Speaker #0Le musée Sacem, présente Bandes originales. Dans cet entretien, Jean-Hugues Anglade se souvient du film de 37°2 le matin de Jean-Jacques Bennex. Assis au piano, il se rappelle ses moments où il devait apprendre à jouer du piano avec Béatrice Dalle pour une séquence de film. Il souligne l'influence de la musique et du thème principal de 37°2 sur l'interprétation de son rôle pendant le tournage.
J'ai rencontré Gabriel sur 37°2 le matin, donc à 20 ans. C'était à la demande de Jean-Jacques qui m'avait demandé d'aller le rencontrer pour qu'on convienne d'un morceau de musique, d'un morceau de la musique de 37°2 que j'étais censé jouer, supposé jouer, dans le film avec Béatrice. Et donc j'ai rencontré Gabriel à cette occasion, et puis on a tout de suite sympathisé, parce que je connaissais Gabriel parce que je savais qu'il avait déjà fait des musiques de films de Jean-Jacques, notamment La Lune dans le caniveau. J'étais un grand fan de cette musique. J'ai toujours eu une grande fascination pour les musiciens. C'est vrai que Gabriel, c'est un musicien, un artiste, un homme vraiment attachant, très attachant. Je me suis tout de suite bien entendu. Je l'ai rencontré à cette occasion et nous avons eu la chance d'avoir la musique de 37°2 composée. avant le tournage. C'est bien que non seulement, bon, moi j'ai pu travailler, il a composé donc ce petit morceau que moi j'ai joué dans le film avec Beatrice, et puis aussi tous les autres thèmes du film qui sont quand même plus ou moins une variation autour de deux ou trois thèmes centraux du film qui sont des variations dans des styles différents, style balmusette, style musique brésilienne, etc. Bossa, etc. Et donc, nous avons tourné 37°2 avec la musique du film dans les oreilles et moi ça m'a beaucoup aidé en tant qu'interprète parce que ça me plongeait encore plus dans l'univers des personnages, dans l'univers du film. Et j'avoue que j'ai adoré ça parce que j'ai pas retrouvé ça plus tard dans les films que j'ai tournés. La musique se fait maintenant toujours après, pratiquement. Et donc là, c'était quand même un grand avantage, un grand privilège. Et donc, quand je suis allé la première fois chez Gabriel, il me dit « mais est-ce que tu joues un petit peu de piano ? » Alors moi, j'ai dit « écoute, je joue depuis déjà 15 ans un morceau que je joue très mal et très lentement, mais c'est un morceau de Debussy qui s'appelle « Doctor Grados et Parnassam » . Donc comme il cherchait son thème, Gabriel, il m'a dit « Il faudrait que je travaille un petit peu autour de ce que tu sais faire et puis voilà, puis tu reviens et puis on voit ce qu'on peut faire. » Et puis quand je suis revenu une quinzaine de jours plus tard, il m'a dit « Bah voilà, j'ai trouvé un petit thème qui devrait pas être trop compliqué parce que ça ressemble un petit peu à ce que tu m'as joué, enfin si mal, mais que tu m'as joué tout de même. » Et puis bon, on a travaillé un petit peu avec Béatrice aussi, elle est venue aussi à l'époque à Neuilly, là où habitait Gabriel et son petit studio. Et donc, moi je crois que je faisais la Puis Béatrice, et puis voilà, c'est comme ça qu'on a mis au point ce petit morceau qu'on a joué après dans le film.
C'est une grosse influence parce que On était Je sais pas, c'est Quand on lit un roman, on se projette dans l'imaginaire du roman, après on a le scénario, alors là on a des lieux qu'on découvre, qui sont les lieux choisis pour le tournage, et puis ensuite on a la musique qui arrive en plus. comme une troisième couche si j'ose dire, et qui nous met dans l'état, comment dire, un petit peu... enfin l'état dans lequel met la musique, nous dit voilà ce que vous racontez, ça ce son là, cette mélodie là, ce thème là, et donc il y avait vraiment enfin je sais pas comment expliquer, c'était on était encerclé, qu'on était cerné par des sensations, par des vibrations qui étaient littéraires, cinématographiques et puis musicales. Et donc on a construit ce film dans une sorte d'unisson, comme ça, dans une sorte d'harmonie tout à fait merveilleuse. Et évidemment, comme on tournait plusieurs jours, voire plusieurs semaines, on a tourné 13 semaines ce film. Dans, par exemple, les bungalows, dans 37-2, c'est toute une ambiance. Il faisait un temps extraordinaire. On vivait comme des petits sauvages. Moi, je dormais dans un bungalow à côté de celui de Betty et de Zorog. J'étais complètement dans la peau du Donc, mon mode de vie avait complètement, finalement, débordé. Enfin, le personnage avait débordé sur mon mode de vie. et je sentais plus de différence de frontières entre le moment où on tournait et le moment où on ne tournait plus. Et donc la musique voyageait à la fois du décor du film à ma vie, à moi. Et quand on ne tournait plus le soir, au coucher du soleil, sur la mer, à côté des bungalows, j'écoutais la musique de Gabriel et je mesurais. que tout ce temps qui était en train de me glisser entre les doigts était un temps si précieux qu'il allait Je pense que la musique m'a beaucoup entouré, m'a beaucoup aidé à incarner le personnage de Zorro. C'est le plus beau souvenir de cinéma, le concept de le matin. C'est le plus beau souvenir de cinéma.
C'était une ambiance extraordinaire, Bennex était drôle, il était Nous n'avions pas conscience de toutes les angoisses qui étaient les siennes, celles de la production, etc. Mais on sentait que Bennex était heureux d'avoir son couple. On l'a vécu comme un road movie, un peu ce film, bien qu'il ait trois décors essentiels. mais on avait vraiment l'impression de le vivre comme un road movie parce que parce que on n'était jamais lassé si vous voulez des nouvelles situations que BDZorg rencontrait donc en fait on était un peu dans la situation des gens qui lisent un livre et qui veulent qui voudraient que jamais ça s'arrête quoi et nous on voulait jamais que ça s'arrête on avait envie de nouvelles scènes et comme on a tourné trois heures de film Il y a une grosse version, il y a une version courte. On a passé 13 semaines avec cet espèce de bonheur extraordinaire de découvrir chaque jour qu'on avait des choses nouvelles à vivre. Toujours tout ça dans le même climat, à la fois de romantisme, de passion et puis de noirceur. C'est quand même un film noir, c'est un film terrible. Et donc, il y avait cette espèce de fascination aussi pour ce qu'il y avait de noir dans le film. Ça aurait été qu'une histoire d'amour. Il y avait le côté destructeur de cette passion, le côté destructeur de la vie qui finalement avait raison de cet amour fou entre ces deux personnages. Et je trouve que c'était bien parce qu'on avait envie de jouer ça aussi. Les moments de bonheur, on ne les joue jamais aussi bien que quand on sait que derrière tout ça, il va y avoir des chutes, des chutes libres. Il y avait ça dans le film aussi, donc on était très inspirés par eux. par cette histoire, ces personnages. J'étais encore récemment en tournage en Afrique, au Maroc, dans le Sud marocain et j'avais deux partenaires qui étaient allemands qui ne juraient que par 37°2 Le Matin. Ils avaient 25 ans. Ils ont donc 25 ans moins que moi, quoi. Et ils me parlaient de 37°2, toujours, toujours, toujours, encore et toujours. Et ça me faisait C'est bizarre parce qu'il m'avait un peu forcé quelque part à me replonger dans 37°2 et je me souviens j'arrivais parfois dans les... comme on tournait dans des endroits du désert, c'était très beau avec des levées de soleil ça me faisait penser un petit peu à cette lumière qu'on avait sur les bungalows etc. Et je me souviens, et chaque fois d'ailleurs que j'ai envie de me replonger dans 37°2 je me chante la musique, je me remémore la musique, les accords Et ce que je vous ai chanté a capella tout à l'heure pour moi c'est le côté vraiment noir, tragique de 37°2, puis ce que je vous ai joué au piano c'est plus le côté la relation, la passion, la complémentarité entre ces deux personnages, elle qui fait le solo si j'ose dire comme elle fait un peu dans la vie, et puis lui qui est quand même un mec qui est là pour essayer de de garder le cap, même si... même s'il est lui-même aussi tourmenté. Et donc chaque fois que je repense, pendant quelques jours, j'ai pas arrêté de fredonner les airs de 37°2. Et je me suis rendu compte à quel point la musique avait un potentiel pour réactiver les sensations. Et c'est pour ça que je pense que moi je place la musique au-dessus de tout, vraiment. Parce que c'est comme un parfum, si vous voulez, le parfum est aussi quelque chose d'absolument extraordinaire. Est-ce que ça peut évoquer 40 ans plus tard un parfum, vous pouvez complètement disjoncter avec un parfum que vous n'avez pas croisé depuis 40 ans, et qui vous ramène, mais alors qui vous fait un flashback ?
Et donc en fait la musique pour moi ça a ce même pouvoir, et je pense que c'est pour ça que je place. La musique au-dessus de tout. Et souvent d'ailleurs, la musique me dit, me ramène à cette espèce de conviction que j'ai vécu ça et que c'est pas un autre qui l'a vécu, c'est moi qui l'ai vécu. De ma position d'interprète, c'est bien moi qui jouais Zorg. Et très honnêtement... J'ai beaucoup... Il m'est arrivé dans des moments un peu de tristesse, ou de désespérance, de me dire qu'au fond, ma vie se résumait à un personnage qui s'appelle Zorg. Et c'est vrai que c'est peut-être le seul... Ce seul prénom magique comme ça, que je n'ai pas croit D'ailleurs, j'ai jamais rencontré quelqu'un qui s'appelle Zorg depuis ma rencontre avec le personnage de Djan. Et je me suis toujours dit s'il y a un mot qu'on peut graver sur ma pierre tombale un jour ou l'autre, sans vouloir me projeter dans des choses très terribles. Mais c'est le mot Zorg, c'est le prénom Zorg. C'est comme un frère, c'est comme un double. Donc si vous voulez, ça vous montre un petit peu à quelle hauteur je place ce film, qui est un des souvenirs les plus extraordinaires que j'ai pu vivre dans mon travail d'acteur.