- Speaker #0
Le musée SACEM présente Regard de Cinéaste, un podcast imaginé et animé par Stéphane Lerouge.
- Speaker #1
Bonjour à tous. Lors du premier podcast Regard de Cinéaste, il nous a raconté ses jeunes années, sa découverte du jazz à la Libération, ses premiers essais dans la chanson avec Antoine Duhamel, sa collaboration avec Vladimir Kosma qui a été, en quelque sorte, son meilleur couturier musical. Et aujourd'hui, nous allons évoquer ses années 80, d'autres expériences dans la variété, d'autres aventures musicales, notamment avec ses fils, Christophe et Olivier de Faïs, ou encore Christophe Baratier et Reynard Wagner sur Faubourg 36. Bonjour, Pierre Richard.
- Speaker #0
Bonjour.
- Speaker #1
Dans la première partie de ce grand entretien, on a évoqué Vladimir Kosma, on a évoqué François Droubet, Michel Fugain. Est-ce que vous auriez aimé, comme Chaplin, aller encore plus loin et écrire vous-même la musique de vos films ?
- Speaker #0
Je ne crois pas que j'ai ce talent. D'abord, il y a deux choses. Il y en a qui ont le sens de la mélodie, et puis il y a les arrangeurs. Il y a des grands arrangeurs, mais ils n'ont pas forcément des mélodistes. Il y a des mélodistes qui ne sont pas forcément les arrangeurs.
- Speaker #1
Chaplin ?
- Speaker #0
Chaplin. Donc déjà il faut avoir les deux. Parlons pas de les arrangeurs parce que là c'est vraiment de la technique, c'est vraiment un sens de mettre en valeur une mélodie mais même de la mélodie. J'ai toujours été d'ailleurs très admiratif devant des gens qui ont la mélodie parce que c'est quelque chose finalement, c'est un peu comme la poésie, ça s'apprend pas. On l'a ou on l'a pas, j'ai l'impression. Au fond n'importe qui pourrait écrire une très jolie mélodie comme un profane pourrait écrire un très joli poème. La poésie ça s'apprend pas. Il n'y a pas des cours de poésie et je sais pas s'il y a des cours de mélodie. Ça m'a toujours stupéfait que quelqu'un, par exemple, je ne peux pas en crainer, qui un jour a dû faire... Ça vient d'où ? Il ne faut pas avoir la technique pour faire ça. Simplement, il faut le trouver et ça vient ou ça ne vient pas. Et donc, si vous me demandez si j'aurais voulu faire ça, je ne crois pas parce que mélodiste... Julien Clerc aussi a ce sens de la mélodie.
- Speaker #1
Francis Lai l'avait.
- Speaker #0
Francis Lai l'avait, cette science de la mélodie. Michel Legrand aussi a le sens de la mélodie. Alors après, il y a aussi la technique qu'il a aussi, en plus.
- Speaker #1
Non mais un jour, vous m'aviez dit, néanmoins, que pour vous, tous les grands burlesques étaient tous des musiciens. Enfin, Jerry Lewis l'était, les Marx Brothers, Woody Allen joue de la clarinette, De Funès était pianiste.
- Speaker #0
J'ai joué de la trompette, moi.
- Speaker #1
Et vous avez joué de la trompette. Mais est-ce que le fait de ne pas être allé plus loin, à la fois dans l'apprentissage d'un instrument, c'est une frustration pour vous ou pas du tout ?
- Speaker #0
Ah si, si, si. D'ailleurs, c'est pour ça que j'ai un piano. J'ai toujours été frustré de ne pas avoir appris le piano. Je ne sais pas si j'aurais été un pianiste professionnel. Moi je me souviens que ma mère voulait m'en faire faire. J'avais un piano, d'ailleurs elle avait un piano, ma mère, un très beau piano à queue en plus, dont elle ne se servait pas. Si, elle se servait pour planquer ses bijoux. Et mon professeur est arrivé, une dame je me souviens, avec un petit livre, professeur de piano, avec un petit livre d'apprentissage. Et il y avait deux choses qui me gênaient, trois même. La première, c'est que sur cette page, la couverture, c'était une petite fille avec une robe rose qui jouait sur le piano. Déjà, j'ai dit, c'est un truc pour les filles. Bon, déjà. Deuxièmement, pendant que je prenais des cours de piano, j'entendais dans la rue en bas, parce que c'est pendant la guerre, donc il n'y avait pas de voiture. On jouait tous au football dans la rue, c'est vous dire qu'il n'y avait pas de voiture. On mettait des vestes pour faire des buts, et on jouait. De temps en temps, on faisait, il y a une voiture, mais c'est de temps en temps. Et j'ai entendu mes copains qui rigolaient et qui jouaient au football pendant que j'étais là. La méthode rose. La méthode rose avec la petite fille en rose. Et en plus, cette femme qui me mettait une gomme sur ma main. Et quand je faisais une gamme et que ma gomme tombait, elle me donnait un coup de règle. Trois bonnes raisons pour que j'arrête. Et j'ai dit à ma mère, j'arrête. Je reproche à ma mère de ne pas avoir dit, je m'en fous, tu y fais quand même. Au moins, j'aurais peut-être été qu'un pianiste amateur, mais j'aurais adoré rentrer chez moi le soir, me mettre un petit verre de ceci ou de cela. et puis de jouer des... Bref, je regrette. C'est ça la question.
- Speaker #1
C'était ça la question.
- Speaker #0
Je regrette de ne pas avoir fait du piano.
- Speaker #1
Après les chansons d'Anifit Niresin, après la chanson des Malheurs d'Alfred, vous allez obtenir votre premier vrai grand succès discographique en 83 avec une chanson écrite, parole et musique, par François Bernheim, qui s'appelle Madame Sardine. Quelle était votre motivation dans cette aventure ?
- Speaker #0
Je n'avais pas de... C'est Bernheim et c'est Elisabeth Depardieu. Ils étaient tous les deux très copains. Et Elisabeth. Et lui, un jour où j'étais dîner avec Gérard, ils étaient là. et m'ont fait le forcing en me disant mais tu devrais faire cette chanson c'est pour toi puis elle avait d'ailleurs de l'autre côté du 45 tours elle avait écrit dans mon petit con elle avait écrit des paroles et Bernheim faisait la musique ils m'ont dit mais oui mais oui mais oui et je vous dis si on me propose des choses qui m'amusent j'ai dit pourquoi pas et j'ai fait ça sauf que quand on fait un 45 tours pour le vendre il faut faire de la télé et s'il y a une chose que je déteste, c'est de faire de la télé. Ça m'a jamais plu. Et j'en ai fait une ou deux quand même. Je crois que je suis passé à Drucker. Avec cette chanson qu'on avait enregistrée avec des élèves, il y a une quinzaine d'enfants qui chantent avec moi. Nananana, nananana. Et voilà que le 10 sort et marche très fort. En 8 jours, boum ! Mais non, pas boum ! Boum ! Et il suffisait que je fasse 2-3 télés de plus et boum ! Là oui. Et Bernheim m'en a voulu parce que j'ai dit « Ah non, maintenant j'en ai marre de faire de la télé avec ça et tout ça. » J'avais l'impression de... Merci. J'étais pas sur mon terrain, que ça m'amusait de le faire, mais faut pas me demander de faire des télés. Bref, j'ai arrêté. Ils m'en ont voulu parce que ça fait vompivou très vite.
- Speaker #1
C'est retombé.
- Speaker #0
Mais il n'empêche que le nombre de gosses en ce moment, des fois dans la rue, « Ah, la même sardine ! » C'est vrai que ça aurait dû faire un tube. Je l'ai étouffé dans l'œuf.
- Speaker #2
« Quelle heure est-il ? » « Madame Sardine, 4h moins le quart. » « Monsieur Placard, vous l'avez dit ? » sourit, rient, rient, ou apprit telle, telle, telle, la chapelle et que fait-elle de la dentelle pour qui, pour qui, pour Jésus-Christ. Quelle heure est-il ? Madame Persil, cinq heures moins de quart. Attention, monsieur Béloir, on est trop sûr, Madame, trop sûr, mais certainement... Madame Piment, toi t'es bêta,
- Speaker #0
moi j'suis ballot,
- Speaker #2
on s'en fout si on a zéro. L'école ça me complaire, mon père est un gangster, l'école ça me complaire, le mien est gonisère. Tu t'es pas vu, t'es demeuré, mais tu me reverras, t'es de rat, et tu me reverras encore, t'es de mort.
- Speaker #1
Pour vous c'était une expérience ? ponctuel, presque un gag ? Ou est-ce que c'était un tournant plus ou moins conscient vers la chanson ?
- Speaker #0
Non, non, c'est un gag.
- Speaker #1
C'est un gag ?
- Speaker #0
Jamais, jamais, parce que tout ça c'est bien joli. Je le faisais en studio, quand j'ai chanté la chanson de Johnny Hallyday pour Danny Boone. J'étais un soir avec lui dans un studio. Je l'ai chanté deux fois, la deuxième fois il dit c'est bon. C'est pareil, c'est parce qu'il m'a dit, oh ça serait drôle que tu chantes ça avec le patois du nord. Chaque fois que je l'ai fait c'est dans l'esprit du gag Parce que je sais bien que je n'aurais jamais pu de toute façon faire une carrière dans la chanson, en admettant que je sois bien, mais même comme ça parce que je suis infoutu d'apprendre des paroles d'une chanson.
- Speaker #1
Mais d'où vient presque, ça mériterait presque une analyse, ce blocage de mémorisation des paroles ?
- Speaker #0
Carrément. Mais ce n'est pas grave puisque ce n'est pas ce que je veux faire. Mais si je voulais être chanteur, il aurait fallu que je voie un psychiatre, en tout cas un psychanalyste.
- Speaker #1
Mais ça vous a quand même interdit ou en tout cas bloqué l'accès à certains projets parce que Michel Legrand racontait toujours qu'il vous avait proposé son spectacle sur le passe-muraille de Marcel Aimé. Vous adorez l'univers de Marcel Aimé, c'est un personnage...
- Speaker #0
Et j'adorais Michel.
- Speaker #1
Vous adoriez Michel, mais que vous ne pouviez pas mémoriser un texte pareil.
- Speaker #0
Je me suis dit, mais je vais avoir un trac fou, je vais me tromper, j'aurai des trous de mémoire. Enfin, c'est pas possible. Alors que je peux apprendre des textes quand même.
- Speaker #1
Alors après ce premier 45 tours, il y a eu un 33 tours complet, chez Philips, qui s'appelle Bogart et moi. Toujours en studio. cette fois-ci avec des musiques d'Alain Wiesniak.
- Speaker #0
Et là, vous devenez auteur. Oui, ça m'amusait aussi. Wiesniak, à l'époque, je ne le voyais pas tous les jours, mais souvent, c'est un copain, c'est un musicien. On s'est dit, pourquoi pas faire ça ? Je me suis mis à écrire des chansons. Il a fait la musique. D'ailleurs, j'avais des bons musiciens, qui étaient nettement meilleurs que moi. Et on a fait un 33 tours. Et il y en a eu une, effectivement, qui aurait pu peut-être être amusée. C'était Bogart, que j'ai dû faire. Là aussi, d'ailleurs. Parce que c'est après que je me suis dit, Mince ! Mais si vous voulez que je fasse de la télé, alors j'ai dû le faire une ou deux fois aussi, en chantant Bogart avec les danseuses du Lido. Rien que ça. Puis ça s'est arrêté très vite.
- Speaker #1
Comment est-ce que vous, vous avez vécu cet exercice ? C'est-à-dire que pour la première fois, vous qui avez déjà écrit des tas de scénarios de films, pour vous-même, comment vous avez vécu l'exercice d'écrire des paroles d'une chanson par rapport à l'écriture d'un scénario ?
- Speaker #0
Parce que simplement, ça me titille. J'aurais bien aimé. J'aurais bien aimé avoir ce talent. J'aurais bien aimé m'appeler Nogaro. Euh... Mais décidément non. Mais de temps en temps, je me dis « Pourquoi pas moi ? » Et puis après, je me dis « Non. » Mais je me souviens d'une réflexion quand le disque est sorti, il me connaissait pas encore et moi non plus, mais je me souviens qu'il a dit en passant sur une interview, il y a des acteurs qui veulent chanter, il faudrait mieux de rester dans leur compartiment. C'était Eddie Mitchell, qui n'a jamais sa langue dans sa poche. Maintenant on est devenus les meilleurs amis du monde parce que j'ai tourné avec lui, et je ne lui ai jamais reproché, mais je me souviens qu'il n'avait pas tort. Mais ça m'amusait puisqu'on me disait oui, j'ai pas dit non. Considérons ça comme des petites parenthèses qui n'étaient pas non plus... malheureuse, mais qui n'était pas non plus les plus heureuse.
- Speaker #1
Alors, cinq ans après cet album, il y a une nouvelle prestation vocale qui est vraiment intéressante, liée à un film insolite et ambitieux, qui est une sorte un peu de film proche de l'univers du théâtre de l'absurde, film dans lequel vous faites tandem avec Martin Lamotte, qui s'appelle Bienvenue à bord, film de Jean-Louis Lecomte. Et pour la bande originale, Jean-Claude Vannier, auteur, compositeur, interprète, arrangeur sublime, vous écrit, paroles et musiques, un titre qui s'appelle J'ai vu le programme, t'es pas dessus. Comment est-ce que vous avez vécu ce face-à-face avec Vanier ?
- Speaker #0
Pas trop bien. Là, c'est pareil. D'abord, j'aime bien le film. Il est sorti d'une manière calémiteuse. À l'époque, c'était encore plus grave que maintenant. Il est sorti le 15 août. À l'époque, le 15 août, maintenant, c'est pas pareil. On peut sortir un film au milieu du mois d'août, et même des fois, c'est bien, au moins on est débarrassé des Américains. Mais à l'époque, sortir du 15 août, c'était carrément une exécution... sommaire, poum, film mort. Donc le film n'a pas marché, mais je l'aimais bien. Je l'aimais bien ce film, je jouais un personnage très différent de ce que je faisais. C'est peut-être aussi pour ça, d'ailleurs, il était tellement différent, si je me souviens bien, que j'étais presque brun, avec un peu de rocker. Et j'aimais bien ce film. Et puis voilà, c'est pareil que pour Alfred. On pourrait faire un CD aussi, la musique de Vannier et les paroles. Et j'ai dit oui parce que, encore une fois, ça m'amuse. Je me suis retrouvé dans un studio. Mais évidemment, Vannier qui est un grand compositeur, qu'est-ce que c'est que cet olibrius qui se prend pour un chanteur ? C'est un peu comme Eddy Mitchell au fond. Pourquoi est-ce qu'on m'enfile ce mec dans les pattes ? Pourquoi on ne peut pas le demander à tel chanteur ? Bah tiens, prenons Eddy Mitchell. Pourquoi c'est lui ? Et il était assez dur avec moi et je sentais qu'il était bon. Allez, on la refait quand même. Bon, alors plus il me faisait des choses comme ça, moins j'ai plus, je tremblais et moins je devais être bon. Alors je ne sais pas, le disque, cette chanson, je ne l'ai pas écoutée depuis. Est-ce qu'elle était vraiment calamiteuse ou en tout cas ? Oui, effectivement, il y a plein de chanteurs qui l'auraient mieux fait que moi.
- Speaker #2
Ta chanson d'amour, je vais te la faire, mais c'est la guerre, la guerre des nerfs. Y'a tout, 14, 18, 20, 25, 39, 40, laisse tomber, j'ai vu le programme, on fait passer. Ta chanson d'amour, j'vais la faire. Mais c'est la guerre, la guerre, t'es née. T'aurais dû lire la notice ou te faire réformer d'office. Laisse tomber, j'ai vu le programme, t'es pas dessus. Les jours anciens, t'as soldé. Sont pas repris ni changés. Tu dis que tu as des belles blessures. Attention à la peinture.
- Speaker #1
Vous avez bien connu Serge Gainsbourg et Claude Nougaro, qui ont été tous les deux des compagnons de route de Jean-Claude Vannier. En l'occurrence, comment ça se passe quand vous êtes vraiment en studio, de manière générale ? Est-ce que, face au compositeur, vous êtes exactement le même que lorsque vous êtes comédien face au cinéaste ? Vous laissez le compositeur vous guider, vous donnez des directions sur le jeu, sur les nuances ?
- Speaker #0
Non, ce que je sais, c'est qu'en principe, comme moi je marche beaucoup à l'affectif, justement Si, quand j'enregistrais l'Alfred ou bien par-ci par-là des choses, c'est parce qu'on me l'avait demandé, c'est parce que celui qui me l'a demandé m'aimait beaucoup et déjà j'étais rassuré. Et puis deuxièmement, je me disais au fond de moi-même que j'ai une excuse, que je pouvais d'ailleurs proclamer. Eh oh oh, je ne suis pas chanteur, ce n'est pas moi qui vous l'ai demandé, c'est vous. alors que quand je suis comédien je peux pas faire oh oh je suis que comédien, ben justement t'es comédien tu peux apprendre ton texte bon en tant que comédien j'ai beaucoup plus le trac surtout au théâtre mais ça c'est pour d'autres raisons Parce que justement, là, je dois m'affirmer comme un comédien et pas comme un amateur. Alors que je ne suis qu'un chanteur amateur, ce qui finalement décontracte.
- Speaker #1
En 1997, vous revenez au cinéma avec ce qui est à ce jour votre dernier film comme metteur en scène. Il s'appelle « Droit dans le mur » , qui est un film qui lorgne un tout petit peu vers le fantasme des Feux de la Rampe de Chaplin. Un film qui est à la fois une mise en abîme du milieu du spectacle et sur le passage du temps. Et là, vous allez demander à vos fils, Christophe et Olivier, d'écrire la musique originale et de l'interpréter. Comment est-ce qu'un rapport père-fils se transforme en rapport metteur en scène, compositeur ?
- Speaker #0
Oui, c'est un peu différent. J'essayais de les écouter avec plus de compréhension, d'empathie, je ne sais pas comment dire le mot qu'il faut. Ils me proposaient des mélodies. Et avec eux, je pouvais leur dire, sans être abrupt et rien, « Tu sais, j'aimerais faire une autre, montre-moi deux autres, trois autres maladies. » Ce que je n'ai pas fait avec les autres, mais aussi parce que ce n'était pas évident pour eux aussi. Et puis c'est eux qui devaient avoir le track, beaucoup plus que moi. Ils devaient avoir un track fou de me montrer une musique. Et donc moi, j'ai fait attention à ça. Et puis ils m'ont fait des musiques que j'ai adorées. Et je me suis reproché de ne pas les avoir pensées plus tôt. Bon, ceci dit aussi... Avant, ils n'avaient pas cette capacité de le faire. Ils étaient encore trop jeunes, trop débutants. C'est plus facile de demander à Michel Fugain. À cette époque-là, ils n'étaient pas encore dans le... Quand ils ont commencé à être mûrs pour ça, moi, j'ai commencé à ne plus en faire. Et ce n'est pas de chance pour eux. Et le dernier, justement, c'est celui-là. Et en plus, je l'ai un peu raté, s'il me faut bien le dire. Donc, ils n'ont pas eu de chance, parce que non seulement ils ont fait le mien, mais en plus, c'est un film un peu raté. Après, je ne me suis plus lancé dans la mise en scène. C'était trop... J'ai mis du temps, trop de temps à le digérer.
- Speaker #1
Alors, vous avez assisté à des séances d'enregistrement absolument légendaires. Chet Baker qui enregistre. Et là, c'est votre propre fils, Olivier Defaïs, saxophoniste, qui est soliste dans un thème dont il a co-écrit avec son frère. Ça vous fait quoi de voir votre propre fils, de le voir enregistrer, jouer ? pour vous, pour vos images ?
- Speaker #0
Moi j'étais très c'était très émouvant c'est un grand mot peut-être mais quand même un peu et puis surtout très ravi parce que je me suis dit qu'est-ce que cette mélodie est jolie et j'adore comme il joue du saxo Olivier s'il était américain il aurait un nom en France c'est beaucoup plus dur de se faire un nom en jazzman mais moi j'ai assisté des fois à des des concerts qu'il faisait dans tel ou tel mois de jazz, et chaque fois qu'il amorce un solo à lui, j'ai l'impression que c'est pas moi, c'est le public qui monte d'un degré. Je crois qu'il a énormément de talent en tant que sassophonie, et là il les joue merveilleusement bien. Et en plus, la mélodie est très belle.
- Speaker #1
Voilà donc le thème d'Elisa, qui est une très jolie balade jazz, musique co-écrite par Christophe et Olivier de Faïs, et interprétée par Olivier de Faïs au sax, ténor. Alors, le fameux virage que vous avez rêvé de prendre dès Les Fugitifs, vous l'avez vraiment amorcé avec des signataires du Nouveau Monde comme Damien Audoul, Pef, Yad Mouax, Abel et Gordon, Stéphane Roblin et Christophe Baratier, dans le film qui a suivi dans son parcours à lui la déflagration, le grand succès des choristes, qui est un film... qui s'appelle Faubourg 36 et qui renoue avec l'esprit de la belle équipe, en quelque sorte, de Julien Duvivier. Et cette fois-ci, alors que vous avez été souvent instrumentiste au cinéma, vous avez joué du violon dans le Grand Blanc, de la trompette, on aura tout vu. Et là, vous êtes chef d'orchestre.
- Speaker #0
Oui, j'étais chef, et même pianiste à un moment donné.
- Speaker #1
Et pianiste. Est-ce que vous avez dû apprendre la technique de direction ?
- Speaker #0
Oui, j'avais Reinhardt qui faisait la musique et qui m'avait donné déjà quelques conseils. Et puis, on m'avait quand même mis dans les mains de Michel Ferrand pour apprendre à... pour apprendre un peu à savoir comment diriger un orchestre. Je me suis aperçu que c'est magique. On commande, on a des gestes de dictateur. Je suppose que quand on est grand, grand, grand chef d'orchestre, les violonistes doivent trembler. J'étais dans un état d'effervescence total. Alors évidemment, avant d'y arriver à ça, j'avais pris quand même des cours, et je me souviens même que... Les partitions que j'avais à diriger, je me revois encore dans l'avion, puisque j'allais en Tchéquie faire plusieurs voyages, et je passais mon temps dans l'avion à finalement les apprendre en lisant la musique, ce que je n'avais jamais fait. Mais je voyais bien les écarts. Et je voyais même si c'était marqué violon, si c'était marqué trompette. Donc je savais quand je devais me retourner vers les... Parce qu'évidemment, je ne pouvais pas me retourner vers les trompettes quand les violons se mettaient à attaquer. ce qui aurait été quand même... et je me débrouillais pas mal et j'étais très frustré mais au moins j'aurais ce souvenir personnel quand dans la salle où on a tourné, Barratier m'a dit bon on va faire un plan de toi qui dirige, toute la musique est passée en un plan sur moi donc j'avais pas de temps d'arrêt donc j'ai dirigé tout le morceau en continu avec quand même 400 figurants derrière Il m'a applaudi, comme si j'avais été vraiment le... Il y avait un musicien aussi. Et c'est là que je me suis dit, mais c'est génial ! Cette espèce d'impression d'être un général en chef qui commande Napoléon, qui commande aux troupes, aux cavaliers de partir, et puis qui tout à coup se retourne vers les fantassins en disant, allez-y maintenant ! C'est une espèce de force, de puissance. Et j'étais vraiment transporté.
- Speaker #1
Faux pour 36, Christophe Barratier, Reinhard Weichner.
- Speaker #2
Si j'ai une boucle. Partir pour la mer qu'on ne voit pas Pour le bonheur qu'il y a là-bas Encore huit heures, on y sera tous, estus Chut, qu'un se passe bien vers sa place, Martin Partir, les vagues sont hautes comme ça Non mais toi, tu crois n'importe quoi Moi, je l'imagine comme mes yeux, tout bleu Comme sur les affiches du train, le Martin On va se balader sur les plans Mais avant qu'on revienne pointer C'est le patron qui garde à tel haut les vestiaires, nous on va pas s'en faire. La mer ! La mer le premier qui la verra. Surtout qui nous la montre du doigt. Encore six heures même si le motard en se cusse. Les actes autres, les autres poussent. On fait, on fait l'enflée sur la nationale. Glace baissée, crâne horizontal. Et voit-tu son cri entre partout ? Sur le compteur 40 à l'heure, c'est là. Piedesse et du bonheur, c'est la mer. La mer, on le sait, elle est là-bas. Les barres Michelin disent que c'est tout droit. Encore quatorze, t'es vraiment sûr ? Je suis sûr, c'est qui dans le problème ? Sur la mer, la mer on va y tremper les pieds. Sans nos chaussettes et sans nos souliers. Puis on se mettra presque nul. Tout nul ? Tous mouillés en antilles.
- Speaker #1
Comment Pierre vous expliquait votre envie ou en tout cas vos envies, au pluriel, de chansons ces dernières années. Par exemple, votre participation à cet album, hommage à Nino Ferrer, le clip avec le chanteur américain Hugh Goldman, le fameux « Que je t'aime » en Chine, dans le livre de Danny Boon. On a l'impression que la chanson vous a rattrapé.
- Speaker #0
Ce qu'on me l'a demandé, ce n'est pas moi qui l'ai cherché. Danny Boon m'a dit « Tu vois bien que tu chantes ça » . D'ailleurs, au début, je devais le chanter comme ça, dans la salle à manger, en famille. Je parle du film. Et puis finalement, il a tellement aimé qu'il l'a mis à la fin du film, quasiment, sur un plateau illuminé par des phares de voiture, puisque j'étais garagiste, enfin ça devenait tout à coup, j'avais un costume de lumière, ça m'amusait. Après, Louis Chédid m'a proposé, ça j'aimais beaucoup, d'abord parce que j'adore Brassens, et je lui avais dit oui parce que s'il m'avait demandé de chanter une chanson, ou de dire une chanson, parce qu'il voulait qu'on les dise. sur une musique, bien sûr la musique. S'ils m'avaient demandé de, je sais pas, l'égorie ou quelque chose comme ça, j'aurais dit non parce que c'est trop dans ce qu'on m'attend de moi. Et il m'a dit non, ce sera Les Passantes. et c'est une des plus belles. chanson de Georges et quand il m'a dit ce sera les passantes j'ai dit oh oui. J'étais donc au studio, lui il m'accompagnait à la guitare et moi je devais au fond je devais la parler. Puis à un moment donné quand même le temps de trois ou quatre phrases musicales je l'ai un peu chanté mais c'était dans ma tessiture donc j'avais pas de mal et il m'a dit ah ouais c'est bien aussi. J'ai dû en faire trois quatre et il a gardé celle où le temps de trois phrases musicales je les chante comme Georges. Et après, quand j'ai lu le disque, je me suis aperçu d'ailleurs que j'étais un des rares, avec Bouquet, à faire ce qu'il nous avait demandé, c'était d'en parler. Il voulait tout chanter, les chanteurs. Et moi, j'étais content, je ne lui en donne pas à chanter. Vous savez, j'en avais fait. mais de le dire comme ça, en rythme quand même enfin en rythme Et j'ai adoré ça. Et c'est Louis Chédide que j'ai connu dans le temps, que j'avais pas vu depuis longtemps, que j'aime beaucoup. Quand il m'a dit ça, j'ai dit avec plaisir.
- Speaker #1
Est-ce que c'était aussi une façon, non pas de boucler la boucle, mais en tout cas de revenir à votre jeunesse et à ces quelques semaines ou jours que vous avez passé à Bobineau en 63, où vous faisiez la première partie de Brassens avec Victor Lanoux ? C'était retendre la main à Brassens à travers les nuages.
- Speaker #0
Ça c'est sûr, parce que j'ai cet honneur, ce privilège, cette chance. Je ne sais pas tous ces mots réunis. De faire trois fois Bobineau. Trois fois, ce n'est pas quelques jours, c'est même plus que quelques semaines. Trois fois Bobineau en première partie de Georges. Georges est la personne qui m'a le plus... Comment dirais-je ? C'est une espèce de saint et laïque. Il est radié. Alors nous, on a été en première partie, mais savoir que tous les soirs, j'allais le retrouver. Et le samedi et dimanche, on jouait deux fois le samedi et le dimanche, donc c'était souvent. Le fait de savoir que j'étais heureux. Mais c'est une espèce d'état de bonheur. Mais j'étais là, mais pourquoi je suis si bien ? Ah oui, je vois Georges ce soir. Ce type, il est radié, une espèce de... Il était toujours dans la coulisse pendant qu'on passait nos premières parties. Pas que pour nous deux, il y en avait d'autres. Et on remarquait qu'il était dans la coulisse, ça aussi, c'est un peu comme on parlait tout à l'heure de... de François Droubet. C'est pareil, je ne crois pas qu'aucun des grandes stars de la chanson prenne le temps d'aller dans la première partie où ils n'ont rien à foutre. Il était dans la coulisse et quand il nous voyait, quand on jetait un regard comme ça dans la coulisse, des fois on... l'entre-oeil se promène. Et on le voyait en train de nous faire un signe. À l'époque, on ne faisait pas le pouce comme ça, mais c'était « vas-y, vas-y, vas-y, c'est bien » . On s'est dit « oh, qu'est-ce que c'est que ce mec aussi ? » Et là-dessus, nous, on partait les uns après les autres parce qu'on avait fini notre numéro. 9h20, 10h moins 20, 10h moins 10. Et à 10h, c'était l'entracte. À 10h, tout le monde foutait le camp. Et lui, il restait seul. Et puis, on l'en sentait dans sa voix. « Vous partez ? » « Ben oui. » « Ah, ben demain ? » « Ben oui. » « À demain, Georges ? » « Oui. » « Et toi, tu pars aussi ? » « Ben oui. » « Ah, ben demain. » Et avec Victor, on s'est dit « C'est incroyable. Il a l'air de... Il a le trac. » Et finalement, le lendemain, on est restés dans la deuxième partie. Puis à notre tour, on était dans la deuxième. Qu'est-ce qu'il avait besoin de deux mecs totalement encore inconnus ? Il y avait Pippchen, sa femme, et un chanteur qui s'appelait Jean Bertola. Je me souviens. Et on était tous les quatre. Et tous les soirs après, on était là. Et chaque fois, il regardait la coulisse et il nous voyait et ça le réconfortait. Alors que quand il arrivait, les gens étaient déjà debout. Timidité, maladive, trac, je sais pas, c'est pour ça qu'il transpirait tant. Je veux dédier ce poème à toutes les femmes qu'on aime pendant quelques instants secrets. À celle qu'on connaît à peine, qu'un destin différent entraîne et qu'on ne retrouve jamais. À celle qu'on voit apparaître, une seconde, à sa fenêtre, et qui, reste, s'évanouit. Mais dans la svelte silhouette et si gracieuse et fluette qu'on en demeure épanouie, à la compagne de voyages dont les yeux charmants paysages font paraître courts. Le chemin qu'on est seul peut-être à comprendre. et qu'on laisse pourtant descendre sans avoir effleuré la main à celles qui sont déjà prises et qui vivent en désheureux crises, près d'un être trop différent, plus sombre. Inutile folie, laissez voir la mélancolie d'un avenir désespérant.
- Speaker #1
Quand vous entendez votre voix aujourd'hui par rapport à l'époque de Duhamel et d'Ennifig Niresen, comment est-ce que votre timbre a évolué selon vous ?
- Speaker #0
Elle est devenue plus grave et je ne m'en plains pas. D'ailleurs moi je n'ai jamais pensé que j'avais une voix intéressante. Donc où j'en ai pris un peu conscience, c'est quand j'ai fait le petit théâtre de la nuit. J'avais une très belle sonorité... Au théâtre ? Au théâtre. J'avais un petit micro, bien sûr à chef, près de la voix, et je disais des poèmes, « Le rêve et l'aquarium de la nuit » . Alors je regarde en moi, c'était... Et tout à coup, il y a une critique, il dit, « Mais on ne savait pas qu'il avait une si belle voix ! » Et là, j'ai dit, merde, c'est vrai. Mais je ne savais pas non plus. En fait, je crois que, finalement, je m'entends bien avec le micro.
- Speaker #1
Et maintenant, avec votre timbre, vous pouvez parfaitement imiter Jean Gabin, si vous le souhaitiez.
- Speaker #0
Ah oui. Je ne sais qu'une chose, c'est que je ne sais rien. La ville est rose.
- Speaker #1
Est-ce que vous croyez que vous parviendrez un jour à toucher du doigt ce rêve, ce fantasme de grand film muet et musical ? Est-ce que vous aimeriez ?
- Speaker #0
Bien sûr que j'aimerais. Je suis content de le faire au théâtre, en tout cas. Je le fais avec Mathilde Amé. C'est une pièce qui dure une heure et quart. Je ne dis pas un mot et jamais tout si bien.
- Speaker #1
Vous vous débarrassez des mots.
- Speaker #0
Je me débarrasse des mots. Il est évident que quand je me tais, c'est encore mieux, puisque j'ai même réussi à voir Le Molière. Je ne m'imagine pas avoir lu Le Molière dans n'importe quelle pièce parlée ou n'importe quel film.
- Speaker #1
Il y a une aventure théâtrale, pour terminer, qui débouche sur une aventure musicale. C'est donc Ingrid Astier qui avait écrit pour vous ce spectacle, Petite Éloge de la Nuit, et qui vous a impliqué tout récemment dans une aventure insolite, un album qui s'appelle Nuit à jour. Avec son complice musical qui s'appelle Jean-Baptiste Anak. Et qui là aussi, c'est incroyable, c'est le fait d'utiliser un mot qui s'appelle Nid de Talop et qui devient quasiment un élément rythmique et qui déclenche une évocation poétique. Comment est-ce que vous définiriez cette aventure ?
- Speaker #0
Oui, c'est curieux parce que ces poèmes, je les disais au théâtre, il y en a beaucoup, c'est toujours des poèmes sur la nuit. Les belles de nuit, les fleurs de nuit, les nuits fauves, les nuits chaudes, les nuits je te raconte pas ma nuit, enfin bref. Et puis celui-là, Nictalope, c'est sur un mot comme ça incongru qu'elle a écrit ce poème. Comment dirais-je, elle improvise sur ce mot, mais en bref, ça devient un poème. C'est celui qu'elle a choisi. Et c'était amusant parce que Jean-Baptiste Anac, c'est la musique sériale, je ne sais pas quel mot il faut dire.
- Speaker #1
Car répétitif, oui.
- Speaker #0
Répétitif. étrange, évidemment la nuit de toute façon les nuits sont étranges par définition pas toujours et il m'accompagne comme ça sur des sons un peu qui viennent des entrailles de la terre qui montent dans le ciel et moi je dis ce texte qui me permet même de faire des onomatopées ou des des redites. Donc je me suis amusé à ça. Jean-Baptiste en a fait des arrangements, en prenant des fois, en changeant le son de ma voix avec des effets spéciaux. Et puis je l'ai répété, c'est intéressant. encore une des choses qui m'a qui sont des chemins de travers que j'avais pas un jour pensé faire et quand on me les offre je les prends.
- Speaker #1
Pour conclure, voici donc cet extrait, Nictalop, cet album Nuit à jour, un grand merci à vous Pierre-Richard.
- Speaker #0
C'est moi qui vous remercie.
- Speaker #2
Nicaro, Nicaro, psh psh. Aïe, Voilà, bah euh... Nicalope. Oh bah Nicalope c'est la plus grande...
- Speaker #3
Oui.
- Speaker #2
C'est plus Nicalope.
- Speaker #3
Mais...
- Speaker #2
Hein ?
- Speaker #3
Je suis...
- Speaker #0
Je suis Nicalope et aussi...
- Speaker #2
Euh... Nictalope !
- Speaker #0
Nictalope ? Tu ne seras pas si un nictalope ?
- Speaker #2
Oh ben c'est... Eh !
- Speaker #0
Eh ! Nictalope hein ! Oh !
- Speaker #2
C'est... Ouais !
- Speaker #0
Je suis le... Ouais ! Ouais ! Nictalope ! C'est pour la...
- Speaker #2
C'est la...
- Speaker #0
C'est tout ! C'est tout ? Bon je ne sais