Speaker #0Une phrase écrite en lettres de sang sur la porte d'une chaufferie. Trois mots, un prénom et une belle faute d'orthographe. « Omar m'a tuer » . Ces quelques mots, inscrits avec le sang de la victime dans l'une des pièces de la maison, l'avaient désigné tout droit comme le meurtrier. Sur cette inscription, un homme a été mis en cause. Sur cette inscription, un homme a été jugé. Et sur cette inscription toujours, un homme a été condamné à 18 ans de réclusion criminelle. Il est sorti de prison il y a 28 ans. Et à ce jour, il n'a jamais été innocenté. Alors, deux questions vont tenir tout ce dossier. La première, c'est de savoir qui a tracé ces lettres. Et la deuxième, c'est ce que la science est allée chercher dessus, 24 ans plus tard. Et je vous préviens tout de suite, ce dossier ne se termine pas par une réponse. Il se termine par une porte complètement fermée. Allez, installez-vous, on ouvre le dossier, et si vous découvrez MYRX avec ce dossier présentement, bienvenue. Ici, on raconte des affaires criminelles réelles, documentées, sans jamais rien inventer, où tout est sourcé. Bon. On y va, on est à Mougins, dans les Alpes-Maritimes, sur les hauteurs de la côte d'Azur. Le 24 juin 1991, une femme de 65 ans est retrouvée assassinée chez elle, dans la chaufferie de sa villa. C'est la veuve d'un équipementier automobile. Elle est riche, elle vit seule dans une très grande propriété, et sur place, il y a cette inscription. Retenez-la. On va y revenir pendant tout le dossier, et c'est elle qui va décider de tout. Très vite, un homme est suspecté. Omar Raddad, 29 ans, marocain et tout simplement le jardinier de la victime. Un homme qui entretient les jardins du secteur et qui maîtrise mal le français écrit. Il nie et il niera pendant 35 ans, sans jamais varier. Et là, il faut poser le premier nœud du dossier. Une phrase désigne un homme. Cet homme est le seul mis en cause. Et cette phrase est l'essentiel de ce qu'on a. Parlons-en de cette phrase, puisque c'est le cœur du dossier. Ces mots-là ont été inscrits dans l'une des pièces de la maison. Toute la défense tiendra là-dessus pendant 35 années. Toute l'accusation également. Trois ans plus tard, le 24 janvier 1994, son procès s'ouvre à Nice, devant une salle comble. Une salle comble pour un procès de jardinier. Elle n'est plus un simple fait divers, elle est devenue une affaire nationale avec des comités, des livres, des tribunes et deux camps qui ne se parlent plus du tout. C'est finalement le jardinier de la victime qui est désigné par la justice comme l'auteur du meurtre. La justice le déclare coupable du meurtre de sa patronne, tuée en juin 1991 à Mougins. Le verdict tombe, 18 ans de réclusion criminelle. Et deux ans après, il se passe quelque chose qui n'arrive presque jamais dans une affaire criminelle française. Le 10 mai 1996, sur la demande du roi Hassan II du Maroc, le président Jacques Chirac lui accorde une grâce partielle. Et là, il faut s'arrêter une seconde. Ça commande tout le reste du dossier. Une grâce présidentielle, ça remet une peine, ça raccourcit le temps qu'on passe en prison. Ça ne dit pas qu'on s'est trompé, ça ne rouvre pas le procès, ça ne touche pas au verdict. Il est gracié partiellement en 1996, mais pas innocenté. La condamnation, elle, reste. Elle est toujours là aujourd'hui. L'ancien jardinier est libéré le 4 septembre 1998, après 7 ans de prison. Il sort libre et coupable. On rentre chez soi, on reprend une vie, et le casier dit toujours la même chose. Alors il demande autre chose, et c'est la seule chose qui l'intéresse depuis. Souhaitant être innocenté, il dépose en 2002 une première requête en révision. Elle est rejetée. Alors une révision, concrètement, c'est quoi ? C'est la procédure qui permet de rouvrir une condamnation devenue définitive. Elle ne peut être demandée que quand les délais de recours en appel ou en cassation sont expirés. Et pour être recevable, la demande doit s'appuyer sur un fait nouveau ou bien sur la révélation d'un élément inconnu à la date du jugement. Un élément qui soit de nature à établir l'innocence du condamné ou au moins à faire naître un doute sur sa culpabilité. Si elle aboutit, elle peut conduire à l'annulation de la décision de condamnation. Mais c'est une procédure qui aboutit très rarement, tant les conditions de recevabilité sont très difficiles à réunir. Autrement dit, le doute ne suffit pas. Il faut un doute neuf. Et un doute neuf, à ce moment-là, il n'en a pas. Alors le dossier s'endort, pour presque 20 ans. Sauf que pendant ces 20 ans, ce n'est pas le dossier qui change, c'est la science. Dès 2001, il y a un premier signe. Sur la porte de la chaufferie de la victime, un ADN masculin est retrouvé. Un ADN masculin sur la porte où était écrite la phrase. Et on va aller beaucoup plus loin. Sur des scellés de la scène de crime, on identifie 4 ADN masculins non identifiés. Quatre profils génétiques d'hommes, qui ne correspondent pas au profil génétique de l'ex-jardinier. 4 inconnus donc, sur une scène de crime, dans un dossier où un seul homme a jamais été accusé. Un expert en génétique est sollicité par la Défense et il se penche sur l'un des quatre. Dans des notes de 2019 et de 2020, il écrit que ce profil-là est présent en de nombreux endroits. Et notamment sur l'inscription. Seul ou mélangé avec le sang de la victime. Un rapport privé rendu en 2019, le chiffre. Une empreinte génétique masculine inconnue, à trente reprises, dans le tracé des lettres au sang. 30 fois. Dans les lettres elles-mêmes, dans le dessin des lettres, alors la question devient très simple et très lourde. Cet ADN, il est arrivé là quand ? Si vous avez tenu jusqu'ici, mettez ÉCRITURE en commentaire que je sache qui est encore là. Il y a deux réponses possibles et elles ne racontent pas du tout la même histoire. Selon la première hypothèse examinée par l'expertise, ces traces ont été déposées lors d'une pollution ultérieure, notamment par un enquêteur. Selon la seconde hypothèse, examinée par la même expertise, elles ont été déposées lors des faits. Et l'expert sollicité par la défense privilégie la seconde hypothèse. Autrement dit, ces traces auraient pu être déposées par l'auteur de l'inscription. Je précise, et c'est important, c'est la thèse de la défense, ce n'est pas une conclusion de justice. Le 24 juin 2021, il dépose une seconde requête en révision. Sa défense fonde ses espoirs sur les progrès scientifiques en matière d'ADN et sur une loi qui assouplit les critères permettant d'obtenir la révision d'un procès. 30 ans jour pour jour après la découverte du corps. Et son avocate demande une chose très précise. La désignation d'un laboratoire spécialisé dans la recherche en parentèle pour déterminer à qui appartient ces ADN inconnus. La recherche en parentèle, c'est une idée simple. On ne cherche plus dans le fichier un profil identique, on cherche un profil de la même famille. Un père, un fils, un frère... Ça n'identifie pas l'homme, ça identifie sa parenté, et la parenté mène à l'homme. En décembre, il obtient de la commission d'instruction que les investigations complémentaires soient diligentées. Ce supplément d'information vise à déterminer la portée des conclusions de l'expert en génétique sollicité par la Défense. Pour la Défense, ce qui aurait pu être un élément nouveau, est susceptible de faire naître un doute sur la culpabilité de l'ex-jardinier. Et au printemps suivant, son avocate présente de nouveaux éléments. Des éléments issus d'une enquête secrète de la gendarmerie, menée entre 2002 et 2004, après les confidences d'une informatrice. Une enquête dont la défense découvre l'existence près de 20 ans après qu'elle ait eu lieu. Et à partir de là, tout se joue sur une question de procédure, pas sur une question de vérité . Et là, on n'est même pas encore à rejuger l'affaire. Avant ça, une commission doit décider si cette porte peut même être ouverte. Cette commission, ce sont précisément 5 magistrats qui ne peuvent pas ensuite siéger dans la cour de révision elle-même. Le 13 octobre 2022, la commission d'instruction de la cour de révision rend sa décision. Elle est rendue à huis clos. La requête en révision est déclarée irrecevable. Et il faut entendre ce mot. Irrecevable, ça ne veut pas dire qu'elle est fausse. Ça veut dire qu'on ne la regardera pas au fond. Son avocate se dit scandalisée. Dans un communiqué transmis à l'AFP, la famille de la victime dit prendre acte de la décision. Elle souhaite qu'elle mette un terme définitif à une affaire douloureusement vécue par elle-même. Les deux phrases ont été prononcées le même jour, sur le même dossier. Et les deux se comprennent. D'un côté, un homme qui n'a jamais cessé de demander qu'on regarde. De l'autre, une famille qui n'a jamais cessé d'enterrer la même femme. Voilà où on en est. Un homme condamné en 1994, gracié en 1996, libéré en 1998. Des profils génétiques masculins inconnus sur la pièce principale du dossier, deux requêtes en révision déposées, et deux fois, la porte. Et on a une condamnation qui tient toujours. Ça fait 35 ans que ça dure, 35 ans qu'un homme demande la même chose, et qu'on lui répond sur la forme. Ce dossier ne dit pas qui a tué cette femme, mais il dit autre chose et c'est peut-être plus dérangeant. Il dit ce qu'un système accepte de rouvrir et ce qu'il n'accepte pas de rouvrir. Si le dossier vous a plu, car on est à la fin, n'hésitez pas à mettre un petit like, un petit abonnement, c'est gratuit et ça change tout de mon côté comme je vous le dis à chaque fois. On va essayer de faire un dossier comme ça chaque semaine mais au pire toutes les deux semaines, quoi qu'il arrive. Prenez soin de vous, on est au bout et rendez-vous très vite pour un nouveau dossier. Et comme je vous le dis toujours, prenez soin de vous surtout.