Speaker #0Le musée Sacem présente Bandes originales Gabriel Yared reçoit l'Oscar de la meilleure musique. pour patients anglais d'Anthony Minghella, à qui il ne cessera de collaborer jusqu'à la mort précoce du réalisateur. Pendant dix ans, souligne Gabriel, Minghella était le cinéaste qui a su le mieux me pousser vers des chemins inexplorés. Dans cet entretien, il regarde ses cahiers d'écriture et se souvient de la longue collaboration avec Anthony Minghella et nous explique la création du thème du film « Cold Mountain » en 2003. C'est un cahier dans lequel il y a des vieilles choses. Octobre 2001 au 8 février 2003. Les essais aboutis et non aboutis. J'en ai plein des cahiers comme ça. De temps en temps je les regarde, il y a des petits trésors qui m'ont échappé. Comme je compose de toute façon pas seulement pour le film, je compose aussi pour le plaisir de composer, il m'arrive souvent de noter des choses qui sont intéressantes et de dire je reviendrai dessus une autre fois. Et quand vraiment je suis un peu paresseux, je revois mes cahiers. C'est pas tellement que je prends l'inspiration de mes vieux cahiers, c'est que, je sais pas, c'est comme si je vois une photo de moi en 2001, je me dis, ah bon, je faisais ça, je faisais ça. Mais avant 1981-82, je vois mes cahiers, ils étaient remplis à ras bord et de recherches en permanence. ils n'étaient pas simplement ciblés, disons, pour un film ou pour quoi que ce soit. J'ai quand même l'impression qu'il y a eu une sorte de déperdition dans l'élan. Ça reviendra, ce sont des cycles. Mais je suis toujours en train de chercher. Cold Mountain, mai 2004. Il est farci, celui-là. Parce que j'ai commencé par relever, par exemple, toutes les musiques folkloriques de ces années-là sur un disque que m'a donné Anthony. Donc j'ai relevé ce que faisait le banjo, le violon, vous savez, parce que c'est des trucs country, qui ne sont pas du tout ma tasse de thé, disons-le. pour rentrer dans le film. Puis un jour, Anthony m'a dit, je commence le tournage dans 3 ou 4 mois, et Nicole Kidman doit jouer un morceau de piano. Et il faudrait que tu l'écrives à l'avance. Donc j'ai été chez lui à la campagne, et d'ailleurs j'ai marqué ici, The Diary. C'est sa maison de campagne, dans le Hampshire. Le Le 11 et 12 mai 2002, et lui était assis sur son bureau, sur son ordinateur, il tapait, il révisait son script pour la énième fois parce qu'il le refait sans arrêt. Il commençait déjà à faire les recherches, le repérage de sa portion. film et moi j'étais là et je travaillais il me parle pas c'est le seul c'est probablement la seule personne devant qui je peux disons me lâcher à improviser sans me sentir mal à l'aise parce qu'il est là je sais qu'il est complètement plongé dans son travail je sais qu'en même temps il a une oreille qui m'écoutent et je sais qu'il comprend mon cheminement. Jamais il m'arrêtera en me disant « Oh, c'est pas bien » ou « C'est bien rien » . Et puis il assiste presque, c'est indécent, c'est impudique d'assister à la naissance de quelque chose. Je vois ici tous les essais, parce qu'il me disait, il faut quelque chose qui soit simple pour elle, quelque chose presque de religieux, quelque chose presque de protestant. Et tous mes essais sont là, aucun n'a abouti. Et tout d'un coup, une page se tourne, et voilà. Et j'entoure, je dis « J'ai trouvé ça » . Et c'est le thème principal du film en même temps. C'est une musique de source que Nicole est censée jouer pendant le film. Et comme je l'ai composé 3 ou 4 mois avant le film, elle m'est restée et j'en ai fait le thème principal, un des thèmes principaux. Et c'est donc ce truc très... là c'est complètement griffonné. Mais c'est mes recherches sur place. Voilà, je voulais une autre pédale. Bon, j'ai oublié. Si. Voilà, je suis repassé sur une note. Et il descend de gamme. Il était là, je me souviens, il m'a dit « Mais là, vraiment, tu tiens quelque chose de très intéressant. Il en faut encore un morceau. » Et le petit morceau qui s'appelait « Schubert Yared » est devenu « Monroe's Death » , la mort de Monroe, donc le papa de Nicole Kidman dans le film. Et on est arrivé à ça, parce que c'est ça qu'elle joue, en fait, pendant que son père est en train de mourir dehors sur le balcon, et elle ne s'en rend pas compte, parce qu'il était là en train de lire la Bible. Et elle joue, elle l'appelle, elle dit « Daddy, daddy ! » Et puis, c'est en jouant ça que le père meurt dehors, sous un orage. Elle joue ça. que j'écrivais. Pour Cold Mountain, j'ai écrit une petite pièce pour ma compagne qui se mettait au piano. J'ai écrit une valse très simple pour elle. Extrêmement simple. La main gauche fait un accompagnement de valse et la main droite fait un thème extrêmement facile. Je pensais le partager avec elle. moi je ferais la main gauche, elle aurait fait la main droite. Et puis l'histoire de cette valse est très étrange parce que je l'avais proposé à Anthony Mingala parce que je la trouvais très jolie et il m'a dit je pense pas qu'elle ait eu une place dans le film, qu'elle ait eu une place dans le film, et deux ans plus tard, deux ans et demi plus tard, elle a eu une place dans le film de Cédric Caron. qui s'appelle L'Avion, parce qu'Isabelle Carré devait jouer chez elle, elle est pianiste, donc dans le film, elle est pianiste dans la vie aussi. Elle devait jouer une valse simple, et elle a fini par jouer cette petite valse que j'avais écrite donc deux ans et demi plus tôt. Et la voilà, cette valse. Merci. et on revient sur la phrase initiale Moi j'aimais bien parce que rien de plus simple que de jouer ça. Et un jour j'aimerais bien comme ça éditer ça sur partition et que des débutants au piano ou des élèves de piano jouent ça. Toujours Cold Mountain. Encore Cold Mountain, encore Cold Mountain, et après des recherches et des séquences comme ça que j'écris, dont une que j'ai appelée « Séquence improvisation piano-modale » . Et comme on arrivait vers la fin... vers la fin du montage de Cold Mountain et Anthony me disait toujours il manque un thème fédérateur qui soit pas vraiment un thème qui soit juste une ambiance et j'arrive pas à en trouver dans ce que tu m'as donné et je suis remonté dans mes caisses cahiers, j'ai vu et j'ai découvert un thème qui est assez modal, c'est-à-dire qui exprime assez l'ambiance américaine, disons, parce que la musique américaine est très basée sur la modalité, sur des choses qui sont... D'ailleurs, c'est ça qui fait aussi parfois sa redondance, parce qu'il y a beaucoup de choses dans la musique américaine qui sont redondantes. Et donc, j'ai présenté ce thème à Anthony, qui m'a dit, mais ce serait formidable, c'était ça. Mais on a accord. Et c'est le thème qui commence le film. Et qu'on retrouve chaque fois au moment clé. C'est-à-dire que c'est un thème qui n'est pas vraiment thématique, mais qui est plutôt comme une sorte d'annonce d'un changement, d'une évolution dans l'histoire. Il ne vient pas d'une étude forcément sur le film, ou sur l'image du film, ou sur le thème du film. Il vient d'une improvisation que j'ai faite un jour, où j'étais heureux d'improviser. Évidemment, il va complètement ailleurs, mais j'ai gardé les premières phrases, ça. Voilà, c'est juste ça, des accords comme ça qui se... C'est marrant parce que il n'y a pas longtemps, je regardais les préludes de Debussy, la cathédrale engloutie, c'est pas du tout la même chose, mais c'est ce principe d'accord comme ça qui s'enchaîne d'une manière modale. Moi j'ai trouvé à travers mes collaborations avec Mingala, quelqu'un qui, comme moi, tout le temps... cherche à aller ailleurs. Je pense qu'il y a une grande différence entre le patient anglais, sur le plan de l'approche déjà cinématographique, de Monsieur Ripley, qui est un thriller, pour moi c'est mon film préféré d'Antoine Mingala, The Cold Mountain, qui est une grande histoire épique qui se passe durant la guerre de sécession, et c'est bizarre parce que son évolution, le choix de ses films, me pousse moi à chaque fois justement à aller ailleurs que dans les sentiers battus. Mais qu'est-ce que je fais entre un Miguel et un autre ? Je fais beaucoup de films qui sont beaucoup moins inventifs, ou en tous les cas qui ne suscitent pas, qui ne me demandent pas vraiment autant d'investissement, ou autant de recherche, ou autant d'abandon de mes habitudes et de mes tics. Je sens que j'ai été dans l'écriture de certains morceaux pour lui, en tous les cas jusqu'au bout de moi-même. Et ce qu'il demande est très exigeant, parce que nous partageons tous les deux l'amour pour Bach, pour la beauté, pour la perfection en musique. Et lui, il continue à laisser une place à la musique. Du fait même qu'il soit musicien, qu'il soit artiste, il demande vraiment que la musique prenne la place. Et quand il s'en sert, il s'en sert vraiment bien. Elle n'est pas là juste comme un petit élément qui vient souligner telle ou telle émotion chez un des personnages. Elle a vraiment sa place.