- Générique
NR dans l'air, parlons numérique, innovons responsable.
- Agathe Tour
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans le tout premier épisode de notre podcast NR dans l'air par ENTER. Un podcast orienté vers l'avenir pour sensibiliser, partager et décrypter le numérique responsable. Ce podcast, proposé par le pôle de compétitivité ENTER, est soutenu par le programme Alt-Impact, comporté par l'ADEME, le CNRS et l'INRIA. Sa réalisation est rendue possible par la contribution de Capgemini et celle des membres et partenaires du Pôle. Dans ce premier épisode, on va voir comment le numérique responsable prend vie dans le quotidien d'une entreprise et quelles sont les actions concrètes.
- Générique
Faire du réseau. Coopérer. Co-créer. Accélérer. Innover. Numérique responsable.
- Agathe Tour
Le numérique est aujourd'hui omniprésent dans nos vies, que ce soit dans notre travail, dans nos échanges et même dans nos loisirs. Et même s'il peut parfois sembler immatériel ou intangible, le numérique a en réalité des impacts très concrets, que ce soit sur l'environnement, sur la société, ou même sur l'éthique. Ces impacts pèsent encore plus lourd quand on constate que malgré tous les débats sur la transition écologique, sur la sobriété ou même sur la souveraineté, le numérique reste encore trop souvent laissé de côté dans les décisions stratégiques des entreprises qui peuvent encore le considérer comme moins prioritaire que leurs enjeux économiques immédiats. Et pourtant, aujourd'hui, avec l'explosion des usages, avec notre dépendance croissante aux technologies et les tensions économiques actuelles, le numérique responsable n'est plus simplement un choix, mais c'est un véritable levier de transformation qui permet de concilier performance et durabilité. Pour en parler, j'ai aujourd'hui l'honneur de recevoir deux références du numérique responsable. Tiphaine Bichot, merci d'être présent avec nous.
- Speaker
Bonjour, ravie d'être là. Merci de nous recevoir.
- Agathe Tour
Et à tes côtés, Jean-Paul Lieu, merci également d'être présent.
- Speaker
Ravie de contribuer et de partager nos expériences.
- Agathe Tour
Tu as débuté ta carrière comme ingénieur dans le secteur des télécoms et tu es aujourd'hui co-dirigeante d'Athome Solutions. une entreprise qui développe des solutions numériques sur mesure. Au quotidien, tu t'engages et tu défends un numérique plus responsable, plus utile, en prônant notamment un usage responsable, le respect des personnes et également la sobriété écologique. Et à tes côtés, Jean-Paul, merci également d'être venu partager ta vision.
- Jean-Paul Lieux
Merci de nous accueillir.
- Agathe Tour
Avec plaisir. Tu es, toi, un entrepreneur engagé qui accompagne depuis plusieurs années la transformation numérique des organisations vers plus de sobriété et plus d'éthique. Et tu as également cofondé Doolist, c'est un éditeur logiciel français, spécialiste en marketing automation, que tu as pu diriger pendant plus de 20 ans. Aujourd'hui, tu mets toute cette expérience au service d'un numérique plus responsable et plus humain.
- Jean-Paul Lieux
L'idée est de pouvoir utiliser cette expérience pour accompagner les entreprises et les organisations.
- Agathe Tour
Pour commencer, j'aimerais vous demander comment vous en êtes arrivé à travailler dans le numérique responsable et quel a été réellement l'élément déclencheur ?
- Tiphaine Bichot
Pour moi, l'étincelle, elle est venue de mon fils qui, à 4 ans, est revenu de l'école en maternelle et nous a dit, on a appris plein de choses sur l'écologie à l'école et nous, qu'est-ce qu'on fait sur l'écologie à la maison ? Et mon mari et moi, qui sommes tous les deux entrepreneurs, on s'est regardés, on s'est dit, ok... On trie nos poubelles. Mais concrètement, dans notre entreprise, qu'est-ce qu'on fait tous les jours ? Et ça nous a vraiment heurté comme question, en se disant qu'on a la chance d'avoir cette capacité, en tant qu'entrepreneur, de prendre des décisions, d'infléchir notre stratégie. Et ça a été vraiment le point déclencheur, la prise de conscience. C'était en 2017. Et donc, on a grandi sur ce sujet-là depuis.
- Agathe Tour
D'accord. Donc, une conviction personnelle qui vient de ton fils.
- Tiphaine Bichot
Exactement.
- Agathe Tour
Qui t'a fait te poser les bonnes questions. Et toi Jean-Paul ?
- Jean-Paul Lieux
Alors je ne sais pas s'il y a eu un événement déclencheur, mais enfin c'est une construction. En tant que dirigeant d'une PME éditée en logiciel, on se posait des questions sur notre raison d'être, sur notre différenciation, sur notre identité finalement. Et au moment de la pandémie Covid, on a travaillé sur notre raison d'être, sur nos valeurs. On avait un petit peu plus de temps pour ça. Et à ce moment-là, un peu de la même façon, je me suis posé la question de dire mais qu'est-ce que je vais répondre à mes enfants ou petits-enfants quand ils me demanderont ce que j'ai fait également pour le sujet, essentiellement d'ailleurs de... de l'écologie à l'époque. Et de là est né par ce puzzle de prise de conscience, la nécessité d'aller travailler, de regarder ce qu'on pouvait faire en matière de RSE. Et de la RSE dans une entreprise très digitale m'a conduit très légitimement ou très naturellement, je vais dire, au numérique responsable.
- Agathe Tour
D'accord, donc de ton côté, ça a été vraiment initié dans le cadre professionnel pour différencier ta structure. Toi, Tiphaine, est-ce que ça fait écho à ton expérience et quel a été vraiment l'enjeu stratégique prioritaire pour faire du numérique responsable une priorité dans ta structure ?
- Tiphaine Bichot
Alors en 2017, quand on a pris cette décision d'agir d'une manière ou d'une autre, on s'est tourné vers des sachants. Et les sachants, à l'époque, il n'y en avait pas beaucoup. Il y avait notamment l'agence Lucie qu'on a découverte à travers le Syrpin. qui est le syndicat des entreprises du numérique de Nouvelle-Aquitaine. Et il y avait déjà deux ou trois entreprises qui s'intéressaient, qui se posaient ces mêmes questions. Et donc on a fait venir Lucie dans une plénière auprès de tous les entrepreneurs du Syrpin et ils nous ont expliqué la démarche de... À l'époque, il y avait une labellisation qui s'appelait « Entreprise numérique responsable » . Et on était vraiment dans les premières promotions d'entreprises qui allaient être labellisées. Et ça, c'était vraiment intéressant parce que ça nous a permis de structurer notre approche, en fait, avec d'autres professionnels. Et comme l'agence Lucie était au tout début de sa démarche, maintenant sa démarche est totalement connue, reconnue, et ainsi de suite, mais elle a voulu créer un groupe d'entreprises qui travaillent sur ce sujet-là avec elle. pour éprouver la démarche, faire des retours d'expérience année après année, pour voir comment est-ce qu'on s'emparait des audits qui étaient faits, comment est-ce qu'on améliorait nos performances en termes de numérique responsable. Donc c'était très constructif et orienté sur une amélioration de qualité continue. Donc c'est vraiment eux qui nous ont mis le pied à l'étrier.
- Agathe Tour
Après ces premières actions enclenchées, vous avez pu constater que des obstacles se présentaient, et si oui, quels étaient-ils ?
- Jean-Paul Lieux
Alors nous, on était confrontés à un problème. On voulait mettre en place une démarche RSE, mais on le faisait, je vais dire, avec une sorte de bon sens peu structuré. Cette formation de numérique responsable avait notamment comme terrain d'essai le fait de mettre en place dans son organisation, c'était le but de cette formation, un plan d'action, donc un schéma directeur numérique responsable. Et donc j'ai tout simplement pris l'entreprise comme... terrain d'expérimentation et je me suis aperçu que ça me permettait de faire le lien effectivement de tous ces puzzles de toutes ces petites actions de les structurer de les organiser et également de pouvoir les vendre en interne puisque je dirais ou les vendre, d'impliquer en tout cas toute l'équipe pour pouvoir faire ça.
- Agathe Tour
Tiphaine, toi, est-ce que tu as des obstacles différents de ceux de Jean-Paul à mentionner ?
- Tiphaine Bichot
Alors un petit peu, ce qu'on a fait, on a démarré par la stratégie avec la labellisation ANR. Donc il y avait cinq axes stratégiques, la gouvernance, l'impact social, donc le travail en interne très RSE sur le côté ressources humaines, qualité de vie au travail, ainsi de suite. Le volet sociétal et puis il y avait toute une dimension relation avec les partenaires extérieurs. Donc ça c'est le quatrième axe. Et puis enfin produit, qui était le volet interne. Et c'est là où... où on a rencontré le plus de difficultés. Parce qu'en fait, pour les collaborateurs, c'était très enthousiasmant d'aller s'impliquer d'un point de vue RSE, mais c'était moins tangible sur le côté, comment est-ce qu'on met ça en œuvre dans nos métiers ? Et on a voulu rendre ça tangible en donnant une même formation à toute l'équipe. Et une certification qui s'appelle OpQuast. OpQuast, c'est un organisme qui certifie sur la qualité web. Et dans la formation qui est donnée par OpQuast, il y a toutes les... toutes les dimensions de la qualité. Et donc, ça, on l'a mis en place à partir de 2018-2019. On a commencé à certifier les membres de l'équipe. Et on s'est rendu compte que c'était formidable parce que ça fluidifiait énormément la communication entre les différents métiers. Ça leur donnait un socle commun. Et ça a été vraiment fondateur pour faire monter en compétence l'équipe sur le volet numérique responsable.
- Agathe Tour
Toi, comment, Jean-Paul, tu as convaincu ? Tu disais qu'ils étaient un petit peu au début réfractaires. Comment tu es arrivé à embarquer ces parties prenantes sur ton projet ?
- Jean-Paul Lieux
La première chose, c'est que je pilotais l'intégralité de la société. Donc, c'est plus facile de ce point de vue-là. Et surtout sur une structure de taille très humaine, puisque à l'époque, on était une soixantaine de personnes. Donc, ça veut dire qu'effectivement, on a fait beaucoup de sensibilisation. Sensibilisation, c'est plusieurs choses. Ça peut être effectivement des fresques, la fresque du numérique, ça peut être des interventions. On a fait intervenir des shifters pour faire quelques électrochocs également en interne. D'ailleurs, ça a plutôt... Alors, je ne veux pas dire que ça a fonctionné, mais il y a eu quand même aussi des effets de sidération en interne. Puis après on a essayé de construire, donc sensibilisation en passant par des MOOC, il y a notamment... Le MOOC de l'INR, en tout cas, c'était obligatoire pour toutes les personnes qui étaient dans l'entreprise. Puis ensuite, le MOOC complet était fortement incité en interne. Donc, beaucoup de sensibilisation et puis surtout la mise en place de la gouvernance. La mise en place de la gouvernance, ça veut dire qu'effectivement, l'ensemble des managers qui se retrouvaient dans le Codir avaient des actions, devaient rendre compte d'actions. on décidait avec chacun d'eux des priorités d'action, donc on allait chercher dans notre schéma directeur les actions que l'on pouvait attribuer aux uns aux autres, et surtout d'adapter aussi le discours pour que chacun comprenne quelle était la traduction dans son métier des actions que l'on allait faire. On ne parle pas de la même façon à un responsable financier qu'à un responsable d'exploitation, qu'à un chef de produit. Et il fallait chaque fois essayer de démontrer quels pouvaient être les avantages de la démarche et comment cette démarche pouvait contribuer à l'atteinte des objectifs stratégiques qu'on avait déclinés pour chacun d'entre eux. Donc c'est tout ce travail de réflexion pour lequel effectivement pour moi ce schéma directeur est vraiment quelque chose de très important. Et effectivement le pilotage ensuite de ce plan d'action et le suivi de ce plan d'action. aussi de façon régulière avec les managers, avec une adaptation du discours. Je le disais, le directeur financier, il faut lui expliquer que, effectivement, si on allonge la durée de vie du matériel, il va gagner de l'argent. Et de la même façon, on va expliquer aux responsables d'exploitation que s'il simplifie l'ensemble de son dispositif digital, il va pouvoir diminuer par exemple sa surface d'attaque et donc d'être plus robuste vis-à-vis des cyber-risques.
- Agathe Tour
Très intéressant. Donc on voit vraiment que l'adhésion passe, comme vous le disiez, par la culture interne, passe également par les formations et une gouvernance très structurée. Et si vous aviez un seul conseil à donner à nos auditeurs, lequel serait-il ?
- Tiphaine Bichot
Alors moi, mon conseil, ce serait de le faire par rapport au métier même et à la raison d'être de l'entreprise qui va vouloir mettre en œuvre du numérique responsable. Parce qu'en tant qu'éditeur, on ne va pas avoir les mêmes besoins ou les mêmes objectifs qu'une ESN ou que va avoir une entreprise dans le e-commerce ou que va avoir une collectivité ou encore un ministère. et donc au regard en fait de qui on est intrinsèquement en tant que structure, en tant qu'organisation, eh bien le numérique responsable va se décliner différemment. C'est ça qui est intéressant dans le schéma directeur, parce que le schéma directeur, du coup, il naît intrinsèquement de la structure. Et donc pour moi, le premier conseil, c'est de ne pas prendre in extenso les référentiels et de se dire, je vais les appliquer. L'objectif, c'est vraiment de se poser la question, de le structurer pour sa propre organisation en fonction de ses missions et de ses besoins. On parlait de formation. Pour moi, ça, ça ne peut exister, le fait d'avoir un schéma directeur, qu'à travers une équipe projet qui s'en charge au sein de l'entreprise, au sein de l'organisation. Si vous avez, on va dire, un ensemble d'acteurs qui sont impliqués dès le départ en co-conception sur le numérique responsable, au regard de leur métier, au regard de leurs objectifs, à ce moment-là, ça va être intégré dans leur routine. Si c'est mis en parallèle du reste de la stratégie de l'organisation, ça n'aboutira jamais. Donc, il y a vraiment deux grands conseils. Regardez la stratégie de votre organisation. Il faut construire par rapport à cette stratégie avec des personnes en conconstruction au sein même de l'organisation. de manière très pragmatique, liée à chacun des métiers, et de manière très impliquée, intriquée en fait, avec les objectifs métiers de chacun.
- Agathe Tour
D'accord, donc se faire accompagner et l'adapter également en fonction de la structure, impliquer les personnes et adapter en fonction du métier également pour que ce soit pertinent pour tout le monde et que chacun y trouve sa place. Jean-Paul, tu parlais de ROI, quel est pour toi aujourd'hui l'enjeu du numérique responsable ?
- Jean-Paul Lieux
Alors, en fait, on comprend très vite quand on pratique un peu qu'on peut effectivement venir nourrir une stratégie au travers d'une démarche plus responsable. Les enjeux, il y en a certainement quatre. Le premier que j'ai envie de donner, c'est un enjeu financier. Parce qu'effectivement, simplifier, allonger la vie des matériels, éteindre des ressources qui ne servent à rien, continuer à simplifier, on gagne de l'argent. Et ça, il ne faut pas avoir peur de le dire, c'est une réalité et je ne pense pas qu'il y ait une PME ou une ETI ou n'importe quelle organisation qui aujourd'hui se bat avec des budgets, ne sera pas sensible à cet enjeu-là. Donc oui, c'est un moyen de pouvoir faire des économies. A notre propre échelle par exemple, quand on avait audité l'ensemble des licences logicielles qui étaient utilisées, par l'ensemble des collaborateurs, on avait réduit notre budget licence de l'ordre de 10 à 15%. Donc, ce n'est pas négligeable pour toute organisation. Le deuxième enjeu, c'est un enjeu de simplification. Simplification, simplification des procès, simplification des logiciels, simplification des usages. Ça, c'est demandé en interne. On croule sous les différents sujets. Et simplifier, ça veut dire mieux contrôler ce qui se passe. arrêter de dupliquer de l'information, de ressaisir des choses de partout. Voilà, donc ça c'est un enjeu important de simplifier pour rendre la vie des gens plus facile. Il y a un enjeu aussi qui est plus, dont on a pris conscience plus récemment, c'est un enjeu de robustesse. Parce qu'effectivement, cette démarche de souveraineté, de cybersécurité, Cet enjeu également de dépendance technologique. On a vu comment certains éditeurs internationaux pouvaient tenir finalement les gens par le porte-monnaie et donc faire en sorte que... Donc quand on est dans cette logique-là, on devient plus robuste. Et effectivement, je crois qu'un certain nombre d'entreprises ont expérimenté malheureusement des sujets de blackout, que ce soit des problèmes de sécurité, que ce soit des problèmes de panne électrique, que ce soit des problèmes de panne logicielle. Qu'est-ce qu'on fait pour continuer à assurer les fonctions vitales d'une entreprise dans des cas où ? Et donc cette simplification va venir y correspondre. Et puis enfin, pour moi, le dernier enjeu, c'est l'enjeu RH. Parce qu'aujourd'hui, si on veut effectivement recruter des talents... Il y a peu de gens qui dans les nouvelles générations, y compris chez les geeks, donc les passionnés du digital et de l'informatique, des gens qui ne s'intéressent pas à ce que fait l'organisation, l'entreprise en matière d'environnement, en matière de RSE. Donc c'est des sujets qui sont aussi des sujets d'attractivité RH. Donc ça c'était pour moi le quatrième enjeu. Donc je crois que tout ça montre que les organisations ont intérêt à aller dans cette démarche parce qu'elle est bénéfique sur tous ces plans-là.
- Agathe Tour
D'accord, donc vraiment un enjeu de bon sens finalement, financier également, et venir attirer des nouveaux talents tout en augmentant peut-être la robustesse des entreprises. Vous parlez de faire venir des nouvelles personnes, fédérer, avoir une marque employeur attractive. Également le numérique de confiance où les gens sont de moins en moins. à l'aise avec les outils numériques. Est-ce que pour vous, le contexte du numérique responsable, il a évolué ces dernières années ? Comment vous le percevez ? Est-ce que des tendances émergent ? Est-ce que les gens sont plus au fait ? Les entreprises plus sensibles ? Quel est votre point de vue là-dessus ?
- Jean-Paul Lieux
Je crois qu'on est au démarrage d'un numérique plus responsable. C'était vraiment une affaire de spécialistes en 2017, on est des pionniers à cette époque-là. Je crois que le contexte actuel d'évolution va nous obliger à plus de sobriété, va nous obliger à des réflexions. On était véritablement à la fois économiquement dans quelque chose qui marchait bien, le digital, il y avait beaucoup de croissance, donc on achète beaucoup de logiciels, on fait beaucoup de choses. Donc c'est très bien, mais on est dans une forme d'ébriété où on a tout digitalisé, le moindre fonction était digitalisée pour faire tout et n'importe quoi. Je crois qu'aujourd'hui, à la fois l'évolution du contexte économique d'une part, les aventures qu'ont vécues les entreprises en matière de cybersécurité, de panne, de complexité, de quête de sens d'une façon générale également, va obliger et nous oblige à évoluer vers quelque chose de plus sobre, plus frugal, et donc qui sont les concepts même pour moi du numérique responsable. Donc son évolution, ça sera peut-être que cette responsabilité deviendra intrinsèque et qu'on parlera simplement de digital, de digital utile à l'entreprise, utile à l'homme, utile à la nature, ce dont on a véritablement besoin. et qu'on sorte d'une gadgetisation complètement étourdissante.
- Agathe Tour
D'accord, donc à la base, c'était vraiment un concept qui était réservé aux spécialistes. Tiphaine, est-ce que tu partages l'avis de Jean-Paul ?
- Tiphaine Bichot
Je crois que l'enjeu actuel, c'est l'essaimage. C'est être en capacité de passer d'un petit nombre d'acteurs, tous les acteurs. C'est la raison pour laquelle nous, on a créé TILID. C'est justement pour être capable d'impacter sur chacun des projets. On voit ça émerger de manière très différente en fonction des zones géographiques au niveau mondial. En France, en Belgique, en Suisse, vous avez un certain nombre d'acteurs qui sont positionnés là-dessus. Et on est de plus en plus nombreux. Et on commence à s'aimer, effectivement. Mais ce n'est pas le cas partout. Ce n'est absolument pas le cas aux États-Unis. Ce n'est absolument pas le cas en Chine. Ce n'est absolument pas le cas en Inde. Et donc, en fonction des zones géographiques qu'on regarde dans le monde, cette appropriation, je pense qu'elle va être faite par des prismes différents. Et là où je vois un prisme commun, c'est sur la notion de numérique de confiance. En fait, ce prisme-là, il est venu quelque part avec l'IA, avec la souveraineté, avec la cybersécurité. Il y a une sorte de triptyque comme ça. qui a amené cette notion de qu'est-ce que c'est qu'un numérique de confiance. Et quelque part, je trouve que cette notion-là de numérique de confiance, qu'on retrouve du coup, c'est vraiment une appellation qu'on a partout, qu'on a aux Etats-Unis, qu'on a en Chine, qu'on a en Inde, qu'on a dans tous les pays du monde, c'est une appellation qui rassemble. Et derrière ce numérique de confiance, on peut y mettre pas mal de choses, y compris du coup... la notion de responsabilité. Et je pense que c'est à travers ce prisme-là qu'on va réussir à impacter et à s'aimer plus.
- Agathe Tour
C'est comment tu envisages la suite et tu as raison de mentionner que ça dépend effectivement de la localisation. On n'est pas tous au même niveau en relation avec le numérique responsable. Ça me permet de vous questionner sur vous, comment vous voyez la suite. Tu parlais de numérique de confiance qui allait devenir essentiel. Quelle est ta vision du numérique responsable si on devait se projeter dans 10 ans et notamment son lien avec l'IA qui devient quand même intéressant ?
- Tiphaine Bichot
Pour moi, en Europe, ce qui serait vraiment intéressant, c'est d'avoir une évolution inspirée de ce qu'on a commencé à faire en France. En France, on a effectivement des référentiels qui existent maintenant, le RGESN. Vraiment, je vous engage chacun à aller vous documenter sur le RGESN. C'est très bien fait. Il y a tout ce qu'il faut pour comprendre. C'est vraiment le référentiel qui rassemble le plus grand nombre de règles et de bonnes pratiques à mettre en œuvre en termes de numérique responsable. Donc on a des référentiels qui sont assez puissants et je pense que l'Europe pourrait très bien aller un cran plus loin, comme on est en train de le faire en Europe sur l'IA Act. D'avoir cette dimension numérique de confiance plus large, qui soit mise en œuvre, qui soit réfléchie et qui donne lieu à une normalisation ou un référentiel européen qui puisse être utilisé de manière cohérente. De telle manière à ce que tous les professionnels du numérique puissent s'approprier en fait ces bonnes pratiques et les mettre en œuvre. En Europe ? On pourrait avoir dans dix ans justement cette capacité à avoir un socle qui nous permette à tous d'être plus responsables et d'avoir ce socle de connaissances et de bonnes pratiques communes.
- Agathe Tour
Merci beaucoup à vous deux pour ces retours d'expérience passionnants. Et on peut quand même voir que vous partagez un objectif commun vraiment autour du numérique responsable. c'est d'en faire un levier de transformation vraiment concret pour augmenter l'impact et pour plus de valeur. Merci encore pour vos témoignages qui sont vraiment précieux. Aujourd'hui, nous avons vu comment le numérique responsable peut devenir une priorité stratégique, quels éléments et quels obstacles peuvent également se présenter, mais surtout quelles sont les actions concrètes que chacun peut mettre en place dès maintenant. Comme l'a souligné Jean-Paul, le numérique responsable n'est ni un gros mot, ni un concept abstrait. C'est vraiment un sujet de bon sens qui est tourné vers l'avenir et qui permet de revenir à l'essentiel en gagnant en force et en résultat. Et comme le rappelle Tiphaine, il s'agit d'avoir vraiment une vision plutôt stratégique, macro, pour avoir une ligne conductrice, mais également de se refocaliser sur une vision plus micro et penser opérationnel et projet. On arrive à la fin de cet épisode, mais avant de se quitter, Je vous propose une séquence de questions express qui sont posées par la marraine de cette saison, Louise Vialard, qui est chargée de développement national du programme Alt-Impact. Première question, sobriété numérique ou numérique responsable ?
- Jean-Paul Lieux
Sobriété et numérique responsable. La sobriété n'étant qu'un des éléments d'une politique numérique responsable. Donc, faisons les deux.
- Tiphaine Bichot
Moi, je dirais sobriété. inclus dans l'ensemble numérique responsable, inclus dans l'ensemble numérique de confiance.
- Agathe Tour
Qu'est-ce que l'IA frugale pour vous ?
- Jean-Paul Lieux
C'est une IA qui sert véritablement à quelque chose.
- Agathe Tour
Savez-vous d'où viennent les métaux de votre téléphone ?
- Tiphaine Bichot
Oui, malheureusement.
- Agathe Tour
Pensez-vous que le numérique responsable peut sauver le monde ?
- Jean-Paul Lieux
Il peut y contribuer.
- Agathe Tour
Et dernière question, si le numérique responsable était une chanson, ce serait laquelle ?
- Jean-Paul Lieux
Ce serait une chanson très courte, très simple, mais avec beaucoup de sens.
- Tiphaine Bichot
Eemporté par la foule qui nous aime, nous emmène... Très bon choix.
- Agathe Tour
J'espère que cet échange vous donnera envie de réfléchir à vos propres pratiques et de passer à l'action, que ce soit par des petits gestes pour contribuer dès aujourd'hui à un numérique plus responsable. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à nous laisser un avis ou un commentaire. Ça nous aide vraiment à améliorer le podcast et à toucher davantage de personnes intéressées par le sujet. Merci à vous de nous avoir écoutés. et on vous donne rendez-vous sur notre site et sur LinkedIn pour découvrir les initiatives, les outils et les prochains rendez-vous du réseau.