- Speaker #0
Le musée Sacem présente Regard de cinéaste, un podcast imaginé et animé par Stéphane Lerouge.
Bonjour à tous. Lors du premier podcast, elle nous a raconté ses débuts comme parolière, son passage à la mise en scène avec Kadri, sa collaboration féconde et fondatrice avec Bertrand Burgalat, sa réappropriation de compositions signées Henri Mancini ou Georges Moustaki. Aujourd'hui, nous allons évoquer l'aventure, je dirais même l'épopée musicale de son opus le plus abouti, Aline, faux biopic de Céline Dion, dont la conception même a posé mille et une problématiques liées au répertoire de la diva québécoise à la célébrité planétaire. Bonjour Valérie Lemercier.
- Speaker #1
Bonjour Stéphane Lerouge.
- Speaker #0
J'ai envie de vous demander pourquoi Céline Dion vous touche-t-elle à ce point ? Est-ce que c'est son répertoire, sa personnalité, sa trajectoire humaine, sa capacité à traverser les années, les décades ?
- Speaker #1
Ben c'est tout ça, c'est sûr. Tout, et c'est le thème du film, c'est surtout cette grande histoire d'amour. C'est le rapport avec sa mère. Moi, ce qui m'a plu là-dedans tout de suite, c'est que j'ai vu que c'était trois personnes qui avaient quelque chose à réparer, qui l'ont fait à trois. La mère a voulu se débarrasser de cet enfant. Et toute sa vie, elle a failli pas naître, cette petite Céline. Donc la fille remercie sa mère d'être en vie et la mère essaie de rattraper quelque chose. La grande histoire d'amour avec René, qui est quand même la grande histoire de nos vies. C'est-à-dire que moi, si je vois un film que j'ai fait il y a 20 ans, je m'en fous du film. Je vais me dire, est-ce que j'étais amoureuse à ce moment-là ? Comment j'étais ? Il n'y a que ça. Et la grande histoire d'amour de Céline, pourquoi ils ont fait ces disques ? Lui avait quelque chose à réparer, c'est qu'il est arrivé dans sa vie, quand il n'avait plus Ginette Renaud, qu'il voulait changer de métier. plus rien. Il a hypothéqué sa maison pour faire son disque. Rien n'était trop beau. Ce que je veux dire, ils ont voulu, tous les trois, réparer quelque chose. Et en voulant faire ça, ils ont fait cette carrière.
- Speaker #0
Une bipartite, Et donc, elle est tiraillée quand elle a une histoire d'amour et que sa mère ne veut pas. Il y a un truc très cornelien là-dedans. Enfin, il y a un truc très cinématographique dans leur vie. Ils ont dit toute leur vie, c'est très marrant, les deux. Et Céline et René, on va faire du cinéma. On va faire du cinéma. Tous les ans, ils disent qu'ils n'ont jamais fait de cinéma, finalement, pour l'instant, à part évidemment la chanson Titanic, qui était un accident, d'ailleurs. Ce que je veux dire, c'est que c'est très cinématographique, cette vie, le destin. C'est des parents qui se sont rencontrés grâce à la musique, c'est une grande famille, c'est une famille de musiciens, c'est une petite dernière, que ça me touche, puisque je n'étais pas non plus la jolie petite fille de l'école. un peu ingrate, mais qui avait un don. Tout ça me touche. Elle, son côté clown, évidemment son talent, sa démesure. Beaucoup de choses me parlent. Vous pensez qu'il y a une forme d'identification ? Quand vous parlez d'une petite fille d'une famille nombreuse qui va se fabriquer un destin, par exemple, ou si, vous l'avez dit, la part de solitude que vous avez vécue, vous, dans certaines tournées en province ?
- Speaker #1
Je joue au théâtre tous les soirs. On est un petit peu seul quand on sort de scène. Et encore, c'est à Paris. Et encore, je suis à Paris, on est trois sur scène. Mais quand on joue seul devant 4000 personnes ou 900, oui, quand c'est fini, il y a un grand décalage entre la fin d'un spectacle qui est très chaud, où les gens se marrent, où les gens rient, où les gens vous applaudissent, et la soupe devant laquelle vous vous retrouvez. retrouver, oui, c'est quand même compliqué. C'est des douches froides et chaudes en permanence, ce métier-là. Donc, je voulais parler de ça, de la vie d'artiste. C'est-à-dire, et en même temps, pour rien au monde, je voudrais changer et je préfère parfois manger sur une assiette dans ma loge, devant mon miroir que qu'à table avec lui qu'on vive.
- Speaker #0
S'il y avait dans le répertoire de Céline vraiment une chanson emblématique vraiment sur laquelle vous avez eu un coup de cœur ? Je vais te dire une qui n'est pas dans le film. Pourquoi pas ? parce que je n'ai pas eu les droits c'est Power of Love cause I'm your lady cette chanson c'est une femme qui l'a chantée, qui en a fait un semi-tube et Céline en a fait un vrai tube je pense que c'est la raison pour laquelle elle n'a pas voulu que cette chanson soit dans le film puisque j'ai quand même eu des choses très très importantes comme Titanic ou comme des chansons de Goldman mais et c'est une grande chanson que j'enseigne comment avec votre scénariste votre co scénariste Brigitte Buck est née l'idée d'amener de la fiction c'est-à-dire d'oublier la stricte vérité historique et puis de faire comme une sorte un peu de pas de Avec des vrais prénoms. Moi, le début, il s'appelait Céline et René, il s'appelait Thérèse. Et je me suis beaucoup documentée, j'ai beaucoup regardé de choses. Elle, ce qui était bien, c'est qu'elle n'était pas spécialement fan et elle ne connaissait pas. Donc, c'est toujours intéressant d'avoir un autre point de vue. La première chose, quand elle est arrivée, moi, j'avais déjà travaillé peut-être huit mois. J'avais écrit 80 pages, il y avait déjà beaucoup de scènes qui étaient Elle m'a dit, change les prénoms, tu verras, ce sera plus simple. Et en effet, tout à coup... On s'est permis des fantaisies, on s'est permis de faire des raccourcis, on s'est permis de deux vérités, de n'en faire qu'une. On s'est permis, par exemple, elle a trouvé un jour une pièce de 5 qu'elle a mise dans sa chaussure. Et comme elle avait un lien particulier avec son père, je fais en sorte que c'est son père qui la lui donne. Mais donc, c'est deux informations synthétisées. Voilà. Je sais que René adorait Inviter les gens à dîner, les voir manger, les voir très généreux et très gourmands. Donc, je lui fais mettre un diamant par la bague de fiançailles dans une glace. On lui fait faire ça, ce qui est complètement faux, mais il aurait pu le faire. Et c'est plus cinématographique que la petite boîte rouge qu'on lui a donnée dans sa chambre. Bien sûr. Voilà. Et puis, le film commence en 1932 et se termine en 2017. Ce que je veux dire, c'est qu'il faut beaucoup d'ellipses, des raccourcis, donc des choses, tout à coup, des idées de mise en scène, comme elle se fait des ongles avec des gommettes, et puis après on la voit, fan de Barbara Streisand, qui a les mêmes ongles, on se rend compte qu'elle a fait une coiffure de mariage qui ressemble un petit peu à celle de la photo qui était dans sa chambre. Enfin voilà, des choses comme ça qui font des raccourcis, et qui font qu'on passe le temps, et qui font que tout à coup elle passe de 12 ans à 16 ans, et puis à 25 ans, et puis à 30 ans. Enfin voilà, donc on ne peut pas faire une fiche Wikipédia et de toute façon, ce n'est pas intéressant de faire un truc trop factuel. Et il y a même des énormes erreurs dans la date, puisque quand elle chante « Pourquoi tu m'aimes encore ? » dans la vie, elle est déjà mariée et pas dans le film. Mais je ne pouvais pas passer à côté de cette chanson. Et donc, elle la chante avant de se marier. C'est sa chance parce que c'est sa grande chanson d'amour pour lui. Et elle est vraiment écrite sur mesure pour lui, les chansons. qu'on lui a donné à chanter, qu'on lui a écrite, que ce soit celle d'Eddie Marnet ou de Jean-Jacques Goldman, beaucoup parlent de cet amour avec René, quand même. Chaque chanson est choisie suivant... Ça commence par chanter pour sa mère, c'est normal, c'est le grand amour de sa vie, quand même, sa mère. Et puis pour lui, est-ce que c'est de l'amour, est-ce que c'est de l'amitié ? Et puis comment tu feras pour m'aimer encore ? Et donc tout ça, tout ce qu'elle raconte très bien, sans pour autant... parler de la fabrication des chansons, parce que j'avais pas envie de la voir tellement en studio avec Jean-Jacques Goldman, de mettre un faux Jean-Jacques Goldman, une fausse Barbara Stryker. Non, le film, il est vraiment sur le trio, ce que vous disiez tout à l'heure.
- Speaker #1
Sur le trio et sur l'histoire d'amour, oui. Il n'est pas du tout sur la confection du répertoire de Céline et le choix... La fabrication des chansons, non. Et la confection, justement, les choix dans les chansons, non, pas du tout. On dit juste une chose sur Titanic, parce que les gens savent peut-être pas, mais enfin en tout cas qu'elle ne voulait pas la chanter. Il se trouve que James Cameron ne voulait pas de chanson, donc elle a fait une maquette en ayant bu du café, ce qu'elle ne faisait jamais. Et bizarrement, dans le film, c'est la maquette. Elle ne l'a jamais enregistrée. Après, évidemment, elle l'a chantée sur scène, mais ce qu'on entend dans le film, c'est la maquette qu'elle a faite, avec pas si grande envie que ça de la faire. C'est ça qui est drôle. Et maintenant, elle ne peut plus faire un concert si elle ne chante pas cette chanson-là. C'est un peu une prison. Mais sur la musique, est-ce que vous avez hésité une seconde entre construire un répertoire original pour Aline ou vraiment acheter les droits de synchronisation des chansons interprétées par Céline Dion ? Je ne pouvais pas penser ne pas avoir Et d'ailleurs, à part ordinaire qui est capitale et qu'on entend en entier, c'est des petits morceaux. Par exemple, « Pour que tu m'aimes encore » , c'est quatre dernières phrases. Elles sont tellement dans notre inconscient, même d'amour et d'amitié. Brigitte, elle me dit, « Tu devrais essayer de faire un film sans aucune chanson de Céline. » Moi, je trouvais ça quand même Je trouvais ça important d'entendre ces chansons-là qui sont tellement dans nos têtes, tellement belles. Est-ce que ça a été une tension ou une source d'inquiétude, c'est que, avant de commencer le tournage, d'arriver à avoir l'autorisation de tous les... les éditeurs, parce que la construction même du film, à travers le choix des chansons, était quand même, comment dire, contrainte.
C'était tout le temps ça, est-ce qu'on a le droit de chanter ça, est-ce qu'on a le droit de chanter ça ? Pour Ziggy, le fils de Michel Berger a dit, moi je veux entendre, sinon je ne donne pas mon accord, je veux avoir un droit d'écoute sur la chanson. Il se trouve qu'il a adoré la version de Victoria, mais si ça ne lui avait pas plu, on n'aurait pas pu mettre cette chanson. Après, moi, par exemple, quand on a tourné, je l'ai chantée en français et en anglais. Et comme c'est le moment où elle commence à devenir internationale, même si évidemment qu'à l'oreille, nous, Français et Québécois et Belges et Suisses, on aurait peut-être préféré l'entendre en français, ça veut dire qu'elle est internationale, ça veut dire qu'elle chante dans une autre langue. Donc moi, j'ai trouvé très vite au montage, on a pensé que c'était mieux de la mettre en anglais. Alors, puisqu'on la connaît déjà en français, on est contents. Et moi, je trouve qu'elle la chante. Il fallait quand même que tout soit réglé d'un point de vue juridique. avant le premier tour de Manivelle. La plus grande joie, c'est les obsèques de Guy Claude, où j'ai essayé tous les requiem de la terre. Et à un moment, tous les week-ends, je cherchais des chansons, et je cherchais des musiques, et j'écoutais des choses. Je suis arrivée un lundi matin avec Love Me Tender, d'Elvis Presley. Et ce qui est très intéressant, c'est que pour avoir lu le gros livre écrit sur René, René était fan d'Elvis, et surtout fan du colonel Parker, le manager d'Elvis. Et à 25 ans, c'était les obsèques d'Elvis, il s'est fait passer pour un journaliste et il est allé aux obsèques d'Elvis. Et ces obsèques ressemblent un peu aux obsèques d'Elvis. Et donc, quand tout à coup je mets Love Me Tender, qui est une chanson tendre et douce et qui ne fait pas pleurer, c'est ça qui est bien, c'est qu'il est là, c'est chaud, c'est quelque chose de rassurant, c'est quelque chose qui vous enveloppe et qui vous rassure. Et quand j'ai mis Love Me Tender sur elle qui marche avec ses enfants dans l'église, Ça a marché tout de suite. Je me suis dit, on n'aura jamais les droits, on ne sera jamais assez riches pour payer ce gros tube international. Et oui, on a pu. On a pu, ce n'était pas si cher que ça. Et c'était, je pense, un des plus grands soulagements quand on m'a dit, quand Edouard Veil, mon producteur, m'a appelé, il me dit, c'est bon, tu as Love Me Tender. Parce qu'avec ça qui marchait, c'était vraiment parfait. C'était beau et ce n'était pas triste. C'est tellement déchirant que d'entendre quelque chose, on se dit qu'il est, c'est vrai qu'il est là, qu'il est tout le temps là. Et comme ses obsèques ressemblent aux obsèques d'Elvis quand même et qu'il les avait mis en scène lui, c'est-à-dire tout ce qu'elle porte. Il avait décidé à l'avance qu'elle mettrait ses chaussures. Ce que je veux dire, c'est que le disque qui lui a survécu, qui s'appelle Encore un soir, il avait écouté toutes les chansons. Elle disait, je ne suis pas trop souriante pour une veuve quand même sur la pochette. Non, il faut que tu souries. ce que je veux dire c'est qu'il a mis en scène aussi ça. Son après, René. Oui, et donc, ce dernier album français de Céline, il avait écouté les chansons, il avait décidé de la pochette du disque, est-ce qu'elle allait porter à ses obsèques, est-ce que les musiques qui allaient passer, il était encore très là. Enfin voilà, il avait tout ça décidé de façon Enfin voilà, c'est fou, quoi. Love me sweet Never let me go You have made my life complete And I love you so Love me tender Love me true All my dreams fulfilled Pour mon amour, je t'aime et je le serai toujours. Donc, vous avez tourné le film sur les versions originales interprétées par Céline Dion. Oui. Et après, au montage, est-ce que vous avez beaucoup hésité entre utiliser ces vraies versions originales ou tout faire réenregistrer ? Non, on a pensé que si c'était Aline, il fallait qu'elle ait sa voix. Sa propre voix. Oui. Et donc, on a écouté 50 chanteuses. Il en est resté 4. A, B, C, D. Victoria était la B. Ça a été compliqué parce qu'au début, évidemment, on leur demandait à tous de faire de la copie et c'était un petit peu trop parodique pour moi. Je voulais entendre son cœur à elle. C'était ça qui était important, de ne surtout pas parodier Céline et pas non plus l'imiter. Donc c'est ça la plus grande difficulté. Et Pascal Meillère, qui s'occupait des droits musicaux, m'a appelé pendant le confinement, pendant 7 heures. Un coup de fil de 7 heures, ça ne m'est jamais arrivé. On me dit, c'est Victoria qui sera ton meilleure alliée, qui sera la meilleure pour faire ça, qui sera la plus souple, parce qu'il y a aussi des chanteuses, on ne se rend pas compte, mais qui sont chiantes, qui ne sont pas faciles, pas souples, qui peuvent claquer des porcs. Ce que je veux dire, c'est que c'est côté divin, c'est aussi... Du travail. Et Victoria, moi, j'avais un peu peur. Elle a pris des cours pour que son anglais soit bon. Elle a pris des cours même pour le québécois, juste pour chanter ordinaire, qui n'est pas ordinaire. Ma mère, elle ne dit pas ma mère. C'est quand même des petites choses, mais il faut quand même savoir les faire. Et elle a travaillé à mort, à mort. Elle a travaillé 16 chansons, qu'elle a chansées en entier. C'est un travail colossal. Et elle a dû faire vocalement ce que vous avez fait, vous, physiquement. à l'écran avec ce personnage, c'est-à-dire être aussi réaliste et crédible quand elle a 13 ans que 40 ans plus tard. Et ça, c'était Par exemple, moi, quand je joue des enfants, au lieu de faire je fais des grandes qui veulent être grandes. Voilà. Donc, il y a quelque chose. Et je me souviens, j'avais pris la petite Emma qui chante à Lynn à 4 ans quand elle chante Mamie Blue, qui avait été la petite gagnante de The Voice, Emma Cerqui, et ça ne marchait pas. Ça ne marchait pas. Et évidemment que Victoria, ça ne marchait pas dans plus de 12 ans. Et un jour, je me suis dit, au lieu d'essayer de faire la petite fille, tu vas faire la grande. Et elle a fait la grande. Comme Céline, je pense, quand elle était petite, elle voulait être Edith Piaf. Et elle chantait en roulant les airs et tout. Donc, elle chantait déjà. Voilà, quand elle chante ses premières chansons, il y en a un côté comme ça où elle se prend pour une grande chanteuse. Et donc, c'est en se prenant pour une grande chanteuse qu'on voit la maladresse un peu du truc et qu'on voit que c'est en fait une petite fille qui se prend pour une grande chanteuse. Et je lui ai dit ça, et on a fait une prise, et c'était parfait. On a l'impression qu'elle a 12 ans, qu'elle n'a pas du tout. Alors qu'essayer minauder, les enfants, ça ne minaudent pas. C'est ça qui est drôle, c'est qu'ils sont très sérieux, très premier degré. Quand ils jouent, que ce soit à des jeux, non, merde ! Donc ils sont quand même très, très sérieux. Donc c'est le sérieux et le côté où elle veut se prendre pour quelqu'un d'important, et c'est ça qui fait que ça donne un côté un petit peu maladroit, et que ça marche. donc à chaque fois j'ai essayé de trouver les mots exactement comme pour les acteurs pour qu'elle y mette elle-même son cœur elle-même, il fallait parfois qu'elle pleure pendant qu'elle chante et on ne peut pas faire semblant de pleurer, donc il fallait qu'elle pleure vraiment, il fallait toujours la mettre dans les bonnes conditions, il fallait lui donner la patate et il y a des chansons très dynamiques, d'autres qui sont très mélancoliques des chansons d'amour très sensuelles il y a des chansons qu'elle fait pour faire rire son fils, des chansons qu'elle chante pour lui, des chansons qu'elle chante pour sa mère où elles sont en larmes toutes les deux parce qu'elles savent très bien que Il y en a une qu'elle a failli pas naître. Donc, ce lien, il est plus fort que tout. C'est très important. Donc, à chaque fois, elle y mettait sa vie, elle y mettait son cœur. Et c'est ça que je voulais entendre. Et pas de la fausse Pas de la fausse Il y a cette rencontre avec Victoria Sio et puis il y a cette rencontre avec Rémi Gallichet, qui vous a accompagné sur les arrangements, la production musicale. Est-ce que là aussi, pour lui, ça a été facile de reconstituer de façon la plus fidèle possible les arrangements ? arrangements de variétés qui courent, là encore, sur une période aussi longue, puisque la production d'enregistrement du début des années 80, vous parliez d'amour et d'amitié.
- Speaker #0
Même, il a fait aussi la première chanson dont j'ai écrit les paroles. Les gens la cherchent sur Internet, mais c'est les bobs et les bobettes. Des bobs, c'est des chaussettes, des bobettes, c'est des culottes. Donc, il y a toute la famille au début du film qui chante une chanson que j'ai écrite, qu'on a enregistrée à l'avance, à la façon de la famille Dion qui chantait le samedi soir pour gagner 100 dollars. Et moi, le mot d'ordre, je voulais... Pas que ce soit un gars, c'est la première chose. C'est-à-dire que, je me souviens au début, le piano, il jouait un peu. Je lui dis, mais pourquoi ? Le piano, il joue bien, il joue tous bien. Il chante bien, il joue bien de la musique. La mère, elle joue très bien du violon, lui, il joue très bien du mélodéon, qui est une petite version de l'accordéon, enfin un petit accordéon. Et tous jouent de la musique très bien, donc il faut que ce soit beau, il faut que ce soit On a fait venir des acteurs québécois, des chanteurs québécois, on a tout enregistré avec eux. C'était très joyeux d'avoir On a commencé par ça avant le tournage. Donc ça, c'était... Ça nous a déjà mis un peu en en lien, tous les deux. Comme un rodage. Oui, comme un rodage. C'était joyeux. Il sentait probablement tout le cœur que je voulais y mettre et surtout jamais de moquerie. C'était le mot d'ordre à tout le monde, que ce soit au décor, au costume, mais à la musique encore plus. Il joue le samedi soir. Pourquoi le piano serait-il un vieux machin ? Désaccordé, non. Ils ont des bons instruments, ils sont bien habillés et ils chantent bien et ils jouent bien. Et c'était ça qui était important, même si la chanson est une petite chansonnette. qui n'existe pas, mais voilà, mais donc il a vu l'importance que le ton et puis ensuite ça a été voilà, c'est un travail de dingue ce qu'il a fait.
- Speaker #1
C'est de retrouver exactement le son de la production. Et on a pu aussi pour certains, par exemple quand elle a 16 ans qu'elle chante d'amour et d'amitié en concert là on sent vraiment un son de concert qu'on n'avait jamais même dans les trucs de Céline puisqu'on ne l'a pas en live en train de chanter. comment ça s'est passé quand après les enregistrements avec Victoria vous avez replacé à l'image vous avez remplacé les enregistrements originaux par les enregistrements faits avec Galichet là elle ce qui est bien c'est comme elle avait les images elle s'est calée complètement sur mes respirations sur mes mouvements de corps même quand je chante dans ma salle de bain avec une brosse à dents dans la bouche elle avait la brosse à dents elle faisait quand elle chante euh... You make me feel. Voilà, ça. Donc, elle m'avait devant elle. Donc, c'est elle qui s'est adaptée aux images. Donc, après, c'était... On a calé des fois à une... Pour que ce soit très, très synchro. Voilà, on pouvait bouger un tout petit peu les choses. Et on pouvait Je pense que ça a été le plus gros travail pour moi. Le plus difficile, ça. Et ce que vous disiez tout à l'heure qui est très juste, à savoir que ça ne peut pas être une décalcomanie ou une imitation stricte de Céline Dion, parce que c'est un personnage de fiction, mais en même temps, comme ce personnage de fiction, Aline Dieu, est une star mondiale, il faut qu'il y ait une puissance de feu. Elle ne peut pas non plus avoir une voix passe-partout et complètement anonyme.
- Speaker #0
Quand je vous dis qu'on a écouté 50 chanteuses, on n'a pas écouté juste 50. On a écouté 50 chanteuses capables. de chanter All By Myself, qui est la chanson la plus difficile du répertoire de Céline. Les 50 qu'on a entendues, elle savait faire Anymore, et elle savait faire Titanic, qui est une chanson dure à chanter. Et Victoria, elle a les capacités vocales, même si ce n'est pas exactement sa tessiture, elle a beaucoup, beaucoup travaillé pour atteindre, parce que c'est beaucoup, beaucoup de travail et d'entraînement. C'est très physique. Il y avait des jours où on faisait une chanson ... Parfois on mettait ordinaire, on a refait plusieurs jours, plusieurs fois, ça ne me plaisait pas. Elle n'y mettait pas assez d'elle, et moi c'était tellement important, c'est la dernière chanson du film, elle est cadrée comme ça, elle regarde la caméra, il ne fallait vraiment pas tricher là. Donc celle-ci, je ne sais pas combien de fois on a recommencé, et au début, ce n'était pas assez bien, il fallait que ce soit... Une chanson très difficile à chanter aussi, parce qu'il y a un peu d'ironie, parce que c'est l'humour de Charles Bois. Et quand il chante cette chanson-là, il se moque de lui-même un peu. Donc, ce n'est pas juste dramatique. C'est une fille qui a un petit peu de distance. Et il fallait cette distance-là, il fallait un peu d'humour pour la chanter.
- Speaker #1
Dans les fils rouges du film, il y a cette fameuse histoire de pièces que vous évoquiez tout à l'heure, qui est donnée par son père, qui traverse les époques. Et puis, il y a un thème qui est le thème d'amour. qui aurait pu être un thème d'une composition originale, d'ailleurs, dans le film. Et vous êtes allée chercher un standard popularisé par Nat King Cole, qui s'appelle Nature Boy. Pourquoi ?
- Speaker #0
Parce que c'est la plus belle chanson du monde, surtout chantée par Nat King Cole. J'ai mis Nat King Cole. Il se trouve que c'était une version vidéo où la plupart, ils étaient tous plus là et on n'avait plus de moyens de retrouver ceux qui ont joué sur ce morceau. Parce qu'en fait, il y a une flûte qui ne me plaisait pas dans la version du disque de Nat King Cole. Moi, c'est cette version que je voulais. On pouvait l'avoir pour la France, mais pas pour les États-Unis. Finalement, on a fait un film qui est pareil dans le monde entier. Et donc, j'ai trouvé, parce que 500 chanteurs officiellement ont chanté Nature Boy. Et même, moi, je l'aime beaucoup par Suzy Solidor en français. Un grand garçon aux yeux d'amour et de mystère Et qui, disons, venait de loin, de très loin, d'au-delà des mers Donc, bref, j'ai trouvé Grégory Porter. qui la chante, mais j'ai commencé tout le montage avec Nat King Cole, c'est-à-dire même si j'aime beaucoup Gregory Porter. Pour moi, et je ne suis pas la seule, j'ai entendu Mika à quotidien dire ça, ça m'a étonnée. Nat King Cole, qui chante Nature Boy parce que ce n'est pas un chanteur, parce qu'il ne se prend pas pour un chanteur, parce qu'on lui a demandé de chanter, mais c'est surtout un musicien. Et donc, il chante ça avec un espèce de détachement, une décontraction. J'ai essayé de le faire chanter par je ne sais pas combien de chanteurs. On a fait venir en studio et il faut être très décontracté pour chanter ça et en avoir un peu rien à foutre. Et moi, j'avais des gens qui voulaient absolument gagner la timbale et ils mettaient trop de volonté à la chanter et ça ne passait pas. Alors que lui, il fait ça comme ça, en s'en foutant. Et c'est ça qui est très beau. Quand Nat King Cole, je conseille à tout le monde, ceux qui nous écoutent aujourd'hui, d'aller regarder Nat King Cole qui chante ça en noir et blanc. Il est au piano, mais c'est à tomber. C'est juste de aimer et d'aimer en retard.
- Speaker #1
Il y a dans Aline une utilisation si dramaturgique de la musique et de la chanson, dans le sens où la différence, la singularité de votre film, c'est qu'il raconte un destin qui n'est pas clos. Contrairement à La Maume, contrairement à Django, à Freddie Mercury, on peut citer des dizaines de biopics. C'est quelqu'un de plus jeune que moi. De vivant. Et de vivant. Et d'encore plus célèbre qu'avant. Voilà, et donc, il n'y a pas un point de chute, il n'y a pas une fin tragique. C'est quelqu'un qui est toujours là. Comment terminer le récit avec, justement, une vie qui est encore à construire ?
- Speaker #0
Je ne dis pas qu'on fait un début, une fin et qu'on remplit le milieu. Mais quand j'ai commencé à écrire, je savais la première image et la dernière. Je voulais commencer par Ordinaire, par Charles Bois, et je voulais terminer par Ordinaire, chanter par elle. Après, je pense qu'on sait ce qu'on veut faire d'un film si on en a le début et la fin. Et j'en avais le début et la fin pour une fois. Je savais qu'elle commençait avec un casque, des lunettes noires, ses deux jumeaux sur un lit blanc, un plan du dessus,
- Speaker #1
où elle pleure, où elle est dans son monde, où elle est rassurée par un jumeau de part et d'autre qui dort dans son lit. On sait qu'elle est seule à ce moment-là. et terminer par chanter ordinaire, elle, et prendre son C'est une chanson un peu constat, c'est une chanson qui parle beaucoup, et c'est Mouffe qui a écrit les paroles pour Charlebois, et quand Céline l'a chantée, c'est Mouffe encore qui lui a adapté les paroles, parce que Céline ne peut pas dire « je fumerai du pot » , « je boirai de la bière » , on n'imagine pas ça, ni « je m'en fous pas mal de la critique, ce sont des ratés sympathiques » . Elle, elle dit « quand je chante, c'est pour le public » . Il y a quelques mots comme ça qui sont changés, que Mouffe a « célinisés » , comme elle dit, et... Et je voulais qu'elle termine en chantant et qu'elle chante une chanson en entier, ce qui n'est pas du tout le cas du film où c'est des extractions. Et là, elle la chante plein pot, regarde la caméra et à nu, quasiment nu. Enfin, je veux dire, on voit même à peine, elle a une robe blanche, mais elle dit qu'elle est là pour chanter et que c'est sa vie. Et vous pensez que c'est vraiment là quasiment une utilisation ? À la fois scénaristique et presque dramaturgique d'une chanson. C'est-à-dire que quand le public voit le film et que pour la première fois, il se rend compte que la chanson, elle se développe, elle se développe, elle se développe. Et que par ailleurs, ils se disent mais c'est la chanson qu'on a entendue sur la première séquence. Là, ils ont conscience qu'on arrive sur la fin du film. Ah bah oui, parce qu'on pense même, parce qu'on la cherche partout. Ça, c'est aussi inventé. Elle va dans les rues de Las Vegas. Il faut un peu qu'elle disparaisse à un moment donné. On ne sait pas où elle est. Et elle revient évidemment en chantant.
- Speaker #2
Je suis une fille bien ordinaire Des fois, j'ai plus le goût de rien faire Je fais de la musique autour d'un verre Avec ma mère, mes chums, mes frères Mais faut que je pense à ma carrière Je suis une chanteuse populaire Vous me voyez comme une déesse Je suis une femme Pas une princesse, si j'peux vous faire un aveu, C'est quand je chante que j'me sens nulle, Mais ce métier-là, c'est dangereux, Une sonde en deux.
- Speaker #1
Alors ce qui était très émouvant au moment de la sortie de Taline, c'est qu'on vous a beaucoup vu avec Victoria Asio, parce que contrairement à ce qui s'est passé lors de la sortie des films de Jacques Demy, où quasiment, peut-être à l'exception de Daniel Darieux, tous les comédiens étaient doublés, on n'a jamais connu le physique d'Anne Germain.
- Speaker #0
C'est-à-dire, la grande différence, c'est qu'ils étaient nombreux. Là, Victoria, elle est seule et c'est elle à part. Mamie Blue, qui est chantée par la petite Emma, elle chante toutes les chansons. Et elle est chanteuse elle-même. Donc, c'était bien de la mettre un peu en lumière. Est-ce que vous avez l'impression que finalement, chacune, vous représentez 50% d'un personnage et que vos 50% s'additionnent pour former comme un personnage qui échappe ? qui vous échappe à toutes les deux. Oui. Comme chimiquement, deux éléments qui en forment un troisième. C'est vrai. C'est vrai que nos deux voix... Voilà. Et parfois, je lui disais, tu sais, tu devrais m'imiter, moi, plutôt qu'imiter Céline, dans mes intonations, dans mes diphtons, dans mes... Enfin, voilà. Écoute-moi, moi, un peu. Enfin, voilà. C'était... C'était important. Et elle a fait ça aussi. Mais oui, c'est sûr qu'il n'y aurait pas ce film sans elle. Le film lui doit beaucoup. C'est presque miraculeux qu'on l'ait trouvée, qu'on l'ait réussie comme ça, qu'elle ait tant travaillé, qu'elle ait tant écouté. Ça a été long, mais elle est réussie à passer dans tous ces registres si différents. Et avec cette soudure entre votre voix à parler et sa voix à chanter, ... qui est comme un artifice complètement invisible. Des petits mots qui sont moi. Des respirations aussi ? Oui, et par exemple, quand elle chante « Wonderful World » , il y a quelques phrases, quelques respirations, quelques larmes qui sont les miennes. On a un peu parfois mélangé, évidemment pas pour les Titanic et les choses comme ça, où je suis totalement incapable. Et quel retour vous avez eu ? Des auteurs compositeurs dont les œuvres sont dans le film ? Aucun. Aucun ? Non. Charlebois, bien sûr. Ah oui, Charlebois. Alors Charlebois, il a vu quatre fois le film, il aime beaucoup le film. Ah bah oui, Charlebois, il a même vu le film en cachette pendant le confinement, il s'est fait projeter dans un cinéma au Québec. Il est à Angoulême, il l'a revu, je ne pensais même pas qu'il allait le revoir. Il l'a vu quatre fois. Il était très content aussi que je mette une autre chanson qui s'appelle Long Flight Baby. Je me dis mais où t'as trouvé ça ? Long Flight Baby, c'est une chanson très psychédélique de lui. Quand elle rêve de lui, qu'elle est là avec sa photo dans sa chambre et qu'elle caresse la photo la nuit en cachette de sa mère.