Speaker #0On est un peu schizophrènes, c'est vrai. Et parfois, d'ailleurs, il faut avoir le courage de refuser des films dont... C'est pas qu'on les admire pas, parce qu'il y a des films formidables, mais qui sont pas faits pour nous. Moi, j'ai... Il y a plein de films que j'admire énormément, mais sur lesquels je pourrais pas faire de musique. Et quand j'ai travaillé à... parce que j'aimais beaucoup le film, mais sans nécessité d'inscrire une musique sur le film, je l'ai souvent regretté. Donc, il faut qu'il y ait une résonance dans le film qu'on nous propose, quelque chose qu'on trouve, qui nous appartienne aussi, qui nous fasse quand même, qui révèle des... des choses qu'on a en nous et inversement. Donc c'est ce va et vient entre ces deux mondes qui n'est pas toujours facile à coordonner ou à maîtriser, mais qui fait la beauté de ce travail. C'est pour ça que je n'ai aucun intérêt pour ce qui se fait beaucoup et qui est très culturel en ce moment. Depuis quelques années, c'est de faire d'écrire des musiques sur des films muets. Ça me paraît vraiment totalement inintéressant. Ces pauvres films qui n'ont rien demandé à personne, tout d'un coup sont submergés de musique, recoloriser, remusiquer. C'est un peu comme la chapelle Sixtine qu'on a nettoyée récemment. Et du coup, le clair-obscur s'efface. En faisant toutes ces espèces de greffes, on vire le clair-obscur des films. On les efface. Vraiment, je suis très opposé. Je ne méprise pas les gens, il y a eu des réussites, comme Antoine Duhamel et Pierre Janssen, ils ont fait un travail superbe, mais c'est une démarche qui, moi, non seulement ne m'intéresse pas, mais que je trouve presque indignée. qui est une trahison et qui contre... c'est presque comme si le compositeur avait une revanche à prendre sur les images. Là tout d'un coup, la décision lui appartient, il est maître du film qu'il va mettre en musique. Pour moi la beauté de ce travail c'est la relation avec un metteur en scène. C'est un grand plaisir quand un metteur en scène me dit « grâce à la musique j'ai découvert un pan du film auquel je n'aurais jamais pensé, que je n'aurais jamais imaginé auparavant » . C'est une sorte d'accoucheur le compositeur. D'ailleurs, je crois que les compositeurs de musique de film ont un point de vue sur la structure du film qui est assez… qui aident parfois les metteurs en scène. Ils sont toujours très curieux de savoir ce qu'on pense de la structure. On a ce rythme intérieur. Et pour moi, le rythme, ce n'est pas l'égalité, ce n'est pas l'hystérie. et d'ailleurs beaucoup trop de films aujourd'hui ont une égalité, une constante rythmique qui est insupportable. Pour moi le rythme c'est l'alternance de mouvements rapides avec des mouvements lents. Je dis toujours que Fellini pour moi c'est le réalisateur qui a le plus grand sens du rythme. On peut avoir une scène d'hystérie collective, tout s'agite, ça grouille de partout. la musique de Nina Rota explose, ça crie dans tous les centres. Et puis tout d'un coup, pof, on bascule sur une plage, on a un personnage du vent, et bien ça crée. une sorte de chaos comme ça qui fait que ce contraste crée vraiment du rythme. Et la musique, c'est la même chose pour la musique. C'est pour ça que je n'aime pas trop quand les metteurs en scène, parce qu'ils préfèrent un thème à un autre, déplacent une musique. Par exemple, vous aviez prévu au début, ils vous la met au milieu, ou à la fin, ou tout le temps, parce qu'il... Comment dire, ils tuent cette notion rythmique qu'on élabore en cours de composition. Ils peuvent en supprimer une et la remplacer par une autre, ça arrive très souvent. Et puis c'est la loi, c'est la règle, c'est la contrainte. Ah oui, c'est extrêmement fréquent. Et alors parfois quand ils aiment un thème, alors là ils ont tendance, ça peut arriver qu'ils le tartinent sur le film. Et ça contredit même ce que vous avez essayé vous de faire avec la musique. Alors je n'ai pas d'ego sur la musique de film, parce que je sais bien que je ne suis pas là pour créer mon œuvre, et que quand même c'est d'abord la vision d'un metteur en scène, et le monde d'un metteur en scène. Mais parfois j'entends un mixage, de moins en moins, d'ailleurs parce que j'ai la chance aujourd'hui peut-être de travailler avec des mixeurs et des réalisateurs vraiment très à l'écoute. Mais avant, je me souviens que j'étais parfois désespéré de ce que j'entendais. Parfois aussi des musiques mêlées à des sons qui avaient des fréquences qui luttaient avec les fréquences de la musique, autant du point de vue des hauteurs que du timbre. Des mixages qui... enfin, c'est un peu schématique, mais qui montaient beaucoup trop le volume d'une musique, ou alors au contraire l'éteignaient. Il faut savoir que quand on fait de la musique, pour le cinéma, il faut être assez humble et s'attendre à être trahi. C'est la règle du jeu. Je ne crois pas beaucoup aux compositeurs qui poussent des... des grands cris dès qu'on touche à leur musique ou alors ce sont des compositeurs qui sont vraiment faits pour le concert ce qui est formidable, mais il ne faut pas toucher au cinéma. Le cinéma c'est la trahison, c'est la manipulation, le mettant en scène est un grand grand manipulateur. De la même manière que des acteurs sont coupés parfois au montage, le film a sa propre logique, il faut savoir que... qu'il faut se plier à cette logique. Parfois, je m'énervais. Aujourd'hui, j'apprends à moins m'énerver, parce qu'aussi, ça se passe mieux. Je me souviens de mixage. Vous faites une musique, puis tout d'un coup... Parce que ça se passe pas loin de la mer, le bruit des vagues bouffe complètement la musique, ce qui fait qu'on entend un fond très lointain, et c'était inutile de se fatiguer à écrire la musique de cette séquence. C'est Fellini qui disait à son bruiteur, « Mais pourquoi est-ce que vous bruitez des bruits de pas ? » On sait bien à quoi ça ressemble, les bruits de pas, donc c'est inutile d'en mettre cette volonté parfois trop... Cette réalité ou cette volonté de vouloir tout souligner avec les sons, tout ce qui est dans l'image, moi, m'horripile. Ces mixages lisses où on entend tout et où on n'entend rien, pour moi, le son, c'est de la mise en scène. Il faut choisir, il faut même trahir la réalité. Oui, c'est un choix de mise en scène. Aux États-Unis, il y a... Peut-être aussi parce qu'ils ont plus de temps, plus de moyens, mais moi, je n'ai pas une expérience du cinéma américain formée. Mais sur Coraline, par exemple, c'était assez impressionnant parce que je voyais bien comment il y avait un vrai travail au mixage sur la spatialisation de la musique et du rapport de la musique avec les sons, avec les dialogues. Un travail incroyablement sophistiqué qui est long. Il y a un mixeur qui est là, qui ne s'occupe que du placement de la musique et du mixage de la musique. Et puis il laisse sa place au mixeur son, enfin au mixeur des dialogues et des sons. Et du coup on entend tout. On entend tout, mais aussi parce qu'il y a un choix. Mais en France il y a des cinéastes qui font ça aussi, qui choisissent les sons et qui ne... qui ont des vrais partis pris et il ya une chose un phénomène assez troublant au cinéma c'est que le son est c'est vraiment l'artifice parfois un son vous mettez un son qui n'a rien à voir avec le son réel il est plus vrai que le véritable son c'est assez comme si le cinéma et je crois vraiment que le cinéma c'est un artifice c'est l'artifice absolue le mensonge et le mensonge devient la vérité notamment avec le son non mais c'est une sacrée école la musique de films c'est très amusant comme ce que vous voyez des cinéastes de tous moi j'adore passer d'un même d'un film très commercial un film d'auteur pur et dur de voir les et en fait à chaque fois sur les problèmes différents mais finalement c'est un peu là ils ont tous grosso modo les mêmes soucis. Sur le jeu des acteurs aussi, je pense que le compositeur est très impliqué. On sent quand le... Moi, je n'aime pas sentir le jeu d'un acteur. Ça me dérange terriblement. Quand j'ai l'impression que l'acteur ne joue pas, c'est beaucoup plus facile pour la musique. C'est très bizarre. Un acteur qui ne joue pas, un grand acteur, donc, prend... On dit d'une actrice qu'elle prend bien ou pas bien la lumière, c'est la même chose avec la musique. Une actrice qui ne joue pas, qui joue tellement bien qu'on ne la voit pas jouer, ce sera beaucoup plus facile de mettre de la musique sur la séquence, sur la scène. Si l'acteur surjoue, ou joue, ou si c'est un peu fabriqué, là du coup la musique devient, enfin accompagne cette surenchère de jeux. Donc elle ramène beaucoup de psychologie et du coup elle tue tout ce qu'on aime au cinéma, c'est-à-dire le faux naturel en fait, le faux vrai. C'est fondamental. Les acteurs... Rien que de les voir grimacer ou jouer, je suis incapable d'avoir une idée musicale. Mais quand tout d'un coup, ils ont une grâce comme ça, naturelle, ça veut rien dire, mais quelque chose d'inné, d'évident. quand ils sont le personnage quand il ne joue pas le personnage alors là ça devient beaucoup plus facile et ça devient même très très excitant de l'écran de la musique pour ça parce que la musique n'exprime rien en fait elle devrait jamais rien exprimé en tout cas pas pas de psychologie donc nous on est obligé de se enfin obligé et puis c'est ça qui est marrant cette on est des capteurs en fait c'est entre la coucheur le capteur et le je sais pas enfin le psy il y a plein de trucs il faut décoder un metteur en scène ils disent des trucs et parfois ce qu'ils disent et pas du tout il faut leur faire il faut leur dire qu'on comprend absolument ce qu'ils sont en train de vous dire mais parfois il faut en faire qu'à sa tête et Et c'est la meilleure façon de ne pas les trahir, mais d'arriver à déjà décoder. Parfois ils vous disent un truc et en fait il faudrait qu'ils disent le contraire. On comprend que ce qu'ils sont en train de dire, ce n'est pas vraiment tout à fait ça qu'il faut faire avec la musique. Donc voilà, on est un peu comme des psys. Leur film est terminé en général quand ils viennent vous voir, ils sont épuisés, ils sont inquiets. Donc il faut un peu décoder tout ça. Très amusant.