- Speaker #0
Des franco de spa à Doures en passant par la botanique, vous l'avez sûrement déjà croisé sur une scène belge. Chloé Dutreff ne doit pas sa carrière à la chance mais à beaucoup de boulot et à un petit ingrédient magique, la curiosité. Alors que faire quand votre nom est aussi reconnu en musique française qu'en musique électronique et même au théâtre ? Montez à la belle Pardy ! Et pour le nom, elle n'a eu qu'à se baisser, ça s'appelle Treffle Prod. C'est parti pour un nouvel épisode qui, on l'espère, lui portera aussi bonheur ! Bonjour Chloé, merci de ta venue avec nous aujourd'hui pour ce nouvel épisode.
- Speaker #1
Merci pour l'invitation.
- Speaker #0
On va voir ensemble ta longue carrière, en tout cas qui n'a pas commencé avant-hier, et l'objet de cette venue, c'est aussi le lancement de ce label, Treffle Prod. Comment tu es arrivée dans la musique ?
- Speaker #1
En fait j'ai commencé assez petite la musique, j'étais vite attirée par les instruments etc. J'ai commencé le piano à 7 ans, donc je faisais des cours de piano, puis j'ai reçu une guitare jeune ado, où là j'essayais de jouer tous les morceaux folk, pop, que j'aimais bien des Etats-Unis. Puis j'ai reçu un petit enregistreur, j'aimais bien enregistrer. Trafiquer les sons, une boîte à rythme, un sampler. Et donc j'ai commencé à combiner tout ça. Je suis partie aux Etats-Unis pendant plusieurs mois. Et là, ils n'arrivaient pas à prononcer le « e » de Chloé, donc ils m'appelaient Chloé. Et j'ai essayé de les reprendre. Ils m'ont surnommée Clover, qui veut dire trèfle. Et donc j'avais d'abord commencé mon premier projet en anglais qui s'appelle Clover's Chloé. et puis quand on a Encourager à chanter en français, j'ai fait une fausse traduction, Chloé Dutreffle, donc voilà.
- Speaker #0
Intéressant que tu parles de ce moment où t'as encouragé à chanter en français. On connaît les raisons, mais est-ce que tu peux quand même nous dire pourquoi on t'a encouragé à ça ?
- Speaker #1
Donc là c'est vrai, j'avais un groupe qui avait quand même pas mal tourné, on avait fait Dour deux, trois fois, on avait fait plusieurs fois le Botanique aussi, gagné quelques prix. Et c'est vrai qu'il y avait à l'époque Paul-Henri Waters du Botanique qui m'a dit « Allez Chloé, tu fais un morceau en français, je te programme à tel festival. » Et j'ai des amis qui m'ont mis un peu au défi. J'avais un mois pour faire le... À l'époque, ça s'appelait le parcours Rallye Chantons Français, qui est maintenant francophone en fait. C'était la biennale de la chanson française. Un mélange des deux comme ça. Et j'avais un mois pour envoyer une maquette de... Deux, trois, quatre morceaux en français, donc je me suis dit ok. Finalement j'étais finaliste au Halle d'Escarbèque et tout ça. Et c'est vrai qu'à ce moment-là, j'avais le groupe qui tournait, on était cinq. J'écrivais les morceaux, les textes, je chantais. Il y avait un batteur, un contrebassiste, un guitariste, un violoniste. Et c'était que des mecs. Et c'est vrai qu'à un moment, j'avais envie de... un peu en solo et je me suis dit ok je vais différencier les deux projets je vais être plus libre aussi et en fait une maison de disques m'a contactée j'avais pas mal de propositions et donc j'ai commencé à faire les deux en parallèle mais j'avais beaucoup plus de dates en solo mon envie en fait a un peu décliné envers le groupe et donc j'ai continué plutôt en solo en scène Quand on était finaliste du concours circuit avec mon groupe en anglais, qu'on gagnait un prix pour jouer à Dour et tout ça, on s'est dit ok, on doit faire un... un EP, donc on sait de l'autoproduction, on économisait sur les concerts, et on cherchait un distributeur, et là, il y a un attaché presse, Yves Merlabac, qui disait, écoute, ton CD, ça fait trois mois, il est toujours dans mon lecteur CD, j'ai poussé mon patron, on vous distribue, et c'était super, mais ce qui était dingue à l'époque, c'est que j'habitais pas très loin de l'RTBF, donc le premier EP, en fait, on n'était pas encore distribué, Et j'étais allée au culot à la RTBF en disant voilà je suis productrice, j'ai mes disques. Et en plus c'était en juin donc j'étais en blocus à l'IEX à ce moment-là, Radio 21 à l'époque. Et donc je vais, je donne mes disques et Rudy Lyonnais me dit, je fais la pub pour ma disque. Il me dit oui c'est la promo, il me reprend et puis je distribue des disques. Je reviens chez moi, je suis au téléphone avec une pote. Mais genre une heure ou deux après, j'entends mon morceau qui passe. C'était hallucinant. Et je me suis dit, attends, notre disque passe à la radio. Et donc Rudy Lyonnais avait flashé et on est passé à fond sur Radio 21 à l'époque. Ils annonçaient les dates et tout. Et donc c'était génial.
- Speaker #0
Et comment arrives-tu aujourd'hui au lancement de ton propre label, 20 ans plus tard ? Qu'est-ce qui amène à ça ? Est-ce que c'est une envie ? D'indépendance, comme ce que tu me disais sur le concept de groupe à tes débuts, où tu t'étais gentiment disloqué. Ou est-ce que c'est aussi une contrainte de structure, où aujourd'hui les labels ont peut-être moins de moyens à apporter, moins de choses à apporter à des musiciens ?
- Speaker #1
Alors, c'est vrai qu'en fait, si je regarde les... Je pense même que Clover's Chloe, il fallait mettre un label, et j'ai inventé à l'époque, Treffle Prod existait déjà. Et en fait, c'est Benjamin Skos de Fricksville Records qui, depuis quelques années, me dit « Mais Chloé, tu dois lancer ton label » . Benjamin m'a pas mal encouragée à mettre en valeur ce label. Et je disais « Mais je ne me sens pas légitime, c'est mes productions, c'est un peu prétentieux de faire, voilà, juste en mon nom, dire productrice » . Et puis, j'ai eu pas mal de collaborations. C'est vrai que j'ai eu un duo avec Lisette Lombe, on a fait l'album Brûler Danser, donc c'est moi qui l'ai produit artistiquement, enfin la production artistique, avec Lisette qui venait vraiment d'un autre milieu de la littérature, la poésie islam. J'ai proposé en fait qu'on ait une économie commune et qu'on garde un pourcentage pour faire de l'autoproduction, pour faire des clips. avoir le projet à plus long terme, être autonome. C'était super parce qu'on a pu produire des choses, on a économisé pas mal aussi.
- Speaker #2
Tellement semblable à nous, tellement semblable à vous, tellement semblable à moi, alors nous appellerons cette femme Romantada. Entends, entends Romantada comme tu n'es pas seule. Entends, entends comme le public présent aujourd'hui murmure déjà avec moi ton nom. Romantada. Romantada. En espagnol, la remontada signifie la remontée, le retour. On parle de football, oui, encore et toujours parler de football. On parle des huitièmes de finale de la Ligue des Champions en 2017 avec d'un côté l'équipe du FC Barcelone et de l'autre côté l'équipe du Paris Saint-Germain. Au match aller, au Parc des Princes, on assiste à une victoire écrasante du PSG 4-0. Le match retour à Barcelone aurait donc dû être une simple formalité. En effet, il aurait fallu que le Barça l'emporte miraculeusement avec 5 buts d'écart pour prétendre passer en quart de finale. Flash back, nous y sommes, 8 mars 2017, 96 000 spectateurs dans le stade, un arbitre allemand, M. Dennis Eytekin. Sur la pelouse, aucun round d'observation et après seulement 3 minutes de jeu, ouverture du score par Suarez, c'est 1-0 pour le Barça. Il faut ensuite attendre la 40ème minute de jeu pour voir tomber un second but. But du parisien Kurzawa mais but contre son propre camp, c'est 2-0 pour le Barça à la mi-temps. Puis, au retour des vestiaires, but de Lionel Messi sur... C'est 3-0 pour Barcelone, mais Paris revient à 3-1 avec un but de Cavani. Et là, à l'entame des arrêts de jeu, pure folie. 88e minute de jeu, but de Neymar, 4-1. 91e minute de jeu, but de Neymar, 4-1. En 2021, en plein confinement, 4 ans après ce match d'anthologie, le mot « remontada » y fait son entrée sonnante et trébuchante en même temps que les mots « influenceur » , « hyper-présidence » , « ultra-droite » , « zombifié » , « dégagisme » , « flexibilisation » , « polyamour » , « black bloc » et « féminicide » . Roman Tadda, remonté de score inattendu en football, et par extension, victoire inespérée quel que soit le sport, et par extension, retour au premier plan d'un homme politique après une longue traversée du désert, et par extension pour nous, pas pour le dictionnaire, pas pour le terrain de foot, pas pour la politique, pour nous, Roman Tadda sera le prénom de notre héroïne. Il était une fois, non, elle était une fois, Romantada, Romantada.
- Speaker #1
Donc il y avait ce projet-là, et puis j'ai un autre duo avec Marie Dara, puis il y avait aussi une collab avec d'autres personnes, où la tourneuse en France me dit « ah j'ai pas d'outils, s'il y a un clip, un morceau que je peux envoyer » , je dis mais en fait là ça commence vraiment à faire sens, et puis aussi la réalité du terrain en tant que musicienne, voilà ça fait longtemps que je suis musicienne, et j'essaye de me renouveler, d'écouter des choses, et puis j'ai beaucoup de plaisir à enregistrer. Et donc ça faisait sens. Par exemple, pour les danser, c'est moi qui ai tout enregistré. On a demandé à quelqu'un de mixer, mais là j'ai envie, comme on gagne de moins en moins d'argent sur les disques, le streaming ça rapporte plus rien.
- Speaker #0
Je crois que ça n'a jamais rapporté.
- Speaker #1
Non mais oui, c'est important, j'ai envie de continuer à faire de la musique, de trouver des moyens de gagner ma vie, de proposer à d'autres gens aussi ce support qui est quand même génial parce qu'avec Lisette, on voyait des gens. qui faisait des stories avec nos morceaux, des groupes de danse qui utilisent nos morceaux au Canada, etc. Et c'est assez magique parce que, et là c'est ce que je suis en train de faire aussi avec le label, c'est des projets qui me touchent, que ce soit des gens du théâtre ou autres, de dire waouh, ton texte il est magnifique, on pourrait prendre cet extrait de la fin et juste lui donner un autre relief de par la musique. et après c'est commun. Ça va pouvoir toucher des gens, juste le texte, avec un autre arrangement, une autre production. Des gens qui n'auront pas lu le livre. En plus, les textes de théâtre, c'est vraiment... il faut se casser le cul pour les trouver. Mais les gens qui ne savent pas aller à telle heure, dans tel théâtre, dans telle ville. C'est un outil génial pour partager un texte, une émotion. Et j'adore, en fait, moi, mettre un texte en musique. ça amène Pour moi, la musique va dire des choses que le texte ne dit pas. Il va amener une tension, une légèreté, un deuxième degré ou troisième ou quatrième. Et j'adore jouer avec ces codes. Et voilà, mais pour moi, c'est vraiment l'exigence. Il faut que ça parle à fond, que je ne trahisse pas quelque chose, que ce soit vraiment, que ça gagne en relief.
- Speaker #0
Comment on fait qu'on a connu une époque plus bénéfique financièrement, si on parle de ça, ce qui finance l'indépendance d'un artiste, Pour rester... curieux et avec de l'espoir.
- Speaker #1
Je pense que de découvrir toujours des morceaux qui nous touchent à fond. J'ai découvert un groupe rock, La Poison. Je trouve que c'est génial, ça me donne une énergie de dingue. Ou de voir un concert par hasard dans un café et de toucher. Il y a quelque chose de tellement universel là-dedans et d'intemporel. Voilà, le métier de musicien, trouver des dates et tout, il y a plein de trucs hyper ingrats, il y a beaucoup d'agisme aussi dans la musique et tout, donc c'est vrai que c'est plein de questions. Et puis là j'ai travaillé pas mal dans le milieu du théâtre ces dernières années, dans le milieu de la littérature en tant que musicienne et tu te dis, on est vraiment des crevards en musique. En théâtre, t'es payée pour tes répétitions, t'as des conditions de luxe...
- Speaker #0
Je veux dire qu'il y a encore une économie dans d'autres systèmes qu'il n'y a plus dans la musique.
- Speaker #1
Oui, mais c'est...
- Speaker #0
C'est encore plus vrai pour le cinéma.
- Speaker #1
Oui, sans doute, je connais moins, je fais... Oui, parfois je fais une musique de film ou l'autre et là je vois les budgets. Et c'est vrai qu'en tant que musicienne, tu dois être... Tu dois t'adapter à fond, quoi. Tu vois, même pour les cachets de concert... Tu peux faire le même cachet où t'es payé en bière, où t'as 40 balles de défraiement, et puis parfois 400, parfois 4000, enfin c'est des trucs, psychologiquement, tu dois être hyper accroché aussi, et que ça fasse sens que la personne qui t'invite à tel endroit, que ça reste cohérent, parce qu'aussi, il y a des fois, je me suis retrouvée sur des scènes, me dire mais qu'est-ce que je fous là, pourquoi on m'a programmé là ?
- Speaker #3
Cette base qui vire. Un titane. Une danse enfouie qui ressuscite. Un tatouage secrète. Quelques contradictions. Un désir trouble.
- Speaker #1
Un cœur qui bat plus vite.
- Speaker #0
Est-ce que tu te rappelles d'un moment où tu as arrêté ce qu'on appelle le validisme ? C'est-à-dire le fait de... Tu sais, cette quête du regard de l'autre, le fait d'être validée par quelqu'un en face pour valider ses propres choix artistiques.
- Speaker #1
Je pense que j'ai toujours été très... Intègre, enfin très exigeante vis-à-vis de moi-même sur le même morceau. Il fallait vraiment que ça me plaise. Je n'ai jamais fait pour plaire à l'autre. Il fallait que ça me prenne au trip à moi. Sinon, ce n'est pas la peine. Et j'ai refusé des projets de tourner au Canada, etc. Parce que je me suis dit, en fait, je n'ai pas envie de partir en tournée avec ce band. Je vais m'emmerder. C'est un métier aussi où tu attends énormément. Tu joues très peu pour beaucoup de temps. et Et donc le côté humain est vraiment primordial pour moi, et que la musique me plaise artistiquement, et puis le côté humain quoi. Sinon tu tiens pas en fait. Et puis il y a des projets, enfin je pense que les musiciens belges on est connus pour ça, il y a des projets magnifiques, tu sais qu'il n'y a pas de thunes, mais musicalement ça te fait plaisir, tu te dis ok je vais apprendre, ça me fait plaisir de... Et puis d'autres projets où tu as plein de thunes et tu vas faire des trucs sous des pseudos ou peu importe, tu combines un peu.
- Speaker #0
La suite pour toi, en tant que patronne de Labelle, je pense que ça fait bizarre à entendre, mais c'est quand même aussi une vérité. Est-ce que tu as déjà repéré des artistes avec qui tu as envie d'opérer une transmission ?
- Speaker #1
Alors là, il y a plusieurs personnes avec qui je suis en contact pour des prochaines productions. Et... Mel Moya, Céline Chapuis qui ont un duo scénique et là j'aurais plus le rôle d'enregistrer et il y a aussi une amie DJ avec qui je veux collaborer qui fait plus de l'électro qui vient de Berlin et il y a Tchao ! Une autrice française que j'aime beaucoup, qui m'a contactée pour qu'on bosse sur un projet ensemble, mais je ne peux pas en dire plus.
- Speaker #0
Donc tu l'aimais beaucoup, elle ne le savait pas, mais elle t'a contactée et c'est un hasard. Est-ce que c'est ça que tu es en train de nous dire ?
- Speaker #1
On s'est rencontrés à Paris et j'aimais beaucoup son écriture et j'ai offert mon album et elle m'a recontactée en disant « Ouais, il est magnifique, ça te dit qu'on fasse un truc ensemble ? »
- Speaker #0
Génial, mais je trouve ça d'autant plus génial de te poser des questions là-dessus sans savoir qui c'est. Tu racontes l'histoire sans qu'on donne le nom, c'est pas mal. Elle est très connue ?
- Speaker #1
Dans un certain milieu, oui. Génial. Grande classe, grande classe.
- Speaker #0
Tu parlais de génération, je me demandais, pour conclure cette émission, quel conseil tu donnerais à la jeune version de toi qui commençait la musique il y a 25 ans, maintenant avec tout ton bagage, tout ton background, si tu devais conseiller quelque chose à cette jeune et folle musicienne qui voulait faire carrière, qu'est-ce que tu lui dirais que quelqu'un ne savait pas à l'époque ?
- Speaker #1
Je lui dirais qu'il va y avoir des magnifiques surprises et rencontres splendides et de continuer vraiment à garder l'instinct en fait.
- Speaker #0
L'émission s'appelle Of The Record, question rituelle. Que pourrais-tu nous dire que tu n'aurais jamais dit à personne ? Une confession sous l'oreiller.
- Speaker #1
Une des tournées les plus dingues que j'ai faites, c'est une tournée en Chine dans le cadre des francophonies, j'étais en solo. J'ai fait 14 concerts en 3 semaines, mais dans 12 villes différentes, donc c'était le truc le plus épuisant de ma vie. Et c'est vrai que dès que je pouvais, je faisais des siestes. Je me suis retrouvée en pyjama en coulisses, avant de jouer devant 2000 personnes, je crois que c'était à Shanghai, etc. C'était vraiment des trucs où t'es en... En mode survie, tu fonctionnes, tu te dis je ne peux pas craquer maintenant, je suis là, je suis au bout de ma vie de fatigue, parce que c'était dans les avions, tu dors trois heures par nuit, tu es code d'hôtel, check-in d'avion, des balances, tes trajets durent des heures. c'était... C'était vraiment pas glamour, quoi. Et voilà, je garde un bon souvenir de ça. Ouais, c'était la tournée la plus épuisante, avec des coulisses. Et c'était fou de se retrouver de l'autre côté de la Terre, mais complètement seule, quoi.
- Speaker #0
Bien, merci pour ce temps et longue vie au label. Et bonne chance, si on peut dire, par rapport au nom du label. Et puis, très vite pour le concept album.
- Speaker #1
Merci.