- Speaker #0
Le musée SACEM présente Regards de cinéaste, un podcast imaginé et animé par Stéphane Lerouge
- Speaker #1
Au premier podcast, nous avons évoqué les compositeurs de ces deux premières vies professionnelles, de Michel Legrand à Ennio Morricone. Aujourd'hui, il va nous raconter sa fraternité en haute fidélité avec un compositeur qu'il a découvert via un film qu'il produisait en 1996, Microcosmos. Il s'agit de Bruno Coulais. Ensemble, ils sont reliés par un fascinant triptyque de contes naturels, le peuple migrateur, océans, les saisons, aux bandes très originales. Bonjour Jacques Perrin.
- Speaker #0
Bonjour.
- Speaker #1
Est-ce que vous vous souvenez comment Bruno est arrivé sur Microcosmos, réalisé par Claude Nuritsani et Marie Perrenou ? Comment est-ce que la monteuse du film... Marie-Joseph Vieillotte, l'a fait entrer dans votre famille.
- Speaker #0
Ce film était tellement étrange. Qu'est-ce qu'il faut ? Il faut une musique qui soit barbare, impossible à écouter trop longtemps, parce que ce sont des sons stridents, parce que ce sont des sons très bizarres. Je me renseignais pour savoir quels étaient les compositeurs d'aujourd'hui. Alors, on m'a dit qu'il y avait beaucoup de compositeurs, il y avait Messiaen.
- Speaker #1
Vous pensiez au départ à des compositeurs contemporains ?
- Speaker #0
Oui, Xenakis et puis d'autres qui font partie de cette époque ou de cette structure. Et puis, je n'arrivais pas à trouver. c'est Marie-Joseph, tu devrais écouter Bruno Coulais. J'étais perplexe. Ce n'était pas évident pour moi. Je ne sais pas quels sont les films qu'elle m'avait fait écouter. Je n'étais pas certain du tout, mais rencontre-le, tu vas voir. Et j'ai rencontré Bruno Coulais, j'ai pu lui dire toutes mes hésitations, avec aussi les auteurs, qui n'étaient pas véritablement partisans de telle ou telle musique. donc ça restait à inventer, à rencontrer. C'est l'échange, la discussion qui m'a étonné. Et il a eu le même mystère avec Claude Thierry-Séni et Marie Perrineau, qui eux aussi s'interrogeaient et qui ont reçu le même charme que celui que j'avais reçu.
- Speaker #1
Mais il y avait quand même une conscience que ce film est une sorte de voyage initiatique et poétique à l'échelle du millimètre, et que les interventions... en voix-off sur le film sont extrêmement limitées. Il y en a deux.
- Speaker #0
Il doit y avoir 4 minutes, même pas 3 minutes à peu près dans le film. Et qui est tout simplement le souci pour Claude Norrezzani et sa compagne de prendre la main du spectateur, qui fait que de temps en temps, il ne soit pas sur une autre planète, à se demander ce qu'on fait là, et un peu perdu, et peut-être un peu étonné, pour ne pas dire horrifié, des masques que peuvent avoir. les insectes.
- Speaker #1
Dans la mesure où précisément la voix off est extrêmement limitée, il fallait d'autant plus avoir une musique pour prendre en charge la narration.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Et prendre en charge avec quelle habileté Bruno a su le faire. Parce qu'il n'y a aucune mélodie qu'il puisse raconter. Et pourtant, il y a les amours de deux escargots.
- Speaker #1
Sur un thème très lyrique, opératique.
- Speaker #0
Oui, d'opéra. Et qui fait que c'est émouvant. La rencontre entre deux escargots qui se caressent. On a envie, après ces images, d'aller voir, mais quand on va voir deux escargots... Jusqu'à où il n'y a pas de musique. Donc ça devient un peu difficile. Donc il a réussi à traduire. Là, il s'agit vraiment d'une traduction. Il s'agit vraiment, il est transporté sur une autre planète. Il va falloir qu'il identifie émotionnellement ces personnages bizarres, étranges, casqués, filiformes, gonflés, des carapaces énormes. Il va falloir qu'il transforme tout ça et que les spectateurs suivent une narration émotionnelle.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui a fait qu'à partir de ce moment-là, du fait que Microcosmos soit vendu dans tous les pays à partir du festival de Cannes 96, que Bruno Coulais entre dans la famille Galatée ? C'est qu'il est devenu presque votre petit frère, votre compositeur d'élection.
- Speaker #0
J'étais tellement fasciné. par cette musique étrange, ce garçon que je trouvais déjà charmant, agréable. Et je me suis dit, s'il a cette faculté de créer un univers sonore, quel talent ! Et donc de s'adapter à un genre. Je comprends, mais là, ce n'est pas un genre. C'est en même temps l'écrire et l'inventer. Je me suis dit, la prochaine fois, on va essayer d'être ensemble. Et puis, il y avait... des propos que nous avions qui étaient presque des confidences sur ce que nous aimions. Et donc, quand j'ai imaginé le film, après, par la suite, ça a été le peuple migrateur.
- Speaker #1
Quatre ans plus tard.
- Speaker #0
Oui. Et je trouve que, encore une fois, décrire une musique pour des animaux en vol, c'est tout aussi difficile que des insectes. Il avait franchi la première étape, allègrement. Et donc, je lui ai demandé, je ne vais pas demander, on a évolué évoqués ensemble et qu'à force d'évoquer, on a fait le film ensemble. J'étais avec Jacques Clouseau, mon co-réalisateur, et on s'est dit, allez, on va voler très très haut sur la musique de Bruno Coulet.
- Speaker #1
Je voudrais juste évoquer un autre pari, c'est que vous, producteur, Marie-Joseph Yoïod, la monteuse de Microcosmos que vous aviez évoqué tout à l'heure, et Bruno Coulais, vous vous retrouvez sur un film d'Éric Valli, qui est un film passionnant parce que c'est un film de fiction mais qui possède une vérité documentaire. Ce film s'appelle « l'Himalaya, l'enfance d'un chef » , qui est aussi un voyage géographique, un voyage mental. Et là aussi, il y a dans ce film, cette idée de métissage que Bruno va développer par la suite dans vos propres films, c'est-à-dire d'aller chercher des chanteurs tibétains. et de les mélanger à ce groupe polyphonique corse à Filetta.
- Speaker #0
Ça c'est hallucinant, Bruno. Quand il me dit, écoute, j'ai trouvé, je crois, les musiciens pour le film d'Éric. Hé, on va prendre des Corses. Je trouve ça très drôle. Pourquoi ? On peut s'amuser. Oui, mais sinon, qu'est-ce que tu penses qu'on peut faire comme musique ? Avec les corges. Écoute-les. J'ai écouté Affinetta dans des enregistrements. Il y a de très beaux chants. Oui, c'est ça. Puis la confiance en Bruno était telle que, bon, on va voir. Et puis, la musique a été écrite et, dans le même temps, elle a été réfléchie. C'est-à-dire qu'il y avait certains morceaux qui n'étaient pas écrits, mais Mais ils mettaient les musiciens, ils leur expliquaient quelque chose. Et donc, comme affinités, c'est faire des sons à l'unisson. Et donc, ils répètent une sonorité et tous la répètent. Et si on mélange ça avec des instruments, ils mettent un peu des cornes, des trucs. Puis de temps en temps, quand on a une corne formidable, ça donne une profondeur et ça donne un mystère à cette ascension. de ces gens qui vont chercher la nourriture, qui vont chercher à vivre là-haut, ça donne... Le pas n'est pas le même. La compréhension de là où ils vont, c'est pas la même. Il a fait venir des chanteurs de là-bas et il les a mélangés dans la salle d'enregistrement. Et donc tout ça, quand je voyais les partitions, sans les comprendre, cette composition bizarre d'un orchestre qui n'existe pas, et on a fait le premier enregistrement, C'était... Formidable, formidable. Comment, à partir d'une interprétation qui n'est pas la vérité, parce que Bruno ne connaît pas l'Himalaya, c'est Eric Vallée qui lui a raconté, et il a trouvé. Et Eric a dit, mais c'est ça, c'est ça, l'Himalaya, le Tibet, c'est ça. Je ne savais rien, Bruno. Mais quoi ? Quand on a du talent et quand on est inspiré, on peut s'approcher de certaines vérités. Et il s'est approché de ça.
- Speaker #1
Bruno dit souvent que désobéir au cinéaste c'est parfois la façon de lui être le plus fidèle ça vous est souvent arrivé que finalement qu'il joue un peu un rôle de contre-pouvoir sur vos films comme producteur ou cinéaste.
- Speaker #0
C'est une réflexion qu'avait Dino Busati sur le désert des tartares j'avais demandé de quoi et de nous dire franchement ce qu'il pensait de l'adaptation qui était en cours. Il dit, la meilleure façon de me respecter, c'est de me trahir, par une autre voie d'arriver au même résultat d'émotion. Donc faites... faites ce que vous voulez, ne me demandez pas, ça ne me regarde pas. Et je serais ravi d'aller voir un film qui n'a rien à voir, mais qui lui ressemble formidablement.
- Speaker #1
Vous voulez dire qu'il faut trahir la lettre pour respecter l'esprit ?
- Speaker #0
Mais bien sûr. C'est ce que disait Busati.
- Speaker #1
Et Bruno vous trahit, parfois, pour mieux vous être fidèle ?
- Speaker #0
Oui, il me trahit, mais je lui dis quelque chose. Pour me trahir, il faut bien que ce soit par rapport à quelque chose. J'ai eu l'excellence de lui dire quelque chose que t n'était pas bon. C'est grâce à ma méconnaissance de la musique que ça lui permet de sauter très haut. Je crois que c'est un peu ça. C'est respect et trahison. C'est comme ça qu'on arrive à faire une musique. Enfin, pour réalisateurs et compositeurs, je crois que c'est comme ça, bien sûr. Sinon, quand on amène une musique qui est formidable et qu'on la colle sur... Ça n'a rien à voir. C'est un désastre. C'est un désastre. Alors, ne serait-ce que le tempo, la musicalité, il y a des phrases musicales, et on ne peut pas coller une musique préenregistrée à des images nouvelles.
- Speaker #1
Il y a une grande aventure aussi, qui est évidemment celle où vous accompagnez le passage de votre neveu, Christophe Baratier, qui avait travaillé à la production de vos films dans les années 90, début 2000. Christophe passe à la mise en scène avec un court-métrage, adapté de mots passants, Les Tombales. et puis évidemment ce grand projet. qui est un pari fou de donner une nouvelle adaptation, une relecture contemporaine d'un classique du cinéma français de l'après-guerre, La Carge aux Rossignols. Ce film va être l'échoïste. Vous le produisez, vous êtes acteur dans le film, évidemment, puisque vous ouvrez le film. On est d'ailleurs sur quelque chose qui n'est pas loin de cinéma paradiso, d'ailleurs dans le rapport passé-présent. Et puis évidemment, Bruno, pour la musique originale. Et avec ce pari fou que lui a donné Christophe, Christophe, c'est-à-dire écrire une musique. très simple mais qui ne soit pas simpliste puisque la musique que chantent ces pensionnaires est censé être l'oeuvre du professeur clément mathieu gérard junier comment est-ce que bruno s'est adapté justement à la demande de christophe sur ce film les choristes parce que bruno n'a pas été respectueuse de ses engagements
- Speaker #0
Christophe lui avait demandé neuf mois avant. « Ne t'inquiète pas, je vais y penser, je vais le faire, je vais le faire. On devait faire le film, en fonction de la musique aussi. Je vais y faire, je vais le faire. » Il lui téléphone un mois après, deux mois après, trois mois. « Ne t'inquiète pas. Je le ferai. Je ne me trompe plus. C'est le sujet, j'aime bien. Donc on va y arriver. Allez, ne t'inquiète pas. Christophe s'inquiète et s'enflamme, devient plein de rage, de colère. Donc il téléphone à Bruno pour lui dire, écoute, tu ne fais pas de film. C'est beaucoup plus simple, comme ça tu seras tranquille, moi aussi, je vais trouver quelqu'un d'autre. Allez, salut Bruno. Et Bruno le prend très mal. Bah oui. en peu de jours, il commence à écrire une musique qui en partie est celle qui a été enregistrée. Splendide, splendide. Et donc...
- Speaker #1
C'est surtout aussi le fait que vous... Après avoir chanté avec la voix de Jacques Reveau à deux reprises, vous vous rapprochez encore plus de la musique en étant promu chef d'orchestre. Et puis votre apprentissage avec Jean-Michel Ferrand à la direction.
- Speaker #0
Jean-Michel Ferrand, oui, bien sûr, qui a été un professeur tout à fait formidable, quand je dis professeur, pour faire semblant de faire les gestes, non pas de faire les vrais gestes, parce qu'il a été enregistré en Hongrie. Et donc, comme j'avais bien étudié les mouvements sans comprendre la musique, Jean-Michel Ferrand a demandé aux musiciens de là-bas que je puisse diriger cet orchestre. Ça a tenu non pas dix secondes, mais six secondes. Mais quelle ivresse ! Qu'est-ce que c'est beau d'être chef d'orchestre ! Vous avez donc une phrase musicale, puis à un certain moment, vous faites un geste, tout s'arrête. Et vous êtes... le magicien, le chef. Dieu.
- Speaker #1
Dieu,
- Speaker #0
Vous êtes Dieu. Et vous ne bougez pas, et rien ne bouge. Et ça repart. Et c'est formidable, j'aurais voulu que... La musique reste suspendue pendant 10 minutes. Et là, j'aurais mesuré mon pouvoir. Heureux, en fait. Non, ça ne durait que 5 secondes.
- Speaker #1
Les choristes, Jacques Perrin, Christophe Baratier à la mise en scène, Bruno Coulais à la musique, et évidemment, une partition qui a eu plus que du succès. Une partition qui est devenue presque un phénomène, un tsunami social.
- Speaker #0
C'était réjouissant de savoir que nombre de chorales en France, de jeunes élèves apprenaient la musique, et la musique de Bruno Coulais.
- Speaker #1
Vous parlez du peuple migrateur dont le tournage a duré des mois, des années. À quel moment du film vous avez commencé à vous poser le problème de la musique ? Est-ce que quand vous filmiez « Ces oiseaux » , vous aviez déjà cette problématique-là en tête ou pas du tout ? Ou c'est vraiment au moment de la post-production ?
- Speaker #0
Est-ce que je l'avais ? Je pense que j'écoutais de temps en temps des musiques, des enregistrements qui me faisaient rêver, mais jamais, sauf une fois avec Bruno, où je lui ai apporté, encore une fois, c'était une erreur, des musiques préenregistrées. Non, mais oui, j'ai besoin, comme souvent pour écrire, besoin de la musique. Et puis, tout ça, c'est pour nous bercer, même si c'est, par contraste, des musiques un peu différentes. mais l'imaginaire. a besoin de support. Et donc le support musical est une voix excellente. Puis comme ma culture musicale est ce qu'elle est, je ne peux pas, si on me demande, brûler pour point ce que j'aime comme musique. Je le sais, mais il faut me laisser un temps de réflexion pour la retrouver. Et ce n'est pas aussi spontané.
- Speaker #1
Bruno dit sur le peuple migrateur « J'ai longtemps hésité avant de trouver la bonne voix. » Parce qu'il se souvient que ses premiers essais étaient trop... trop savant, trop alambiqué. Et qu'il a fallu un certain temps pour écrire quelque chose qui soit plus clair, plus lisible et aller encore plus loin que ce qu'il avait fait dans Himalaya, dans cette idée de folklore imaginaire. Puisque vous avez tourné, vous, un film qui est autant un film sur les oiseaux qu'un film sur la Terre, finalement. Et que donc, il y a ces mélanges entre ces voix de rock, Nick Cave, Robert Wyatt... à Philétal, qui revient, Gabriel Yacoub, et puis ce quartet de voix bulgare. Et tout ça se mélange.
- Speaker #0
Oui. Ça, c'est un... Dans d'autres lieux d'enregistrement, dans une cuisine, c'est quelqu'un qui s'est allié formidablement les différentes herbes et qui arrive à composer une sauce divine. Et il va vérifier ce qu'ils sont à l'enregistrement. Parce que c'est pas très bien. malgré tout quand il arrivait sur le plateau. avec tous ces orchestres composites il dirigeait tout de suite il savait très très bien il fallait revenir était autant il est calme un grand sourire et gentil comme tu veux mais autant dans ce groupe c'est pas ça il réagit avait Nous vivons. Non, ce n'est pas ça. Pas du tout. Non, ce n'est pas ça.
- Speaker #1
Il devient un général napoléonien.
- Speaker #0
Il devient un général. Et d'ailleurs, avec Laurent Petitgirard, chef d'orchestre, lève les bras. Il laisse agir Bruno en aucune façon. Donc, il y a vraiment une complicité, une complémentarité qui est très belle.
- Speaker #1
Mais sur le peuple, comment est-ce que vous avez eu tous les deux, vous et Bruno, l'idée d'utiliser dans la chanson To Be By Your Side, interprétée par Nick Cave, l'idée d'utiliser les battements d'ailes comme moteur rythmique.
- Speaker #0
On avait mis un micro et un petit enregistreur sur un oiseau. Et on l'avait lâché, il est parti faire son vol, son entraînement, puis il est revenu, on a écouté là. Et pour Bruno, ça a été une découverte, parce que dans l'enregistrement, on entendait le souffle. Mais avec le battement d'ailes... Et quand l'oiseau se pose et qu'on va chercher la cassette, il a un bout de souffle, l'oiseau, il a un bout de souffle. Et ça, Bruno nous a dit, ça y est, la musique, elle est là, j'ai trouvé.
- Speaker #4
Est-ce que pour vous, sur le peuple migrateur, c'est un peu la musique ? qui vous a aidé à finaliser la forme définitive du film. Parce que c'est vrai que le film, c'était un long parcours au niveau du montage, avec beaucoup de modifications. Il y a même eu des projections peu de temps avant la sortie. Et par rapport aux réactions du public, vous avez encore ajusté. Est-ce que pour vous, la forme, elle s'est trouvée quand la musique de Bruno a été enregistrée ? Oui.
- Speaker #0
Ça a été une recherche constante avec Marie-Joseph. D'un seul coup, pour Marie-Joseph, je crois que c'est un des films les plus complexes, compliqués qu'elle a pu faire. Même à un certain moment, je crois que je l'ai un peu épaulé puisqu'elle même me l'a dit. disais, c'est que un oiseau, un deuxième oiseau, c'est pas les mêmes origines, c'est pas la même famille, mais on se dit, trompe, puis à un moment ça va devenir emmerdant, quoi.
- Speaker #1
Il fallait une dramaturgie.
- Speaker #0
Il fallait une dramaturgie. On a trouvé, et des... guidé aussi par Bruno. On a musicalement traversé des tas de régions. On a traversé des montagnes. Et donc, il faut avoir un accent particulier des déserts, des mers, des océans. Et donc, à chaque fois, c'est une illustration musicale qui doit être différente et malgré tout se suivre. Il faut qu'il y ait quelque chose d'une même famille dans des musiques. qui, malgré tout, sont contrastées.
- Speaker #1
J'ai un documentaire qui existe sur Bruno et dans lequel vous intervenez. Vous avez une jolie formule. Vous dites, Bruno et moi, c'est une relation qui tient aussi de la psychanalyse. Et ça m'a frappé. Qu'est-ce que vous vouliez dire par là ? Est-ce que vous pensez que quand il se retrouve face à vos images sur le peuple migrateur, sur océans, sur les saisons, Bruno est un peu aussi votre analyste ?
- Speaker #0
Un petit peu. Tous les compositeurs un certain penchant pour aller à quelque chose qu'il n'aurait pas inconnu, où il se retrouve. Et donc avec Jacques Clouseau, mon co-réalisateur, on était tout le temps... Je retrouve un peu ce qu'on avait fait ensemble, il faut que tu te trahisses, il ne faut pas que tu te laisses aller, il faut que tu fasses un effort sur toi-même. Et cet effort, moi je te dis, je retrouve de tes musiques, mais je retrouve aussi des aires, quelque chose que je connais, que tu nous surprennes. Là, tu ne me surprends pas. Il n'est pas aimable des fois quand on lui dit « ce n'est pas tout à fait ça » . Je ne comprends pas. Moi j'ai essayé de faire quelque chose complètement différent, maintenant que tu me dis « ce n'est pas différent » , moi je ne sais pas où je vais.
- Speaker #1
Ah vraiment, ça peut aller jusque là avec Bruno Couleur ?
- Speaker #0
Oui, ça peut aller jusque là.
- Speaker #1
Je pense notamment à Océan, où il m'a dit Jacques m'a mis une Kalachnikov dans le dos pour m'amener au point où il voulait que j'aille, c'est-à-dire quelque chose qui soit vraiment une partition plus lisible, beaucoup plus claire. Et donner notamment l'impression, sur une séquence qui s'appelle La Cavalerie sous la mer, que la musique a été écrite et qu'il a filmé ses poissons sous l'eau sur la musique, comme un ballet.
- Speaker #0
Tout à fait, oui. On peut correspondre de l'un à l'autre parce qu'il sait écouter des propos qui ne seraient pas les siens, mais qu'il écoute. Et à partir de ça, ça a quelque chose qui le dérange et il fait toujours ce fameux effort et il va chercher. Et quand il va chercher, il trouve des choses auxquelles il ne s'attendait pas. Mais il faut le bousculer, Bruno. Il faut lui dire, c'est très bien, mais si tu veux encore un peu plus loin... Moi, ce que j'aurais aimé, tu vois. Et vous essayez de lui raconter quelque chose d'incompréhensible. Et il comprend votre hésitation. Et on va plus loin. La musique, je crois que Bruno, elle se fait lui seul. Mais en étant au milieu des autres, en écoutant le réalisateur.
- Speaker #1
Pour terminer, Jacques, je voudrais vous poser une question à laquelle vous avez partiellement répondu, mais... Vous êtes metteur en scène et producteur de ce triptyque, en quelque sorte, en tout cas à ce jour, ces trois films. Comment est-ce que vous avez vécu, vous, ce moment de l'enregistrement, ce moment où vous entrez en studio ? Là, ce n'est pas vous qui avez le pilotage, c'est le compositeur. Et c'est un moment où le cinéaste, vous, en l'occurrence, vous devenez presque spectateur de votre propre film.
- Speaker #0
Complètement.
- Speaker #1
Pendant un moment déterminé.
- Speaker #0
On va découvrir ce que l'on va s'approprier. Merci. Donc, c'est ça. J'aime beaucoup votre film. Et il y a toujours, sans qu'on l'entende, mais il y a une résonance musicale. Et donc, c'est en fonction de ça qu'on est attaché à un film. Et donc, quand je rentre dans une salle, c'est avec une certaine appréhension. Qu'est-ce que ça va être ? Dans quel monde va-t-il m'emmener ?
- Speaker #1
Quoi, appréhension ? Après tant de films et tant d'aventures partagées dont vous êtes sortis vainqueurs tous les deux, pourquoi est-ce que vous avez encore de l'appréhension ?
- Speaker #0
J'en ai sur toute chose. d'appréhension. Ce que j'aime bien c'est de ne pas trop savoir. Et puis d'essayer de trouver une écriture en fonction de notre avancée. On va découvrir un pays, il y a un siècle on le découvrait, mais on avait quand même travaillé, on savait ce qu'on allait rencontrer, mais on ne le savait pas dans la réalité. Et là, quand on rentre dans la salle, où va-t-il nous emmener ? Vers quel contré ? Vers quel contré ? Et est-ce que ce que j'ai entendu, c'est bien ? heure et demie ça va être chiant comment va-t-il se renouveler et se renouvelle et puis le bonheur de tous les musiciens le bonheur ça y est on l'a fait on l'a on a réussi à atteindre cet autre monde.
- Speaker #1
Il y a ce troisième film qui s'appelle les saisons après le ciel après la mer ce donc vous l'avez présenté comme un retour sur terre et c'est un voyage à la fois très animé et immobile dans une forêt. à travers le temps. Et on a, avec ce film, l'impression que Bruno Coulais est plus que tout autre compositeur, vraiment le musicien le plus adapté pour l'exploration de mondes parallèles. Que ce soit Microcosmos, ou Le Peuple, ou Océans, ou Les Saisons, la musique de Bruno nous amène vers un monde qui est là, qui est à portée de main et qu'on ne voit pas. Comme un passeur.
- Speaker #0
Oui, oui, passeur. Dans Les Saisons, avec Jacques Clouseau, on a eu du mal à achever ce film. on a eu du mal parce que le scénario était très fragile. De raconter une histoire qui se passe sur différents siècles, différents millénaires, c'est difficile. Et donc, des choses disparates, on aura après notre bricoleur musical qui va remettre ça... Qui va unifier. Qui va unifier. Donc c'est ça, c'est la liberté qu'il nous laisse. On verra avec Bruno, ça va s'arranger. Donc on a fait des scènes d'accompagnement technique complètement différents à chaque fois. Il y avait dans le film, Océan. Une partie de La Tempête que Bruno a réussie, mais c'est formidable, c'est brusque, c'est violent. Et ça, il a su le faire, l'écrire. avec ces bateaux qui versent de tous les côtés. Puis on a trouvé une image qui nous fait sortir de la tempête avec des effets spéciaux et qui nous fait plonger dans des hauteurs à 400 km de la Terre. Et ça, c'est l'homme de l'impossible. C'est l'homme qui sait nous faire voyager. Et c'est bien parce que faire voyager, on peut dire on va arriver, on va fermer les yeux. Non, on ouvre grand les yeux avec Bruno. on ouvre grand les yeux et d'autant plus grand c'est qu'avec ses sonorités musicales on perçoit c'est comme une image qui est sans fin qui se découvre se découvre et ça que les lointains dans un film c'est la musique qui le révèle pour conclure jacques je voudrais que si vous êtes d'accord on écoute la berceuse des saisons donc qui est à ce jour votre dernière collaboration avec avec bruno cool et cette berceuse a une symbolique particulière c'est que tout comme le fils de bruno hugo interprétait le générique début de microcosmos cette berceuse des saisons est interprétée par la fille de bruno sofia et il est chef d'orchestre des voix d'enfants il les modules quel émerveillement quel mystère il a toujours une possibilité d'émerveillement dans la vie bruno et qui qui ressemble lui-même à sa propre histoire d'enfant.