Speaker #0Vraiment la famille était très mélomane, tout le monde aimait la musique, plein de sortes de musique mais particulièrement ma mère, elle était très cultivée, très attirée par la musique. Pas franchement la musique contemporaine, ça c'est une chose que j'ai découvert par moi-même bien plus tard, enfin à l'adolescence, mais toute la musique classique et romantique. Donc cet appartement baignait de musique. Le cinéma en revanche, j'ai un peu honte à le dire, mais c'est vraiment une chose qui ne m'intéressait pas du tout. On m'emmenait voir des films pour enfants. Pour moi c'était lié à une sorte de chose obligée et qui ramenait à... Peut-être parce que les films que je voyais n'étaient vraiment pas intéressants. à cette idée que l'enfance est un âge un peu niais, et qu'on présente aux enfants des choses assez faciles. Ça ne m'intéressait pas. Et plus que ça, ça m'angoissait. Je me souviens des projections, des sorties au cinéma. Vraiment, je n'avais aucun goût pour ça. et puis plus tard alors je L'image, pas tellement l'histoire, la narration, mais comment faire vibrer une image avec la musique, c'est une chose qui, instantanément, m'a plu. Et puis après, je n'ai plus jamais arrêté. Et alors, c'est à cette période que j'ai découvert toute la richesse du cinéma. C'était pas seulement un truc de divertissement, mais que c'était vraiment un art qui avait une... des grands cinéastes et ça, bon évidemment c'était la chance de vivre à Paris. J'avais accès, je pouvais voir des festivals, autant Fellini que Raoul Walsh, que Bergman, Buñuel, enfin c'était vraiment une période où, comment dire, à la fois je découvrais un univers musical neuf et le cinéma. Et je crois que peut-être qu'en fond, si on m'avait dit qu'essentiellement je ferais plus tard de la musique de film, j'aurais été très très surpris parce que pour moi la musique c'était vraiment une chose pure, en dehors de tout autre support. En fait j'ai un tempérament passionné, c'est-à-dire que quand une chose me plaît, je la décortique, je vais au fond des choses. J'ai d'abord été passionné par le piano, le piano et toute la musique de piano. Après ça a été le violon, j'ai eu un coup de foudre pour le violon, mais beaucoup plus tard. Et j'ai travaillé un peu avec Jean Champel, qui était un violoniste remarquable et un professeur vraiment qui m'a... Alors que je n'ai pas travaillé longtemps avec lui, mais qui m'a vraiment beaucoup impressionné. Et puis après, c'est l'écriture. Alors l'écriture, effectivement pour moi, c'était impensable de la lier à un autre monde. C'était une chose en soi, la musique. Mais le cinéma, contrairement à ce que j'aurais pensé, m'a ouvert sur le monde et je crois m'a enrichi ma relation à la musique. parce que j'ai découvert d'autres cultures musicales, parce que j'ai travaillé avec des chanteurs, des musiciens traditionnels, du jazz, même des gens de la variété, enfin c'était une ouverture formidable. Je n'ai jamais pris de cours de composition, ni d'orchestration, c'est-à-dire que de ce point de vue, je suis totalement autodidacte. Mais j'ai commencé tellement tôt à écrire. Je crois que mes premiers enregistrements de musique, ça a été vers 18 ans, 17-18 ans. J'avais des musiciens épatants. Donc il fallait, comme j'ai tenu tout de suite à faire, c'était une prétention rare, mais à faire mes orchestrations, parce que je trouve ça aberrant et pas drôle l'idée que des compositeurs n'orchestrent pas leur musique. Pour moi, une idée musicale vient avec le timbre de l'instrument. Ce n'est pas une chose abstraite. Donc, je crois que si je n'orchestrais pas, je ne saurais même pas par quel bout commencer. Et puis surtout, ça ne m'amuserait pas. J'aime bien tout contrôler, quitte après d'ailleurs à l'enregistrement, au contraire, à être très ouvert. aux interprètes et à modifier des choses. Parfois, quand je travaille avec un interprète génial, je peux réécrire des parties parce que c'est très motivant. Je n'aime pas non plus que les choses soient figées définitivement. Quand j'étais plus jeune, J'osais pas changer les choses en enregistrement. Tout ce qui était écrit, je l'avais écrit, il fallait l'enregistrer comme ça. Jamais je me serais permis de dire aux musiciens « Attendez un peu, je vais réécrire une partie. » Aujourd'hui, je le fais, mais je le fais assez régulièrement. Et j'aime bien ça, cette façon de rebondir, d'être une sorte d'éponge. en face des musiciens ou de l'orchestre même, d'être capable d'avoir tout d'un coup des idées nouvelles et de pouvoir changer les choses. C'est une chose que j'ai apprise avec le temps. Mais le monde de l'enfance n'était pas pour moi... J'étais dans une famille formidable, mais ce n'était pas une période très heureuse, l'enfance. J'étais extrêmement timide, j'avais peur du groupe. Le groupe me terrorise. J'ai l'impression qu'on perd son temps, que du coup on a... Que l'étude... Quand je suis seul, j'ai l'impression, ou alors avec des profs passionnants, mais seul à seul, que je découvre des choses plus rapidement. J'aime bien aller vite quand même dans la découverte des choses. Les cours avec plein de gens comme ça, moi ça me... J'ai l'impression que je suis noyé, que le temps se dilue, que... que ce qu'on comprend assez vite, ça se dilue dans le temps et je finis par m'endormir. m'ennuyait terriblement. C'est vraiment à l'adolescence où j'ai commencé à trouver mes marques et à respirer l'enfance. C'est peut-être pour ça d'ailleurs qu'aujourd'hui dans mes musiques tout ce qui est lié au monde de l'enfance est plutôt provoque, enfin j'ai l'impression, sert à provoquer presque de l'angoisse ou du fantastique. Le monde de l'enfance n'était pas une période si douce et légère que ça. C'est une période assez angoissante. Et puis alors l'autre passion c'était la littérature, très vite aussi, mais aussi à l'adolescence. Je veux dire que l'adolescence ça a été une implosion au film. C'est quand même Proust qui m'a le plus impressionné. C'est un livre que je lis... sans cesse en fait, dans le désordre maintenant et qui est... enfin la recherche, c'est un univers tellement fort que selon l'âge on le lit et on le perçoit d'une façon différente. D'ailleurs c'est vrai pour moi de ma relation à toutes les vraies œuvres d'art, les tableaux ne sont jamais les mêmes, le même tableau évolue selon mon regard, selon l'âge. Je n'ai pas la même perception de la peinture maintenant qu'il y a 10 ans, 20 ans, 30 ans. Et c'est la même chose pour la musique. Et plus les œuvres sont fortes, plus elles ont un degré, plusieurs niveaux de lecture. Et donc mon temps était... Je dors très peu. C'est un ennui terrible de se coucher. C'est une nécessité, mais... Et encore aujourd'hui, c'est une petite mort pour moi d'aller dans mon lit. Ce n'est pas du tout de fascination pour le sommeil, le repos. Donc mon temps était pris par la musique, le cinéma et la littérature. Je voulais vraiment faire de la musique, puis de la musique contemporaine, mais la musique de film... Oui c'était un choc un peu malgré moi quand même ça m'a plu et en même temps je me disais bon ça c'est vraiment provisoire je vais très vite laisser tomber ça mais la relation avec l'image et c'est une chose qui continue à me hanter à me fasciner quand tout d'un coup on a l'impression que la musique vient du fond du film, qu'elle a une vraie nécessité dans le film, alors ça c'est magnifique, c'est une impression magnifique. C'est rare qu'on l'atteigne, mais ça vaut le coup en tout cas de s'y plonger. C'est au-delà de l'écriture, au-delà des capacités musicales, c'est une autre relation encore. D'ailleurs souvent je vois des jeunes compositeurs qui ont des bagages incroyables, qui sont des magnifiques compositeurs, mais qui ne connaissent pas l'histoire du cinéma par exemple. Alors ils veulent faire de la musique de film, mais je vois bien qu'ils ont une démarche de compositeur avant tout. La musique de film, il faut rester un compositeur, mais ça demande d'autres qualités, en tout cas un autre regard sur les choses. C'est pas la même chose. On sent des petites formes, c'est savoir se plier à un univers et en même temps quand même essayer d'être un peu content du sien. C'est un peu, on dit un peu schizophrène, mais c'est l'intérêt, c'est ces contraintes-là qui sont intéressantes pour le musicien. à la fois au service d'un film et en même temps essayer quand même d'amener au film quelque chose de personnel. Après Reichenbach, j'ai fait plusieurs documentaires, je faisais des trucs très contemporains, à tonal, la musique que j'avais vraiment envie d'écrire, Mais assez vite, je me rendais compte que parfois, ça... ça vidait le film de sa substance. La musique était trop riche, trop forte, et du coup, on appauvrissait le film, on le vampirisait avec la musique. Donc j'ai appris aussi, d'ailleurs le cinéma c'est vraiment une leçon de modestie, mais à être moins prétentieux, peut-être moins ambitieux avec le... la... comment dire... l'originalité absolue de la musique mais de placer mon ambition ailleurs, c'est-à-dire au service d'un film. Et parfois il faut avoir le courage d'écrire une musique très très simple pour que, ou alors on ne fait pas la musique de ce film, mais pour qu'un film que la musique soit justifiée dans le film.