Speaker #0Pour ce film-ci, d'abord j'ai pensé immédiatement à lui à cause des choristes, tout bêtement. Parce que je me suis dit, c'est un film, c'est une polyphonie, c'est un chant polyphone. Au fond, j'ai pensé même faire des chœurs, comme les lettres à la fin qui se chevauchent, les lettres des prisonniers avant qu'ils ne soient fusillés. Je me pensais, on pourrait construire ça comme des canons, et dans la musique classique, quoi. Et je suis allé le voir, et il a lu le scénario. Seulement très vite il a dit mais on peut pas mettre de chœurs parce que déjà eux avec leur voix c'est déjà comme un chant alors si on met maintenant des chœurs dessus ça va être très prétentieux et donner une espèce de comment dire d'importance dont ce n'a pas besoin et ça parle pour soi même. Il a commencé à écrire d'abord ce quatuor qui maintenant au fond, porte le film, le thème est dans un quatuor. Et le grand orchestre ne vient se rajouter que par moment pour donner la dimension épique. Mais au fond, le chant est dans le quatuor, c'est-à-dire que c'est quand même réduit sur quelques personnages. Bien sûr, on voit 27 qui meurent, mais on se concentre sur la mort de quelques individus qui meurent un peu à la place des autres. Et c'est comme ça que finalement le quatuor rend très très bien ça. Donc il y a toujours, je trouve, dans la musique de film, une correspondance entre le chant des personnages et la musique. Quand je tourne, en principe, je dis toujours pas de musique, ou le moins possible. Mais cette fois-ci, bien sûr, j'avais parlé avec Bruno, mais on avait dit pas de musique avant la 60e minute du film. Pas de musique pendant une heure, et après seulement elle vient quand l'émotion arrive. C'est très très bien comme principe, comme ça moi j'ai tourné comme ça, il n'y aura pas de musique jusque-là. Une fois qu'on travaille la composition, alors on sent que pour faire arriver la musique si tard, il faut en donner l'envie avant. C'est-à-dire qu'il faut de temps en temps quelques notes avant. Et on attend que ça vienne enfin. Et quand on est complètement pris dans l'émotion, à ce moment-là, la musique vient aussi pour donner une détente presque. possibilité à l'émotion de se laisser aller, de s'exprimer. D'ailleurs quand j'ai entendu pour la première fois ce qu'il appelle la musique de générique, mais ce qui correspond au fond à l'ouverture d'un opéra, j'étais surpris comme il avait mieux compris le film que moi. C'est souvent comme ça, on ne sait pas ce qu'on fait, et vient un autre artiste, il le voit et il l'entend au fond. dès le début, comment dire, une musique qui dit « La vie pourrait être si belle, si seulement » . Et alors, après la guerre, la violence des hommes, la bêtise des hommes. Et ça fait que cette première scène, qui est une fête sportive comme ça, enlevée, où je n'avais pas prévu de musique du tout, elle change complètement de caractère par sa musique. Et effectivement... Il donne le ton du film que je n'avais peut-être pas trouvé à l'image. Ce matin, j'ai dit, alors qu'est-ce que je mets sous le générique ? Je mets des vagues ou quoi, puisqu'il y a la mer ? Et il a dit, non, justement, j'ai pensé à autre chose. C'était une surprise, une très bonne surprise. Mais c'est là où il est formidable. Il est venu répéter avec l'orchestre hier après-midi et il a vu que le violoncelliste, ou il a entendu que le violon celliste est tellement bon Merci. Cette nuit, il lui a écrit une pièce en plus, un solo avec orchestre, qui n'était pas prévu dans la musique de film et qui risque de devenir la pièce maîtresse. C'est-à-dire, comme quand on a un très bon acteur, on a envie de développer le rôle et de faire quelque chose d'autre. Et avec toute la préparation méticuleuse qu'il fait. En même temps, ça lui donne la liberté d'improviser, de saisir une occasion au vol quand elle se présente.