Speaker #0Bonjour à tous, chers élèves et chers amis du site aufonddelaclasse.com. Dans cet épisode, nous allons introduire l'œuvre de Fontenelle, Entretien sur la pluralité des mondes, et le parcours au programme, Le goût de la science. Si vous ouvrez le livre de Fontenelle, Entretien sur la pluralité des mondes, ça commence comme ça, une nuit d'été, un parc... Deux personnes, une femme, un homme qui se promènent après le dîner et l'homme lève les yeux au ciel assez rapidement. Le ciel est étoilé et plein d'étoiles et il laisse échapper cette phrase. « Je ne puis pardonner au soleil de me faire perdre de vue tous ces mondes » , dit-il, alors qu'évidemment il est content qu'il soit la nuit parce que quand il fait jour, le soleil l'empêche de voir tous ces mondes. Et l'autre personnage, la femme, la marquise, se retourne et lui dit Qu'appelez-vous tous ces mondes ? Et poser cette question, ça n'est pas vraiment une déclaration d'amour, une folie ou une phrase qui est lancée dans une espèce de débat galant de séduction, non. C'est le début d'un cours d'astronomie. Et c'est exactement là que réside l'originalité de Fontenelle, et d'ailleurs l'originalité de son inscription aussi au programme de français du bac, c'est-à-dire que c'est un mélange entre science, évidemment, Et littérature d'un autre côté, c'est-à-dire que c'est à la fois un ouvrage scientifique qui parle d'astronomie, qui parle des astres, du soleil, de la lune, des étoiles, mais aussi un livre littéraire qui est une conversation galante, un dialogue, comme le genre était à la mode à la fin du XVIIe siècle, entre deux personnages qui jouent l'un et l'autre un certain jeu de séduction. Alors, qui est Fontenelle ? fontenelle. Il est né en 1657 et mort en 1757, c'est-à-dire qu'il a vécu quasiment 100 ans et qu'il est à cheval sur deux siècles. On peut dire d'un côté qu'il appartient au XVIIe siècle, c'est le siècle, ou en tout cas pour la deuxième partie du siècle du classicisme. Et il est lui-même neveu de Corneille, un auteur de tragédies et de comédies du classicisme, ou en tout cas pour la deuxième partie de son œuvre. Il est membre de l'Académie française, il est aussi secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences pendant près de 40 ans. Et on peut dire que c'est un homme qui est un peu à la frontière de tout, évidemment entre la littérature et la science, mais aussi, comme je le disais, entre le XVIIe et le XVIIIe siècle, c'est-à-dire entre le classicisme et les Lumières. Et les entretiens paraissent en 1686, c'est-à-dire un an avant... les Principia Mathematica de Newton, qui vont révolutionner complètement la science, la physique, l'astronomie. Et malgré cela, c'est-à-dire malgré le fait que son livre est complètement dépassé sur le plan scientifique un an après sa parution, en 1687, donc au moment où Newton fait paraître ses nouvelles découvertes, eh bien les entretiens ont un succès qui ne se dément pas, puisque dans les décennies qui suivent, il y a... 33 éditions. 33 éditions du vivant de l'auteur qui témoignent donc du succès immense. Et ça évidemment c'est un paradoxe assez fascinant parce que d'un point de vue scientifique, les entretiens sur la pluralité des mondes sont dépassés l'année qui suit leur publication puisque Newton réfute les tourbillons de Descartes par exemple dont il est question dans cette œuvre. Mais malgré cela, le livre connaît un immense succès pendant des décennies. Alors pourquoi ? Eh bien sans doute parce que son intérêt n'est pas là où on le croit et... pas seulement dans la vulgarisation scientifique, pour le dire comme ça. Parce que si on résume l'œuvre d'une manière assez simple, dans sa forme et dans son fond, il s'agit de six soirées de conversation entre un philosophe et une marquise dans le parc d'un château. Chaque soir, l'un et l'autre avancent un peu plus loin dans l'univers, puisqu'il s'agit d'abord de parler de la Terre, puis de la Lune, des planètes, des étoiles fixes, comme ils le disent, puis... de l'infini. Et le contenu scientifique, il est réel, il est sérieux, il occupe d'ailleurs la plupart des pages du livre. Il s'agit du système de Copernic, des tourbillons de Descartes, de cette idée de la pluralité des mondes, de théories aussi comme la relativité du mouvement. Des choses qui sont assez familières à nous aujourd'hui, quelles que soient les études qu'on a faites ou l'appétence plus ou moins grande qu'on peut avoir pour la science. Tout simplement parce que ce sont des choses qui sont entrées dans la culture commune. Mais alors, tout ça n'est pas dit dans l'œuvre de Fontenelle sur le ton d'un traité scientifique, mais plutôt sur celui de la conversation galante, avec des plaisanteries, du badinage, du jeu de séduction, des jeux de mots, mais aussi des métaphores qui servent parfois à expliquer la science. Et il y en a une, dont on reparlera dans d'autres épisodes, qui est centrale, parce qu'elle apparaît très rapidement, c'est celle de l'opéra. la nature. Le monde physique est présenté comme un grand spectacle, dont le spectateur, c'est-à-dire les êtres humains qui regardent le monde autour d'eux, ne voit que les décors et les acteurs, mais pas les roues, les contrepoids qui font bouger tout le mécanisme du décor de l'opéra, par exemple. Et le philosophe, lui, c'est-à-dire le savant, le scientifique, est lui un petit peu comme l'expert qui connaîtrait le métier des machinistes, et qui veut comprendre les mécanismes cachés qui se trouvent derrière le spectacle de la nature. Alors comme je le disais avant, ce livre n'est pas vraiment ce qu'on pourrait appeler, en tout cas on ne peut pas le réduire à ça, un traité de vulgarisation scientifique. Et d'ailleurs il faut se méfier un peu de ce mot dans l'étude de ce texte, parce que Fontenelle ne cherche pas à abaisser la science au niveau du grand public, mais il cherche au contraire à l'élever à la dignité d'un objet mondain. C'est-à-dire qu'il ne s'agit pas vraiment de vulgariser, dans le sens de simplifier, mais plutôt de le rendre noble. ce qui est exactement le contraire d'une certaine manière de vulgariser. Alors, il faut planter un peu le décor de la science et des conceptions qu'on a à cette époque-là. Au XVIIe siècle, vouloir savoir, en particulier au-delà de ce qu'est le monde qui est tout autour de nous, est encore assez suspect. On s'appuie parfois sur Saint-Augustin pour condamner ce qu'il appelle la libidos candy, c'est-à-dire le désir de savoir comme un péché. Et d'ailleurs, le philosophe et mathématicien Blaise Pascal tremblait devant la recherche du savoir avec cette phrase qui est très célèbre et qui dit, on y reviendra, « Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie. » Comme si devant l'infinité du monde qu'on aperçoit un peu quand on regarde le ciel sur toute la nuit, eh bien c'est le sentiment de peur qui s'imposait. Et ça rejoint un peu... L'idée que la curiosité scientifique, c'est en quelque sorte répéter le péché originel. Adam et Ève ont mangé le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, et vouloir en savoir plus, c'est peut-être agir contre Dieu. Mais alors en même temps, c'est un peu le problème. Le siècle, le XVIIe siècle, c'est aussi celui de Galilée, de Descartes, de Cassini, de Kepler, et l'idée que la tourne la terre pardon tourne autour du soleil est vraiment établies, les idées nouvelles sont dans l'air, mais elles sont quand même réservées aux milieux savants. Et Louis XIV, lui, crée l'Académie des sciences en 1666, donc 20 ans avant l'apparution des entretiens de Fontenelle. Il crée aussi l'Observatoire de Paris l'année d'après, en 1667, et donc la science commence à intéresser les élites. Et s'il y a un milieu qui résiste un petit peu à tout ça, c'est le monde mondain. Si on peut s'exprimer de cette façon-là, c'est-à-dire la société aristocratique et de la très haute bourgeoisie parisienne, qui, elle, a créé ses propres codes, la société de la conversation, du badinage, du bon goût, du bel esprit, comme on dit, où on ne parle pas du tout de physique, parce que dans les salons, qui sont tenus souvent par des femmes aristocrates, qui sont parfois dans les cercles qu'on a appelés ceux des précieuses, eh bien, celui qui parle de physique et de science passe plutôt pour un pédant. ridicule pour quelqu'un qui veut montrer sa science de manière lourde et qui est justement incapable de discuter de manière légère, sympathique, avec de l'esprit, comme on doit le faire dans ces salons-là. Et on le voit un petit peu, peut-être que vous avez déjà rencontré d'ailleurs tout ça dans vos études de français, dans les comédies de Molière, ou dans les femmes savantes, par exemple, le pédant est ridiculisé comme quelqu'un qui ne maîtrise absolument pas les codes de la séduction. de la conversation mondaine. Et à ce titre-là, il est très intéressant de signaler d'emblée que l'un des deux personnages, comme je le disais au début, est une femme. Parce qu'une femme, ici, ne représente pas seulement l'ensemble des femmes de la société aristocratique française. Elle représente aussi tout le monde des salons, celui qui a besoin et celui qui aime le goût, c'est-à-dire qui aime prendre du plaisir. Et la science n'est pas vécue. par ressenti n'est pas conçu par le public habituel de Fontenelle comme quelque chose qui donne du plaisir. Et c'est d'ailleurs le cœur du parcours qui est au programme, le goût de la science. Et la préface dit d'emblée « J'ai voulu traiter la philosophie d'une manière qui ne fut point philosophique. » Et donc Fontenelle, en écrivant ceci, la philosophie, ici il faut le prendre dans le sens de la science, dit qu'il veut faire les choses d'une façon nouvelle. Et le choix de la marquise, le choix d'une femme ici, montre bien le refus du jargon savant, celui qui rebute les non-spécialistes évidemment parce qu'ils ne le comprennent pas, mais aussi celui qui rebute ceux et celles qui dans les salons ont conçu, développé cet esprit de la conversation galante, cet esprit du bon goût, du bel esprit. Et c'est aussi le refus, d'un autre côté, de l'idée que dans les salons, on se livrerait à une légèreté pure. qu'on serait complètement rétif et qu'on refuserait toute espèce de science, qu'on ne soit pas sérieux en quelque sorte. Et donc il s'agit pour Fontenelle de trouver une espèce de juste milieu, c'est-à-dire d'intégrer la science à ce qu'on pourrait appeler le bon goût. Et d'ailleurs, il est évoqué très rapidement une conviction qui est assez inédite, puisqu'on lit au début des entretiens, Il n'y a pas jusqu'aux vérités à qui l'agrément ne soit pas. nécessaire. L'agrément ici, c'est le plaisir. C'est-à-dire que ce n'est pas que la science doit être amusante pour attirer les gens. C'est la conviction de Fontenelle que le plaisir fait partie de la vérité elle-même, de la recherche de la vérité. Que le goût n'est pas un ornement dont on doit décorer, en quelque sorte, la science qui serait elle-même triste, un peu sèche, un peu ennuyeuse. Non, le goût, le plaisir, l'agrément, c'est-à-dire tous ces mots qui désignent Merci. des synonymes de ce qu'on pourrait appeler le plaisir, l'un de ces mots-là, c'est une condition de la connaissance, c'est au cœur de la science. Et on pourrait même dire que connaître, comprendre donne du plaisir. Et cette idée-là, elle est au cœur de notre œuvre et évidemment au cœur de ce que le programme nous invite à y voir avec ce parcours, le goût de la science. Et d'ailleurs, un peu plus tard, c'est-à-dire au temps des Lumières, Voltaire ou d'Alembert, l'un des promoteurs de l'encyclopédie, ont critiqué Fontenelle, se sont un peu moqués de lui pour son style un peu trop fleuri, ce qu'on a appelé parfois ses petites douceurs. Parce que pour eux, le badinage n'est qu'un ornement extérieur qu'on ajouterait à la science. En tout cas, ils font peut-être semblant un petit peu de le croire à ce moment-là. Mais chez Fontenelle, plaisir et savoir sont complètement inséparables, puisqu'il ne s'agit pas de plaire pour instruire, pour reprendre des termes que vous connaissez sans doute, selon la vieille formule latine placere et docere, Blaire. et instruire, mais il s'agit plutôt de montrer que comprendre est jouissif en soi. Et c'est sans doute une des dimensions les plus originales de ce livre. Tout le premier soir, par exemple, est construit comme une scène de séduction amoureuse. Le philosophe fait semblant de résister, la marquise insiste, et finalement il cède et il accepte de lui faire une espèce de cours d'astronomie. Et c'est vraiment le vocabulaire du texte, comme vous le verrez, si vous ne l'avez pas déjà vu. La transmission du savoir, en fait, mime une conquête galante, une séduction amoureuse. Et on va même plus loin. Le lien entre la science et le désir n'est pas seulement une métaphore chez Fontenelle, c'est vraiment une conviction. Le désir de savoir, la libido scandi de Saint-Augustin, est une forme de désir à part entière, avec ses plaisirs, ses vertiges, ses extases. Et d'ailleurs, la marquise, dans le quatrième soir, on en reparlera, à ces mots qui ont une connotation. assez clairement érotique, puisqu'elle dit « achevez de me rendre folle, je ne me ménage plus, je ne connais plus de retenue sur la philosophie, laissons parler le monde et donnons-nous au tourbillon » . Ces mots-là, ils ne sont pas anodins, on peut les rapprocher du vocabulaire de Marivaux, par exemple, un auteur de théâtre un petit peu après, dans la première partie du XVIIIe siècle, qui décrit la surprise de l'amour, par exemple, c'est-à-dire le coup de foudre, le sentiment amoureux qui nous prend brusquement de cette façon-là. Et donc, l'expérience intellectuelle produit les mêmes effets que l'expérience amoureuse. Le trouble, la perte de soi, l'égarement, une forme d'ivresse. Au point qu'on peut se demander s'il n'y a pas une érotique de la pensée dans les entretiens. Et si Fontenelle ne construit pas un lien entre désir et connaissance sur ce mode-là, avec une façon de mêler complètement. le plaisir intellectuel et le plaisir de l'amour. Alors, de quoi va-t-on parler dans ces réflexions sur les entretiens ? Eh bien, bien sûr, de la curiosité. D'où vient le désir de savoir ? Est-ce qu'il est légitime ? Est-ce qu'il est dangereux ? Est-ce qu'il est naturel ? Pourquoi est-ce qu'il donne du plaisir ? Et comment Fontenelle renverse-t-il la condamnation qui existait encore du désir de savoir ? Et puis bien sûr, même si on a déjà un peu écarté la notion de vulgarisation, eh bien on va se demander, à partir de cette idée qui est quand même assez commode, s'il vulgarise vraiment, c'est-à-dire s'il est capable de montrer d'une manière plus simple qu'avec le vocabulaire habituel des spécialistes, des experts de la science, comment fonctionne la nature. Ou bien s'il fait... autre chose par exemple avec ces métaphores scientifiques comme celle de l'opéra et puis on se demandera quelles sont les formes du plaisir que donne la science le vertige l'élégance l'enthousiasme l'infini et puis en quoi ces plaisirs apparaissent dans l'oeuvre de fontenelle différents des autres plaisirs qu'on trouve comme la séduction bien sûr puisque il y a aussi un jeu de séduction entre les deux personnages et puis on s'interrogera bien sûr sur le rôle de la femme savante, qui n'est pas du tout moquée ici, puisque la marquise est une femme tout à fait intelligente et qui surprend le philosophe lui-même à bien des moments. Alors, les entretiens, vous l'avez compris, ont été écrits à un moment charnière, où la curiosité scientifique était encore un peu suspecte, où les femmes étaient exclues du savoir, et où la science et le plaisir semblaient incompatibles. Et Fontenelle fait quelque chose d'audacieux, il dit que tout cela pouvait aller. ensemble. Ce geste, il a des échos aujourd'hui, parce que on peut se poser les mêmes questions. Comment parler de science sans ennuyer ? Comment transmettre sans être méprisant ? Comment donner envie de savoir ? Ces questions-là, elles sont encore les nôtres, et c'est celles de n'importe quel professeur, de n'importe quel journaliste scientifique, ou de n'importe quel passionné qui cherche à partager son enthousiasme. On pourrait dire que Fontenelle fait tout cela avec élégance, avec humour, et avec la conviction que le plaisir de comprendre est une des joies les plus hautes et les plus grandes dont l'esprit humain soit capable. Voilà donc ce que je voulais partager avec vous pour vous présenter l'œuvre de Fontenelle et le parcours au programme. Vous pouvez retrouver bien des choses sur le site internet au fonddelaclasse.com. Je vous dis merci beaucoup de m'avoir écouté et à très bientôt. Ciao ciao !