Speaker #0Le musée Sacem présente Bandes Originales.
Florent Emilio-Siri et Alexandre Desplat ont commencé leur collaboration il y a plus de 15 ans, dès le premier film de réalisateur. Ils ont depuis créé une véritable relation artistique et ne se sont plus quittés. Dans cet entretien, nous sommes en 2013, un an après la sortie de son film « Clo-Clo » . Florent Emilio-Siri évoque son amitié et les liens artistiques qui les unissent depuis si longtemps.
En fait, le processus créatif avec Alexandre, il est, comme on se connaît dans la vie depuis longtemps et qu'on est amis, je lui parle de mes projets. Ça commence là, vous savez, de dire, voilà, je vais faire un film sur Et juste, on passe une soirée, on voit, on en discute, mais sans parler de musique, on parle juste du film. Après, je lui donne le scénario. Et puis, sur la base du scénario, on commence à discuter de de couleurs, d'idées. Et puis, ça dure cinq minutes. C'est juste un peu de feeling. Et puis comme on se connaît très bien maintenant avec Alexandre, c'est vrai qu'il me connaît et je le connais. C'est vrai qu'on utilise de moins en moins de mots, en fait. On parle, je ne sais pas, Souvent on parle de ce qu'il ne faut pas faire, c'est-à-dire qu'on va à l'envers, c'est-à-dire on dit le cliché ça serait ça et nous on n'a pas envie de ça. Donc on prend un peu les choses à l'envers. Par exemple sur l'ennemi intime qui est un film de guerre, il y a aussi le film de science-fiction en fait. Parce que pour moi, la guerre d'Algérie du point de vue de ses appelés qui découvrent cette guerre et l'Algérie, c'est comme s'ils débarquaient sur une autre planète littéralement. Et donc on a travaillé des ambiances où il a travaillé des bols japonais ou tibétains, je ne sais plus, qui créent des espèces de nappes un peu bizarres, comme si on découvrait une autre planète, mais du point de vue des personnages, parce que mon approche, et celle d'Alexandre en fait, sur mes films, c'est que je me place toujours du point de vue du personnage. Donc je raconte plus le parcours des personnages, plus leur histoire. Et à travers cette histoire, on commence à parler de la musique, mais toujours du point de vue des personnages. Après, il y a des fois des moments de suspense où on travaille autour de ça, mais disons que la grosse couche, la grosse base, la grosse c'est, voilà, qu'est-ce que raconte le film ?
Et à partir de ça, on commence à... Mais c'est juste une discussion. Et après, Alexandre, il fait son chemin. Moi, je parle d'instruments, c'est vrai qu'on parle, on commence par ce que je J'ai la chance de chaque fois avec Alexandre, c'est vrai que le processus, moi je suis aux enregistrements, je suis partout, je suis au mixage, et j'adore voir Alexandre travailler parce qu'il m'a appris plein de choses sur le travail avec les cordes. Souvent on pense que les cordes, il faut que ça soit plus exagéré, plus c'est puissant, plus ça doit être émouvant et en fait lui travaille vraiment à l'envers, il met beaucoup la sourdine sur les cordes justement pour pour pas justement avoir quelque chose d'emphatique, quelque chose qui prenne trop de place par rapport à l'émotion, parce que c'est déjà un instrument qui vibre, qui donne beaucoup d'émotion au cinéma. Du coup, il le travaille tout en pudeur. Et moi, c'est ce travail-là que j'aime avec Alexandre. Moi, la phase que je préfère, je veux dire, c'est quand on est tous les deux au piano et il me propose des thèmes. C'est là que le vrai travail, la vraie relation, elle est là. Après, c'est une fois qu'on a défini quelques thèmes, parce que c'est comme, je reviens toujours au tableau, mais c'est des couleurs principales qu'on veut mettre.
Donc, on les cherche, ces couleurs. On se dit, voilà, il va y avoir cette couleur, cette couleur, cette couleur dans le film. Donc, on cherche les thèmes autour de cette couleur. Voilà, les thèmes ou le thème, quelque chose qui relie aussi tout ça, qui raconte une histoire. Voilà. Pour moi, c'est là que ça se passe. Vous voyez les petites notes sur My Way, qui sont les thèmes de l'enfance. Ça a été, je suis passé chez lui, on a commencé, et puis hop, c'est né. Comme ça, et puis on s'est dit, c'est ça, on ne bouge plus. Voilà, et puis... Je pense qu'il fait ça avec tous les réalisateurs, ça commence au piano. Et ça c'est beau parce qu'après ça prend une forme dans l'orchestration. On choisit les instruments aussi avec Alexandre, des instruments qu'on ne met pas. On décide de... ça dépend de ce qu'on raconte. Il m'a appris beaucoup de choses sur le travail des cordes ou des cuivres. depuis le début, c'est ce que ça fait depuis 1997 qu'on travaille ensemble et même sur l'utilisation de la voix, sur l'utilisation de l'électronique parce qu'il utilise aussi des sons électroniques ou des choses qu'il met à l'envers, des choses, des nappes il a une technicité, tout est ouvert donc on a tout, on a juste à s'amuser avec tout ça je prends moins de plaisir maintenant quand il est avec l'orchestre parce que Il va tellement vite, il est tellement impressionnant. Avant, on prenait un peu plus de temps, parce qu'on était avec des orchestres qui faisaient des pains, ou c'était pas ça, je me rappelle, le jour où il a viré le chef d'orchestre parce qu'il n'arrivait pas à jouer sa musique. Il y avait un peu de suspense, maintenant il n'y en a plus. C'est carré, il a le meilleur orchestre au monde, à Londres, il a le meilleur studio à Londres, il a le meilleur ingénieur son, il a tout, tout, tout roule. Avant, il y avait des petits chaos qui étaient intéressants. Je me rappelle, sur ma première musique, on l'a enregistré en live en fait. On a tout fait, on a mixé, enregistré en live, parce qu'on n'avait pas d'argent pour le faire, donc on avait l'orchestre, on avait une subvention de la région Lorraine, et donc on a mis l'orchestre, il a placé les micros, et on avait une console, et on a mixé, enregistré en même temps la musique. C'était marrant. J'ai des moments de doute au mixage. J'en ai eu sur Oclo-Clo un moment et sur Nidiep une fois.
Donc j'ai demandé à Alexandre de passer au mixage. Et souvent Alexandre me dit « mais la moins fort ! » La musique c'est étonnant d'un compositeur qui devrait dire « mais la plus fort ! » Non, parce que lui, cette relation qu'il a à l'image et au son, à sa musique, le dosage, il le vit quand il la compose. En fait, il sait très bien comment elle va rentrer à l'intérieur. Et ce n'est pas de la mettre devant, c'est de la mettre, encore une fois, au service du chine. Et moi, comme j'aime des fois sa musique, j'ai tendance à la mettre un peu plus fort par moment. Il me dit, non, non, baisse-la, baisse-la. Alexandre, il se met au service des films, au service du metteur en scène, au service de l'histoire, au service des émotions, et qu'il ramène un layer, une force, une pertinence au film qui est assez rare. C'est quelqu'un qui a une grande sensibilité et ça se ressent dans sa musique. C'est-à-dire que quand on écoute la musique d'Alexandre, on se projette dans certaines émotions. C'est quelque chose de très fort, quelque chose qu'il a en lui et qu'il arrive à communiquer à travers sa musique. Moi, c'est ce qui me passionne parce qu'on est un peu... Pareil avec Alexandre dans le sens où on est des gens assez sensibles. Et cette sensibilité-là, on la retrouve dans nos films. C'est pour ça que j'ai fait tous mes films avec Alexandre. C'est vraiment cette couleur que je insuffle au film qui ressemble à Alexandre et à moi-même. Par exemple, sur Clo-Clo, il a réussi à amener un peu d'humour. J'avais un peu de mal à amener de l'humour sur le personnage, je dois dire. Parce que le personnage est assez terrible. J'avais mis un thème qui n'était pas du tout dans cet esprit-là. Et lui, il a mis un petit truc un peu sautillant, un peu ridicule, un peu léger sur le personnage. J'ai adoré. Et ça, c'est vraiment Alexandre. Il s'est identifié, il a ressenti, il a dit tiens, il a ce petit côté un peu ridicule. On va lui donner un petit côté gai. Tiens, il est content de lui-même, il est heureux. Un petit côté léger comme ça, mais tout d'un coup, qui enlève de la noirceur au personnage. et finalement, il touche à la vérité de ce personnage de Claude François qui avait ce côté un peu aussi décalé, un peu... On le regarde, des fois il fait sourire un peu aussi, parce qu'il est un peu too much.