Speaker #0La bonne nouvelle, c'est qu'il chéchit d'y croire. Si tu écoutes cette bonne nouvelle, tu remarqueras que ce n'est pas la voix de Marc-André. Et si tu es en train de la lire, tu le comprendras. Alors pour celles et ceux qui ne me connaissent pas, je m'appelle Ludivine, j'ai 33 ans, et je suis passionnée de course à pied. Cela fait quelques années que je travaille avec Marc-André sur mon épanouissement personnel, professionnel et sportif. Le mois dernier, j'ai expérimenté... dans une compétition sportive qu'il suffisait d'y croire. Et je vais vous partager mon histoire. En décembre 2025, au retour d'un voyage au Népal, d'un mois, je prends la décision importante d'aller m'installer en Corse. Je n'y connais pas grand monde, je n'y ai pas de travail, je n'ai pas de logement, et rien physiquement ou matériellement ne me rattache à cette île de beauté. Mais j'ai le sentiment... et l'intuition que je dois y aller. Que c'est là-bas que je trouverai ma place pour une durée que je ne connais même pas. Je voulais partir sereine et régler quelques soucis personnels avant de prendre le départ. Dans ma tête, je me suis dit que je voulais partir pour fin janvier 2026. Cependant, au 30 janvier 2026, j'étais toujours dans mon or natal, un peu paniquée de ne pas être en Corse et surtout fatiguée. de ces soucis qui se cumulaient. Je n'en voyais pas le bout. Un jour de fin janvier, Christian, un bénévole qui encadrait une course que j'ai réalisée en octobre 2025 en Corse, m'envoie une invitation pour les 24 heures de vignettes. Le concept est simple, courir 24 heures autour d'une piste d'athlétisme. Cette course aura lieu le 28 février 2026. J'ai vu cette invitation comme un signe. comme une lumière dans le noir que je traversais à ce moment-là. Et deux jours après cette invitation, j'étais inscrite. Inscrite avec deux convictions. La première, je serai installée en Corse au plus tard pour cette course. Et franchement, il ne me restait que trois semaines, et au début, j'avais du mal à y croire. La deuxième, je gagnerai cette course. Oui, car vous ne le savez pas, Mais l'année dernière, j'ai vécu l'expérience de terminer deux fois sur la deuxième marche du podium féminin, toutes catégories confondues. Et pour les 24 heures de vignettes, sans aucune expérience sur ce type de format, sans savoir comment mon corps allait réagir, sans savoir si mon mental allait tenir, je me convainc que je gagnerai les 24 heures de vignettes en étant à minimum première féminine mais aussi dans le top 3 général hommes et femmes confondus. L'année dernière, sur cette course, pour être sur le podium général, il fallait établir plus de 200 km en 24 heures. Voilà mon objectif en tête, m'installer en Corse dans moins de 3 semaines et gagner la course que je m'apprête à parcourir. Je tiens à préciser que cette victoire, je la voulais pour moi-même. Je voulais battre... personne je ne connaissais pas grand monde de toute façon je voulais gagner pour me prouver que j'en étais capable pour moi aussi devenir la première tous les matins après ma méditation de quelques minutes j'écrivais dans mon cahier ce que je viens de mentionner je veux m'installer en corse et je veux gagner les 24 heures de vignettes à ajaccio croyez moi si vous le voulez mais les travaux que j'avais engendré dans un appartement que je mets habituellement en location et qui avait plus de 3 semaines de retard se sont magiquement débloquées et le retard n'a pas été complètement rattrapé mais suffisamment pour que l'appartement soit terminé à mon départ dans un autre logement mes locataires m'ont fait vivre de grandes émotions j'avais une décision importante à prendre avant mon départ pour partir sereine J'ai dû décider que mes investissements locatifs qui initialement étaient des roues de secours pour ma future retraite ne correspondaient plus avec la sérénité d'esprit que je souhaitais. Il m'a fallu accepter une insécurité financière potentielle à venir et j'ai décidé de vendre mes logements. En une semaine, j'ai réussi in extremis à contacter des agences immobilières, faire des visites et inscrire mes biens dans trois agences différentes. J'ai parfois dû insister, mais je n'ai rien lâché. En parallèle, je travaillais. Je cumulais les missions d'intérim pour générer de l'argent et avoir une petite avance pour la Corse. Sportivement, je m'entraînais 10 à 15 heures semaine dans trois disciplines. Courses à pied, natation, cyclisme. Quand je courais ou faisais du vélo, je m'imaginais sur la piste. Je m'imaginais courir. Je m'imaginais parfois être dans le dur, comme on dit dans le jargon. Je m'imaginais sourire. Rire avec les participants. J'imaginais l'entraide, le soutien du public, j'imaginais la musique, le speaker et la victoire. Dans mes visualisations, je gagnais toujours. Première femme sur le podium, mais aussi première fois pour une femme dans le top 3 général. Car si j'arrivais à atteindre le top 3 général, je faisais de cette victoire une première. Depuis la création de cette course. Ouvrir la voie. Inspirez les autres femmes, inspirez les petites filles, montrez que tout est possible. J'ai toujours eu le sentiment qu'en Corse, tout allait s'aligner. Ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais rien. C'est une intuition. Je n'avais pas de logement en Corse, mais je n'étais pas inquiète. Je postulais à des offres, je cumulais les réponses négatives, mais je savais que j'avais trouvé. Et j'ai trouvé deux jours avant d'arriver en Corse. Pour aller en Corse, j'ai roulé pendant... Allez, devinez, j'ai roulé pendant 24 heures tout pile. Et oui, je viens du nord-nord de la France et je devais prendre le bateau à Toulon dans le sud-sud de la France. Pour économiser de l'argent, j'ai décidé de ne pas prendre les autoroutes payantes très coûteuses. Mais prendre les nationales, c'est long, très long. Enfin, 24 heures. Et j'ai réalisé, en arrivant au port de Toulon, que j'avais dû m'arrêter pour faire des siestes dans les 24 heures de voiture. Le doute arrive. Et si finalement, c'était trop ambitieux de se dire que moi, j'arriverais à courir sans m'arrêter pendant 24 heures. C'est quand même long après tout. De suite, je me reprends. Ludivine, tu vas y arriver, tu vas gagner vignette et courir 24 heures. Et si tu as besoin d'une pause, et bien c'est pas ma préférence, mais t'en prendras une. De toute façon, c'est mon corps qui me dira ce que je dois faire. Je m'installe le jeudi, le vendredi, j'ai mal partout. J'ai fait 24 heures de voiture et 11 heures de bateau pour traverser la Méditerranée et arriver en Corse. J'ai mal au dos, de la posture assise et mon corps est dans ses tensions habituelles de veille de course. Car oui ! la veille d'une course, j'ai remarqué que j'étais souvent tendue. En réalité, j'ai compris au fil du temps que mon corps se préparait sans que je n'aie rien à faire. Mais ces tensions me donnent aussi l'impression d'être tout trouillée et surtout, me donnent la peur de l'échec. Le vendredi soir, je fais une séance d'étirement via le yoga et je termine par une méditation de visualisation où je vois la course. Je vois des difficultés, mais surtout de l'amour, des sourires et des partages entre coureurs. Et enfin, la victoire, moi qui lève cette coupe heureuse. Le samedi matin, le départ de la course est à 11h pétante. Les coureurs peuvent se rendre dans l'espace Ravito prévu à cet effet à partir de 9h pour s'installer. Je me réveille finalement sereine et détendue. Quelques tensions persistent, je sais que mon corps n'a pas aimé le trajet. Je prends mon petit-déj comme d'habitude et je termine mon sac que j'avais commencé à préparer la veille. Je suis finalement sereine et je décide de partir en stop sur la ligne de départ. C'était risqué pour certains, mais moi je savais que ça allait fonctionner. Au pire, je marcherais. Sur les 7 km qui me séparaient du départ, j'ai peut-être marché 200 m. Car oui, je savais bien que je trouverais des personnes pour m'emmener. Lors de ce stop, j'ai rencontré René. Une femme incroyable qui m'a partagé que sa mission de vie, après avoir survécu à la maladie, était de partager l'amour et qu'elle me souhaitait tout l'amour du monde. Puis, j'ai rencontré un couple qui me disait que lui était corse et elle venait du continent. Ils me racontaient leur histoire d'amour. C'était incroyable, ce que René m'avait expliqué 5 minutes avant, je le voyais dans la réalité. L'amour. Lors de ces rencontres en stop, j'étais tout simplement... Entouré et baigné dans l'amour. J'arrive au gymnase en avance, vers 8h20. Mais tout est prêt et je peux m'installer. J'installe mon ravito personnel sur mon espace dédié. Ice tea, bar de céréales, cacahuètes. Je prépare aussi mes vêtements de rechange. Quand on passe devant moi, on me charrie en disant qu'ici, on est au spa, à l'épicerie, de vignettes. Il y a quelques années, je me serais mise dans un trou de souris si on m'avait dit ça. Là, j'ai assumé, j'en ai même ri. Quand on me demande mes ambitions, j'ose dire que je veux faire 200 km. Certains m'encouragent, d'autres me disent que c'est ambitieux. Et je vois que des hommes me regardent d'un air interrogatif. Est-ce qu'elle est vraiment sérieuse ? En est-elle réellement capable ? Je ne suis pas connue, je ne connais personne. C'est assez drôle cette situation. Mais je décide de me mettre dans ma bulle. Dès que le doute arrive, je me répète. Je gagne vignette. Je gagne vignette. Je cours 200 km. Et je termine toujours par me dire, je fais de mon mieux à chaque instant de cette course. Ce qui ne veut pas dire que je serai toujours au maximum du maximum de ce que je peux donner. Mais je serai au maximum à chaque instant, même si je dois parfois marcher pour récupérer. Sur la ligne de départ, je lâche complètement prise sur le résultat. Je m'enferme dans ma bulle, je profite de l'instant. Je cours, je suis à vignettes, waouh c'est génial ! Je sais d'expérience aussi que je dois me contenir, car je pourrais partir trop vite et me griller. Je pourrais aussi trop en faire, mettre l'ambiance. Car oui, dans les courses j'aime bien me lâcher et mettre l'ambiance, mais cela me demande de l'énergie. Alors je souris, j'encourage les coureurs que je double, je mets en place mon rituel, courir sur la piste. marcher à l'approche de mon ravito pour faire descendre le cardio, manger une bouchée de quelque chose, boire 2-3 gorgées à chaque tour mon rituel est mis en place, je pars sur une base de 9 km par heure. Je ne m'arrête jamais, toujours en mouvement je ne me pose pas de questions. Quand je doute, je me rappelle je suis en train de gagner les 24 heures de vignettes, je fais de mon mieux à chaque instant. Sur les six premières heures de course, je me sens au bon endroit au bon moment. Je ne connais pas le classement. Je ne regarde pas le classement. Pas besoin. Si je suis en train de donner le maximum de moi-même à chaque instant, je n'ai pas besoin de regarder ce que font les autres. Je ne pourrais pas donner plus pour le moment. Au bout de quelques heures, j'entends le speaker annoncer les résultats. J'entends mon nom, mais je n'entends pas mon classement, car je suis à l'autre bout de la piste. Je me dis qu'au moins, à minimum, je suis dans le top 3 féminin. car il donnait le top 3 hommes et le top 3 femmes. J'ai une bonne foulée, mon rythme se cale, je prends beaucoup de plaisir. Je suis tout le temps en train de sourire, en train de blaguer, en train de papoter. Je suis tellement heureuse d'être là et je partage ma bonne humeur. Je prends même le temps d'aider un coureur qui a un problème de dossard. Mon égo me dit que je perds du temps à aider les autres et que ce n'est vraiment pas la bonne stratégie pour gagner. Je lui réponds qu'on ne perd jamais de temps à rendre... à se rendre service sur ce type de format. Et d'ailleurs, qui sait ? Il se pourrait bien que dans une heure, j'ai besoin d'aide pour quelque chose. L'entraide est importante sur l'ultra-running. On n'est pas toujours lucide quand on court très longtemps. Une heure plus tard, le speaker reprend la parole et annonce le classement. En réalité, je comprends que la tête du classement est tenue par un certain Guillaume et que je suis la deuxième au général. Waouh, c'est trop bien ! Mais attention, rien n'est gagné. Il reste plus de la moitié de la course. Je peux péter, comme on dit dans le jargon, c'est-à-dire lâcher physiquement ou mentalement. Ou quelqu'un d'autre peut accélérer et me dépasser. Je prends la décision de continuer ainsi. Les tours se passent et se ressemblent, il fait beau et chaud, on a de la chance. Je cours, je marche, je bois, je mange et ainsi de suite. Quand je sens que j'ai du mal, que ma tête commence à trop me parler. D'avoir la flemme, je me mets de la musique. Finalement, j'ai seulement mis de la musique pendant 2h30 à deux moments différents sur les 24 heures de course. A chaque tour, j'ai aussi un rituel. Je parle à mon corps, je le remercie. Je lui dis que je le trouve incroyable, que je le trouve trop fort, que j'ai de la chance de l'avoir. Et je lui demande ce qu'il a besoin pour continuer ainsi. Salé, sucré, boire, ok, mais quoi ? Tu veux de l'eau, un soda, etc. Il me répond toujours. La nuit arrive. À un moment, c'est un moment où tout peut basculer. Courir dans le noir n'était pas mon point fort. Je commence à peine à m'y sentir plus à l'aise. Avec la nuit, le froid et l'humidité s'installent. Je cours, mais j'ai froid. Le speaker annonce pour ma part les 117 km. Le premier de la course, Guillaume, a 4 km d'avance sur moi à la tombée de la nuit. J'entre dans un moment où mentalement et physiquement, ça devient compliqué. J'ai froid, je dois me couvrir, mais à chaque fois que j'entre dans le gymnase, il fait super chaud et j'oublie que dehors j'ai froid. Ah oui, j'oubliais. Je suis venue seule sur cette course. Je n'avais pas d'assistance. Donc personne ne peut me rappeler que dans ces moments moins lucides, que dehors il y avait la sensation qu'il faisait environ 0°C, alors que quelques heures auparavant, il y avait 20°C. Une heure après l'annonce des 117 km, le speaker m'annonce que je suis à... 117 km. Aïe. Dans ma tête, tout se chamboule. La puce de mon dossard a un problème. C'est impossible. J'ai couru pendant 7 heures. Le speaker est aussi surpris que moi et je vais voir la femme qui s'occupait du classement. Elle commence par me dire que ce n'est pas possible. Je lui confirme qu'il y a bien un bug. Et je me dis, dans un instant de lucidité, soit je perds mon temps à la convaincre, soit je m'en remets à plus grand et je cours. Je finis par lui dire droit dans les yeux, je ne vais pas perdre plus de temps, je vous fais confiance pour régler ce problème. En vérité, à ce moment-là, j'avais conscience que je parlais davantage à ce que je nomme l'univers à travers cette femme. Je repars sans savoir qui, mes tours pour le moment perdu, seraient comptabilisés. Et sans savoir ! Si mon dossard continue de fonctionner. C'est dur. Je dois convaincre mon égo de lâcher prise. Allez, si je dois gagner cette course, je vais la gagner. Je sais que j'en suis capable. Je sens que la vie me teste, mais je continue d'y croire. J'ai le sentiment que les tours sont beaucoup plus longs. Je marche davantage. Je négocie avec mon corps que si je passe les 150 km avant les 18 heures de course, nous pourrions envisager... une pause. Mon corps s'accroche. Je passe parfois à travers mon genou. Mais je continue. On me demande « ça va ? » Je réponds toujours oui. Car après tout, ça va. Je fais de mon mieux à chaque instant, donc ça va. Je continue de sourire. Les supporters ont disparu avec la nuit et le froid. Les coureurs aussi. Certains se sont arrêtés pour dormir. Puis, je croise des personnes que j'avais rencontrées sur une autre course en Corse. Ils venaient prendre le relais de leur équipe, car on pouvait aussi faire les 24 heures en relais en équipe. Je finis par confier à l'un d'eux, Alain, punaise, c'est long, je ne les vois pas arriver les 150 km. Croyez-moi si vous le voulez, 10 minutes après avoir déposé cela auprès de cet homme, le speaker annonce, pour moi, 145 km. Wow, trop bien ! Les 150 km approchent, je peux encore le faire et là mon corps se relance. Je cours de nouveau presque aussi vite qu'au début et je passe les 150 km à 18 heures de course. Tout est encore possible. Cependant, j'avais négocié avec mon corps une potentielle pause au passage des 150 km. Il y avait un pôle soin avec kiné et ostéo. qui faisait des massages aux coureurs et qui réparait les bobos. Je prends mon jogging et je dis à mon corps, avant de me changer, on va se faire masser. Comme ça, tu te reposes un peu pendant le massage et après on se couvre et on repart. Je me rends au pôle soins, qui est aussi sur le parcours, et tout le personnel était occupé. Je décide de poser mes affaires pour réserver une place après les deux personnes qui attendaient déjà leur tour. Je leur dis Merci. Je refais un tour et j'arrive, ce que je réalise. Une fois de retour, le personnel est toujours occupé et n'a pas terminé les personnes présentes avant moi. Je redis la même chose. Je refais un tour et j'arrive. Mon corps comprend la stratégie et on ne perd pas de temps. Je reviens et cette fois-ci, quelqu'un avait pris ma place. Je comprends alors que cela sera compliqué de se faire masser sans perdre au moins 10 voire 15 minutes car il y a trop de monde. Je décide donc de me changer, de me couvrir et de repartir sur la course. J'explique la situation à mon corps. Il comprend. Je lui promet qu'on irait chez l'ostéo la semaine suivante. Et je tiens mes promesses, il le sait. Le fait de me couvrir et en fait de me vêtir en jogging et ensuite à capuche apporte à mon corps de la chaleur et un certain confort dans ce froid. Tout le monde est habillé avec des vêtements de coureur, terrain, près du corps. Je fais cela d'habitude moi aussi. Mais je n'aime pas ça. J'ai assumé que moi, en deuxième position du classement général, j'étais en train de courir en jogging du dimanche et ensuite à capuche. J'en fais rire plus d'un et en vrai, ça me va bien. Une chose ne m'a quasiment jamais lâchée, le sourire. J'étais très stressée souvent en train de sourire aux coureurs, aux spectateurs. En fait, dans la nuit, j'ai eu plus de difficultés, car je me suis habillée trop tardivement. J'étais en short et avec un simple t-shirt manche longue les trois quarts de la nuit. Mon corps a dû lutter contre le froid, dépenser de l'énergie inutilement. Et je le comprends, rapidement. Je m'en veux quelques secondes, mais au lieu de partir en rumination contre ce que mon ego appelle « mes mauvaises décisions » , je me rappelle simplement « je suis en train de gagner vignette, je fais de mon mieux à chaque instant » . Cela coupe court à toute discussion inutile avec mon ego. Le jour se lève. Waouh ! C'est toujours un moment privilégié pour les coureurs qui ont passé la nuit. On voit le soleil passer les montagnes sur les hauteurs du golfe d'Ajaccio. Je me laisse éblouir par ce soleil qui me réchauffe. Quelle chance on a ! Il fait de nouveau beau pour ce second jour de course. Les spectateurs reviennent au petit matin. Ils prennent le café en regardant les résultats sur l'écran. On me dit « t'as toujours le sourire toi malgré la nuit » . On me dit aussi « C'est super ce que tu fais, bravo ! » En vérité, j'ai eu des coups de mou, mais je ne trouve pas forcément cela difficile. Oserais-je dire plutôt facile. Lors d'un tour, le speaker m'accompagne sur la ligne qui comptabilise les tours et m'annonce que je viens officiellement de passer les 180 km. À ce moment-là, dans ma tête, tout s'emballe. Les larmes de joie me montent. C'est incroyable ce qui est en train de se passer. On m'a envoyé quelques jours après la course une photo que je vous partage de ce passage et je ne m'en suis même pas aperçue sur le moment, mais j'ai mis mes mains en prière et j'ai fermé les yeux. Comme si finalement, je remerciais l'univers. Je venais de battre mon record personnel en temps et en distance. Autrement dit, c'est la première fois de ma vie que je courais 22h et 180km. Merci la vie. Il y a quelques temps de cela, je me serais mise à pleurer de joie et je n'aurais pas su contenir mes larmes. Ici, après ces quelques instants de bonheur à jamais ancrés dans mon corps et dans mon cœur, je décide lucidement de me concentrer et de reprendre la piste. Les gens m'applaudissent, m'encouragent, autant, voire plus que j'encourage les autres coureurs. Il me reste deux heures de course. Chercher les 200 km s'annonce compliqué, je le sens. 20 km en deux heures, je ne les passerai pas. après 180 km de course. La nuit m'a fait ralentir, mais j'arrive à ne pas m'en vouloir. Alors que l'organisation nous offre un pain au chocolat pour le petit-déj, et que, oui, je suis évidemment en train de le manger en marchant, un homme vient me voir. Il m'annonce que, malgré la nuit, j'ai rattrapé Guillaume et que je suis à un tour, soit 1,250 m, 1,200 km, pardon, du premier. Je suis complètement en capacité de la voir car j'ai la forme physique et que Guillaume semble souffrir du corps et douter mentalement. Il me dit, il doute. Il n'arrête pas de se retourner pour regarder où tu es et ce que tu fais. Je ne sais même pas pourquoi, mais je lui réponds, mais moi, je ne doute pas. Cet homme fait un tour de piste avec moi et il me dit que j'en ai vraiment sous le pied. et que je peux tenter quelque chose. Donc je remets du rythme dans ma course, j'accélère. Guillaume le voit, il accélère lui aussi. On se croise, on se sourit. Je fais même quelques mètres avec lui, je lui parle. On n'est pas dans une compétition malsaine. On sait tous les deux que le meilleur gagne. Cet homme est staffé. Il a ce qu'on appelle des lièvres. Ce sont des personnes qui se relaient devant un coureur pour donner du rythme. Comme ça, le coureur n'a pas à réfléchir. n'a pas regardé sa montre, rien, il court. Au bout de 30 minutes environ, je sens qu'en faisant cela, je me fatigue. Je ne me sens plus dans mon rythme, je ne me sens plus dans mon alignement. Je finis par dire à l'homme qui m'avait encouragé à tenter quelque chose, je vais reprendre mon rythme, je suis en train de me cramer, et moi je veux terminer bien, sans me blesser. Cette personne, je vais apprendre plus tard qu'il s'appelle Sauveur. Je n'aurais même pas pu l'inventer. Et qu'il préside la Ligue Corse de triathlon. Je reprends mon rythme. Quand je vois ce Guillaume sur le parcours, je lui dis « Je te la laisse, je ne vais plus revenir » . Autrement dit, je te laisse la victoire, puis je me reprends et je lui dis « Enfin, tu l'as bien prise, bravo, tu es bravo » . Et dans ma tête, je suis première féminine et deuxième au général. Je suis déjà hyper contente. Je sais que les deuxièmes hommes et femmes ne pourront pas me rattraper. Sauveur me l'a dit, l'écart est trop grand. L'accélération que j'ai tenté m'a un peu sonné quand même. Et 30 minutes avant la fin de course, je suis en train de marcher sur la piste. Deux hommes d'un autre club de triathlon me disent, attends Ludivine, t'as couru pendant 24 heures, tu ne vas pas marcher maintenant, tu repars avec nous. Et j'accepte volontiers l'invitation. On papote, oui ça reste ma spécialité en compétition, je comprends que l'homme qui se tient à ma droite et le finaliste de la course que j'avais réalisé en octobre en Corse. Il était le deuxième homme et moi j'étais la deuxième femme. Il me dit cette année je gagne. Je lui réponds si tu veux gagner, ce sera contre moi car j'ai aussi prévu de gagner. Et on éclate de rire. On fait deux tours à petite foulée. A la fin du second tour que je réalise avec ces hommes mais aussi deux femmes. qui voulait terminer avec moi. Je remercie le groupe et je leur dis que je suis très heureuse d'avoir terminé ma course avec eux. Mais lorsque j'arrive, je vois sur le chrono qu'il reste 8 minutes de temps de course. On avait fait les deux derniers tours à 10-11 minutes par tour. Je leur dis, ça se tente. Ils me répondent, pas vraiment. Je leur réponds, faites comme vous voulez, je le tente. Etienne... Et Olivier, en t-shirt rouge sur la photo, décide de me suivre. Et je pars comme une flèche. Pour vous donner une idée, avec plus de 190 km dans les jambes, je suis partie sur une base de plus de 14 km heure. D'où venait cette énergie ? Je n'en sais rien. L'un des deux, je ne sais même plus lequel, se met devant moi et joue les lièvres. Étienne et Olivier faisaient partie d'une équipe qui faisait le relais. Donc en fait, ils n'avaient pas couru autant que moi. Ils en avaient encore sous le pied, car ce sont de très bons coureurs. L'un me tire, l'autre se met derrière moi et me pousse. Et moi, je me parle à haute voix. Allez Lulu, allez, allez, tu vas le faire. Allez, lâche pas, ça va aller. Je double Guillaume, qui lui est à l'arrêt sur la piste, les jambes figées de douleur. Je lui dis de repartir, de m'accrocher, mais il stoppe sa course. Les gens avaient commencé à se mettre sur la piste pour le dernier tour collectif qui devait se faire en marchant. Je leur crie « Pardon, pardon ! » On traverse le gymnase comme des flèches et on passe la ligne 3 minutes avant la fin du chrono. Je crois bien que j'ai fait mon meilleur temps sur le dernier tour de cette course. Je suis heureuse. On vient me féliciter pour ma seconde place au général et ma première place féminine. On me demande même des selfies. Je suis un peu surprise mais je me prends au jeu. Je remercie les personnes qui m'ont encouragée, je remercie les coureurs, je félicite les coureurs. C'est génial ce moment, on oublie les galères, on garde le meilleur. Le chrono s'arrête, Guillaume passe la ligne après la fin du chrono, il ne valide pas son dernier tour. Le verdict tombe, nous avons finalement validé le même nombre de tours de piste, 159, et nous sommes vainqueurs ex aequo. avec 198,7 km au compteur. Ce dernier tour, fait avec une énergie que je n'explique pas, sur un coup de tête que je n'explique pas, me fait égaliser le premier Rome. Jamais dans mes rêves les plus fous, je n'ai imaginé qu'au remporter la course. Il suffisait d'y croire. Alors vous pourrez me dire, oui mais il y avait moins de niveaux que les années précédentes, car personne n'a atteint les 200 km. Sachez que les trois hommes vainqueurs de l'année dernière et que d'anciens représentants de l'équipe de France d'athlétisme aux performances incontestables étaient sur la piste ce jour-là. Alors dans cette victoire, j'ai aussi eu de la chance. Ce n'était pas leur journée, c'était sûrement la mienne. La vie m'a aussi mis sur mon chemin des hommes et des femmes qui m'ont dit au bon moment ce que j'avais besoin de savoir ou d'entendre. Tout s'est aligné sans que j'en ai conscience pour que Joko remporte cette course. En effet, si le kiné m'avait massé pendant 10 minutes, j'aurais agrandi l'écart et je n'aurais peut-être pas pu rattraper le premier sur ce dernier tour. Si Sauveur ne m'avait pas fait accélérer, je n'aurais pas fait inconsciemment accélérer Guillaume qui finalement s'est cramé en faisant cela. Si Etienne et Olivier ne m'avaient pas poussé à reprendre la course sur la fin, je n'aurais certainement pas égalisé. Bref, tout s'est aligné. J'ai réalisé ce que je voulais, gagné pour moi, pour mon plaisir, pour mon bonheur, et je soulève fièrement cette coupe comme je l'avais imaginé. Remporter cette course a aussi joué énormément sur l'après. J'ai des personnes qui m'accompagnent aujourd'hui pour me trouver un logement durable, car le logement en Corse, c'est compliqué. Pour m'aider dans mes recherches de travail, je sors, je vois du monde, je fais du sport avec des gens, et surtout... j'ai fait des rencontres importantes pour moi, pour mon avenir. Par exemple, je découvrirai plus tard qu'Étienne, qui se tenait à ma droite sur les derniers tours, est une star sportive locale qui accepte de coacher quelques athlètes. C'est un ancien élite du cyclisme français, champion de France trois années de suite et vainqueur de nombreuses courses, trails, triathlons et cyclisme confondus. Il sélectionne ses athlètes et il m'a proposé de m'entraîner. C'est aujourd'hui mon coach de triathlon. Quelle chance et quel honneur ! Des personnes qui ont fait partie de l'équipe de France m'ont félicité et ont souligné mon potentiel. On dit de moi que je suis une athlète. Je n'aurais jamais pensé être un jour une athlète. Pour aligner les planètes, il suffisait d'y croire. Et je vais le répéter. Pour aligner les planètes, il suffisait d'y croire, de trouver l'équilibre entre me prendre au sérieux et prendre du plaisir. Je considère mon tour manquant, ces 1,250 km manquants, pour faire 200 km, comme représentatif du peu de doute que j'ai pu avoir notamment la nuit. Mais surtout, comme une belle opportunité... de me challenger à les atteindre lors d'une prochaine course. Je suis fière d'avoir osé y croire, d'avoir expérimenté que tout est possible. Allez, pour terminer, je vous mets cette photo que j'avais si souvent imaginée dans ma tête, celle où je lève cette coupe de la victoire.