Speaker #2France d'Arabie, c'est une date, parce que c'est mon premier film international, et c'est le film qui m'a lancé. J'ai été nominé, comme ils disent, pour l'Oscar, et ça a eu un grand succès. Et puis c'est un grand film, c'est resté un très grand film qui n'a pas vieilli. C'est très rare qu'un film tourné en 1961-62 soit resté jusqu'aujourd'hui. mais vraiment tout à fait moderne. Moi j'ai toujours trouvé que ce qui vieillissait les vieux films, c'était la musique. Parce qu'on employait beaucoup la musique dans le temps, beaucoup plus que maintenant. Maintenant on emploie la musique à bon escient et pas aussi bruyamment, pas d'une façon aussi importante que dans le temps. Or la musique de Laurence d'Arabie, elle tient toujours. Parce que ce n'est pas exagéré. D'abord, vous savez que Maurice Jarre, qui a composé la musique de Laurence d'Arabie, avait étudié au conservatoire la percussion. Sa spécialité, c'était les percussions, c'est-à-dire les tambours, toutes les percussions. Et ça marche très bien. Avec la présentation du film, la musique qui fait Ça va très haut là, je ne peux pas aller si haut que ça. Et alors c'est tout avec des Et ça fait magnifique quand on voit les chameaux, les chameaux dans le film, dans le désert. C'est extraordinaire quand on entend cette percussion. qui est la marque de fabrique de Maurice, parce que c'était sa spécialité. Donc voilà, déjà, une qualité qu'il avait, qui n'existe plus tellement, une musique qui a survécu 45 ans maintenant. 45 ans, elle n'est pas du tout démodée, cette musique de Laurence d'Arabie. Alors par contre... La musique du Dr Givago qui a été faite par Maurice Jarre, c'est tout à fait différent, mais ce n'est pas à cause de Maurice. Maurice avait composé pour le Dr Givago une musique qu'il aimait beaucoup. Il trouvait qu'il avait fait quelque chose de merveilleux. Il avait présenté ça à David Lean et David Lean lui a dit non, ça ne me plaît pas, ce n'est pas pour mon film. Et Maurice lui a dit, mais c'est vraiment ce que j'ai fait de mieux. Il lui a dit, non, mais ça ne me va pas. Il a refait un autre thème, et toujours David Lean lui a dit, non, je n'aime pas ça non plus. Et puis il a fait ce thème qui pour lui était le plus mauvais de tout ce qu'il avait fait. Le thème de la chanson de Lara, qui est devenue très célèbre, qui a fait des fortunes à tout le monde. David Lean, dès qu'il a entendu, il a dit ça, c'est exactement ce que je veux. Et David Lean est un homme assez extraordinaire comme metteur en scène, parce que ce n'est pas un homme qui connaît la musique. Il ne connaît pas la musique. Il n'aime pas tellement la musique. Ce n'est pas quelqu'un qui va au concert, qui va à l'opéra, pas du tout. Mais il a une science. Lui était à l'origine un monteur. Il faisait le montage des films. Il a commencé, il a été le plus grand monteur peut-être de l'histoire du cinéma. Et alors, il avait la notion de ce qu'il fallait pour les scènes de son film. C'est-à-dire qu'il voit... Il arrivait à imaginer ce qu'il fallait exactement comme musique pour ses films. Et quand David Lean a dit à Maurice, c'est ça qui me plaît, Maurice était très triste parce qu'il ne trouvait pas sa bombe du tout. Et David Lean lui a dit, Maurice, je vais vous dire quelque chose. Le jour... où vous montrez sur scène pour recevoir votre Oscar pour la musique du Dr. Givago, vous descendrez et vous viendrez jusqu'à chez moi me serrer la main et me dire merci. Et c'est arrivé, j'étais là, effectivement Maurice a eu l'Oscar aussi pour Dr. Givago, il l'a eu pour Laurence Barabi, il l'a eu pour Dr. Givago, et il est venu, il est descendu très gentiment de scène avec son Oscar à la main, et il est venu serrer la main à David Lee. qui était fou de joie. David Lean, c'est un personnage vraiment exceptionnel. Et c'était un personnage qui ne pensait, ne vivait, ne respirait que le cinéma. Il n'aimait rien d'autre. Il n'avait aucune autre passion, aucun autre hobby. Il n'aimait parler que de ça. Et à dîner, quand ils dînaient, ils voulaient parler que de cinéma. Ils ne voulaient pas parler d'autre chose. Alors, moi, ils me demandaient tout le temps, quand on dînait ensemble, ils disaient, est-ce que tu as vu les films des jeunes metteurs en scène ? Qu'est-ce qu'ils font ? Est-ce qu'ils font quelque chose de nouveau ? Quelque chose que j'ai besoin de savoir, de voir. Je disais, je sais pas, mais j'ai vu des films, j'étais à l'époque de la Nouvelle Vague et tout ça. Je lui disais, oui, tu veux voir un film ? J'ai emmené voir un homme et une femme qui étaient un grand succès à l'époque. Il a vu le film, il a bien regardé. Et puis, on est sortis pour aller dîner, il n'a pas ouvert la bouche pendant un bon quart d'heure. On s'est installés, il était comme ça, il fumait avec un fume-cigarette. Il réfléchissait comme ça. Je lui dis, alors, qu'est-ce que tu as pensé ? Il m'a dit, il est cuit. Je lui ai dit, qui ? Il m'a dit, le metteur en scène, parce qu'il a fait son film. Et qu'après, ça va être dur. Et effectivement, ça lui est arrivé, parce que lui avait cette théorie, et ça lui est arrivé à lui-même. Il a dit, tous les artistes, que ce soit des cinéastes, des écrivains, etc., ils ont une apogée. Et toute leur carrière vise... un point, un sommet. Et quand ils arrivent à ce sommet, ils sont obligés de redescendre la pente. Alors, il a dit, par exemple, moi, j'ai fait, après, je l'ai vu après longtemps, après Laurence d'Arabie, il m'a dit, tu vois, je t'avais raconté ça, eh bien, ça m'est arrivé. Parce que moi, le pont de la rivière Kouaï annonçait Laurence d'Arabie, et quand j'ai fait Laurence d'Arabie, Je ne savais plus comment faire quelque chose d'aussi bien, de mieux. Alors, j'ai fait tout ce que je suis. Il ne dit pas j'ai fait des mauvais films, mais c'était fini. J'avais fait mon film. Mon film, c'est Laurence d'Arabie. Il a dit ça jusqu'à sa mort.