Speaker #0Musée Sacem, présente Bandes Originales
C'est pendant l'enregistrement de la musique à l'Opéra de Lyon que nous rencontrons Michel Ocelot, réalisateur du film d'animation « Azur et Asma » . Après cinq années de travail, Michel Ocelot explique la méthode de travail qu'ils ont eue avec Gabriel Yared pour la composition de la musique. Des séquences animatiques au résultat final, il évoque librement son rapport à la musique et souligne l'écoute et la disponibilité de Gabriel Yared. Je travaille sur Azure et Asmar depuis 5 ans. Je ne sais pas si je dois avoir honte ou en être fier. Je trouve que c'est un peu trop long. Mes camarades de la vue réelle font la même chose en quelques mois. Sauf qu'il y a quand même aussi une préparation, mais il n'y a pas de commune mesure. D'un autre côté, je suis un artisan du Moyen-Âge ou un moine, et je ne compte pas mon temps, et je fais mon enluminure le temps qu'il faut. J'ai contacté Gabriel Yared très en avance, puisque le film est long à faire et que je sais dès le départ tout ce que je veux. J'ai pu le contacter il y a un an et demi ou deux ans. J'étais très content qu'il accepte, qu'il aime l'histoire. Je lui ai donné des choses très précises. L'animatique, ça veut dire tout le film à la longueur, avec une succession d'images fixes prises dans le storyboard, et avec les dialogues définitifs. Donc là, il y a à peu près... Le film est monté avant qu'il n'existe. et il a à peu de choses près la durée du film et la durée des séquences. Pour certaines séquences, pour une séquence en particulier, je lui ai donné un métronome. J'ai fait l'animatique et aussi l'animation parce qu'on avait besoin de commencer l'animation sur un métronome. La nourrice offre une collation. à Azur dans son jardin. Et j'avais besoin de commencer tout de suite l'animation avec des serveuses, non des servants, qui apportent la collation et que ça soit très beau. Jusqu'à ce point, Azur a souffert tout le temps. Et tout d'un coup, c'est le comble de fée, il a retrouvé celle qui est en fait sa mère. Il est dans un très bel endroit. et on lui donne à manger d'une manière très jolie. Donc je voulais que ça soit dansé d'une manière ou d'une autre. Peu, mais quand même que ça soit une chorégraphie. Donc j'ai donné à Gabriel le métronome sur lequel on a animé. Et il a fait une musique sur ces images fixes et le métronome. On a placé la musique et c'était miraculeusement synchrone. et sur le rythme, mais aussi sur le sentiment, tout ce qui se passe y est. C'était une manière de faire. Pour le final, je lui ai donné l'animatique avec le déroulement des dialogues et des actions. Là-dessus, je lui ai dit de suivre le plus possible ce qu'il voyait, mais que c'était lui qui commandait. Il faisait la musique. comme il l'entendait, et c'est sur cette musique qu'on animerait. Là on n'a rien animé tant que la musique n'arrivait pas. Il a fait deux maquettes de toute beauté qui m'iraient tout à fait pour le film définitif. Et sur ces maquettes splendides, on a animé. Donc là, c'était finalement lui qui commandait. Pour d'autres séquences, on lui a envoyé l'animation terminée. et c'est sur l'image qu'il a fait la musique. Donc il y a des musiques avant, pendant et après l'animation. Pour la musique, je savais ce que je voulais, je savais à peu près la matière du son, puisque j'avais le Moyen-Âge, l'Occident et l'Orient. Pour la musique elle-même, j'attendais d'être... d'être charmé et je n'ai pas été déçu. Mais je ne suis pas musicien. J'attends qu'on me fasse des choses que je ne peux pas faire et en effet, ça s'est arrivé. Mais j'ai... C'est quelque chose que je ne prévoyais pas exactement. Même si je donnais des limites, des rythmes, des natures très précises et même si je savais à quel endroit on avait besoin de musique, à quel endroit on n'en avait pas besoin. La musique, ce n'est pas moi qui la sais, j'attendais la surprise et le bonheur, et je l'ai. Il y a un thème important qui revient très joliment et souvent très discrètement, ce qui me plaît. Le film commence par une femme qui murmure une berceuse. Et c'est une berceuse qui va nous accompagner tout au long du film. L'enfance des héros et le fait des jeans enfermés qu'il faut délivrer. et l'enfant qui grandit et qui devient un homme. On va l'entendre dans le générique début, pour savoir ce qu'on dit parce que c'est juste murmuré. On va l'entendre enseigner aux enfants avec des paroles en arabe. On va l'entendre de nouveau chanter par un djinn et par un elfe qui viennent bercer les deux petits enfants et l'elfe la chante en français. Et pour la première fois... on apprend l'histoire de la fée des djinns, il faut délivrer. Elle va de nouveau intervenir plus tard dans le Maghreb, quand Azur va la chanter pour se faire reconnaître de sa nourrice qui ne veut pas la reconnaître. Et plus tard, elle va venir discrètement dans le final, alors que les deux frères se réconcilient. et se parlent à mi-voix. Et derrière, il y a le thème qui revient. Bon, tout ça, c'est Gabriel qui a pensé. Et c'est idéal. Il y a aussi un autre thème, les bagarres. Il y a trois bagarres, et elles reviennent. Et c'est là où j'ai demandé à Gabriel de détruire son thème la troisième fois. les chasseurs d'esclaves, je voulais que ça ne soit pas au ciné le lieu et c'est ce qui a mené. Quand une musique de Gabriel arrive, c'est Noël. J'appelle tout le monde et je dis « Venez voir, venez voir ! » Et tout le monde est heureux et applaudit à la fin. Mais de temps en temps, j'ai des envies un petit peu différentes. C'est assez rare, mais il y avait par exemple la séquence des chasseurs d'esclaves. C'est la séquence peut-être la plus violente du film. Pour moi, c'est l'abomination, l'esclavage. Et je voulais une chose abominable. Et Gabriel a eu tendance à faire quelque chose de très beau. Et je lui ai dit d'être beaucoup plus rude, violent. Donc il a gardé la même armature de musique. Mais il a bien voulu refaire quelque chose beaucoup plus noir. Donc j'étais très content qu'ils le fassent. C'est à peu près tout. Il y a aussi des musiques que finalement j'ai écartées. C'est essentiellement des musiques où on parle, où se disent des choses très importantes. Et j'ai eu l'impression... D'habitude, quand je reçois une musique, je sens que mon film est multiplié par dix. C'est extraordinaire. Et là, j'ai eu l'impression qu'on mettait de l'eau dans mon vin, que le dialogue était moins fort, avec des violons quand il faut être ému, là j'exagère, je fais une caricature, et je sentais que sans musique, les dialogues nus, c'était beaucoup plus dur. Il y a au début le père qui chasse la nourrice et son enfant. Et dans le silence, c'est beaucoup plus insupportable qu'avec la musique. Même si la musique veut montrer que c'est dramatique, sans la musique, je pense que c'était mieux. Donc cette musique très bien faite, je préfère ne pas l'utiliser. Mais ce sont des cas extrêmes. Yassir Kameer deviendra grand Yacta ou Louetienne yattfimira Il franchira les océans À partir du moment où je veux de la musique, pour moi, mon œuvre devient de l'opéra. C'est-à-dire que le son et l'image sont d'importance égale. Il y a quelques musiques qui sont quand même des aides à l'image, mais la plupart du temps C'est vraiment à égalité. Il y a un moment où Azur est avec une petite fille qui découvre la ville la nuit. Et là je l'ai vraiment pensé en musique. Pour moi c'est un opéra, il ne chante pas, mais la musique est en premier plan et on peut l'écouter aussi bien qu'on regarde l'image. Et c'est là où ça devient intéressant. Et même dans la séquence que je veux plutôt laide, les bagarres avec les chasseurs d'esclaves, pour moi c'est aussi de l'opéra. Je n'imaginais pas cette séquence sans musique. J'avais besoin d'une musique aussi forte que l'image. Voilà, donc pour moi, la musique. Dans le cinéma, la plupart du temps, il faut que ce soit de l'opéra, aussi important que l'image. Mais il est vrai que, là je le mets entre parenthèses, surtout en animation, quelquefois on a besoin d'une aide, et là ça devient une aide, comme un bruitage qui fait croire à une image insuffisante, parce que l'animation c'est quand même une chose très inventée, et quelquefois on a besoin d'une petite aide pour qu'on y croie. Mais la plupart du temps, pour moi, il faut le traiter comme une opéra ou ballet. Et ça, il y a aussi le ballet. J'y crois très fort. Et j'essaie d'avoir, quand il y a de la musique, une union, et pas juste un arrière-plan, un bruit de fond. Je n'aime pas la musique de cinéma quand elle est un bruit de fond.