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La voix du droit - Que se cache-t-il derrière les murs d'une prison ? - Saison 1/Episode 1 cover
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Novadroits Podcasts

La voix du droit - Que se cache-t-il derrière les murs d'une prison ? - Saison 1/Episode 1

La voix du droit - Que se cache-t-il derrière les murs d'une prison ? - Saison 1/Episode 1

14min |18/09/2024
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14min |18/09/2024
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Description

Bien loin des préjugés sur le milieu carcéral, Jérémy Florent raconte dans le podcast La voix du droit ce qu’il a vu de ses propres yeux en visitant une prison. « La prison c’est le club Med, disent-ils avec une assurance déconcertante. Je vais vous raconter ce qui se cache derrière les murs d’une prison. Ne détournez pas le regard, écoutez mon indignation, franchissons ses portes, entrons dans le ventre de l’indignité ». Un récit palpitant qui déconstruit les préjugés tout en proposant des solutions concrètes pour que le système pénitentiaire puisse évoluer.  


Cet épisode a été conçu, réalisé et présenté par Jérémy Florent / Montage et Mixage du générique : Alice Krief, les belles fréquences.


Découvrez Novadroits Podcasts, des podcasts originaux de l'association Novadroits spécialisée dans l'accès au droit et l'entraide étudiante. Dans l'émission La voix du droit, la jeunesse cesse de murmurer, elle prend la parole à voix haute ! @Novadroits sur Instagram.



Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Monsieur le procureur, monsieur le président du jury, mesdames et messieurs les assesseurs. Je vous désapplique de cette 67e opinion. Faites justice, soyez humaines. J'ai longuement préparé une grande plaidoirie. L'association Nova Droit, spécialisée dans l'accès au droit et l'entraide étudiante, vous présente La Voix du Droit, un podcast original dans lequel la jeunesse s'exprime en toute liberté sous la forme d'un plaidoyer qui vulgarise le droit. Je m'appelle Jérémy Florent. Je suis le président de l'association et aujourd'hui, je vais répondre à la question suivante. Que se cache-t-il derrière les murs d'une prison ? Au 1er avril 2024, la surpopulation carcérale a atteint un nouveau record avec 77 450 détenus en France pour seulement 61 570 places opérationnelles, soit une densité carcérale globale de 125,8%. Deux mois à peine après avoir battu le précédent record, contraignant ainsi 3 307 détenus à dormir sur des matelas posés sur le sol de leurs cellules. Depuis plus de 20 ans, des rapports dénoncent l'indignité des conditions de détention dans les prisons françaises, à la fois vétustes et surpeuplées, alors qu'il est constant que l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme prohibant les traitements inhumains et dégradants garantit le droit de tout prisonnier à être détenu dans des conditions... conforme à la dignité humaine. La Cour européenne des droits de l'homme a condamné la France à plusieurs reprises en raison de conditions de détention indignes. Ceux qui parlent le plus de prison n'y ont jamais mis les pieds. Ils perpétuent des préjugés à longueur de journée, dans les médias, dans les bistrots et dans les foyers, par des formules lacunaires et indécentes qu'ils pourrissent tous au fond d'un trou. Ils l'ont bien mérité, de quoi se plaignent-ils ? La prison, après tout, c'est le Club Med. disent-ils avec une assurance déconcertante. Je vais vous raconter ce qui se cache derrière les murs d'une prison, car j'ai eu la possibilité d'en visiter une. Ne détournez pas le regard, écoutez mon indignation, franchissons ses portes, entrons dans le ventre de l'indignité, dans les profondeurs d'un couloir sombre. Des portes s'ouvrent pendant que d'autres se referment derrière mes pas. Des grincements incessants et des claquements bruyants tout le long de mon parcours agressent mes oreilles. La première angoisse apparaît. À peine entrée, je n'ai qu'une envie. Sortie. Le surveillant qui m'accueille m'explique qu'après une fouille intégrale, l'arrivant écroué dépose ses effets personnels dans un intropo poussiéreux et on lui remet un modeste pack d'hygiène. Le détenu indigent, c'est-à-dire celui qui n'a pas les moyens pour se payer une dignité minimale, devra faire avec ce pack pendant deux mois. Deux mois complets, avec un rasoir, un dentifrice et quatre rouleaux de papier toilette, sans aucune possibilité d'obtenir un nouveau pack si les fournitures manquent. Si le détenu veut regarder la télévision, ce sera assez frais, moyennant un abonnement de 8 euros par mois. Et s'il veut faire chauffer son plat, il devra se payer un réchaud. Voici les premiers détails omis par ceux qui se gavent de préjugés à longueur de journée. La prison n'est pas gratuite, elle a un prix. Alors que je m'engouffre dans la prison, je suis immédiatement frappé par l'odeur purulente et nauséabonde qui s'y dégage. Une odeur insupportable qui me prend au nez, qui s'incruste dans chaque fibre de mon vêtement et imprègne ma peau, comme un rappel constant des conditions insalubres et oppressantes. À mesure que je longe les murs crasseux, Mes sens sont assaillis par un vacarme dans lequel se confondent les chuchotements inaudibles des détenus, les crises tridents de détresse et les sanglots étouffés. Entre ces murs au grandement perpétuel se mêlent les regards insistants des détenus qui se demandent sans doute ce que je fais là à les épier. Le surveillant me présente le système pénitentiaire, un système kafkaïen assurément. Il y a plusieurs divisions, elles-mêmes subdivisées en quartiers. La division terroriste, la division des crimes médiatiques, la division des crimes sexuels, celle pour les personnes transgenres et homosexuelles. Trois étages à chaque fois, plusieurs cellules numérotées qui se confondent dans le décor. Le moment redouté arrive enfin. On me présente alors une cellule minuscule de 9 mètres carrés, deux lits superposés, du mobilier scellé au sol, un WC en plein milieu sans porte ni rideau et une petite fenêtre de la taille d'une main qui donne sur l'extérieur. Imaginez-vous dans 9 mètres carrés, dans l'insalubrité, 22 heures sur 24, à 3 détenus par cellule, avec pour compagnons des nuisibles, des cafards, des rats, des puces de lit. dans la promiscuité d'une cellule moisie. Imaginez-vous dans la noirceur entre quatre murs qui suintent, dans cette cellule minuscule que les rayons du soleil n'atteindront jamais. Imaginez-vous le passage aux toilettes chaque jour, aux vues et au sud de tous, avec l'odeur des excréments sans aération, cette odeur qui vous retourne les tripes à supposer que la chasse fonctionne. Imaginez les détenus compressés qui se marchent les uns sur les autres faute de place. Dans une fournaise l'été ou dans un froid polaire l'hiver, un enfer bien loin du paradis décrit par ceux qui se nourrissent des préjugés difformes et qui se gavent de mensonges éhontés. Imaginez-vous flirter avec la folie à mesure qu'on ronge tout ce qu'il vous reste de dignité jusqu'à l'os. Voilà ce que j'ai vu. Voilà ce que j'ai senti et ressenti. Voilà la vérité qui impose de décrasser tous les préjugés sur la prison. Le surveillant précise ce qui relève pourtant de l'évidence. Il y a beaucoup de violence entre les détenus à cause de cette promiscuité, me dit-il. Dans la noirceur de cette infamie, les murs gras sont tagués, on y lit des pensées suicidaires, les récits des années passées en cellules et une phrase m'interpelle écrite avec du sang. Si le savoir est une arme, alors soyons armés. Parlons-en du savoir. On me guide vers une bibliothèque bien rangée, certes, mais avec une petite cinquantaine de livres à peine. Cette bibliothèque est-elle en libre accès ? Certainement pas. Il faut s'inscrire sur une liste pour participer à toute activité, qu'elle soit littéraire, culturelle, sportive ou éducative. Une fois inscrit sur cette liste, le détenu peut-il enfin en profiter ? Non plus. Tous les détenus ne peuvent pas y avoir accès car les demandes sont nombreuses. Et l'espace est trop étroit pour accueillir tout le monde. Finalement, j'apprends qu'il y a une école au sein du centre pénitentiaire, mais elle est ridicule. Elle accueille 10 personnes maximum. Lorsque l'on sait que plus de la moitié des détenus n'ont aucun diplôme et que seulement une personne sur quatre est scolarisée en prison, cela révèle une volonté de faire passer la sécurité avant l'éducation alors que la réinsertion devrait constamment guider la vie pénitentiaire. Et ce n'est pas moi qui le dis, c'est la loi qui l'impose. quatre pas me suffisent aisément à faire le tour de cette bibliothèque, on m'annonce qu'en réalité, elle sert surtout à observer les lectures des détenus radicalisés, mais certainement pas pour réveiller leur culture ou leur conscience. Apparemment, la culture n'a pas voix au chapitre entre quatre murs. Le détenu a le droit à une douche deux fois par semaine. Mais en pratique, il arrive qu'il n'y en ait qu'une seule. La douche est commune, l'eau est froide. Pire encore, certains détenus ne prennent quasiment pas de douche. Et les raisons sont multiples. Que ce soit par peur d'être agressé ou par pudeur, certains profitent de la sortie en promenade de leur co-détenu pour vivre un moment de répit et en profiter pour aller aux toilettes en toute intimité. Ne vous méprenez pas, la promenade en théorie, c'est une heure le matin et une heure l'après-midi. Mais là encore, la réalité est différente. Il arrive fréquemment qu'elle ne dure qu'une heure dans la journée. Cette promenade a lieu dans une autre cellule exiguë, avec des grillages qui empêchent de voir clairement le ciel. Cela fait trois heures que je suis enfermé dans ce tumulte. J'ai l'impression d'y être depuis trois jours. La fatigue se fait sentir, le corps avachie, les jambes ankylosées. Je me dirige à la hâte vers la sortie. La visite s'achève enfin. Je ne sortirai pas indemne de cette visite. Je n'oublierai jamais. Tous les préjugés nauséabonds sur le milieu carcéral sont définitivement enterrés. Je respire à nouveau. Loin du tumulte carcéral, je peux enfin m'entendre. pensée et sur le chemin du retour, je me demande comment lutter contre cette indignité humaine. Tout d'abord, il faudrait commencer par appliquer la loi. En 1875 apparaît la loi Béranger qui a consacré l'encellulement individuel. Ce principe impose que chaque détenu doit avoir une prison individuelle. Or, ce principe n'est jamais respecté à l'heure de l'inflation carcérale. Ensuite, La peine d'emprisonnement ferme doit être l'exception, conformément à l'article 132-19 du Code pénal, qui dispose qu'une peine d'emprisonnement ferme ne peut être prononcée qu'en dernier recours si la gravité de l'infraction et la personnalité de l'auteur rendent cette peine indispensable et si toute autre sanction est manifestement inadéquate. Puis il conviendrait de vaincre les préjugés et ramener à la raison les profanes. La population carcérale n'est pas celle qu'on vous dépeint dans les mauvais films avec des tueurs assoiffés de sang, des criminels en puissance ou des violeurs en série. Les chiffres sont parfois bien plus éloquents que les mots. Sachez que les détenus condamnés pour crime ne représentaient que 1,5% en 2017 et ils étaient 0,3% en 2022 selon les chiffres officiels du ministère de la Justice. L'écrasante majorité des condamnations pénales sont pour des faits de nature dé-li-c-tuelle. Vous voulez des chiffres ? En voilà encore ! En 2022, il y a eu précisément 95% de condamnations pour des délits dont la majorité concerne. des infractions routières, du trafic de stupéfiants et des atteintes aux biens. Bien loin de ce que l'inconscient collectif imagine, 4,6% concernent des contraventions. Ainsi, les tueurs en série ou les terroristes sont très minoritaires en prison. Voilà la réalité implacable sur la population carcérale qui doit vous ramener à la réalité. D'ailleurs, il faudrait régler également la problématique liée à la détention provisoire Dès lors que la France est le troisième pays en Europe qui utilise le plus cette mesure, provoquant ainsi une densité carcérale qui dépasse les 200% dans de nombreuses maisons d'arrêt. Cette problématique est urgente, car on retrouve dans les maisons d'arrêt saturées plus de 20 000 personnes qui purgent des courtes peines de deux ans maximum, mais également des personnes condamnées à de la détention provisoire et qui sont par définition présumées innocentes dans l'attente de leur jugement. Le spectre de l'affaire Doutreau auraient dû nous permettre de retenir les leçons du passé. Souvenez-vous de ce scandale judiciaire dans lequel 17 personnes ont été placées en détention provisoire pendant deux ans pour certaines d'entre elles. À l'issue de la procédure, 12 des accusés d'outre-haut seront acquittés et l'un d'eux trouvera la mort en détention. Les états généraux de la justice de l'an dernier ont pointé du doigt la problématique de la surpopulation carcérale, mais la politique pénale carcérale est fébrile pour ne pas dire inexistante. Elle peut même inquiéter dès lors que de nombreuses circulaires orientent les magistrats vers plus de sévérité, notamment à l'aune des Jeux Olympiques de Paris. L'augmentation du nombre de places de prison est peut-être une solution, mais à condition qu'il y ait une véritable régulation qui imposerait de ne pas dépasser 100% de la capacité carcérale en France, comme le préconise la Commission nationale consultative des droits de l'homme et l'Organisation internationale des prisons. Pour l'heure, sur les 15 000 places supplémentaires promises, Seuls 2000 ont vu le jour. La lutte contre la délinquance ne peut se faire sans une volonté ferme de donner les moyens de lutter contre la récidive, c'est-à-dire en préparant l'insertion ou la réinsertion avec des projets éducatifs, culturels, sportifs et surtout professionnels. Un détenu ne devrait pas sortir sèchement. Il devrait avoir un projet concret en étant accompagné tout au long de sa peine par un service pénitentiaire d'insertion et de probation. qui doit avoir les moyens d'assurer un véritable suivi individuel. Les surveillants pénitentiaires, quant à eux, ne devraient pas être en sous-effectif alors qu'ils accomplissent des tâches primordiales au quotidien. La lutte contre la récidive passe nécessairement par une perspective éloignée de la vindicte populaire, loin des préjugés qui nourrissent l'appétit insatiable des adeptes de la répression, les peines alternatives comme le bracelet électronique. Le travail d'intérêt général ou la justice restaurative, dans laquelle on propose un dialogue entre auteurs d'infractions et victimes, sont autant de solutions qui devraient être privilégiées. L'objectif n'est pas de victimiser les détenus ni de trouver des responsables, mais d'aboutir à une solution digne de la France. Comme le disait Albert Camus, une société se juge à l'état de ses prisons. Il est donc grand temps d'ouvrir les yeux sur la réalité carcérale, pour l'heure, derrière les portes d'une prison. se cache la plus grande indignité humaine, mais je garde l'espoir d'un avenir meilleur. L'association NovaDroit vous remercie pour votre écoute. Vous pouvez nous suivre sur nos réseaux sociaux dans la barre de description. N'hésitez pas à partager notre contenu si vous l'appréciez et à en parler autour de vous. A bientôt !

Description

Bien loin des préjugés sur le milieu carcéral, Jérémy Florent raconte dans le podcast La voix du droit ce qu’il a vu de ses propres yeux en visitant une prison. « La prison c’est le club Med, disent-ils avec une assurance déconcertante. Je vais vous raconter ce qui se cache derrière les murs d’une prison. Ne détournez pas le regard, écoutez mon indignation, franchissons ses portes, entrons dans le ventre de l’indignité ». Un récit palpitant qui déconstruit les préjugés tout en proposant des solutions concrètes pour que le système pénitentiaire puisse évoluer.  


Cet épisode a été conçu, réalisé et présenté par Jérémy Florent / Montage et Mixage du générique : Alice Krief, les belles fréquences.


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  • Speaker #0

    Monsieur le procureur, monsieur le président du jury, mesdames et messieurs les assesseurs. Je vous désapplique de cette 67e opinion. Faites justice, soyez humaines. J'ai longuement préparé une grande plaidoirie. L'association Nova Droit, spécialisée dans l'accès au droit et l'entraide étudiante, vous présente La Voix du Droit, un podcast original dans lequel la jeunesse s'exprime en toute liberté sous la forme d'un plaidoyer qui vulgarise le droit. Je m'appelle Jérémy Florent. Je suis le président de l'association et aujourd'hui, je vais répondre à la question suivante. Que se cache-t-il derrière les murs d'une prison ? Au 1er avril 2024, la surpopulation carcérale a atteint un nouveau record avec 77 450 détenus en France pour seulement 61 570 places opérationnelles, soit une densité carcérale globale de 125,8%. Deux mois à peine après avoir battu le précédent record, contraignant ainsi 3 307 détenus à dormir sur des matelas posés sur le sol de leurs cellules. Depuis plus de 20 ans, des rapports dénoncent l'indignité des conditions de détention dans les prisons françaises, à la fois vétustes et surpeuplées, alors qu'il est constant que l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme prohibant les traitements inhumains et dégradants garantit le droit de tout prisonnier à être détenu dans des conditions... conforme à la dignité humaine. La Cour européenne des droits de l'homme a condamné la France à plusieurs reprises en raison de conditions de détention indignes. Ceux qui parlent le plus de prison n'y ont jamais mis les pieds. Ils perpétuent des préjugés à longueur de journée, dans les médias, dans les bistrots et dans les foyers, par des formules lacunaires et indécentes qu'ils pourrissent tous au fond d'un trou. Ils l'ont bien mérité, de quoi se plaignent-ils ? La prison, après tout, c'est le Club Med. disent-ils avec une assurance déconcertante. Je vais vous raconter ce qui se cache derrière les murs d'une prison, car j'ai eu la possibilité d'en visiter une. Ne détournez pas le regard, écoutez mon indignation, franchissons ses portes, entrons dans le ventre de l'indignité, dans les profondeurs d'un couloir sombre. Des portes s'ouvrent pendant que d'autres se referment derrière mes pas. Des grincements incessants et des claquements bruyants tout le long de mon parcours agressent mes oreilles. La première angoisse apparaît. À peine entrée, je n'ai qu'une envie. Sortie. Le surveillant qui m'accueille m'explique qu'après une fouille intégrale, l'arrivant écroué dépose ses effets personnels dans un intropo poussiéreux et on lui remet un modeste pack d'hygiène. Le détenu indigent, c'est-à-dire celui qui n'a pas les moyens pour se payer une dignité minimale, devra faire avec ce pack pendant deux mois. Deux mois complets, avec un rasoir, un dentifrice et quatre rouleaux de papier toilette, sans aucune possibilité d'obtenir un nouveau pack si les fournitures manquent. Si le détenu veut regarder la télévision, ce sera assez frais, moyennant un abonnement de 8 euros par mois. Et s'il veut faire chauffer son plat, il devra se payer un réchaud. Voici les premiers détails omis par ceux qui se gavent de préjugés à longueur de journée. La prison n'est pas gratuite, elle a un prix. Alors que je m'engouffre dans la prison, je suis immédiatement frappé par l'odeur purulente et nauséabonde qui s'y dégage. Une odeur insupportable qui me prend au nez, qui s'incruste dans chaque fibre de mon vêtement et imprègne ma peau, comme un rappel constant des conditions insalubres et oppressantes. À mesure que je longe les murs crasseux, Mes sens sont assaillis par un vacarme dans lequel se confondent les chuchotements inaudibles des détenus, les crises tridents de détresse et les sanglots étouffés. Entre ces murs au grandement perpétuel se mêlent les regards insistants des détenus qui se demandent sans doute ce que je fais là à les épier. Le surveillant me présente le système pénitentiaire, un système kafkaïen assurément. Il y a plusieurs divisions, elles-mêmes subdivisées en quartiers. La division terroriste, la division des crimes médiatiques, la division des crimes sexuels, celle pour les personnes transgenres et homosexuelles. Trois étages à chaque fois, plusieurs cellules numérotées qui se confondent dans le décor. Le moment redouté arrive enfin. On me présente alors une cellule minuscule de 9 mètres carrés, deux lits superposés, du mobilier scellé au sol, un WC en plein milieu sans porte ni rideau et une petite fenêtre de la taille d'une main qui donne sur l'extérieur. Imaginez-vous dans 9 mètres carrés, dans l'insalubrité, 22 heures sur 24, à 3 détenus par cellule, avec pour compagnons des nuisibles, des cafards, des rats, des puces de lit. dans la promiscuité d'une cellule moisie. Imaginez-vous dans la noirceur entre quatre murs qui suintent, dans cette cellule minuscule que les rayons du soleil n'atteindront jamais. Imaginez-vous le passage aux toilettes chaque jour, aux vues et au sud de tous, avec l'odeur des excréments sans aération, cette odeur qui vous retourne les tripes à supposer que la chasse fonctionne. Imaginez les détenus compressés qui se marchent les uns sur les autres faute de place. Dans une fournaise l'été ou dans un froid polaire l'hiver, un enfer bien loin du paradis décrit par ceux qui se nourrissent des préjugés difformes et qui se gavent de mensonges éhontés. Imaginez-vous flirter avec la folie à mesure qu'on ronge tout ce qu'il vous reste de dignité jusqu'à l'os. Voilà ce que j'ai vu. Voilà ce que j'ai senti et ressenti. Voilà la vérité qui impose de décrasser tous les préjugés sur la prison. Le surveillant précise ce qui relève pourtant de l'évidence. Il y a beaucoup de violence entre les détenus à cause de cette promiscuité, me dit-il. Dans la noirceur de cette infamie, les murs gras sont tagués, on y lit des pensées suicidaires, les récits des années passées en cellules et une phrase m'interpelle écrite avec du sang. Si le savoir est une arme, alors soyons armés. Parlons-en du savoir. On me guide vers une bibliothèque bien rangée, certes, mais avec une petite cinquantaine de livres à peine. Cette bibliothèque est-elle en libre accès ? Certainement pas. Il faut s'inscrire sur une liste pour participer à toute activité, qu'elle soit littéraire, culturelle, sportive ou éducative. Une fois inscrit sur cette liste, le détenu peut-il enfin en profiter ? Non plus. Tous les détenus ne peuvent pas y avoir accès car les demandes sont nombreuses. Et l'espace est trop étroit pour accueillir tout le monde. Finalement, j'apprends qu'il y a une école au sein du centre pénitentiaire, mais elle est ridicule. Elle accueille 10 personnes maximum. Lorsque l'on sait que plus de la moitié des détenus n'ont aucun diplôme et que seulement une personne sur quatre est scolarisée en prison, cela révèle une volonté de faire passer la sécurité avant l'éducation alors que la réinsertion devrait constamment guider la vie pénitentiaire. Et ce n'est pas moi qui le dis, c'est la loi qui l'impose. quatre pas me suffisent aisément à faire le tour de cette bibliothèque, on m'annonce qu'en réalité, elle sert surtout à observer les lectures des détenus radicalisés, mais certainement pas pour réveiller leur culture ou leur conscience. Apparemment, la culture n'a pas voix au chapitre entre quatre murs. Le détenu a le droit à une douche deux fois par semaine. Mais en pratique, il arrive qu'il n'y en ait qu'une seule. La douche est commune, l'eau est froide. Pire encore, certains détenus ne prennent quasiment pas de douche. Et les raisons sont multiples. Que ce soit par peur d'être agressé ou par pudeur, certains profitent de la sortie en promenade de leur co-détenu pour vivre un moment de répit et en profiter pour aller aux toilettes en toute intimité. Ne vous méprenez pas, la promenade en théorie, c'est une heure le matin et une heure l'après-midi. Mais là encore, la réalité est différente. Il arrive fréquemment qu'elle ne dure qu'une heure dans la journée. Cette promenade a lieu dans une autre cellule exiguë, avec des grillages qui empêchent de voir clairement le ciel. Cela fait trois heures que je suis enfermé dans ce tumulte. J'ai l'impression d'y être depuis trois jours. La fatigue se fait sentir, le corps avachie, les jambes ankylosées. Je me dirige à la hâte vers la sortie. La visite s'achève enfin. Je ne sortirai pas indemne de cette visite. Je n'oublierai jamais. Tous les préjugés nauséabonds sur le milieu carcéral sont définitivement enterrés. Je respire à nouveau. Loin du tumulte carcéral, je peux enfin m'entendre. pensée et sur le chemin du retour, je me demande comment lutter contre cette indignité humaine. Tout d'abord, il faudrait commencer par appliquer la loi. En 1875 apparaît la loi Béranger qui a consacré l'encellulement individuel. Ce principe impose que chaque détenu doit avoir une prison individuelle. Or, ce principe n'est jamais respecté à l'heure de l'inflation carcérale. Ensuite, La peine d'emprisonnement ferme doit être l'exception, conformément à l'article 132-19 du Code pénal, qui dispose qu'une peine d'emprisonnement ferme ne peut être prononcée qu'en dernier recours si la gravité de l'infraction et la personnalité de l'auteur rendent cette peine indispensable et si toute autre sanction est manifestement inadéquate. Puis il conviendrait de vaincre les préjugés et ramener à la raison les profanes. La population carcérale n'est pas celle qu'on vous dépeint dans les mauvais films avec des tueurs assoiffés de sang, des criminels en puissance ou des violeurs en série. Les chiffres sont parfois bien plus éloquents que les mots. Sachez que les détenus condamnés pour crime ne représentaient que 1,5% en 2017 et ils étaient 0,3% en 2022 selon les chiffres officiels du ministère de la Justice. L'écrasante majorité des condamnations pénales sont pour des faits de nature dé-li-c-tuelle. Vous voulez des chiffres ? En voilà encore ! En 2022, il y a eu précisément 95% de condamnations pour des délits dont la majorité concerne. des infractions routières, du trafic de stupéfiants et des atteintes aux biens. Bien loin de ce que l'inconscient collectif imagine, 4,6% concernent des contraventions. Ainsi, les tueurs en série ou les terroristes sont très minoritaires en prison. Voilà la réalité implacable sur la population carcérale qui doit vous ramener à la réalité. D'ailleurs, il faudrait régler également la problématique liée à la détention provisoire Dès lors que la France est le troisième pays en Europe qui utilise le plus cette mesure, provoquant ainsi une densité carcérale qui dépasse les 200% dans de nombreuses maisons d'arrêt. Cette problématique est urgente, car on retrouve dans les maisons d'arrêt saturées plus de 20 000 personnes qui purgent des courtes peines de deux ans maximum, mais également des personnes condamnées à de la détention provisoire et qui sont par définition présumées innocentes dans l'attente de leur jugement. Le spectre de l'affaire Doutreau auraient dû nous permettre de retenir les leçons du passé. Souvenez-vous de ce scandale judiciaire dans lequel 17 personnes ont été placées en détention provisoire pendant deux ans pour certaines d'entre elles. À l'issue de la procédure, 12 des accusés d'outre-haut seront acquittés et l'un d'eux trouvera la mort en détention. Les états généraux de la justice de l'an dernier ont pointé du doigt la problématique de la surpopulation carcérale, mais la politique pénale carcérale est fébrile pour ne pas dire inexistante. Elle peut même inquiéter dès lors que de nombreuses circulaires orientent les magistrats vers plus de sévérité, notamment à l'aune des Jeux Olympiques de Paris. L'augmentation du nombre de places de prison est peut-être une solution, mais à condition qu'il y ait une véritable régulation qui imposerait de ne pas dépasser 100% de la capacité carcérale en France, comme le préconise la Commission nationale consultative des droits de l'homme et l'Organisation internationale des prisons. Pour l'heure, sur les 15 000 places supplémentaires promises, Seuls 2000 ont vu le jour. La lutte contre la délinquance ne peut se faire sans une volonté ferme de donner les moyens de lutter contre la récidive, c'est-à-dire en préparant l'insertion ou la réinsertion avec des projets éducatifs, culturels, sportifs et surtout professionnels. Un détenu ne devrait pas sortir sèchement. Il devrait avoir un projet concret en étant accompagné tout au long de sa peine par un service pénitentiaire d'insertion et de probation. qui doit avoir les moyens d'assurer un véritable suivi individuel. Les surveillants pénitentiaires, quant à eux, ne devraient pas être en sous-effectif alors qu'ils accomplissent des tâches primordiales au quotidien. La lutte contre la récidive passe nécessairement par une perspective éloignée de la vindicte populaire, loin des préjugés qui nourrissent l'appétit insatiable des adeptes de la répression, les peines alternatives comme le bracelet électronique. Le travail d'intérêt général ou la justice restaurative, dans laquelle on propose un dialogue entre auteurs d'infractions et victimes, sont autant de solutions qui devraient être privilégiées. L'objectif n'est pas de victimiser les détenus ni de trouver des responsables, mais d'aboutir à une solution digne de la France. Comme le disait Albert Camus, une société se juge à l'état de ses prisons. Il est donc grand temps d'ouvrir les yeux sur la réalité carcérale, pour l'heure, derrière les portes d'une prison. se cache la plus grande indignité humaine, mais je garde l'espoir d'un avenir meilleur. L'association NovaDroit vous remercie pour votre écoute. Vous pouvez nous suivre sur nos réseaux sociaux dans la barre de description. N'hésitez pas à partager notre contenu si vous l'appréciez et à en parler autour de vous. A bientôt !

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Bien loin des préjugés sur le milieu carcéral, Jérémy Florent raconte dans le podcast La voix du droit ce qu’il a vu de ses propres yeux en visitant une prison. « La prison c’est le club Med, disent-ils avec une assurance déconcertante. Je vais vous raconter ce qui se cache derrière les murs d’une prison. Ne détournez pas le regard, écoutez mon indignation, franchissons ses portes, entrons dans le ventre de l’indignité ». Un récit palpitant qui déconstruit les préjugés tout en proposant des solutions concrètes pour que le système pénitentiaire puisse évoluer.  


Cet épisode a été conçu, réalisé et présenté par Jérémy Florent / Montage et Mixage du générique : Alice Krief, les belles fréquences.


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    Monsieur le procureur, monsieur le président du jury, mesdames et messieurs les assesseurs. Je vous désapplique de cette 67e opinion. Faites justice, soyez humaines. J'ai longuement préparé une grande plaidoirie. L'association Nova Droit, spécialisée dans l'accès au droit et l'entraide étudiante, vous présente La Voix du Droit, un podcast original dans lequel la jeunesse s'exprime en toute liberté sous la forme d'un plaidoyer qui vulgarise le droit. Je m'appelle Jérémy Florent. Je suis le président de l'association et aujourd'hui, je vais répondre à la question suivante. Que se cache-t-il derrière les murs d'une prison ? Au 1er avril 2024, la surpopulation carcérale a atteint un nouveau record avec 77 450 détenus en France pour seulement 61 570 places opérationnelles, soit une densité carcérale globale de 125,8%. Deux mois à peine après avoir battu le précédent record, contraignant ainsi 3 307 détenus à dormir sur des matelas posés sur le sol de leurs cellules. Depuis plus de 20 ans, des rapports dénoncent l'indignité des conditions de détention dans les prisons françaises, à la fois vétustes et surpeuplées, alors qu'il est constant que l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme prohibant les traitements inhumains et dégradants garantit le droit de tout prisonnier à être détenu dans des conditions... conforme à la dignité humaine. La Cour européenne des droits de l'homme a condamné la France à plusieurs reprises en raison de conditions de détention indignes. Ceux qui parlent le plus de prison n'y ont jamais mis les pieds. Ils perpétuent des préjugés à longueur de journée, dans les médias, dans les bistrots et dans les foyers, par des formules lacunaires et indécentes qu'ils pourrissent tous au fond d'un trou. Ils l'ont bien mérité, de quoi se plaignent-ils ? La prison, après tout, c'est le Club Med. disent-ils avec une assurance déconcertante. Je vais vous raconter ce qui se cache derrière les murs d'une prison, car j'ai eu la possibilité d'en visiter une. Ne détournez pas le regard, écoutez mon indignation, franchissons ses portes, entrons dans le ventre de l'indignité, dans les profondeurs d'un couloir sombre. Des portes s'ouvrent pendant que d'autres se referment derrière mes pas. Des grincements incessants et des claquements bruyants tout le long de mon parcours agressent mes oreilles. La première angoisse apparaît. À peine entrée, je n'ai qu'une envie. Sortie. Le surveillant qui m'accueille m'explique qu'après une fouille intégrale, l'arrivant écroué dépose ses effets personnels dans un intropo poussiéreux et on lui remet un modeste pack d'hygiène. Le détenu indigent, c'est-à-dire celui qui n'a pas les moyens pour se payer une dignité minimale, devra faire avec ce pack pendant deux mois. Deux mois complets, avec un rasoir, un dentifrice et quatre rouleaux de papier toilette, sans aucune possibilité d'obtenir un nouveau pack si les fournitures manquent. Si le détenu veut regarder la télévision, ce sera assez frais, moyennant un abonnement de 8 euros par mois. Et s'il veut faire chauffer son plat, il devra se payer un réchaud. Voici les premiers détails omis par ceux qui se gavent de préjugés à longueur de journée. La prison n'est pas gratuite, elle a un prix. Alors que je m'engouffre dans la prison, je suis immédiatement frappé par l'odeur purulente et nauséabonde qui s'y dégage. Une odeur insupportable qui me prend au nez, qui s'incruste dans chaque fibre de mon vêtement et imprègne ma peau, comme un rappel constant des conditions insalubres et oppressantes. À mesure que je longe les murs crasseux, Mes sens sont assaillis par un vacarme dans lequel se confondent les chuchotements inaudibles des détenus, les crises tridents de détresse et les sanglots étouffés. Entre ces murs au grandement perpétuel se mêlent les regards insistants des détenus qui se demandent sans doute ce que je fais là à les épier. Le surveillant me présente le système pénitentiaire, un système kafkaïen assurément. Il y a plusieurs divisions, elles-mêmes subdivisées en quartiers. La division terroriste, la division des crimes médiatiques, la division des crimes sexuels, celle pour les personnes transgenres et homosexuelles. Trois étages à chaque fois, plusieurs cellules numérotées qui se confondent dans le décor. Le moment redouté arrive enfin. On me présente alors une cellule minuscule de 9 mètres carrés, deux lits superposés, du mobilier scellé au sol, un WC en plein milieu sans porte ni rideau et une petite fenêtre de la taille d'une main qui donne sur l'extérieur. Imaginez-vous dans 9 mètres carrés, dans l'insalubrité, 22 heures sur 24, à 3 détenus par cellule, avec pour compagnons des nuisibles, des cafards, des rats, des puces de lit. dans la promiscuité d'une cellule moisie. Imaginez-vous dans la noirceur entre quatre murs qui suintent, dans cette cellule minuscule que les rayons du soleil n'atteindront jamais. Imaginez-vous le passage aux toilettes chaque jour, aux vues et au sud de tous, avec l'odeur des excréments sans aération, cette odeur qui vous retourne les tripes à supposer que la chasse fonctionne. Imaginez les détenus compressés qui se marchent les uns sur les autres faute de place. Dans une fournaise l'été ou dans un froid polaire l'hiver, un enfer bien loin du paradis décrit par ceux qui se nourrissent des préjugés difformes et qui se gavent de mensonges éhontés. Imaginez-vous flirter avec la folie à mesure qu'on ronge tout ce qu'il vous reste de dignité jusqu'à l'os. Voilà ce que j'ai vu. Voilà ce que j'ai senti et ressenti. Voilà la vérité qui impose de décrasser tous les préjugés sur la prison. Le surveillant précise ce qui relève pourtant de l'évidence. Il y a beaucoup de violence entre les détenus à cause de cette promiscuité, me dit-il. Dans la noirceur de cette infamie, les murs gras sont tagués, on y lit des pensées suicidaires, les récits des années passées en cellules et une phrase m'interpelle écrite avec du sang. Si le savoir est une arme, alors soyons armés. Parlons-en du savoir. On me guide vers une bibliothèque bien rangée, certes, mais avec une petite cinquantaine de livres à peine. Cette bibliothèque est-elle en libre accès ? Certainement pas. Il faut s'inscrire sur une liste pour participer à toute activité, qu'elle soit littéraire, culturelle, sportive ou éducative. Une fois inscrit sur cette liste, le détenu peut-il enfin en profiter ? Non plus. Tous les détenus ne peuvent pas y avoir accès car les demandes sont nombreuses. Et l'espace est trop étroit pour accueillir tout le monde. Finalement, j'apprends qu'il y a une école au sein du centre pénitentiaire, mais elle est ridicule. Elle accueille 10 personnes maximum. Lorsque l'on sait que plus de la moitié des détenus n'ont aucun diplôme et que seulement une personne sur quatre est scolarisée en prison, cela révèle une volonté de faire passer la sécurité avant l'éducation alors que la réinsertion devrait constamment guider la vie pénitentiaire. Et ce n'est pas moi qui le dis, c'est la loi qui l'impose. quatre pas me suffisent aisément à faire le tour de cette bibliothèque, on m'annonce qu'en réalité, elle sert surtout à observer les lectures des détenus radicalisés, mais certainement pas pour réveiller leur culture ou leur conscience. Apparemment, la culture n'a pas voix au chapitre entre quatre murs. Le détenu a le droit à une douche deux fois par semaine. Mais en pratique, il arrive qu'il n'y en ait qu'une seule. La douche est commune, l'eau est froide. Pire encore, certains détenus ne prennent quasiment pas de douche. Et les raisons sont multiples. Que ce soit par peur d'être agressé ou par pudeur, certains profitent de la sortie en promenade de leur co-détenu pour vivre un moment de répit et en profiter pour aller aux toilettes en toute intimité. Ne vous méprenez pas, la promenade en théorie, c'est une heure le matin et une heure l'après-midi. Mais là encore, la réalité est différente. Il arrive fréquemment qu'elle ne dure qu'une heure dans la journée. Cette promenade a lieu dans une autre cellule exiguë, avec des grillages qui empêchent de voir clairement le ciel. Cela fait trois heures que je suis enfermé dans ce tumulte. J'ai l'impression d'y être depuis trois jours. La fatigue se fait sentir, le corps avachie, les jambes ankylosées. Je me dirige à la hâte vers la sortie. La visite s'achève enfin. Je ne sortirai pas indemne de cette visite. Je n'oublierai jamais. Tous les préjugés nauséabonds sur le milieu carcéral sont définitivement enterrés. Je respire à nouveau. Loin du tumulte carcéral, je peux enfin m'entendre. pensée et sur le chemin du retour, je me demande comment lutter contre cette indignité humaine. Tout d'abord, il faudrait commencer par appliquer la loi. En 1875 apparaît la loi Béranger qui a consacré l'encellulement individuel. Ce principe impose que chaque détenu doit avoir une prison individuelle. Or, ce principe n'est jamais respecté à l'heure de l'inflation carcérale. Ensuite, La peine d'emprisonnement ferme doit être l'exception, conformément à l'article 132-19 du Code pénal, qui dispose qu'une peine d'emprisonnement ferme ne peut être prononcée qu'en dernier recours si la gravité de l'infraction et la personnalité de l'auteur rendent cette peine indispensable et si toute autre sanction est manifestement inadéquate. Puis il conviendrait de vaincre les préjugés et ramener à la raison les profanes. La population carcérale n'est pas celle qu'on vous dépeint dans les mauvais films avec des tueurs assoiffés de sang, des criminels en puissance ou des violeurs en série. Les chiffres sont parfois bien plus éloquents que les mots. Sachez que les détenus condamnés pour crime ne représentaient que 1,5% en 2017 et ils étaient 0,3% en 2022 selon les chiffres officiels du ministère de la Justice. L'écrasante majorité des condamnations pénales sont pour des faits de nature dé-li-c-tuelle. Vous voulez des chiffres ? En voilà encore ! En 2022, il y a eu précisément 95% de condamnations pour des délits dont la majorité concerne. des infractions routières, du trafic de stupéfiants et des atteintes aux biens. Bien loin de ce que l'inconscient collectif imagine, 4,6% concernent des contraventions. Ainsi, les tueurs en série ou les terroristes sont très minoritaires en prison. Voilà la réalité implacable sur la population carcérale qui doit vous ramener à la réalité. D'ailleurs, il faudrait régler également la problématique liée à la détention provisoire Dès lors que la France est le troisième pays en Europe qui utilise le plus cette mesure, provoquant ainsi une densité carcérale qui dépasse les 200% dans de nombreuses maisons d'arrêt. Cette problématique est urgente, car on retrouve dans les maisons d'arrêt saturées plus de 20 000 personnes qui purgent des courtes peines de deux ans maximum, mais également des personnes condamnées à de la détention provisoire et qui sont par définition présumées innocentes dans l'attente de leur jugement. Le spectre de l'affaire Doutreau auraient dû nous permettre de retenir les leçons du passé. Souvenez-vous de ce scandale judiciaire dans lequel 17 personnes ont été placées en détention provisoire pendant deux ans pour certaines d'entre elles. À l'issue de la procédure, 12 des accusés d'outre-haut seront acquittés et l'un d'eux trouvera la mort en détention. Les états généraux de la justice de l'an dernier ont pointé du doigt la problématique de la surpopulation carcérale, mais la politique pénale carcérale est fébrile pour ne pas dire inexistante. Elle peut même inquiéter dès lors que de nombreuses circulaires orientent les magistrats vers plus de sévérité, notamment à l'aune des Jeux Olympiques de Paris. L'augmentation du nombre de places de prison est peut-être une solution, mais à condition qu'il y ait une véritable régulation qui imposerait de ne pas dépasser 100% de la capacité carcérale en France, comme le préconise la Commission nationale consultative des droits de l'homme et l'Organisation internationale des prisons. Pour l'heure, sur les 15 000 places supplémentaires promises, Seuls 2000 ont vu le jour. La lutte contre la délinquance ne peut se faire sans une volonté ferme de donner les moyens de lutter contre la récidive, c'est-à-dire en préparant l'insertion ou la réinsertion avec des projets éducatifs, culturels, sportifs et surtout professionnels. Un détenu ne devrait pas sortir sèchement. Il devrait avoir un projet concret en étant accompagné tout au long de sa peine par un service pénitentiaire d'insertion et de probation. qui doit avoir les moyens d'assurer un véritable suivi individuel. Les surveillants pénitentiaires, quant à eux, ne devraient pas être en sous-effectif alors qu'ils accomplissent des tâches primordiales au quotidien. La lutte contre la récidive passe nécessairement par une perspective éloignée de la vindicte populaire, loin des préjugés qui nourrissent l'appétit insatiable des adeptes de la répression, les peines alternatives comme le bracelet électronique. Le travail d'intérêt général ou la justice restaurative, dans laquelle on propose un dialogue entre auteurs d'infractions et victimes, sont autant de solutions qui devraient être privilégiées. L'objectif n'est pas de victimiser les détenus ni de trouver des responsables, mais d'aboutir à une solution digne de la France. Comme le disait Albert Camus, une société se juge à l'état de ses prisons. Il est donc grand temps d'ouvrir les yeux sur la réalité carcérale, pour l'heure, derrière les portes d'une prison. se cache la plus grande indignité humaine, mais je garde l'espoir d'un avenir meilleur. L'association NovaDroit vous remercie pour votre écoute. Vous pouvez nous suivre sur nos réseaux sociaux dans la barre de description. N'hésitez pas à partager notre contenu si vous l'appréciez et à en parler autour de vous. A bientôt !

Description

Bien loin des préjugés sur le milieu carcéral, Jérémy Florent raconte dans le podcast La voix du droit ce qu’il a vu de ses propres yeux en visitant une prison. « La prison c’est le club Med, disent-ils avec une assurance déconcertante. Je vais vous raconter ce qui se cache derrière les murs d’une prison. Ne détournez pas le regard, écoutez mon indignation, franchissons ses portes, entrons dans le ventre de l’indignité ». Un récit palpitant qui déconstruit les préjugés tout en proposant des solutions concrètes pour que le système pénitentiaire puisse évoluer.  


Cet épisode a été conçu, réalisé et présenté par Jérémy Florent / Montage et Mixage du générique : Alice Krief, les belles fréquences.


Découvrez Novadroits Podcasts, des podcasts originaux de l'association Novadroits spécialisée dans l'accès au droit et l'entraide étudiante. Dans l'émission La voix du droit, la jeunesse cesse de murmurer, elle prend la parole à voix haute ! @Novadroits sur Instagram.



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    Monsieur le procureur, monsieur le président du jury, mesdames et messieurs les assesseurs. Je vous désapplique de cette 67e opinion. Faites justice, soyez humaines. J'ai longuement préparé une grande plaidoirie. L'association Nova Droit, spécialisée dans l'accès au droit et l'entraide étudiante, vous présente La Voix du Droit, un podcast original dans lequel la jeunesse s'exprime en toute liberté sous la forme d'un plaidoyer qui vulgarise le droit. Je m'appelle Jérémy Florent. Je suis le président de l'association et aujourd'hui, je vais répondre à la question suivante. Que se cache-t-il derrière les murs d'une prison ? Au 1er avril 2024, la surpopulation carcérale a atteint un nouveau record avec 77 450 détenus en France pour seulement 61 570 places opérationnelles, soit une densité carcérale globale de 125,8%. Deux mois à peine après avoir battu le précédent record, contraignant ainsi 3 307 détenus à dormir sur des matelas posés sur le sol de leurs cellules. Depuis plus de 20 ans, des rapports dénoncent l'indignité des conditions de détention dans les prisons françaises, à la fois vétustes et surpeuplées, alors qu'il est constant que l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme prohibant les traitements inhumains et dégradants garantit le droit de tout prisonnier à être détenu dans des conditions... conforme à la dignité humaine. La Cour européenne des droits de l'homme a condamné la France à plusieurs reprises en raison de conditions de détention indignes. Ceux qui parlent le plus de prison n'y ont jamais mis les pieds. Ils perpétuent des préjugés à longueur de journée, dans les médias, dans les bistrots et dans les foyers, par des formules lacunaires et indécentes qu'ils pourrissent tous au fond d'un trou. Ils l'ont bien mérité, de quoi se plaignent-ils ? La prison, après tout, c'est le Club Med. disent-ils avec une assurance déconcertante. Je vais vous raconter ce qui se cache derrière les murs d'une prison, car j'ai eu la possibilité d'en visiter une. Ne détournez pas le regard, écoutez mon indignation, franchissons ses portes, entrons dans le ventre de l'indignité, dans les profondeurs d'un couloir sombre. Des portes s'ouvrent pendant que d'autres se referment derrière mes pas. Des grincements incessants et des claquements bruyants tout le long de mon parcours agressent mes oreilles. La première angoisse apparaît. À peine entrée, je n'ai qu'une envie. Sortie. Le surveillant qui m'accueille m'explique qu'après une fouille intégrale, l'arrivant écroué dépose ses effets personnels dans un intropo poussiéreux et on lui remet un modeste pack d'hygiène. Le détenu indigent, c'est-à-dire celui qui n'a pas les moyens pour se payer une dignité minimale, devra faire avec ce pack pendant deux mois. Deux mois complets, avec un rasoir, un dentifrice et quatre rouleaux de papier toilette, sans aucune possibilité d'obtenir un nouveau pack si les fournitures manquent. Si le détenu veut regarder la télévision, ce sera assez frais, moyennant un abonnement de 8 euros par mois. Et s'il veut faire chauffer son plat, il devra se payer un réchaud. Voici les premiers détails omis par ceux qui se gavent de préjugés à longueur de journée. La prison n'est pas gratuite, elle a un prix. Alors que je m'engouffre dans la prison, je suis immédiatement frappé par l'odeur purulente et nauséabonde qui s'y dégage. Une odeur insupportable qui me prend au nez, qui s'incruste dans chaque fibre de mon vêtement et imprègne ma peau, comme un rappel constant des conditions insalubres et oppressantes. À mesure que je longe les murs crasseux, Mes sens sont assaillis par un vacarme dans lequel se confondent les chuchotements inaudibles des détenus, les crises tridents de détresse et les sanglots étouffés. Entre ces murs au grandement perpétuel se mêlent les regards insistants des détenus qui se demandent sans doute ce que je fais là à les épier. Le surveillant me présente le système pénitentiaire, un système kafkaïen assurément. Il y a plusieurs divisions, elles-mêmes subdivisées en quartiers. La division terroriste, la division des crimes médiatiques, la division des crimes sexuels, celle pour les personnes transgenres et homosexuelles. Trois étages à chaque fois, plusieurs cellules numérotées qui se confondent dans le décor. Le moment redouté arrive enfin. On me présente alors une cellule minuscule de 9 mètres carrés, deux lits superposés, du mobilier scellé au sol, un WC en plein milieu sans porte ni rideau et une petite fenêtre de la taille d'une main qui donne sur l'extérieur. Imaginez-vous dans 9 mètres carrés, dans l'insalubrité, 22 heures sur 24, à 3 détenus par cellule, avec pour compagnons des nuisibles, des cafards, des rats, des puces de lit. dans la promiscuité d'une cellule moisie. Imaginez-vous dans la noirceur entre quatre murs qui suintent, dans cette cellule minuscule que les rayons du soleil n'atteindront jamais. Imaginez-vous le passage aux toilettes chaque jour, aux vues et au sud de tous, avec l'odeur des excréments sans aération, cette odeur qui vous retourne les tripes à supposer que la chasse fonctionne. Imaginez les détenus compressés qui se marchent les uns sur les autres faute de place. Dans une fournaise l'été ou dans un froid polaire l'hiver, un enfer bien loin du paradis décrit par ceux qui se nourrissent des préjugés difformes et qui se gavent de mensonges éhontés. Imaginez-vous flirter avec la folie à mesure qu'on ronge tout ce qu'il vous reste de dignité jusqu'à l'os. Voilà ce que j'ai vu. Voilà ce que j'ai senti et ressenti. Voilà la vérité qui impose de décrasser tous les préjugés sur la prison. Le surveillant précise ce qui relève pourtant de l'évidence. Il y a beaucoup de violence entre les détenus à cause de cette promiscuité, me dit-il. Dans la noirceur de cette infamie, les murs gras sont tagués, on y lit des pensées suicidaires, les récits des années passées en cellules et une phrase m'interpelle écrite avec du sang. Si le savoir est une arme, alors soyons armés. Parlons-en du savoir. On me guide vers une bibliothèque bien rangée, certes, mais avec une petite cinquantaine de livres à peine. Cette bibliothèque est-elle en libre accès ? Certainement pas. Il faut s'inscrire sur une liste pour participer à toute activité, qu'elle soit littéraire, culturelle, sportive ou éducative. Une fois inscrit sur cette liste, le détenu peut-il enfin en profiter ? Non plus. Tous les détenus ne peuvent pas y avoir accès car les demandes sont nombreuses. Et l'espace est trop étroit pour accueillir tout le monde. Finalement, j'apprends qu'il y a une école au sein du centre pénitentiaire, mais elle est ridicule. Elle accueille 10 personnes maximum. Lorsque l'on sait que plus de la moitié des détenus n'ont aucun diplôme et que seulement une personne sur quatre est scolarisée en prison, cela révèle une volonté de faire passer la sécurité avant l'éducation alors que la réinsertion devrait constamment guider la vie pénitentiaire. Et ce n'est pas moi qui le dis, c'est la loi qui l'impose. quatre pas me suffisent aisément à faire le tour de cette bibliothèque, on m'annonce qu'en réalité, elle sert surtout à observer les lectures des détenus radicalisés, mais certainement pas pour réveiller leur culture ou leur conscience. Apparemment, la culture n'a pas voix au chapitre entre quatre murs. Le détenu a le droit à une douche deux fois par semaine. Mais en pratique, il arrive qu'il n'y en ait qu'une seule. La douche est commune, l'eau est froide. Pire encore, certains détenus ne prennent quasiment pas de douche. Et les raisons sont multiples. Que ce soit par peur d'être agressé ou par pudeur, certains profitent de la sortie en promenade de leur co-détenu pour vivre un moment de répit et en profiter pour aller aux toilettes en toute intimité. Ne vous méprenez pas, la promenade en théorie, c'est une heure le matin et une heure l'après-midi. Mais là encore, la réalité est différente. Il arrive fréquemment qu'elle ne dure qu'une heure dans la journée. Cette promenade a lieu dans une autre cellule exiguë, avec des grillages qui empêchent de voir clairement le ciel. Cela fait trois heures que je suis enfermé dans ce tumulte. J'ai l'impression d'y être depuis trois jours. La fatigue se fait sentir, le corps avachie, les jambes ankylosées. Je me dirige à la hâte vers la sortie. La visite s'achève enfin. Je ne sortirai pas indemne de cette visite. Je n'oublierai jamais. Tous les préjugés nauséabonds sur le milieu carcéral sont définitivement enterrés. Je respire à nouveau. Loin du tumulte carcéral, je peux enfin m'entendre. pensée et sur le chemin du retour, je me demande comment lutter contre cette indignité humaine. Tout d'abord, il faudrait commencer par appliquer la loi. En 1875 apparaît la loi Béranger qui a consacré l'encellulement individuel. Ce principe impose que chaque détenu doit avoir une prison individuelle. Or, ce principe n'est jamais respecté à l'heure de l'inflation carcérale. Ensuite, La peine d'emprisonnement ferme doit être l'exception, conformément à l'article 132-19 du Code pénal, qui dispose qu'une peine d'emprisonnement ferme ne peut être prononcée qu'en dernier recours si la gravité de l'infraction et la personnalité de l'auteur rendent cette peine indispensable et si toute autre sanction est manifestement inadéquate. Puis il conviendrait de vaincre les préjugés et ramener à la raison les profanes. La population carcérale n'est pas celle qu'on vous dépeint dans les mauvais films avec des tueurs assoiffés de sang, des criminels en puissance ou des violeurs en série. Les chiffres sont parfois bien plus éloquents que les mots. Sachez que les détenus condamnés pour crime ne représentaient que 1,5% en 2017 et ils étaient 0,3% en 2022 selon les chiffres officiels du ministère de la Justice. L'écrasante majorité des condamnations pénales sont pour des faits de nature dé-li-c-tuelle. Vous voulez des chiffres ? En voilà encore ! En 2022, il y a eu précisément 95% de condamnations pour des délits dont la majorité concerne. des infractions routières, du trafic de stupéfiants et des atteintes aux biens. Bien loin de ce que l'inconscient collectif imagine, 4,6% concernent des contraventions. Ainsi, les tueurs en série ou les terroristes sont très minoritaires en prison. Voilà la réalité implacable sur la population carcérale qui doit vous ramener à la réalité. D'ailleurs, il faudrait régler également la problématique liée à la détention provisoire Dès lors que la France est le troisième pays en Europe qui utilise le plus cette mesure, provoquant ainsi une densité carcérale qui dépasse les 200% dans de nombreuses maisons d'arrêt. Cette problématique est urgente, car on retrouve dans les maisons d'arrêt saturées plus de 20 000 personnes qui purgent des courtes peines de deux ans maximum, mais également des personnes condamnées à de la détention provisoire et qui sont par définition présumées innocentes dans l'attente de leur jugement. Le spectre de l'affaire Doutreau auraient dû nous permettre de retenir les leçons du passé. Souvenez-vous de ce scandale judiciaire dans lequel 17 personnes ont été placées en détention provisoire pendant deux ans pour certaines d'entre elles. À l'issue de la procédure, 12 des accusés d'outre-haut seront acquittés et l'un d'eux trouvera la mort en détention. Les états généraux de la justice de l'an dernier ont pointé du doigt la problématique de la surpopulation carcérale, mais la politique pénale carcérale est fébrile pour ne pas dire inexistante. Elle peut même inquiéter dès lors que de nombreuses circulaires orientent les magistrats vers plus de sévérité, notamment à l'aune des Jeux Olympiques de Paris. L'augmentation du nombre de places de prison est peut-être une solution, mais à condition qu'il y ait une véritable régulation qui imposerait de ne pas dépasser 100% de la capacité carcérale en France, comme le préconise la Commission nationale consultative des droits de l'homme et l'Organisation internationale des prisons. Pour l'heure, sur les 15 000 places supplémentaires promises, Seuls 2000 ont vu le jour. La lutte contre la délinquance ne peut se faire sans une volonté ferme de donner les moyens de lutter contre la récidive, c'est-à-dire en préparant l'insertion ou la réinsertion avec des projets éducatifs, culturels, sportifs et surtout professionnels. Un détenu ne devrait pas sortir sèchement. Il devrait avoir un projet concret en étant accompagné tout au long de sa peine par un service pénitentiaire d'insertion et de probation. qui doit avoir les moyens d'assurer un véritable suivi individuel. Les surveillants pénitentiaires, quant à eux, ne devraient pas être en sous-effectif alors qu'ils accomplissent des tâches primordiales au quotidien. La lutte contre la récidive passe nécessairement par une perspective éloignée de la vindicte populaire, loin des préjugés qui nourrissent l'appétit insatiable des adeptes de la répression, les peines alternatives comme le bracelet électronique. Le travail d'intérêt général ou la justice restaurative, dans laquelle on propose un dialogue entre auteurs d'infractions et victimes, sont autant de solutions qui devraient être privilégiées. L'objectif n'est pas de victimiser les détenus ni de trouver des responsables, mais d'aboutir à une solution digne de la France. Comme le disait Albert Camus, une société se juge à l'état de ses prisons. Il est donc grand temps d'ouvrir les yeux sur la réalité carcérale, pour l'heure, derrière les portes d'une prison. se cache la plus grande indignité humaine, mais je garde l'espoir d'un avenir meilleur. L'association NovaDroit vous remercie pour votre écoute. Vous pouvez nous suivre sur nos réseaux sociaux dans la barre de description. N'hésitez pas à partager notre contenu si vous l'appréciez et à en parler autour de vous. A bientôt !

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