- Speaker #0
Le Musée Sacem présente Bandes originales. Bandes originales est une collection de documentaires consacrés aux compositeurs de musique de film. confinant privilégiés des plus grands cinéastes de ces 40 dernières années, ces grands compositeurs nous font partager leur univers musical. 50 ans de carrière et plus de 100 musiques de films, Gabriel Yared s'est imposé comme l'un des plus grands compositeurs de musiques de films, et également comme l'un des plus demandés en France comme à l'étranger. Quelques décennies, il impose sa signature à l'échelle mondiale en multipliant les collaborations avec Bruno Nuiten, Camille Claudel, Jean-Jacques Hannault pour L'Ament, ou 37°2 le matin de Jean-Jacques Bennex. En 1997, sa notoriété s'impose au niveau international. Il obtient un Oscar, un Golden Globe, un Grammy Award pour la musique du film Les Passions Nouvelles d'Anthony Minghella. Gabriel Yared est le premier documentaire de la collection bande originale. Dans son studio à Abérode à Londres, Gabriel Yared revient sur son parcours la vision de son art et son amour inconditionnel pour la musique. Gabriel Yared est plus que jamais un compositeur aux multiples facettes, ouvert au monde, et un artiste d'une sensibilité à fleurs de peau. Dans le mythique studio d'Aberrode à Londres, aux côtés de son piano, entouré de partitions et de livres, Gabriel Yared ouvre les portes de son quotidien. Autodidacte, il se souvient de ses premières années d'apprentissage de la musique et des compositeurs qui lui ont permis d'apprendre la composition et qui ont influencé son écriture musicale.
- Speaker #2
Comme j'ai découvert la musique en autodidacte, je pense que mon premier coup de foudre a été pour Schumann, Robert Schumann, dont l'écriture pour piano m'a tellement aidé plus tard à jouer même le piano. C'est-à-dire que j'avais tellement travaillé Schumann, tellement lu Schumann, que quand je posais mes mains sur le clavier, même pour une chanson, j'accompagnais comme si j'accompagnais les leaders de Schumann. Ça, c'était la première période. Et puis, la deuxième période, vers l'âge de 16 ans, c'était la découverte du tombeau de Couperin de Ravel, de Daphnis et Chloé. et du concerto pour les deux mains et du concerto pour la main gauche. Et là, je pense que j'ai été atteint vraiment d'une maladie que moi j'appelle la ravelite, une ravelite très aiguë, qui m'a poursuivi pendant des années. C'est-à-dire que Ravel représente pour chaque musicien, qu'il soit autodidacte ou ayant appris dans un conservatoire, éduqué, disons, représente vraiment le summum de ce à quoi on peut parvenir par l'harmonie. Ravel est une source d'admiration. qui peut être extrêmement nocive, c'est-à-dire qu'à force d'admirer Ravel, on peut se fermer complètement à tout, parce que Ravel a poussé l'harmonie dans ses retranchements les plus absolus, et qu'au-delà, il semble qu'il n'y ait plus rien. Et moi, ce qui m'a sauvé, justement, de cet amour de Ravel que j'avais, c'est probablement la découverte de Bartók, des quatuors de Bartók, de Stravinsky, et de bien d'autres musiques. Quand je suis arrivé à Paris, en 1972, mes premières visites à Paris, ça a été les éditions Durand. qui malheureusement n'existe plus, 4 places de la Madeleine qui aujourd'hui sont remplacées par un magasin je sais pas, ou de parfumerie ou autre et après ça je me suis renseigné pour savoir comment je pouvais aller à Montfort-la-Maurie parce que je savais que la maison de Ravel était encore sur place, en fait elle était là et qu'elle avait été transformée en musée et il m'arrivait d'aller je sais pas, 6-7 fois par an dans la maison de Ravel à Montfort-la-Maurie, d'arriver là-bas et de fondre en pleurs pour je ne sais quelle raison je ne sais pas pourquoi mais Merci. J'étais vraiment en pleurs. Je rentrais dans ce salon, dans cet endroit où il avait composé tellement d'oeuvres. Je voyais son piano recouvert de petites chinoiseries, de petits objets étranges comme les petites boules sur lesquelles il y avait de la neige, de la fausse neige avec des chalets suisses. Toute cette maison qu'il avait vraiment conçue lui-même, dont il avait choisi la peinture pour les chaises, qu'il avait peinte lui-même d'ailleurs, le plafond, tout était comme une sorte de maison de poupée. Et en sortant sur le balcon de mon fort, je voyais Ravel avec ses Ausha, parce que c'était un amoureux des Ausha comme moi je le suis. Et je pleurais. Et je me disais, mais où pourrait-on aller après Ravel ? Donc j'ai été atteint de ça et en même temps... J'arrivais à une sorte de goulot où j'étais étranglé complètement, où j'allais dépasser ça. Non pas dépasser Ravel, mais dépasser mon amour pour Ravel. Dans cette période où je vivais à Paris, je me souviens que j'avais très peu d'argent, mais j'économisais beaucoup d'argent jusqu'à la fin du mois. Là, j'allais rue de Seine ou rue Bonaparte, j'allais visiter les marchands d'autographes et essayer de trouver s'il y avait des lettres de Ravel. Et j'en ai gardé quelques-unes que j'ai achetées à l'époque. en me privant de dîner, de déjeuner, de plein de choses. Et ces lettres sont toujours en ma possession. Elles sont dans ce petit dossier. Voilà. Voilà, Maurice Ravel. Je n'ai plus ce fétichisme un peu... un peu... esservelé, disons. Aujourd'hui, quand je joue Ravel, je le vois avec sa grandeur, mais en même temps aussi avec ses limites. Ravel, en admirant Ravel, on ne peut faire que du sous Ravel. On peut admirer, on peut apprécier, on peut s'émerveiller, mais ce n'est pas une chose qui vous fait avancer. Ce n'est pas l'étude d'un compositeur qui vous fait avancer. Je ne pourrais pas en dire pareil de Bach. Quand je lis Bach, c'est tout mon être qui est complètement en révision générale et en permanence. Parce que j'ai l'impression vraiment d'être en face d'un...
- Speaker #0
Je ne suis pas un bon pianiste, mais quand je lis ça, je deviens un bon pianiste, parce que je sais que je lis vraiment, j'embrasse ce qui a été écrit, et je ressens vraiment ça en moi. Et c'est bizarre, quand je déchiffre une sonate de Mozart, ou j'ai fait une sonate de Haydn, ce sont deux choses complètement différentes que j'apprends. J'apprends moins dans Mozart, parce qu'il n'y a rien à apprendre de la grâce à part de l'admirer et de la... en quelque sorte de la subir. Alors que chez Haydn, je vois déjà tout le travail qui a été fait par rapport à Carl Philipp Emanuel Bach, par rapport à tous les à tous les compositeurs de sonates de son époque, et je vois que chez lui, il y a vraiment la main tendue déjà vers Schubert, vers Brahms, vers tout l'avenir. Chez Mozart, C'est la beauté, c'est la grâce, c'est l'immédiateté, dans laquelle il n'y a rien à apprendre finalement, il n'y a qu'à admirer. Et admirer c'est toujours très difficile, parce que c'est une attitude très paresseuse sur un compositeur finalement, d'admirer. Je me souviens de cette phrase que disait Horobindo, à quoi ça sert d'admirer ? N'admirez pas, vous perdez votre temps. Ce qu'il faut, c'est devenir, c'est être ce que vous admirez. Donc ça ne sert à rien, finalement, d'admirer. Mais chez Haydn, il y a en même temps l'admiration, mais aussi tout l'enseignement qu'on peut recueillir et qu'on peut assimiler, et finalement un peu transporter dans les œuvres que nous faisons, même si ce sont des œuvres tout à fait secondaires comme la musique de film. ou moi 5,55 pas pas pas c'est là que vient dans la même tonalité la berceuse de monsieur replay Alors, évidemment, on pourrait se dire, mais où est la parenté ? Moi, je le sais. Moi, je sais qu'il y a une parenté. Je sais que ce petit bout-là, voilà. Voilà, c'est tout. Et moi, j'ai fait Ça n'a rien à voir, mais la filiation est là, vraiment. Si je n'avais pas ouvert cette symphonie que je t'avais écoutée, regardée de près, voir comment elle était écrite, comment les syncopes étaient écrites, je n'aurais pas eu l'idée pour la berceuse de replay. Donc vraiment, l'origine de l'inspiration, c'est très très variable. Ça peut être l'inspiration pour de vrai, ça peut être le regard sur quelque chose comme ça, un beau matin, on se dit tiens j'ai envie d'écouter une symphonie, j'ai envie de faire ceci, j'ai envie d'écouter cela.
- Speaker #2
Et ça vous nourrit pour la journée. et Haydn était encore sous l'influence de la musique baroque, du Fisbach, Carl Philipp Emanuel et de voir ça, de voir de près comment c'était écrit c'est bizarre parce que j'ai gardé quand même la même tonalité pour replay C'est bizarre parce que d'aimer une œuvre, de la regarder, de se dire je vais m'en inspirer, ça pose tout de suite des non pas une hauteur, mais ça met comme une limite de médiocrité à ne pas franchir. Voilà, c'est plutôt dans ce sens-là. et ça fait aspirer vers le haut. Et quand j'ai composé ça, je me suis dit, non pas je veux égaler Haydn, parce que je ne l'égalerai jamais. Je me suis dit, voilà un bel exemple, comment je peux faire pour le suivre dans cette voie, tout en donnant de ma voie à moi. C'est important de ne jamais se lâcher, sinon on serait juste un imitateur, un copieur, on serait toujours à la manière de Et c'est en ça que je n'ai rien à voir, moi, personnellement, parce que je sais que ma voix, elle existe de toute façon, elle est là. Elle se manifestera même si je copie Haydn ou Bach ou Schumann ou quoi que ce soit. La perfection de l'écriture, ça ne veut rien dire. C'est après qu'on voit la perfection de l'écriture. Ce qu'on voit d'abord, c'est la beauté. Ce qu'on entend d'abord, c'est la beauté. Et après, quand on est professionnel ou un compositeur, et qu'on regarde attentivement comment c'est écrit, on dit « Oh, mais quelle perfection ! » Mais avant tout, c'est la beauté qui s'adresse à l'âme. Pour l'âme qui entend Bach, c'est comme un souvenir de son vrai paradis. « Mais d'où est-ce que je viens ? » « Je viens de cet endroit-là. » Et en fait, s'il y a une seule chose qui peut encore aider ce monde à prendre conscience, c'est la beauté qu'on apporte dans les choses que l'on fait. Et pour qu'il y ait la beauté, il faut aussi qu'il y ait la perfection, parce qu'il n'existe pas de beauté sans perfection. La beauté contient en elle-même la joie, l'amour, tout ça, mais elle contient aussi la perfection. Et moi, quand je dis que je fais de la musique de film, pour apporter un peu plus de beauté, non pas aux images, mais dans le cœur des gens. Donc c'est ça qui m'intéresse. Et finalement, on est tous des petits prophétaillons, des petits prophètes de rien du tout, mais on est là, les compositeurs, même les cinéastes, si vous voulez, pourraient être aussi des prophètes de beauté, des saints. Bach est un saint. Je pense que quand on célèbre Saint Thomas ou Saint François d'Assise, il faut célébrer Saint Bach et Saint Mozart, c'est pareil. Leur message au monde est un message de... d'amour, de joie, de beauté, de perfection. Ce sont des vrais saints. Et si je connaissais le pape, je me fâcherais avec lui. Je lui dirais, au lieu de canoniser un tel ou un tel, mais qu'est-ce que vous attendez pour canoniser Bach ?