Speaker #0Le musée Sacem présente Bandes Originales
Lève-toi, marche un peu. Gilles Bourdos et Alexandre Desplat ont commencé leur collaboration dix ans plus tôt avec le film Inquiétude. Dans cet entretien, nous sommes en 2013, un an après la sortie du film Renoir. Ils tentent de nous expliquer de quoi se nourrit la collaboration artistique sur la création d'une musique de film. Quel langage utiliser quand nous ne connaissons pas celui de la musique ? Comment transmettre une intention à un compositeur ? Je me nourris tout autant d'art plastique que du cinéma lui-même ou que de la littérature. C'est-à-dire que presque la dimension sensorielle du travail plastique de l'image est un élément qui est essentiel à mon langage cinématographique. Et je trouve que la musique rentre, arrive et dialogue avec cette matière-là. C'est pour ça qu'avec Alexandre, j'aime bien discuter de matière, de couleurs, de transparence, des termes qui sont peut-être plus des termes de plasticien que des termes de musique, puisque je ne suis pas du tout musicien et je n'ai pas du tout envie de parler de technique musicale avec Alexandre. Ça ne m'intéresse pas. On parle de dramaturgie, bien évidemment. Et là-dessus, Alexandre est aussi une très grande intelligence dramaturgique. Mes films ont peut-être un rythme un peu singulier et la musique a dans mes films toujours quelque chose, la musique d'Alexandre tient le film, c'est-à-dire sous-tend une tension narrative dessous. C'est comme si sa musique était toujours quelque chose qui à la fois, il y avait une dimension comme d'un orage à venir, que le film porterait une certaine tension dramaturgique. Et par-dessus ça, il a aussi des notes de transparence, il a aussi des notes de lumière et des mélodies qui tirent en permanence le film, mais aussi lui donnent une certaine légèreté et douceur. C'est assez singulier comme travail. À la limite, je suggère des choses à Alexandre, je lui suggère des choses de l'ordre de la poésie, pas de la technique musicale. Et après, il s'en débrouille. Je pense qu'Alexandre réagit de manière très sensorielle à l'image. Et que je ne pense pas que des grands discours sur le propos du film vont beaucoup l'aider. Je pense qu'il a une compréhension instinctive de l'image. Et j'attends du propos des images. Ce que j'aime bien, c'est de faire venir, pendant le montage, lui montrer quelques bouts, lui donner la couleur, la sensation générale du film.
Et après, je le laisse regarder le film. moi je je propose des endroits où on met de la musique, il m'en propose d'autres. Et puis on commence, on se met au travail. Mais assez tardivement, je dirais, dans le processus. On ne se met pas du tout au travail, ni au niveau de l'écriture, ni au niveau du tournage, ni même dans les premières semaines de montage. Vraiment, c'est vraiment tout à la fin. Et puis jusqu'au bout, on invente des choses. C'est ça qui est absolument merveilleux. C'est pour ça que j'ai besoin d'être en enregistrement, parce que l'enregistrement n'est pas justement qu'une conformation de maquettes. Il se passe des choses à l'enregistrement. et des idées viennent. C'est-à-dire que ce Renoir, il a dirigé, et puis après, il a fait des variations tout seul au piano, en se disant, tiens, si je pouvais faire ça par-dessus. Et puis, il m'a proposé aussi une possibilité de rajouter de la flûte, qu'il a jouée lui-même. Donc, l'enregistrement est un acte de création vivante. Ce n'est pas une conformation d'une simple partition. Moi, j'aime en toxiniste travailler avec le vivant, le réel, et donc laissé une très grande part. même à l'accident. Et j'apprends des choses aussi, ça m'intéresse beaucoup d'y aller, parce que en tant que metteur en scène, je vois comment Alexandre dirige une session, et c'est pas si éloigné que ça de diriger des musiciens ou des comédiens, c'est des sensibilités qui sont assez proches. Et j'apprends à l'observer. J'apprends aussi les musiciens.
Je suis toujours ravi de voir la discipline des musiciens sur celle des comédiens. J'enrage parfois même. Ah bah oui ! Je suis absolument émerveillé par quand on a eu la chance, justement sur le premier film, de travailler avec le London Symphony Orchestra à Londres. Et de voir la discipline, l'extrême discipline, la capacité d'écoute qu'ont les musiciens et la capacité de jouer ensemble. C'est quelque chose sur lequel moi, en tant que metteur en scène avec les acteurs, je dois beaucoup travailler. pour qu'ils arrivent à jouer ensemble. Et quand je vois cette discipline qu'il y a chez les musiciens, qui découvrent la partition en très peu de sessions, voilà, ils touchent à une émotion, c'est formidable. J'apprends des choses avec eux. Avec le monde de la musique, j'apprends des choses.