Speaker #0Le musée Sacem présente Bandes originales, Vincent Ségal et Alexandre Desplat se connaissent depuis près de vingt ans Il a donc pu accompagner son ascension et la construction de son style, notamment sur les films de Jacques Audiard, où il est présent sur chaque bande originale, dès le premier de leur longue collaboration, Regarde les hommes tombés. Violoncelliste de prestige, Vincent Segal a une culture musicale hors du commun et très éclectique. De M à Oxmo Puccino, ou de Sting à Balaké Sisoko, pour ne citer qu'eux, il nourrira le travail d'Alexandre Desplaves avec ce goût pour les interprètes atypique et singulier. Ce qui marque au cinéma, j'ai l'impression qu'il y a l'écriture, mais il y a aussi des moments où l'instrument perce la pellicule, il perce l'image, parce que la personne qui joue elle dit quelque chose qui va plus loin que son instrument, sa spécialité. C'est ce qui fait la force. Des héros, évidemment, des maïs, mais aussi des gens qu'on ne connaît pas. On l'entend dans un film et on se dit « Tiens, c'est lui qui joue ça » . Personne ne le sait, mais en fait, ça met quelque chose. Je trouve que c'est super beau dans l'idée du travail sur des grosses productions, des fois même très, enfin super commerciales. C'est qu'il y a toute une humanité derrière à tous les niveaux. C'est-à-dire au niveau des gens qui travaillent, des acteurs. Chaque acteur, il a ses petites vies. Il y en a qui ont fait du théâtre expérimental, qui se retrouvent dans des films. Et en musique, c'est pareil. un compositeur de film par rapport à d'autres, c'est quelqu'un qui évidemment il a son style mais Il aime bien aussi modifier son style en fonction du film. Je pense que c'est ça qui est intéressant dans le cinéma. C'est ce que j'aime aussi. C'est que normalement, une musique à l'image, c'est ça qui est beau aussi. On n'est pas dans un parcours abstrait où on doit justifier sa création musicale de manière abstraite. Là on est au service d'un réalisateur qui donne aussi ses indications. Et les gens en fait ils disent oui je veux avoir tel mec parce qu'il va me faire telle musique. Et ils savent presque déjà avant que le film soit fait qu'est-ce qu'il va faire. Ça c'est dommage. Ce que j'aime bien avec Alexandre, c'est qu'à chaque fois il se sert de l'état d'esprit dans lequel est Jacques Oliard sur la musique. Je me souviens à l'époque d'un héros très discret, il a eu ce truc en se disant finalement je raconte une histoire et il s'est mis tout un truc sur L'esprit griot, parce que pour lui, il pensait que l'esprit griot, c'était un esprit de conteur. Ce qui est un peu une légende que les Africains ont donnée de Robin. Parce que griot, c'est une caste, c'est des jellies. Et en fait, quand ils disent des choses, c'est des choses qui sont liées à des dynasties familiales et tout. Mais ce n'est pas le côté conteur. qui vous raconte une histoire qui va vous faire rêver. C'est plutôt des conteurs sociaux disant vous êtes une grande famille, vous devez faire ça. En tout cas, il y avait ça dans « Héros très discret » , c'était assez beau comme idée, c'est pour ça qu'il y avait la musique aussi à l'image. C'est-à-dire qu'on racontait l'histoire comme si l'histoire qu'elle racontait dans le film, elle est distribuée par une musique simple qui porte la voix du narrateur. On a monté un truc hybride entre quatuor, quintet à cordes et instrument africain, la chorale. Lungoni. Il y avait un côté très C'était assez subtil. Il y avait une référence à l'Afrique, mais qui était très très très très très légère. Et en même temps, il y avait quelque chose de un peu détaché par rapport au contexte historique de l'histoire de l'aérotrie d'Israël. Ça, je mets bien aussi. Après, sur Debâtre, forcément, c'était le lié au scénario et à une façon qui peut venir d'un univers ultra glauque. Cette façon, c'était le piano classique. Parce qu'il y a une folie dans le monde chez les pianistes virtuoses, c'est une caste à part. Et donc ça, c'était pas mal dans le film parce qu'Alexandre connaît ça super bien. Il a une super connaissance de l'histoire de la virtuosité classique européenne. Sur le dernier de Rue et Dosse, il était dans des musiques indées, canadiennes, des groupes comme Godspeed You, des choses comme ça. Il est assez pointu, Jacques Odiard. Il entend ça, il cherche des références, mais c'est plutôt une manière de jouer. Et Alexandre a des années-lumière de ça, mais en même temps il se dit « comment je vais faire ça et jouer ma musique aussi ? » Et il se passe ce climat qui fait que les musiciens qui sont choisis, la manière dont Alexandre essaie de défendre ce qu'il a envie de faire et la manière dont Jacques dit « oui, non mais ça j'en veux plus » . À la fin, on arrive à quelque chose finalement où je reconnais Alexandre à chaque fois et en même temps... Alexandre est obligé de faire beaucoup de compromis à chaque fois, c'est marrant. Et quand on le voit pendant les séances, au fait aussi, c'est du travail. Mais le fait qu'ils aient une fidélité malgré tout, je pense que ça fait une belle unité aussi à leur travail. Des deux côtés. Je pense que c'est bien pour Alexandre d'avoir fait tout ce travail avec Jacques. Et je pense que pour Jacques, il a eu la chance aussi d'avoir quelqu'un qui c'est comme si on voit J'aime bien l'idée de travail de réalisateur avec le même compositeur pendant des années, parce que ça... On a l'impression de prendre les mêmes C'est comme si c'était la littérature où on prend Tudor Stoyevski, tout ça. Là, y a ça, mais y a pas un truc qui Ça passe pas du coquelin au niveau musical, quoi. Des fois, y a des réalisateurs où c'est un peu le cas, quand même. Là, y a Moi, je trouve que ça fait un bel ouvrage, en tout cas.