Speaker #1On n'est jamais sûr de l'efficacité de la solution qu'on a trouvée. C'est-à-dire, on a trouvé un thème, on l'a arrangé, on l'a calé sur le film, et en ce qui me concerne, on n'est jamais sûr que c'est la bonne solution. C'est-à-dire que... c'est même pas de l'hyper critique mais c'est simplement du fait que dans un travail artistique on n'est jamais sûr d'avoir raison donc on se dit que c'est une solution, mais ce n'est peut-être pas la meilleure solution. Il y a peut-être une autre solution qui aurait été meilleure. Mais ça, souvent, on n'a pas le temps de réfléchir trop parce que le temps passe. Si on se met au travail à 9h et qu'à midi, on n'a pas encore trouvé quelque chose qui fait avancer votre travail, on commence à être un peu paniqué dans la composition d'une musique pour un film le pire c'est la pression du temps on vous donne un certain temps pour finir votre travail et le finir dans les meilleures conditions de finir le mieux possible et c'est ça le vrai problème. C'est un travail d'approximation et quand on voit le résultat final, on se dit que si jamais il y a plus de temps, on va peut-être mieux faire. Ça c'est vraiment la critique qu'on peut faire à soi-même. J'ai parlé de la fujara pour Schlendorff, évidemment. Le son aussi pour le tambour, le son des percussions des tambours. Dans La fille d'Orarian, j'avais pensé que... on parle de la harpe irlandaise, etc. Je me souviens que David Lean avait dit et surtout, ne donne pas de musique irlandaise dans le film. Je déteste. Et j'avais tout de même pensé que le son général de la musique devrait être un son où il y aurait beaucoup de harpes, mais pas une harpe solitaire qui joue, mais comme une grande harpe. C'est ça, pour moi, j'avais pensé à ça, le son normal de cette musique. Et pour cette raison-là... j'avais inclus dans l'orchestre non pas une harpe, mais huit harpes qui jouent ensemble. Et ça donnait donc déjà une espèce de... Au lieu d'avoir un son, disons, de corde de violon, ou un son de quatuor à corde, disons, d'avoir cette sonorité de harpe, mais de harpe multipliée par huit, donc. Et le problème, j'ai eu beaucoup de problèmes avec David Lean parce que c'est très difficile pour un ingénieur du son tout d'un coup d'avoir des instruments conventionnels mais employés d'une manière non conventionnelle. Et donc on a passé quand même un peu de temps aux répétitions pour que les 8 harpes marchent très bien ensemble et soient sur le plan technique parfaitement enregistrées. Et là, évidemment, on perd du temps aux répétitions. Et David Lean n'est pas du tout patient pour les répétitions. Il veut tout de suite que la musique, on la joue avec l'image. Et avant de la jouer avec l'image, il faut tout de même faire les répétitions pour que l'ingénieur du son puisse faire jouer toutes les harpes ensemble. Et là, je me souviens qu'aux répétitions, chaque fois, il me disait « Maurice, please, please, can we just play that ? » Alors j'ai dit écoutez David, il faut quand même donner à l'ingénieur du son un peu de temps pour qu'il répète. Please Maurice, please, let's try. Et il voulait immédiatement essayer en projetant la scène. Et là j'ai eu du mal. Alors à chaque fois, pour l'ingénieur du son, je disais bon là on va faire une répétition avec seulement deux armes. Alors, l'ingénieur du son disait, il faut qu'on refasse une répétition, parce que ce n'était pas exactement... Alors, je répétais avec trois harpes et puis quatre. Je me débrouillais pour essayer quand même d'aider l'ingénieur du son pour essayer d'avoir les huit harpes vraiment bien. Et je n'étais pas très content finalement du résultat final, parce qu'au lieu d'avoir l'impression d'avoir cette grande sonorité de harpe, c'était pas exactement ce que j'aurais réalisé, ce que j'aurais aimé avoir sur le plan technique dans certaines musiques que j'ai écrites, d'avoir une relation entre la peinture et la musique, parce qu'il y a quand même une chose, je trouve, qui est possible, c'est de déterminer quelles sont les notes qui correspondent à certaines couleurs. Par exemple, en la majeure, ça me semble être une couleur jaune, une couleur jaune très lumineuse. On a certains peintres. qui ont aussi eu la même idée en disant, en essayant de relater quelle couleur correspond à quelle note. Tout ça est un petit peu abstrait, évidemment, mais il y a quand même des choses, il y a des tableaux qui sonnent vraiment comme une musique dans une certaine tonalité. Je parlais du jaune par rapport au la, mais les musiques en majeur correspondent à des... des peintures claires et des peintures qui étincellent, alors que les gammes mineures sont déterminées souvent par des peintres un peu noirs. On voit très bien Goya jouer en mineur. On voit très bien Van Gogh aussi jouer en mineur. Alors que d'autres peintres, on peut les imaginer en majeur. C'est un petit peu abstrait, mais il doit y avoir quand même des... des connexions, il doit y avoir tout de même des ressemblances entre la peinture et la musique.