Speaker #0Bienvenue dans Naviguer à vue. Je m'appelle Hélène et je me replonge ici dans mes carnets de voyage, ceux d'une exploratrice qui ne savait pas lire une carte, mais qui a fini par trouver son chemin. Dans l'avion, j'ai passé un long moment à m'auto-persuader que tout allait bien se passer. En réalité, je ne sais pas précisément où je vais. Je trouverai, au pire, je demanderai autour de moi. Allez, c'est vrai, tout va très bien se passer. A l'arrivée, je surfe sur cette humeur conquérante pour rejoindre la gare ouest de Beijing, et il semblerait que je parviens à évoluer dans cette capitale tentaculaire aussi facilement que si c'était ma ville natale. Enfin, le taxi quoi ! Ensuite, pendant près de 3 heures, j'arpente les moindres recoins de cette gare gigantesque pour trouver quelqu'un qui parle anglais, avec mon énorme sac sur le dos, mais mes efforts sont vains et ça altère sérieusement les sentiments de chance et de confiance du début de la journée. Je veux juste réserver mon billet dans le prochain train pour Ulaanbaator. Les guichetiers ont tous un air ahuri et ne semblent pas vouloir faire le moindre effort de compréhension. Les autres usagers, tout aussi incompétents, quittent leur place dans les files d'attente pour venir écouter nos conversations franco-mandarines stériles, comme au spectacle. Je finis par maudire ces curieux qui s'agglutinent autour de moi et qui m'empêchent de respirer. Le désespoir m'envahit. Je m'assois sur mon sac et je pleure au milieu de la collue du Grand Hall. Ça n'a aucun intérêt, mais je me dis qu'un beau et gentil étudiant en littérature étrangère va peut-être venir me demander comment il peut m'aider. À moins que ce soit une douce petite mamie qui me proposera de m'héberger dans sa famille fantastique. Faut encore que je peaufine le scénario. Dans la réalité, je suis transparente dans la foule et ma petite scénette est sûrement un peu ridicule. Je décide donc de me reprendre et trouve fatalement ce que je cherche. Non pas aux innombrables guichets pour les trains locaux que je m'évertue à solliciter, mais dans une zone secrète dédiée aux trains longue distance. Prochain départ, lundi matin, 7h45. Par contre, je dois attendre le lendemain pour aller retirer ma réservation dans une agence voisine dont je garde soigneusement l'adresse évidemment, mais le principe me laisse dubitative. Je suis épuisée. Le décalage horaire, l'inconfortable nuit dans l'avion, l'engagement nécessaire à cette première journée, j'ai tout donné. Trouver mon hôtel rapidement pour m'y réfugier me tient tellement à cœur que je me laisse un peu arnaquée par le chauffeur de taxi sans opposer de résistance. Go to the Beijing Shatan Hotel et j'abandonne tout le reste pour aujourd'hui. Bon, faut pas que je me braque. Les gens parlent fort, c'est certain. Ils jouent des coudes, c'est vrai. Ils crachent de manière intempestive, certes. Il y a un fond sonore assourdissant en permanence, c'est agaçant. Mais il y a quand même ceux qui, sans raison apparente, font gentiment attention à moi et cela me redonne du courage. Les échanges sont courts, avec des sourires appuyés et de drôles de pouces levés. C'est un réconfortant langage des signes. Le lendemain au réveil, je me demande pendant plusieurs secondes où je suis avant de me souvenir. Grisée et incrédule à nouveau. J'ai choisi cet hôtel plutôt chic un peu par hasard, essentiellement pour l'accès à Internet gratuit qu'il proposait. Et oui, à l'époque, Internet s'était mondialement développé, sans pour autant être dans chaque foyer. Les cybercafés payants permettaient aux voyageurs d'avoir et de donner des nouvelles à leurs proches, mais on trouvait son chemin en demandant aux passants ou en consultant des cartes papier. et les guides de voyage étaient la seule source d'informations pratiques qu'on pouvait mettre dans la poche. C'était vraiment marrant, l'aventure quoi ! Après mon insipide petit déjeuner sombre et gluant, je m'empresse de me connecter à mon monde pour une dose de love, qui est un bien meilleur carburant. C'est ainsi qu'a commencé le blog que je tiendrai scrupuleusement tout au long de mes aventures, d'abord pour rassurer ma mère, et petit à petit je me suis prise au jeu, aussi bien pour consigner à jamais mes souvenirs de peur qu'ils ne s'échappent, que pour prendre le temps de trouver les mots les plus précis pour les décrire. Les commentaires de mon entourage seront enthousiastes, ce qui constituera un formidable moteur pour m'y astreindre jour après jour. Je garderai longtemps en tête, près de 20 ans en réalité, l'unique message public laissé par mon petit frère, laconique mais précis, "écris un livre". Récupérer mon précieux billet pour le transmongolien me prend le reste de la matinée dans une efficacité toute relative. En tout cas... Rien ne peut plus m'empêcher de partir en Mongolie à présent. Ce pays mystérieux où l'on chevauche à travers les steppes et où les silhouettes élégantes des nomades se dessinent dans le bleu pur du ciel. Demain dès l'aube, je monterai dans un train incroyable pour vivre un véritable voyage dans le voyage de presque deux jours. En attendant, direction la cité interdite. C'est impressionnant, magnifique et immense. C'est tellement immense que ça en est à peine croyable. Je n'ai pas de guide dans lequel trouver des informations à lire, alors je me contente de m'imprégner du lieu et de laisser mon imagination faire le reste. J'ai passé l'après-midi à me perdre dans le dédale de ces allées. C'est à croire que ça n'en finit pas et que comme par magie, un pavillon en cache toujours un autre. A moins que ce soit mon sens d'orientation déplorable. Il y a évidemment beaucoup de touristes, mais en faisant un pas de côté, on parvient à trouver des coins tranquilles. Et surtout, les édifices les plus imposants et prestigieux sont étincelants, mais moi je préfère les plus petits, plus délaissés, un peu décolorés et poussiéreux. Je remarque vite que je ne passe pas inaperçue. Mes cheveux blonds semblent constituer une attraction en soi pour les visiteurs chinois qui veulent que je pose avec eux. Vedette d'un jour, je m'amuse de ce statut un peu abusif et je signe volontiers le V de la victoire, un incontournable sur toutes les photos souvenirs ici, armée de mon plus grand sourire. Au matin du troisième jour, un taxi m'emporte jusqu'à la gare. Je vais être contente de ne plus la voir celle-là. On dirait bien que je me suis pris en pleine poire ce qu'on appelle le choc des cultures, ici à Pékin. Mais je compte bien avoir ma revanche à mon retour, en exploratrice plus aguerrie que je serai, après mes pérégrinations mongoles. Pour l'heure, c'est une fois de plus en naviguant à vue que je monte à bord de ce long train, tant par sa dimension que par la durée de sa procession, on arrivera à destination dans 30 heures. Je rejoins mon compartiment en bois vernis et aux rideaux de brocard doré. et deux femmes mongoles m'accueillent avec le sourire. Bolormaa, qui me propose de la surnommer Bonna, et Tuya, sa sœur. Pour me faire comprendre qu'elle est médecin, Bonna sort un scalpel de son petit cartable en cuir. Elle est dynamique, un bermuda, et ses cheveux courts noirs de jais lui donnent, c'est vrai, un air important. Tuul et sa fillette nous rejoignent ensuite. Ces trois femmes sont très prévenantes et gaies, même si Tuya est un peu plus réservée. Je me sens bien avec elles. Autour de nos photos respectives, nous avons de grandes conversations et rions beaucoup. Un petit guide de traduction anglais-mongol nous aide parfois, mais la fluidité de nos échanges avec si peu de mots en commun est étonnante. Nous devenons expertes en mimes, Tuul a même réussi à me dire de me méfier de l'haleine de notre voisin de compartiment. Je fais mon maximum pour prononcer les quelques mots de base qu'elles m'apprennent, c'est super dur, mes maladresses les amuse. Mes cheveux les enchantent, Tuya me mimera plusieurs fois ce que je prends pour un compliment, elle fait le tour de mon visage avec l'index puis lève le pouce. Lorsque je me réveille d'une petite sieste, je m'aperçois que l'une de mes nouvelles amies a déposé une couverture sur moi pour que je n'aie pas froid. Et à l'heure du repas, elle me donne pour ainsi dire la béquée. Ce compartiment est un petit cocon presque familial que je quitte parfois pour m'aventurer dans les autres wagons. Bonna me prend alors la main pour me conduire au Duty Free ou à la voiture restaurant. Au passage de frontière, nous marquons un arrêt de plusieurs heures. Les vérifications de douane sont longues et il faut également changer les essieux du train car l'écartement des rails soviétiques est différent de celui du chemin de fer chinois. Au début, je n'ose pas descendre ne sachant pas combien de temps ça va prendre. Rester plantée sur un quai de gare au milieu de nulle part et voir le train s'éloigner emportant à jamais toutes mes affaires, c'est mon pire cauchemar. Mais mes acolytes me tirent par le bras pour aller acheter sur le quai les meilleures buuz du périple. Ce sont des raviolis vapeurs à la viande, typiques de Mongolie. Ce train est extraordinaire. Les paysages désertiques du Gobi défilent, quelques chameaux surgissent de temps en temps au loin, et tout un tas de gens cohabite, se frôlant dans les étroits couloirs, parfois en pyjama, échangeant quelques mots ou de longues conversations. Une migration fascinante pendant laquelle le temps est comme suspendu. Cela me semble de très bon augure pour ce qui m'attend en Mongolie. Peu avant l'arrivée, Bonna fut catastrophée de comprendre que je n'avais pas réservé de pension à Ulaanbaator. Elle aurait remué ciel et terre pour me sortir de ce mauvais pas, qui ne me paraissait pourtant pas si dramatique. Heureusement, j'avais rencontré plutôt Lionel, touriste français venu déjà plusieurs fois, et nous avons pu la rassurer. Il y a de grandes chances qu'il reste de la place à Nassan's Guest House, et il y a même une voiture qui vient le chercher, dont je pourrais profiter. Je ne reverrai plus jamais Bonna et Tuya, ni Tuul et sa petite. Le souvenir du temps passé avec elles dans ce compartiment merveilleux... reste encore aujourd'hui d'une douceur exquise, où se mêle la mélancolie des rencontres éphémères de voyage, et la gratitude pour cette sororité puissante. C'est une notion qui m'était alors inconnue, mais qui m'a apporté une réelle sécurité pendant tout mon voyage. Bien plus occupée à profiter de mes adorables colocataires, je ne me suis pas montrée très ouverte aux autres voyageurs étrangers durant notre odyssée sur rail. Il y en avait pourtant un certain nombre, allemands, australiens, israéliens, finlandais. Et je dois dire que la petite phrase « qu'est-ce qu'ils ont l'air pauvres » entendue au détour d'un couloir m'a engagée à rester éloignée. Chacun d'entre nous part à l'autre bout du monde avec son lot de préjugés, plus ou moins distillés par le syndrome du sauveur blanc, mais là, je n'avais pas envie de me confronter au leur. Il fallait d'abord que je me concentre à lutter contre mes propres turpitudes, ce qui est un long chemin, mais surtout ma réalité du moment était beaucoup plus intéressante. Une distance qui n'a rien à voir avec le fait que mon anglais soit lamentable, bien entendu. Il n'empêche que sur le quai de la gare d'Ulaanbaator, ce petit groupe d'étrangers décide de se retrouver le soir même chez Bernard, un café bien connu des backpackers. Le léger snobisme que je viens de décrire ne m'a heureusement pas poussé à décliner l'invitation. Belle opportunité quand même d'avoir quelques tuyaux pour la suite. Le rendez-vous est pris, puis j'emboîte le pas de Lionel pour rejoindre la pension. Lionel est un garçon insaisissable. Son visage a quelque chose d'enfantin, qui détonne avec sa calvitie naissante et sa bedaine déjà bien développée, à tel point que je serais incapable de lui donner un âge. Il est jovial, cultivé, avec de l'assurance, et son sens de l'humour, un brin désuet, fonctionne bien au début. Je me demande cependant s'il n'est pas un peu mythomane, et j'ai le sentiment qu'il n'est pas ici pour se livrer à un tourisme des plus classiques. Il ne me met pas complètement à l'aise, sans qu'il y ait clairement de raison de le fuir. Alors je le suis. Pour l'heure, sa nationalité et sa qualité première, j'avoue. Il y avait bien Hugh, le grand et bel Australien, qui aurait pu me conduire à un hébergement de choix lui aussi, mais je ne comprends pas un putain de traître mot de ce qu'il dit. En chemin, Lionel a rencontré un de ses amis, ivre irlandais dont l'apparition fugace et chancelante me laissait médusée. Non pas que je n'avais jamais vu de mec bourré à 14h auparavant, rappelons ici mes origines normandes, mais celui-ci avait fait prisonnier de son ressac son jeune enfant en porte-bébé. Le temps qu'ils échangent quelques mots, mes prières allaient au Dieu, quel qu'il soit, qui aurait le pouvoir de ramener en lieu sûr ce petit, sain et sauf. En arrivant chez Nassan, Je découvre un appartement d'habitation assez classique dans sa disposition, à la décoration brève et datée, tapisserie jaune passée grossièrement rafistolée par endroit, sans être non plus délabré. Pas de réception ou de bureau d'information, la propriétaire habite en dessous et se contente d'encaisser les paiements sans fioriture. Une cuisine et une salle de bain communes, plutôt propres, et deux grandes pièces qui se répartissent une dizaine de lits simples et sommaires aux édredons vintage qui rendent les cheveux électriques. Il y a là un air de colocation étudiante où personne n'a trouvé utile d'accrocher un cadre, les allées et venues sont nombreuses et on y partage des plâtrées de pâtes pas toujours fameuses, mais sans conteste convivial. J'aime immédiatement cet endroit. Je fais la rencontre des autres occupants du lieu qui me réservent un accueil chaleureux. Il y a Isabelle, aventurière au grand cœur, Normande elle aussi, Adrien, presque encore un bébé et pourtant voyageur rodé, et Samuel, venu de Suisse pour traverser la Mongolie d'est en ouest, soit 1500 km à pied et en solitaire. Les trois jeunes Allemandes qui arriveront plus tard ne sont pas aussi amicales, mais cela ne nous empêche pas de mettre une ambiance réjouissante dans notre nouvelle maisonnée. Ensuite, chez Bernard, je retrouve comme prévu les têtes familières du transmongolien, et je m'inspire des informations que je glane pour commencer à planifier des circuits à travers le pays. Les différents accents me donnent vraiment du fil à retordre, Et même si ces gens sont tous sympathiques, je ne vois pas ici de compagnon de route idéal. La pétillante israéalienne a le contact très facile, mais elle a aussi tendance à se muer en petite chefetaine, pas sûr que ça m'enchante très longtemps. L'adorable couple de suédois avec son bébé est assurément en complet, et il n'y a rien à faire, Hugh doit se répéter trois fois pour que je le comprenne, ou que je finisse par faire semblant avec le petit air gêné à l'intérieur, souriant à l'extérieur dont j'ai le secret. Je m'étais par ailleurs gardé cette porte de sortie au cas où le plan de Lionel se révélait foireux, mais plus question à présent d'échanger mes joyeux lurons de chez Nassan. Isabelle et moi décidons de partir ensemble le lendemain pour Karakorum, localité à l'architecture soviétique de 9000 habitants aujourd'hui, à 350 km à l'ouest d'Ulan-Bator, Le fils de Genghis Khan en avait fait la capitale jusqu'à ce que Kublai Khan ne la déplace à Khanbalik, l'actuel Pékin. Le monastère d'Erdene Zuu fut construit sur les ruines de cette cité détruite par les Chinois après l'effondrement de l'Empire mongol, puis il fut très abîmé lors des purges staliniennes. Intéressant, non ? Je frime, mais j'ai fait ces recherches bien après. Sur le moment, je venais vivre ici l'aventure, parce que ce pays était pour moi l'image absolue du lointain. sans que je ne connaisse rien de son histoire. Et cela ne m'intéressait pas tellement d'ailleurs. Ce qui me plaisait, c'était ce que je pouvais découvrir, sentir, observer sur place, le nez en l'air. Accroché au mur du salon de chez mon père, cavalier chevronné mais explorateur immobile, il y avait un de ces panoramas des années 80 qui représentait une dizaine de cavaliers mongols en ligne de crête. Il avait l'habitude de vanter, rêveur, la robustesse de leurs chevaux et le lien fort de ce peuple à la nature et à leurs bêtes. C'est à sa mort que j'ai transformé mon vœu de voyage un peu diffus en réel appétit, presque urgent, avec la Mongolie pour destination première. A cette annonce, ma grand-mère m'a fait remarquer avec la même conviction qu'elle m'était dans l'amour qu'elle me portait, que la tâche de naissance au creux de mon bras avait les contours de la géographie de ce pays. Elle l'appelait "ma petite Mongolie", comme une prophétie à réaliser. Chez Nassan, chacun prépare sa prochaine étape et nous décidons d'aller ensemble au Khar Zakh, marché incontournable aussi bien pour faire des achats que pour l'endroit gigantesque à découvrir. Vêtements traditionnels, chapeaux et bottes, scelles et harnachements, mobilier mongol, antiquités, tabatières, tambours de chamanes et tant de bric à brac qui me gardent les yeux écarquillés d'étale en étale. Samuel, qui ressemble à Jack the Lost, oui c'est une référence de Millenials, cherche une authentique toque en fourrure pour se prémunir des -30°C qu'il pourrait avoir à affronter au cours de sa longue marche. Il n'est pas arrivé le jour où l'envie me prendra de m'infliger un tel enfer. Adrien, quant à lui, a besoin d'un pantalon neuf. Il veut être présentable pour rentrer en France. C'est vrai qu'il a un look de baroudeur crasseux, il a aussi prévu de raser sa barbe hirsute. Après deux ans sur les routes, la perspective du retour le stresse. Sans rien connaître de son histoire, je me demande bien ce qui a motivé ce jeune garçon à partir si longtemps loin de chez lui. J'en croiserai plusieurs des voyageurs au très long cours, comme coincés dans cette troisième dimension, et qui grâce à des petits boulots sur place, poursuivent indéfiniment leur trip. La liberté totale qu'offre une existence sans attache, c'est tentant. Écouter seulement ses propres envies, goûter inlassablement à la beauté des paysages inédits, et ne retenir que ce que l'humanité a de meilleur. Je confirme que le premier tramway matinal à mon retour en France, bondé et gris, après des semaines d'une telle intensité, n'a pas été des plus enthousiasmants. Pour ma part, le fait de sortir de mon quotidien familier m'a immergée dans une introspection sans précédent. Celle-là même qui m'a aidée ensuite à m'y atteler, à la vraie vie d'adulte, sans noyade. Après le marché, nous sommes allés boire un verre en terrasse. Activité banale à la saveur incroyablement dépaysante. dont je me délecte. Peace Avenue est le repère des voyageurs éparses dans cette capitale où, à l'instar du pays tout entier, le tourisme est encore confidentiel en raison des conditions d'accueil rudimentaires, alors que c'est précisément cette dimension, rebutante pour la plupart, qui détermine la physionomie des baroudeurs venus jusqu'ici. L'architecture d'Oulan Bator n'est pas spectaculaire, les bâtiments sont pour la plupart gris et cubiques, mais il y flotte un parfum unique. mêlant la fraîcheur de l'air, les émanations du bitume et les odeurs lointaines de nourriture roborative. Un menu gamin des rues tente de divertir notre petite bande avec ses pétulantes pitreries. Les autres sont vite agacés de son insistance alors que je m'étais laissée cueillir par l'attendrissement. Je reste songeuse face aux rares piècettes récoltées et à l'attitude la plus humaine à adopter dans ce genre de situation. Le soir venu, un véritable vent de folie souffle sur l'appart. Lionel s'est mis en tête d'amadouer les très sérieuses allemandes. Cette tentative se solde par un nouvel échec, toujours pas le début d'une moitié de ce qui pourrait ressembler à l'esquisse d'un sourire, mais peu importe, c'est le reste de la petite assemblée qu'il enflamme au son de sa voix de crooner et de son accordéon flamboyant. La canadienne baba cool se munit alors de son harmonica, Le mélomane Lorain empoigne sa guitare, Adrien n'a qu'à laisser exprimer sa virtuosité naturelle, et ils rejoignent le one-man show pour en faire un concert improvisé d'exception. Cette soirée entre routards réchauffés à la vodka dans une auberge miteuse est un véritable cliché tout à fait savoureux. Si cet épisode vous a plu, Retrouvez les photos de voyage d'époque sur le compte Instagram Naviguer à vue et rendez-vous dans deux semaines pour la suite.