Speaker #2c'est pas très compliqué. C'est incroyable comme une composition comme ça peut vous emmener dans quelque chose de très noir. Mais bizarrement, moi, ce que je compose, souvent, est assez Enfin, les gens pensent que c'est triste, mais moi, je ne pense pas. Je trouve qu'il y a beaucoup de joie dans la tristesse apparente, une joie cachée. Et tout ce que je fais, c'est rarement des musiques sympathiques et sautillantes. Sauf peut-être quand je compose des choses plus rythmiques, disons. Il y a toujours, toujours quelque chose qui... On a toujours l'impression que mon âme pleure, ce qui n'est pas du tout le cas, d'ailleurs. Du tout. Je suis simplement C'est comme si j'avais la nostalgie de quelque chose. Je ne sais pas de quoi, d'ailleurs. Et on trouve de la nostalgie dans cette musique, mais pas de la tristesse. C'est une période où j'avais beaucoup beaucoup écouté trois oeuvres très importantes, La Nuit Transfigurée de Schoenberg, Les Métamorphoses de Strauss Le début de la dixième symphonie de Mahalor, qui n'a pas eu le temps de finir. Et je sais que ces trois oeuvres ont beaucoup, beaucoup impressionné mon travail. Beaucoup. Je n'ai rien copié nulle part, mais dans ce qu'on se disait tout à l'heure, c'est-à-dire lire, assimiler, et puis revivre le souvenir de ce qu'on vient de lire ou ce qu'on a lu. Et inconsciemment, ça pénètre dans votre travail. Voilà, juste des petits bouts comme ça, mais je ne sais pas ce qu'il y a dans cette musique qui me ravit tellement. Bon, on s'éloigne de la musique de film, mais ça, ça me nourrit, même pour les musiques de film. J'ai besoin de ce rapport avec cette musique, avec ces compositeurs, parce qu'en fait... En fait, si nous sommes vraiment un pont entre des musiciens dits classiques et une certaine C'est une certaine musique populaire, c'est à travers ça qu'on peut vraiment trouver la jonction. On ne peut pas ignorer les œuvres de Haydn, ni celles de Mozart, ni celles de Brahms, ni celles de Schumann, ni celles de Ravel, ni de Bussy. Simplement, il est très difficile dans la musique de film d'installer ça, parce que ça, c'est construit sur une architecture, sur une forme. et je dis souvent ça parce que je le pense que le grand problème de la musique de film c'est que ce sur quoi repose la musique c'est à dire l'architecture la construction tend à être complètement annihilé atomisé dans la musique de film puisqu'on travaille sur des petites scènes par ci par là et donc on n'a pas vraiment une architecture globale et générale et la seule manière que j'ai trouvé moi de répondre à ce problème C'est d'être investi dès le départ et de commencer à faire une œuvre musicale qui existe en elle-même, qui est construite, qui est architecturée, qui a été tellement loin dans le travail de variation, de contrepoint, etc., que j'arrive à tirer des petits éléments dont je fais une musique pour une scène ou une autre, qui habite telle ou telle scène. Mais elles proviennent, ces musiques, d'un regard, disons, d'une création. beaucoup plus large, qui a tenu compte justement de cette nécessité de bâtir. Je ne parle pas d'une architecture de la forme sonate, mais au moins une œuvre est toujours bâtie, il y a toujours un thème A, un thème B, des variations, des développements. Mais nous devons, nous, pour ne pas perdre le nord, pour ne pas perdre l'essence même de la construction musicale, nous devons commencer par d'abord faire une œuvre qui est déjà construite et qui est bâtie, et aller aussi profondément que nous pouvons dans l'exploration de cette œuvre. Et alors nous avons tous les éléments, comme dans une cuisine, j'ai tel ingrédient, tel ingrédient, et à partir de là, nous pouvons servir telle ou telle scène. Mais nous servons aussi un point de vue un peu plus ample, plus large, simplement qu'une petite scène. L'esprit d'un film est servi par l'esprit d'une musique. Et les deux reposent sur l'architecture, il faut que la musique aussi garde ce sens de la construction.
Speaker #0Il y a un mouvement. C'est comme voir une toile, finalement. Avant même de l'entendre, maintenant j'ai pris la mauvaise habitude d'entendre tout de suite. Quand je lis, je ne peux pas ne pas entendre. Mais déjà, regardez, cette partition est belle. C'est une étude de Debussy pour les cartes. Donc il va explorer tous les recoins de l'intervalle de cartes en musique. Donc l'intervalle de cartes, l'intervalle de 49. Et il écrit ça. il ya que des cartes quand je regarde la partition je l'entends j'ai pas besoin de jouer mais quand je la joue c'est encore meilleur parce que c'est trop facile de dire mais j'entends la musique c'est vrai je pouvais une partition et entendre tout mais c'est pas pareil même si j'entends c'est presque intellectuel, je dirais. C'est presque un mouvement du cerveau. Alors qu'il faut que la musique soit vraiment sentie dans la chair. Les doigts ne sont pas là pour rien. Il faut que ce soit une jouissance de tous les sens. Pas simplement l'esprit qui analyse, le cerveau qui analyse en disant ce sont des cartes, elles sont bien faites. Donc j'entends Je vois très bien tout ce qui est à côté. Je n'entendrai jamais aussi bien que si je la joue. J'ai l'impression de plonger dans un royaume que je ne connais pas. J'ai fait plein de fautes. C'est compliqué, ce sont des offres pour les virtuoses et moi je ne suis pas un virtuose de piano. C'est juste la chance de pouvoir déchiffrer et d'avoir une idée approximative. De toute façon, je ne pourrai jamais mener ce bébé là à bout. les seules choses que je mène à bout c'est probablement la composition c'est tellement je sais pas si je pouvais lire en fermant les yeux bon je peux pas mais vraiment je crois que mes yeux sont fermés en tous les cas mon imagination est complètement ouverte quand je lis un morceau comme ça et ça m'emmène dans des lieux où aucun film aucun roman aucune toile aucun paysage vraiment on est là dedans Debussy a vraiment capté des images internes, intérieures, que peu de compositeurs ont captées. mais c'est vraiment comme se lire soi-même, comme lire au fond de soi. Les compositeurs, les artistes en général, sont avant tout des voyants. Rimbaud était un voyant. Quand on lit le bateau ivre, c'est une vision qui ne serait pas décriée par aucun grand yogi en Inde. ou un bouddhiste, je ne sais pas. Quand on lit vraiment la description du bateau-livre, c'est de la voyance pure, enfin de la voyance. Ce n'est pas de la voyance au sens de la prédiction, mais c'est quelqu'un qui voit les yeux ouverts. Et c'est ça qu'on a un peu perdu dans l'expression, ou de la musique, ou d'autres choses, c'est qu'on est plus ou moins, sans aucune prétention, des représentants. de ceux qui voient, par rapport à ceux qui sont aveuglés par le quotidien et par les soucis de tous les jours. C'est comme si l'artiste était protégé de ça et qu'il a des éclairs de vision qu'il essaie de communiquer et de faire partager aux autres. Oh, les beaux orages ! On a de la chance, hein ? Ah oui ? Ah oui, vraiment ! Oui, parce que ça a éclairé l'atmosphère, non ? Ah oui, complètement !