Speaker #1C'est un rôle tout à fait magnifique, c'est-à-dire c'est un jeune homme de banlieue qui rêve et dont les rêves se réalisent. Et les rêves, une fois réalisés, sont beaucoup moins intérêts. que non réalisés. Je trouvais le thème magnifique et ça a été deux mois de travail passionnant, passionnel, avec l'équipe jeune que nous étions. 61, si mes souvenirs sont bons. Maurice avait 35 ans, moi j'en avais 31. Je savais qu'on allait changer le monde. Et on faisait ça donc avec enthousiasme. C'était la découverte pour moi d'une musique contemporaine réalisée par un garçon de 35 ans. Et j'avais une vision très conventionnelle du musicien professoral et ennuyeux et avec une vie austère et jamais, comment dirais-je, jamais dans l'extrême contemporain. Mais ça c'était mes conventions provinciales aussi. Bon j'arrivais de... Et je suis tombé sur une sorte de séducteur sensuel qui ne réagissait et qui ne créent pas que par l'émotion. Ce que j'ai compris beaucoup plus tard, mais ce qui m'a assez dérouté, je m'attendais à tomber sur un improviseur de collège. J'avais une notion très conventionnelle de ce qu'était la musique et de l'ennui que la musique classique, entre guillemets, pouvait secréter. Et je ne savais pas que les grands... était très contemporain au moment de leur création. Donc ça, ça a été le premier choc. Et je me souviens, j'ai encore une petite sensation personnelle, j'ai répété longtemps au piano seul. Et mon Dieu, j'avais assimilé à peu près. Mais pour des raisons financières, je pense, nous n'avons... Il est entendu que l'orchestre et l'orchestration, que quatre jours avant la présentation, je chantais... beaucoup et c'était la première fois de ma vie c'était dans la grande salle du TNP je dansais aussi donc inutile de vous dire le track que j'avais et tout à coup en plus cette orchestration merveilleuse à mes yeux de Maurice Jarre, totalement débouté, je n'avais plus mes repères auditifs, et j'étais très, très angoissé. Maintenant, la musique de Loin de Rueil, apparaît comme une musique, je ne veux pas dire conventionnelle, mais simple, entre guillemets. Mais à l'époque, cette orchestration était pour moi de la science-fiction totale, avec des harmonies. des cuivres concassés, des choses comme ça. Moi j'étais complètement subjugué d'un côté et écœuré de l'autre. Voilà mes souvenirs à chaud. Il m'a fait passer une sorte d'audition pour voir la souplesse de la voix, la possibilité, et de petites danses aussi parce qu'il y avait une partie dansée. Et bien sûr, j'ai passé une sorte d'audition, mais très courte et très gentille, très chaleureuse. Je ne sais pas pourquoi il m'a engagé, ça restera un mystère. Et je ne sais pas, il m'avait vu dans cette compagnie à laquelle j'appartenais sans doute. Mais j'étais un petit peu l'archétype à l'époque du jeune homme. du jeune homme bien mis, un peu... introverti qui allait, de par son rêve, de par sa capacité d'imagination, aboutir à ce qu'il désirait. La situation était, les gens se retrouvaient dans un petit bistrot de banlieue et puis ça rêvait en disant « Ah, il sera ceci, il sera cela, il sera... » Mais moi je voudrais être illusionniste, moi je voudrais être, et on n'y croyait pas quand on me voyait bien sûr. il le devenait quoi ? Il devenait champion du monde de boxe poids lourd. Il y avait un combat sur scène. C'était magique, c'était merveilleux, merveilleusement magique. Oh non mais de vouloir monter Queneau sur scène c'était déjà une preuve d'un talent considérable de la part de Maurice. C'était tout à fait hors norme, tout à fait hors norme. C'est une anecdote de l'époque. C'est si loin. Je me souviens qu'ayant raconté mes rêves, je raconte la trame en deux secondes, ayant raconté mes rêves dans ce bistrot, un jour je prenais ma valise et tout seul je partais pour vivre donc vraiment mes rêves. Et je posais la valise sur le sol de la scène. Il y avait juste un petit éclairage, comme ça, tout le reste de la scène était noir. Je passais sur la valise et je commençais cette chanson. Je connaîtrai jamais le bonheur sur la terre. Je suis bien trop con. Le lendemain, on a dit c'est pas possible. Et j'ai chanté pendant plusieurs propositions, je connaîtrais jamais. Le bonheur sur la terre, je suis bien trop bon. C'est l'ère tertiaire, hein, maintenant. Un autre monde. Donc l'audace de Jarre était là quand même, au milieu de censures infantiles. Lui, vous. Il y avait des turbos derrière. Dans le turbo, il y avait la sensualité. Parce qu'on n'associe pas souvent au solfège. La musique de films sans talent est une injure au cinéma. Ça se pratique énormément, la télévision nous accable de musiques figuratives qui nous annoncent 30 secondes avant que le jeune premier va se retourner en faisant la gueule. C'est tragique pour le cinéma. La musique de film, dans les films qui nous intéressent, ne peut être qu'au niveau de la qualité du film qui nous touche. Et la plupart du temps, bien sûr, c'est comme ça. Mais je crois que le choix de la musique... par le metteur en scène et par le compositeur, raconte aussi les vertus ou les défauts d'un film. C'est un révélateur du goût profond du metteur en scène que l'image peut peut-être tricher davantage que le son. Et je déteste ces musiques omniprésentes, vulgaires, raconteuses, des péripéties, alors que je demande à la musique de nous faire comprendre que le moment a une intensité particulière et que les auteurs nous en préviennent et que la musique et l'image... sont en train de faire le lien merveilleux de l'objet audiovisuel. C'est maintenant. Et alors que tout à coup, quand la bonne musique et la bonne mise en scène... Imaginez, je ne sais pas, une symphonie de malheur parce qu'une femme bouleversée doit relaver sa casserole une deuxième fois ou parce qu'il y a une tache sur son tablier. Là, on vit des moments d'audiovisuel extraordinaire, parce que c'est la dichotomie même, souvent, des deux moyens d'expression, qui crée l'émotion, le fait qu'on soit bouleversé. Je ne sais pas si je suis clair, mais la musique n'a pas besoin d'être en liaison totale, situationnelle. avec l'image et avec la musique. Quand il y a dichotomie et que c'est bien fait, c'est bouleversant. Une musique gaie devant une image d'homme bouleversé ou de femme bouleversée, ça décuple l'émotion. Là, c'est important, la musique. Mais papin, papapapapin... Alors là... Jeune premier, là, ça recommence.