- Speaker #0
Merci d'écouter Nalios Talk, le podcast qui part à la rencontre des dirigeants de PME. Souvent sous-représentés, bien que leur importance économique soit indéniable, ces acteurs clés méritent d'être mis en lumière. Nalios Talk est le podcast dédié à ces entrepreneurs devenus dirigeants de PME. Chacun et chacune partagera son expérience, ses conseils et son mindset pour vous aider à surmonter les défis et à contribuer à l'écosystème PME. Notre objectif est de vous offrir des conseils pratiques pour votre développement et ce podcast repose aussi sur l'envie d'apprendre, de tester, de nouvelles idées et de se challenger. Je suis Christophe Richevouto, cofondateur et CEO de Nalios et j'accompagne les PME dans leur développement digital. Je vous souhaite une bonne écoute. Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode de Nalios Talk. Alors aujourd'hui, on a la chance de recevoir Jérôme Breton, le fondateur et directeur du Biomethane du Bois d'Arnelle. Bonjour Jérôme.
- Speaker #1
Bonjour, bonjour.
- Speaker #0
Alors, est-ce que Jérôme, tu peux te présenter peut-être pour nos orateurs qui ne te connaissent pas et présenter un peu tes activités du coup, s'il te plaît.
- Speaker #1
Donc Jérôme Breton... Je dis toujours les trois premiers mots que j'ai prononcés, c'était papa, maman, tracteur, parce que j'ai toujours été passionné par l'agriculture. Mais j'ai toujours voulu aussi, j'ai une âme d'entrepreneur, d'indépendant, j'ai toujours voulu développer une activité qui soit en lien direct avec le secteur de l'agriculture. Mais ce n'était pas juste produire, je voulais produire et transformer. Parce que c'est quand on transforme la matière qu'on produit, la matière première agricole, qu'on va générer de la valeur ajoutée. Et cette valeur ajoutée, je voulais la générer moi-même, pas juste la laisser générer par un industriel. Je voulais être moi-même l'industriel pour pouvoir la rétribuer, lui donner des retombées directes sur le territoire sur lequel je travaille, c'est-à-dire en fait dans la commune où je suis né.
- Speaker #0
Ok, génial. Et du coup, tu as fondé alors Biomethane du Bois d'Arnelle. Est-ce que tu peux nous expliquer peut-être un petit peu ce que ça représente ?
- Speaker #1
Tout à fait. Donc, c'est réellement un projet de vie. C'est un projet, donc la première idée, c'est en 2008. En 2008, j'étais déjà actif dans le secteur de l'agriculture et je me suis rendu compte que le biogaz, la méthanisation, la biométhanisation, on lui donne plusieurs noms différents, existaient. Je trouvais ça intéressant et assez rapidement, je m'y suis davantage intéressé parce que certes, ça permet de valoriser des déchets, des sous-produits, etc., de l'agriculture, de l'industrie agroalimentaire, mais ça permet aussi de valoriser des cultures, des intercultures, cultures énergétiques. Donc là, ça a commencé à me parler. Ou c'était une solution qui pouvait pour moi amener beaucoup de... beaucoup de sens à ce que je voulais faire, je pouvais produire des choses et les transformer. Donc en 2008, la première idée, je commence à m'y intéresser tout doucement, et à partir de 2013, je vais vraiment commencer à développer le projet, je vais aller visiter environ 80 sites de méthanisation à peu près partout en Europe, que ce soit en Suède, en Allemagne, au Royaume-Uni, en France, aux Pays-Bas, etc. Là, je vais vraiment faire une expérience, une expertise en la matière, Et de là, en 2018... la réglementation liée au biométhane va être sortie par le gouvernement Wallon. Or, il était en amont, j'aurais réalisé une première petite étude, un benchmark, en 2014-2015, où j'ai analysé, avec un bureau d'études allemand spécialisé dans le biogaz, on a analysé le cadre réglementaire et les différents tarifs de rachat qui existaient dans les pays les plus avancés autour de nous, donc de nouveau Suède, Allemagne, Pays-Bas, Royaume-Uni et France. Sur cette base, on a fait une synthèse qui a été remise au cabinet du ministre de l'énergie de l'époque et qui a servi de base pour définir la réglementation biomethane qui est sortie seulement quelques années plus tard, après quelques rebondissements politiques, comme on en a l'habitude. Et donc du coup, en 2018, j'ai la réglementation, en 2019, je finance le projet et au mois de juin 2020, on commence la construction. Au mois d'août 2021, donc à peu près un an, une bonne année plus tard, on commence à injecter du biomethane dans le réseau de gaz naturel, donc du biogaz épuré, sur lequel on reviendra juste après. Et puis là maintenant, ça fait trois ans et demi, bientôt quatre ans qu'on fonctionne. Et on a déjà plus que doublé la capacité de production du site en trois ans et demi.
- Speaker #0
Génial. Alors moi, quand j'ai appris l'existence des biométhanisateurs, j'ai vraiment été fasciné par le fonctionnement du coup. Est-ce que tu peux peut-être nous expliquer en quoi ça consiste et comment le système fonctionne ?
- Speaker #1
Tout à fait. En fait, c'est tout simplement un estomac. On va dire que c'est plutôt un estomac de vache, donc un rumen. C'est les mêmes bactéries, c'est le même mode de fonctionnement, sauf qu'il est en béton au lieu d'être dans un animal. Et en fait, on donne à manger à cet estomac. Cet estomac va digérer la matière. Et en digérant la matière, ça va créer deux choses. D'une part, on va avoir du biogaz, qui est principalement constitué de CO2 et de CH4. Donc le CH4, c'est du méthane. Il y a quelques autres petits gaz, comme du H2S, ce genre de choses. Et de l'eau aussi, puisqu'on est dans un environnement humide et donc saturé en eau, donc le gaz est rempli aussi de vapeur d'eau. Et de l'autre côté, on a un deuxième produit, sous-produit, qui n'est pas un déchet, mais qui est vraiment un produit de la méthanisation, qui s'appelle le digesta. Donc le digesta, c'est la matière fermentée. Cette matière fermentée, on va pouvoir l'utiliser comme engrais, notamment en agriculture. Donc on produit de l'énergie d'un côté et de l'engrais de l'autre côté à partir de matières premières organiques.
- Speaker #0
C'est ça, c'est absolument génial. Alors du coup, principalement des déchets ou vous avez aussi d'autres... d'autres produits que vous utilisez pour alimenter ?
- Speaker #1
On utilise toute une série de produits différents. On a un équilibre entre d'une part de la valorisation de déchets plutôt agroalimentaires, typiquement une usine qui produit des frites, on épluche les pommes de terre, les épluchures de pommes de terre ça peut être valorisé chez nous. On va avoir aussi des coproduits de culture, donc typiquement par exemple quand on cultive de la betterave, de la betterave sucrière, on récupère, on récolte la betterave qui part en sucrerie pour en extraire le sucre, mais par exemple la feuille de betterave qui reste au champ, elle on peut la récupérer aussi pour en faire du biogaz. On va valoriser aussi des effluents d'élevage, donc des lisiers, des fumiers, donc plutôt des déchets de l'agriculture, de l'élevage. Et on va aussi valoriser des cultures énergétiques et des intercultures. Donc les cultures énergétiques, c'est par exemple du maïs qu'on va semer, qu'on va faire pousser, qu'on va cultiver pour le récolter et pour le donner à manger à notre digesteur. Mais aussi des intercultures, donc ça c'est plutôt entre deux cultures alimentaires. Parfois les champs restent non cultivés pendant plusieurs mois. Et là parfois, dans certaines situations, on peut venir implanter une interculture. donc une culture plus courte, qui va donner moins de rendement, mais qui va pouvoir pousser entre deux cultures alimentaires et qu'on va valoriser aussi en production énergétique, en méthanisation.
- Speaker #0
Ah oui, c'est ça. Et donc, si j'ai bien compris, le méthane est réinjecté directement dans le réseau et donc c'est directement le particulier qui utilise le gaz chez lui alors ?
- Speaker #1
Donc, en réalité, on produit du biogaz qui est un mélange de CH4 et de CO2 principalement. On va séparer ces deux molécules-là, tout simplement de manière physique. On va les faire passer dans des filtres, dans des membranes sous pression. Les tailles de molécules sont différentes. On a une molécule de méthane pure qui sort d'un côté et du CO2 de l'autre. Ce méthane, c'est la même chose que le gaz naturel. Le gaz naturel, c'est du méthane. On injecte dans le réseau de gaz naturel et le réseau va distribuer le gaz qu'on a produit vers les consommateurs. Les consommateurs peuvent être de deux types différents. Soit on injecte le gaz dans le réseau de gaz naturel, soit c'est consommé par les consommateurs particuliers, c'est-à-dire les premiers qui sont raccordés dans notre cube consomment en réalité du biométhane. Mais on vend aussi une partie de notre production directement à des acteurs professionnels, des industriels,
- Speaker #0
etc.
- Speaker #1
On passe par le réseau, donc on utilise le réseau aussi pour transporter le gaz jusqu'à un client.
- Speaker #0
Ah oui, c'est ça. C'est ça. OK, top. Et je crois savoir qu'on peut, tu en as parlé d'ailleurs tout à l'heure, mais on peut réutiliser justement le sous-produit de la production du gaz. Tu l'as appelé le digesta tout à l'heure, comme engrais notamment. Donc, il y a vraiment une notion de circulaire ici, la boucle est bouclée en quelque sorte. est-ce que Tu peux nous en dire plus là-dessus ? Est-ce qu'il y a d'autres applications, peut-être des sous-produits éventuels ?
- Speaker #1
Je vais dire, pour exprimer vraiment la boucle bouclée, il y a une double approche. Donc on utilise une matière première qui est une matière organique. Cette matière, d'un côté, une fois qu'elle est digérée, ça devient le digesta. Donc ce digesta, on va le répandre sur les champs d'où vient la matière première. Le digesta, il a comme faculté de pouvoir amener tous les éléments nutritifs, donc l'azote, le phosphore, la potasse, etc., qui sont nécessaires pour la croissance de la plante. Ça amène aussi de la matière organique. La matière organique, c'est très important d'en avoir dans un sol parce que ça permet de retenir les éléments nutritifs. Par exemple, l'azote, d'éviter qu'il y ait du lyciphage d'azote, donc que l'azote descende dans les nappes phréatiques. Pour retenir l'azote, il faut avoir de la matière organique dans les sols. Ça retient aussi l'eau. Donc en période de sécheresse, avoir de la matière organique dans les sols, ça permet de retenir plus d'eau dans les sols, donc de maintenir la croissance des plantes pendant une période de sécheresse. Donc le digesta, il apporte tout ça. Donc le digesta qui sort de chez nous, on l'épand sur environ 5000 hectares. Ça veut dire que sur 5000 hectares... On travaille avec environ 180 agriculteurs partenaires au total. On remplace les engrais chimiques sur 5000 hectares. Donc ça, c'est déjà très circulaire. Et puis de l'autre côté, au-delà de produire de l'énergie renouvelable, en fait, on crée un cycle de stockage du carbone. Je vais prendre un exemple qui est assez parlant. Il y a toujours beaucoup, et on ne va pas rentrer dans ce débat aujourd'hui, il y a toujours pas mal de débats par rapport à l'utilisation des cultures énergétiques versus les cultures alimentaires. Est-ce qu'il y a de la concurrence alimentaire ou pas ? C'est une question qui doit se poser. La réponse est très nuancée et en réalité dans nos contrées pas vraiment. Mais typiquement quand tu fais pousser par exemple du maïs, tu vas cultiver du maïs sur un champ. Ce maïs en quelques mois, donc il va être semé au mois d'avril, récolté au mois d'octobre. Donc en 6-7 mois tu vas séquestrer via la photosynthèse, donc une plante elle pousse comment ? Elle utilise la photosynthèse pour prendre du CO2 dans l'atmosphère. Et on va séquestrer 10 tonnes de carbone par hectare avec du maïs. C'est vraiment via la photosynthèse, donc en fait, une plante, quand elle pousse, elle est constituée principalement d'olécules de carbone. Et donc, ces molécules de carbone, elles viennent en fait de l'atmosphère, elles viennent du CO2 que la plante, via ses feuilles, via la photosynthèse, a filtré. Donc, ce carbone va faire une plante, puis après, cette plante, on va l'utiliser, on va en faire du biogaz. Et sur les 10 tonnes de carbone qu'on aura séquestré, enfin que la plante aura séquestré par hectare en quelques mois, il y a environ 6 tonnes qui vont redevenir du biogaz, donc du CH4 et du CO2. Et il y a 4 tonnes par contre de carbone qui vont rester dans le digesta. Et ce digesta, quand on l'épand au champ, ça veut dire en fait qu'on séquestre du carbone dans le sol. Donc on enlève du CO2 de l'atmosphère avec la plante et puis on stocke ce carbone dans le sol aussi. A titre de comparaison, la forêt ardennaise, donc la forêt ardennaise moyenne entre feuilles conifères, sur 12 mois, va seulement séquestrer entre 3,5 tonnes et 4 tonnes de carbone par hectare. Après, ça va être stocké. qui est aussi durablement dans du bois d'oeuvre, etc. Mais ça veut dire que la culture énergétique, et de nouveau sans rentrer dans le débat alimentaire contre alimentaire, c'est quand même un outil aussi qui permet de séquestrer du carbone pour les sols, pour enlever du CO2 de l'atmosphère, mais aussi pour améliorer la fertilité sur le long terme des sols, et notamment dans un contexte de changement climatique où les sécheresses seront de plus en plus fréquentes.
- Speaker #0
C'est ça. Top. Je crois savoir que vous auriez pu également choisir de produire de l'électricité. Pourquoi avoir choisi le gaz et pas l'électricité en termes de production ici ?
- Speaker #1
En fait, c'est une réflexion assez élémentaire. Donc si j'avais voulu développer un projet plutôt de production d'électricité, j'aurais pu développer mon projet beaucoup plus vite. Ça n'aurait pas pris 15 ans, parce que le cadre réglementaire existait déjà. L'électricité, tout simplement, quand tu produis de l'électricité avec du biogaz, tu utilises une co-génération. Donc une co-génération, c'est un moteur qui va tourner avec du biogaz, comme combustible, au lieu d'utiliser de l'essence ou du diesel. Le moteur, il fait tourner un alternateur, une génératrice qui va produire de l'électricité. En général, le rendement de cette production d'électricité, c'est 35-40%. De l'autre côté, tu peux récupérer de la chaleur du moteur, puisque c'est une combustion, donc il y a de la chaleur. Tu récupères encore 35-40% d'énergie et puis tu as toujours 20-25% de perte, quoi qu'il arrive. Sauf que dans la réalité, les 40% de chaleur que tu peux récupérer, tu ne sais pas forcément les valoriser. Si tu veux, par exemple, chauffer le village voisin avec la chaleur de ta co-génération, il faut en fait un réseau de chaleur, donc il faut des tuyaux qui alimentent de l'eau chaude dans toutes les maisons. Mais au-delà de ça, il faut que les maisons consomment de l'eau chaude, consomment de la chaleur. Et même en plein hiver, quand il fait moins 10°C, tu ne consommes pas un ménage, tu ne consommes pas la même quantité de chaleur en pleine journée quand les gens travaillent ou en pleine nuit quand on dort que le matin et le soir quand on est à la maison en train de faire à manger ou de se doucher. Et donc du coup, quand tu veux valoriser la chaleur d'une co-génération quand on est en zone rurale comme nous, on est obligé de s'installer pour la méthanisation en zone rurale parce que les matières premières sont là, mais en même temps on doit valoriser l'énergie. Et valoriser la chaleur en zone rurale, quand tu veux la valoriser, c'est très compliqué. Tu n'arrives à valoriser que quelques pourcents. Donc tu valorises peut-être 35-40% d'électricité que tu injectes sur le réseau. Tu valorises quelques pourcents de chaleur et donc globalement, tu arrives difficilement à dépasser une valorisation globale de 50% d'énergie primaire que tu as produite. Je trouve ça pas terrible. Dans certaines applications, ça tient la route, mais dans beaucoup d'applications, il y a moyen de faire beaucoup mieux. Et le beaucoup mieux, c'est le biométhane. Donc le biométhane, c'est quoi en fait ? Ce biogaz, au lieu de le brûler, on va l'épurer, on va le faire passer dans des membranes sous pression. On va séparer les deux molécules et on va garder d'un côté uniquement la molécule de CH4, de méthane. qu'on va injecter dans le réseau de gaz naturel. Et là, on a un rendement épuratoire de plus de 99,5%. Ça veut dire que quasiment la totalité de la molécule énergétique qu'on produit, au final, elle est récupérée, elle est injectée dans le réseau, et puis elle va être valorisée à bonne efficience, au bon endroit, au bon moment, par le bon utilisateur. Donc ça veut dire qu'avec la même matière première utilisée, la même biomasse, la même usine, etc., tu arrives à produire deux à trois fois plus d'énergie finale valorisable qu'en faisant de l'électricité et de la chaleur. Et ça, pour moi, c'est beaucoup plus pertinent. Et aussi, le gros impact, c'est qu'on est, en produisant du biomethane, beaucoup plus proche du prix du marché. Donc, quand on a besoin de subsides, par exemple des certificats verts pour la production d'électricité à partir de biogaz, on sait se détacher beaucoup plus facilement des subsides en produisant du biomethane, parce qu'on est plus proche du prix du marché, et on sait plus vite vendre du biomethane à un acheteur final sans subsides que de vendre de l'électricité de co-génération biogaz sans subsides. Et ça, pour moi, c'est très important.
- Speaker #0
Je comprends tout à fait. Et pourquoi tu disais que ça t'avait pris 15 ans et que ça aurait été beaucoup plus vite ?
- Speaker #1
Parce qu'il n'y avait pas du tout de cadre réglementaire qui existait pour l'injection de biomethane. Donc en fait, ce cadre, il était créé à partir du benchmark du travail que j'avais fait, de la petite étude que j'avais faite en amont. Ça a servi vraiment de base pour élaborer la réglementation. Il y a eu plusieurs changements de ministres, etc. Entre-temps, pour différentes raisons politiques ou à l'aune. Et donc du coup, les choses ont pris pas mal de retard. Alors que si j'avais voulu développer un projet de co-génération en production d'électricité et chaleur... à ce moment-là, j'aurais pu utiliser une réglementation déjà existante. Donc j'aurais gagné plusieurs années.
- Speaker #0
Oui, c'est ça, c'était déjà existant et toi, tu as dû tout construire de zéro, si on peut dire ça comme ça.
- Speaker #1
Et on était en fait le premier site d'injection de biomethane en Belgique à l'époque. Et aujourd'hui, on a des confrères, mais on a toujours la plus grosse production de biomethane en Belgique.
- Speaker #0
Génial, c'est un très très chouette projet en tout cas. C'est quoi justement les plus gros défis auxquels tu dois faire face en tant que dirigeant de l'exploitation du coup ?
- Speaker #1
Au quotidien, on navigue dans un secteur qui est à cheval. On travaille dans l'agriculture avec des matières agricoles, en amont et en aval. On produit de l'énergie, c'est le secteur de l'énergie, et on est une usine, c'est de l'industrie. Donc on doit au quotidien jongler entre des contraintes et des opportunités. agricoles, énergétiques et industrielles. Que ce soit au niveau réglementaire, que ce soit au niveau des techniques de travail, tu n'as pas les mêmes méthodes, les mêmes habitudes, etc. dans ces trois secteurs qui sont assez différents, quoique l'énergie et l'industrie se rejoignent plus. Mais voilà, donc il y a des choses magnifiques, il y a des belles manières de travailler, etc. des belles opportunités du côté du monde agricole, mais il faut arriver à les rendre compatibles et à les faire, et à les rendre... développables et déployables avec la partie, la composante plutôt industrielle. Et ça, c'est vraiment le challenge au quotidien d'arriver à jongler entre ces différents mondes qui n'ont rien à voir, mais qui font la richesse aussi de notre métier.
- Speaker #0
C'est ça. Et du coup, tu penses que quelle place va avoir la biométallisation à l'échelle Wallonne, peut-être belge ? Est-ce qu'il y a des projets de développement en vue, des axes concrets sur lesquels vous travaillez avec le gouvernement de manière générale ?
- Speaker #1
De manière générale, on a un potentiel de biomasse valorisable qui est quand même assez important. On estime qu'aujourd'hui on valorise seulement entre 5 et 10% du potentiel de biomasse méthanisable en Belgique. Wallonie-Flandre c'est à peu près la même chose. Aujourd'hui on valorise beaucoup certains flux, peu d'autres, parce que par exemple c'est beaucoup plus facile d'aller chercher certains types de matières qui sont déjà disponibles que d'aller essayer de mobiliser des matières où on ne sait pas forcément aller les chercher facilement. Donc il y a du potentiel de développement mais ce n'est pas forcément facile. Il y a énormément de contraintes réglementaires de différentes natures. qui empêche le développement de la filière. Et aussi, aujourd'hui, c'est difficile de développer un nouveau projet pour un porteur de projet, parce qu'on est dans un contexte économique où la crise de l'énergie qu'on a eue ces dernières années a rebattu certaines cartes. En même temps, on voit que l'énergie est quand même redescendue à des niveaux, peut-être pas aussi bas qu'historiquement, mais quand même assez bas actuellement. On est dans un contexte géopolitique très instable, avec des conflits et des choses qui se passent dans le monde, des régions où justement Ce sont les régions qui sont les principales productrices de gaz naturel. Donc, ça met un énormément d'instabilité qui rend difficile le développement de projets. Après, nous, on a quand même su se faire une vraie expertise, une vraie expérience depuis plusieurs années. On a fait certains choix, enfin, j'ai fait certains choix stratégiques de m'orienter plutôt vers certaines choses que d'autres, ce qui nous permet aujourd'hui, pas facilement, mais qui nous permet aujourd'hui quand même raisonnablement d'entrevoir le développement de nouveaux projets. Donc, ça, c'est clairement notre axe de développement. On a un site de production au Bonvillers, village de Fran-Légosly, qui s'est bien développé. On a quand même plus que doublé notre production en trois ans et demi. On continue de faire évoluer ce site, mais l'objectif, c'est surtout de développer d'autres sites à d'autres endroits, dans un contexte qui n'est pas facile. Donc, on y travaille. Ce n'est pas facile. Ça viendra probablement. J'espère que, de manière générale, le cadre réglementaire et les contraintes législatives vont quand même se lever les unes après les autres pour pouvoir développer, faciliter le développement et l'essor de la filière. pour que d'autres porteurs de projets puissent aussi se lancer. Mais la réalité, force de constater qu'aujourd'hui, c'est quand même vraiment compliqué de développer des projets en Belgique de manière générale. Que ce soit en Flandre ou en Wallonie, les contraintes sont un peu similaires.
- Speaker #0
C'est ça, c'est ça. Il y a une réglementation européenne, tiens, justement, à ce niveau-là ou on parle de rien ?
- Speaker #1
Il y a une directive européenne qui s'appelle la RAID 2. Donc, c'est la deuxième mouture de la directive des énergies renouvelables qui est transposée ou qui est en cours de transposition dans les différents États membres. Après, chaque état membre a toujours un petit peu de souplesse et de largesse pour la transposer. Ça amène des solutions dans certains pays, ça en amène moins dans d'autres. Ça dépend toujours comment est-ce que les choses sont transposées. Mais c'est probablement, effectivement, un des leviers les plus importants qu'on a aujourd'hui pour pouvoir développer la filière. Avec les avantages et les inconvénients, avec les limites, les opportunités. Mais c'est quelque chose, c'est un outil qui, s'il est bien transposé, bien utilisé, Il peut permettre de développer la filière de manière... assez conséquente. Maintenant, voilà, pour ça, il faut une volonté politique, que je pense qu'on a réellement aujourd'hui avec le nouveau gouvernement, sans prendre position pour qui que ce soit, mais pour le peu d'échanges qui ont déjà eu lieu. Il y a déjà eu le même genre de volonté dans des gouvernements précédents. J'ai souvent été confronté à des cabinets, que ce soit les cabinets ou les ministres, les administrations aussi concernées. Au final, tout le monde est assez volontaire en règle générale. Mais il faut que toutes les étoiles s'alignent, que certaines contraintes, qui sont parfois dépendantes d'autres niveaux de pouvoir, puisse être levée et espérons qu'avec cette législature-ci, on pourra faire avancer les choses. À partir du moment où il y a plein de personnes de bonne volonté et pari de bonnes intentions autour de la table, on part déjà avec un bon terreau.
- Speaker #0
Absolument. Et du coup, tu l'as dit, la capacité de production avait doublé en trois ans et demi, donc l'entreprise est en croissance à ce stade. Est-ce que justement tu as des projets d'agrandissement pour cette usine-là même, des recrutements en vue peut-être ?
- Speaker #1
Donc, agrandissement soit... Pas spécifiquement ou vraiment à la marge pour se donner un petit peu plus de souplesse d'exploitation. Un exemple très concret, on utilise notamment des effluents d'élevage, donc glisiers, fumiers, etc. Les vaches typiquement sont à l'intérieur des étables en hiver et sont beaucoup en prairie en été. Du coup, il y a beaucoup plus d'effluents d'élevage à valoriser l'hiver. Donc typiquement, dans les évolutions qu'on pourrait encore avoir dans les prochaines années, ce serait peut-être adapter notre capacité de production pour pouvoir valoriser plus à certains moments de l'année des matières qui sont disponibles. Alors qu'aujourd'hui, on a une limite de ce côté-là. Vraiment augmenter la capacité de ce site-là significativement, pas spécialement, plutôt développer des nouveaux sites. Après, le développement de nouveaux sites et le développement de l'activité globalement, veut dire développement, enfin recrutement, nouveaux emplois. Déjà ici, si je regarde dans le rétroviseur des 8-9 derniers mois, On a engagé 7-8 nouveaux collaborateurs. On continue de recruter régulièrement. Pour le moment, on cherche encore des nouveaux collaborateurs et on va continuer d'en chercher plusieurs, voire des dizaines dans les prochaines années parce qu'on est en plein développement. Et les profils extrêmement variés, ça va de l'ouvrier d'exploitation qui va faire de la manutention avec un bulldozer, qui va faire du nettoyage au karcher, qui va faire de la petite maintenance, etc. à du personnel de direction. Ça va dans tous les sens. Il y a des postes, des fonctions qui travaillent vraiment un peu plus À l'extérieur, par exemple, on pense aux agronomes qui sont plutôt au champ, etc., en contact avec les agriculteurs, etc. Il y a des fonctions qui sont plutôt au bureau, administratives. Ça va vraiment dans tous les sens. C'est ça aussi. L'avantage, c'est que vu qu'on a un métier qui est vraiment à cheval entre l'agriculture, l'énergie, l'industrie, etc., on réunit aussi toutes ces facettes et toutes ces opportunités de carrière et de job totalement différents et en général assez épanouissants.
- Speaker #0
Absolument. Vous êtes combien aujourd'hui ?
- Speaker #1
Aujourd'hui, on est une vingtaine sur la partie vraiment usine. avec une partie de l'équipe qui est dédiée plutôt au développement, une partie de l'équipe qui est dédiée plutôt à l'exploitation en tant que telle. Et puis après, j'ai aussi une autre structure, donc une entreprise de travaux agricoles et de transports qui fait les travaux, les semis, les récoltes, les transports, les épandages de digestats, etc. en amont et en aval de l'usine où là, je veux dire, en plein hiver, hors saison, deux, trois personnes suffisent et où on peut monter à une soixantaine en pleine saison quand on est en train de faire toute une série de travaux agricoles différents en même temps. avec une partie de personnel propre, une partie d'indépendant, une partie de sous-traitant.
- Speaker #0
Ok, génial. Jérôme, c'était super intéressant. Merci beaucoup d'avoir participé à ce podcast.
- Speaker #1
Merci surtout de me l'avoir proposé.
- Speaker #0
Avec plaisir. Et merci à vous de nous avoir écouté. Alors, si vous avez aimé cet épisode, évidemment, n'hésitez pas à liker, commenter et à le partager sur tous vos réseaux. Et je vous dis à bientôt pour un prochain épisode. Évidemment, merci au Studio Ecolis pour le prêt du studio podcast. À bientôt.