Speaker #0Vous pensez qu'un ornithologue ça se balade dans la nature, ça regarde les oiseaux et ça note tout sur son joli petit carnet et puis la vie est belle, le soleil brille. Oui mais pas que. En réalité les ornithologues, comme beaucoup de scientifiques, passent beaucoup de temps devant leur ordinateur et c'est tout à fait normal. On va en parler justement. Qu'est-ce qu'ils font les ornithologues en prenant quelques journées de type d'ornithologues qui travaillent dans différentes institutions pour différentes causes. Le premier qu'on va prendre c'est celui peut-être auquel on s'identifie le plus. C'est l'ornithologue de terrain. Lui, il est dans une station de recherche, généralement assez isolée dans la nature, et son job, ça va justement être de faire des observations. Mais attendez, c'est pas tranquille, en buvant un café, dans un petit abri, peinard, avec son petit carnet. Non, non, c'est vraiment de l'observation scientifique, un petit peu plus complexe que ce qu'on fait en tant qu'anateur. Le gars... Il va se lever, là je prends l'exemple de Kevin McGowan, justement du Cornell Lab of Ornithology, dont je vous avais déjà parlé. Le gars, ça fait 26 ans qu'il étudie les mêmes corneilles, donc le même oiseau au même endroit à peu près. Le gars, il se lève à 4h30 du matin. Normal, vous le savez si vous allez observer les oiseaux, on va les observer juste avant le lever du soleil ou au lever du soleil. Et pour ce faire, évidemment, surtout si on fait de la science, il faut se lever plus tôt, parce qu'il faut aller poser son micro. Il faut aller poser son appareil photographique, monter ses jumelles, il faut mettre ses filets japonais, tout ça pour pouvoir être prêt quand les observations doivent démarrer. Et là autour de 5h30, évidemment je vous parle plutôt en heure d'été, à partir de 5h30, toutes les demi-heures par exemple, le gars va faire un comptage complet sur les 50 mètres autour de lui pour voir qu'est-ce qu'il y a comme espèce d'animaux et quel nombre il y a. Évidemment. J'imagine que c'est franchement rigolo la première fois, mais le faire tous les jours pendant 26 ans, j'imagine que je ne fais pas ça tous les jours pendant 26 ans, mais vous avez compris, le faire pendant autant longtemps, ça fait partie justement de la complexité du comptage sur le terrain et encore un endroit où la technologie n'arrive pas à 100% à faire la même chose que l'humain. Et donc c'est pour ça qu'il y a besoin de professionnels. Et de professionnels justement qui travaillent de façon scientifique, justement en faisant... chaque demi-heure, l'heure relevée. Le gars aussi, il a posé des filets, des oiseaux vont se prendre dans les filets, je vous rassure, si vous ne connaissez pas, c'est des filets qui ne blessent pas les oiseaux, mais quand même, il ne faut pas trop les traumatiser, il ne faut pas non plus que ça fasse un paquet d'oiseaux au même endroit, donc il va poser ses filets, et puis toutes les demi-heures, grand maximum, il va aller, il va sortir ses oiseaux pour faire un comptage, il va voir s'il y a une bague ou non, pour faire l'annotation de s'il est bagué, s'il n'est pas bagué il va peut-être le baguer et puis pourquoi pas mesurer ses ailes, son torse, etc. Faire des petites mesures comme ça pour générer de la data. Il va faire ça de 5h30 à 11h à peu près. C'est tout simplement parce qu'après, vous le savez, l'activité des oiseaux pèse pendant l'après-midi et puis elle reprend vers le soir. Et à ce moment-là, c'est le moment de rentrer toutes ces datas dans son ordinateur. Ce qu'il va faire donc, c'est télécharger ses 60Go de données d'audio. Il va ensuite faire du pré-traitement. C'est-à-dire qu'il va utiliser, j'imagine, un logiciel de reconnaissance pour enlever tous les sons qui ne l'intéressent pas. Il utilise RavenPro, par exemple, lui, en l'occurrence, pour faire de la classification. Cette classification, ensuite, j'imagine qu'elle n'est pas non plus hyper détaillée, parce que ce n'est pas possible de faire le tri de spectrogrammes de 6 heures en 3 heures. Mais il va faire, en tout cas, une présélection et il va ensuite envoyer ça sur les serveurs pour que ce soit utilisable par... d'autres chercheurs, de même avec ses observations, ses mesures etc. Il va les mettre sur eBird il va les mettre sur d'autres serveurs qui permettent d'être utilisés par des chercheurs. C'est évidemment comme tout travail scientifique quelque chose de très méthodique évidemment j'imagine qu'il y a des journées où ça doit être hyper cool et ça doit être des journées où il pleut où il y a du vent ça doit être quelque chose de plutôt très éprouvant et c'est très isolé souvent c'est un travail généralement très solitaire et évidemment comme c'est un travail on va dire de passion je pense que dans la majorité des endroits ça doit pas être des trucs qui sont extrêmement bien payés tout ça pour dire que voilà nous en tant que amateur quand on va se promener tout ça même qu'il ya des gens qui font ça relativement sérieusement dans leur liste aussi être tout ça ben si je devais le faire tous les jours par vent et marée je pense que je trouverais ça beaucoup moins marrant et en même temps les données qui génèrent justement c'est quelque chose d'extrêmement important. On a parlé la dernière fois un petit peu des algorithmes et de l'intelligence artificielle. Eh bien, elle ne peut pas exister sans données. J'ai parlé aussi, j'ai fait un épisode entier sur les data sets. Sans données, ce n'est pas possible. Et évidemment, il faut des gars comme ça qui vont fabriquer de la donnée et qui sont assez consciencieux et connaisseurs de leur travail pour que cette donnée-là, elle ait une excellente qualité qui puisse être utilisée par les algorithmes. On a aussi l'ornithologue, plutôt conservateur de musées et de collections. On a tous été dans des musées d'histoire naturelle où il y a justement... tous ces oiseaux empaillés etc. et vous le savez comme moi ce qu'on voit dans les musées c'est seulement une très petite partie des collections en réalité il y en a énormément partout et qu'il faut classifier documenter et renouveler si nécessaire donc là on est plutôt dans un travail de bureau entre guillemets où on commence un peu plus tard on va inspecter les spécimens en cours de préparation une peau d'oiseau par exemple ça nécessite vraiment plusieurs jours de traitement jusqu'au montage final. Sans compter qu'il faut que ce soit juste. Aujourd'hui, vraiment, il faut que ce soit fait très correctement. Le travail de le rapport oratoire, c'est quelque chose qui va l'occuper presque toute sa journée. Cataloguer les nouvelles acquisitions, la gestion de prêts scientifiques internationaux. C'est aussi une partie très importante, évidemment, de tout travail scientifique. C'est comment est-ce qu'on trouve l'argent pour payer ce qu'on est en train de faire. Et ça demande beaucoup de temps. Il y a évidemment la supervisation des étudiants si nécessaire. Il y a par exemple un stagiaire qui a raconté qu'il a monté 300 lames de poux d'oiseaux, parce que c'est pas seulement évidemment les oiseaux en eux-mêmes, mais c'est aussi les spécimens très spéciales, les spécimens de poux d'oiseaux par exemple, donc tout ce qu'il y a comme parasites autour des oiseaux, tout ce qu'il y a comme œufs, tout ce qu'il y a comme nids, tout ce qu'il y a, parce qu'aujourd'hui c'est pas seulement l'oiseau, c'est aussi son environnement qu'on va essayer de préserver, ça fait partie de ce job-là. et justement le gars il a Passer plusieurs semaines à juste aligner des poux sur des arfangues des neiges du Michigan. Voilà, encore une fois, c'est du travail très important. Et encore une fois, en parlant de technologie, l'intelligence artificielle, si une fois elle veut être utilisée justement pour faire du catalogage, pour ça, elle a besoin d'images de base et donc elle a besoin de 300 images de poux qui sont différentes, qui ont une taille différente, un petit peu des différences dans la couleur, etc. Ces gens qui font du travail de catalogage sont extrêmement importants et sont aujourd'hui en réalité à la pointe de la technologie, même si ce qu'ils font en soi, ce n'est pas forcément technologique. J'ai été il n'y a pas longtemps au musée d'histoire naturelle de Lausanne et justement, je pense que c'est ce qui se passe dans beaucoup de musées aussi, ils sont en train aussi de faire une révision de leur collection, notamment de savoir où est-ce que les choses ont été vraiment collectées, comment elles ont été collectées, à qui ces choses ont été données, appartiennent. Évidemment, on a plutôt toujours tendance à penser des choses culturelles des pays d'ailleurs, parce qu'évidemment, en Suisse, on a des musées qui sont cool et qui ont des choses de beaucoup de pays qui ne sont pas de chez nous et qui ont probablement été plus ou moins volés à des endroits. Et on pense toujours à, je ne sais pas, une cape, un chapeau, un trésor, quelque chose comme ça. Mais en réalité, c'est aussi le cas d'animaux, par exemple. Il y a l'histoire d'un rhinocéros, là-bas justement au musée, où évidemment, comme la société a changé, c'est passé de « Oh, c'est un trophée de chasse incroyable pour le musée » à « Aujourd'hui, on a un peu honte parce qu'on a envoyé un mec buter un rhinocéros pour pouvoir le mettre dans notre musée » , ce qui n'est franchement pas ouf, sachant que déjà, c'est tuer un animal juste pour l'exposer. En plus, les rhinocéros, il n'y en a pas non plus des tonnes. Et aujourd'hui, il y a aussi tout le côté de, il y a des oiseaux qui ont été montés d'une certaine manière. Est-ce que vraiment ça respecte l'oiseau en lui-même, son anatomie, je veux dire, pas l'oiseau en lui-même ? Il y a vraiment beaucoup de choses qui doivent être faites dans les musées, justement au niveau du catalogage de tous ces animaux pour qu'ils soient utiles pour la science. On a aussi beaucoup de choses qui n'ont pas de traces numériques. Et donc imaginez, vous avez un oiseau qui a été tué, je ne sais pas où, dans les Calapagos il y a 60 ans. Et bien c'est peut-être super intéressant d'en faire un modèle 3D, peut-être de prendre un petit peu de matériel pour en faire une analyse génétique du génome. Toutes ces choses qui sont dans les musées, elles ont une valeur aujourd'hui qui est presque encore plus grande parce qu'il y a même des trucs qui ont disparu. Et donc du coup le fait d'avoir un animal comme ça, c'est extrêmement intéressant et ça va donner de la data que il y a 60 ans n'existait pas, ne pouvait pas être créée ou pouvait être créée mais à des prix astronomiques aujourd'hui ça coûte vraiment beaucoup moins cher. Et évidemment pour faire ça, il faut des gens qui connaissent et encore plus précisément qui connaissent ces espèces là, qui les ont peut-être vu en réel etc. et ça demande donc notamment des ornithologues. Passons à un autre domaine, l'ornithologue en bureau d'études environnementales. Là, ce sont des ornithologues qui vont étudier l'impact de nouvelles constructions, par exemple, sur les oiseaux. Ça va réunir de l'observation, de la personne en elle-même, beaucoup, beaucoup, beaucoup de travail sur les données et sur les réglementations. Là, c'est pris l'exemple d'un parc d'éoliennes, en l'occurrence une spécialiste, Sharon Sittler, qui dit qu'elle arrive justement sur le parc éolien. très tôt le matin pour justement commencer à faire l'observation de qu'est-ce qu'il y a comme oiseau dans ce futur parc qui va éventuellement être ouvert. Elle va vérifier la vitesse du vent, son sens, la nébolisité, la température, plein de facteurs très importants pour savoir est-ce que c'est un endroit où il y a beaucoup de risques qu'il y ait des oiseaux ou pas. Elle va faire beaucoup de relevés, elle va faire de la cartographie au GPS. Tout ce qu'elle fait, ça va être géoréférencé, évidemment, pour savoir, voilà, j'ai vu tel oiseau à tel endroit, qui allait dans telle direction, à telle hauteur, il y en avait tant. Elle va regarder aussi les rapaces, par exemple, qui ont tendance à rester au même endroit et à tourner en rond, ce qui n'est pas très cool quand il y a des éoliennes qui vont être montées. Elle va probablement poser des caméras, probablement poser aussi des micros pour pouvoir voir pendant la nuit, est-ce qu'il y a de l'activité ou non pendant la journée. Elle va étudier aussi les cartes de migration, bien sûr, pour savoir si et quel oiseau passe à quels endroits et à quel moment. Tout ça, ça va lui prendre beaucoup de temps, justement, d'assembler de la data, que ce soit sur le terrain ou alors en ligne. Elle va aussi devoir regarder par rapport à la législation, comment tout ça se passe. Alors là, en l'occurrence, c'est aux États-Unis dont je vous parle, mais il y a vraiment des règlements par rapport aux migrations, par rapport à quel type de migration qui passe et quand, si c'est des oiseaux qui sont plus ou moins... en danger, etc. Ça va avoir de l'influence, de l'impact sur la réalisation d'un parc éolien. Et elle, elle va faire un rapport justement d'une cinquantaine de pages qui va notifier les risques de collision, les prévisions de nombre d'oiseaux morts. Elle va proposer des mesures d'évitement. Donc ça peut être un arrêt de turbine durant les pics migratoires. Ça peut être des façons d'éloigner les oiseaux de ces endroits-là. Ça peut être de l'observation pour savoir quand est-ce qu'ils passent. Bref, son travail, ça va être... en réalité beaucoup d'analyses et de légales, donc beaucoup de temps dans un bureau, même si elle va quand même probablement faire de l'observation. On peut citer ensuite le garde de parc. Il y en a dans les parcs nationaux, alors aux Etats-Unis bien sûr, mais en Suisse, on a aussi beaucoup de réserves où justement il y a des gardes qui vont généralement faire le tour le matin, regarder qu'est-ce qu'il y a comme espèce, qui vont pouvoir faire beaucoup d'éducation pour les classes d'enfants qui vont passer, qui vont pouvoir récolter de la data aussi. et qui vont essayer de représenter dans la région justement l'intérêt de la nature, de la biodiversité. C'est aussi des postes qui sont très importants et on a besoin de gens qui savent ce qu'ils font justement. En tout cas, si je peux vous encourager à faire un truc, c'est vraiment d'aller dans ces endroits-là, parce que généralement les gens qui y sont, sont des passionnés et vont pouvoir vous dire vraiment plein de choses sur l'endroit en particulier. Par exemple, si vous faites de la photo, vous allez dans un endroit, vous allez pouvoir demander qu'est-ce qu'il y a comme oiseau aujourd'hui, à quelles heures il faudrait venir etc. Vous pouvez leur demander quels sont les meilleurs postes d'observation, vous pouvez leur dire j'ai envie vraiment de photographier tel oiseau, j'aimerais savoir quand est-ce qu'il passe chez vous. Et généralement c'est des gens qui sont à l'appui des années et qui vont vraiment pouvoir vous répondre précisément et qui sont très agréables, ils sont très à la cool. Franchement c'est toujours des très bons moments, ils ont leur jumelle autour de cou et ils vont vous dire tiens regarde là-bas il faut voir ça, ils vont prendre du temps pour vous, ça c'est vraiment génial. Bref c'est toujours des très jolies rencontres et des gens qui sont justement très importants. Encore une fois je dis ornithologue mais ça peut être des ornithologues amateurs pro quoi. D'ailleurs en revenant sur le côté conservation je sais pas vraiment comment c'est dans les autres pays mais j'imagine que c'est souvent un peu la même chose. En Suisse par exemple on a eBird et Vogel-Varte qui sont deux associations qui s'occupent principalement des oiseaux mais vraiment de la biodiversité en réalité parce que dans ces endroits quand vous allez observer les oiseaux il y a aussi des grenouilles, des serpents, il y a plein d'autres animaux, des castors etc. qui sont dans ces endroits-là, ils vont avoir des ornithologues qui vont avoir pour but de maximiser l'impact de ces endroits-là sur la biodiversité. Ça peut être autant ajouter un abri, mettre des nichoirs, organiser des activités avec les classes, mais ça va aussi être dans le côté politique, justement. Qu'est-ce qu'on va défendre comme mesure ? Qu'est-ce qu'on va amener comme mesure ? Comment est-ce qu'on peut pousser, je ne sais pas, par exemple, les fermiers à... à laisser des endroits autour de chez eux qui sont sauvages. Par exemple, chez moi, j'habite à Eigerthen, qui est près de Bienne en Suisse. Il y a deux chêneries qui sont exploitées, où ils vont couper du bois. D'ailleurs le bois dont je me sers dans ma cheminée, il vient de ces endroits-là. Donc c'est dans ces endroits qui sont utilisés depuis vraiment très longtemps, c'est je crois les plus anciennes de Suisse, pour cultiver des arbres et pouvoir s'en servir pour se chauffer. Et bien ces endroits-là, il y a une étude qui a commencé en 2023, qui se finit en 2047 je crois, qui est faite justement par Vogel Varte pour essayer de travailler avec les exploitants de ces forêts-là pour... isoler certains endroits, éviter de couper tous les très vieux arbres par exemple, je crois qu'il y en a un qui a 300 ans, je ne sais pas où il est mais en tout cas il est dans le coin, pour ouvrir des mares, etc. Pour justement maximiser la biodiversité dans ces forêts, notamment le pic mare par exemple, qui est dans ces forêts-là, et qui est à sauvegarder notamment. Et puis encore un autre tout petit oiseau très mignon. Il y a le côté aussi là où on a à la fois besoin d'avoir des ornithologues qui sont capables de dire qu'est-ce qu'il faut faire, mais aussi tout le côté politique. Alors voilà, c'est un petit résumé comme ça, c'est quelques petites images comme ça que j'avais envie de partager avec vous pour me dire qu'est-ce que fait un ornithologue dans sa vie. Parce que nous, on est amateur, on va observer les oiseaux, on s'amuse bien, mais il y a quand même des vrais gens qui travaillent vraiment, dont c'est vraiment le travail et il faut respecter ça. parce que sans eux, notamment ces îlots de biodiversité qui existent dans nos pays, je pense qu'ils auraient tendance à ne pas exister. Et sans ces gens qui viennent avec des propositions concrètes au niveau politique, par exemple, qui puissent ensuite être votées ou non par les citoyens, sans ça, probablement qu'on ne s'inquiéterait pas trop. La prochaine fois, j'ai envie de vous parler de la bioacoustique. C'est quoi ? Ça sert à quoi ? Et comment est-ce que vous, vous pouvez en faire ? Allez, à ciao, bonsoir.