aussi OK avec ce process. Même si on essayait d'anticiper et de lui dire, bon là, c'est peut-être pas la peine de composer exactement pile poil à l'image puisqu'on est encore en travail. Mais enfin, Brunioz n'est pas non plus quelqu'un qui fait les choses à moitié. C'est-à-dire qu'il va se mettre à composer, il compose. Et puis après, il dit, je referai, ce n'est pas grave, on verra bien. Donc oui, il y a eu plein d'allers-retours comme ça. Il y a une scène de nuit dans la serre où le personnage du méchant qui est joué par Fred Testo, c'est une des premières scènes qu'on avait commencé à truquer. Bref, le montage était assez loqué de cette scène et Bruno avait composé assez tôt une musique là-dessus, qui était très bien. À un moment, vers la fin du montage, quand on commence à chercher des minutes et qu'on se dit « tiens, le film est un peu trop long » , je me suis attaqué à cette scène en disant « il faut la faire plus courte » . Et je me suis rendu compte là pour le coup vraiment que Bruno aurait pu recomposer aussi quelque chose là dessus, mais plus courte d'un seul coup. Justement, là la musique imposait un rythme qui faisait que plus court ça devenait anecdotique et il n'y avait plus toute cette tension qui était vraiment quasiment créée uniquement par la musique. C'était vraiment un élément, un personnage très important de cette scène la musique. Du coup on est revenu au montage. original et on a laissé sa musique telle qu'elle était. Bruno il a fait à la fois, je ne sais pas, je pense à... Comment ça s'appelle ? Le secret de Kells ? C'est un dessin animé avec une musique, je crois que c'était un peu irlandais, que ça se passait, des légendes irlandaises, donc il était un peu dans ce monde-là. Après il fait avec Perrin et Océan, et puis avec... Avec I Am, il fait Belzance, Break It Down, et puis là il fait Le Marsu, Coraline, et demain Pixar. Il est toujours là, c'est une musique de Bruno Coulet, il n'y a aucun doute, et ce n'est pas une espèce de formule qui répète à l'infini, quel que soit le film. Chaque fois, il entre dans l'univers du film, il le comprend, il le sert, avec tout ce que ça a de noble, et il met son... Son âme dedans et sa patte quoi. Donc c'est super.