- Speaker #0
Il peut gagner le Tour de France, oui, et le Tour de France c'est aussi parfois une affaire de circonstances dont je pense dès cette année. La Fédération n'est jamais qu'une grosse PME. D'abord sur ses obligations de localisation.
- Speaker #1
Quid en matière de cyclisme ? Quel est votre avis sur le sujet ?
- Speaker #0
Il faut quand même de temps en temps se mettre aussi à la place de ce que ça provoque sur la vie d'un sportif. C'est presque pire que le bracelet électronique. La passion pour la discipline, c'est ce qui nous fait lever le matin.
- Speaker #1
Alors aujourd'hui dans Offside, nous accueillons Michel Calot. Président de la Fédération Française de Cyclisme depuis 2017, réélu fin 2024 pour un troisième et dernier mandat. Vous êtes membre du comité directeur de l'Union Cycliste Internationale, l'UCI. Vous présidez le comité d'organisation des championnats du monde 2027 en Haute-Savoie-Mont-Blanc. Et après le football, le handball, l'athlétisme, Offside désormais enfourche le vélo. Aujourd'hui, ça va être la journée portes ouvertes pour toutes les éventuelles expressions qui se rapprochent de pré-auditement au cyclisme. Michel Callot, bienvenue dans Offside.
- Speaker #0
Bonjour, bonjour à toutes et tous, merci de votre invitation.
- Speaker #1
Merci à vous. Alors on va refaire un petit débrief sur votre jeunesse, si vous me le permettez, puisque vous êtes né le 18 février 1967 à Bourg-en-Bresse, dans l'Ain. Bac scientifique en 1985, diplôme de gestion des entreprises à Lyon en 91, puis l'Institut d'administration des entreprises de Grenoble en comptabilité en 1993. Vous passez par la cabinet comptable. et avant de bâtir toute une carrière dans l'enseignement supérieur jusqu'à diriger l'enseignement national IPAC Bachelor Factory. Alors on voit donc que vous venez de la gestion et de l'enseignement, non pas des cabinets ministériels comme certains, et on aimerait savoir en quoi ce parcours d'homme de terrain a-t-il façonné votre façon de diriger une fédération ?
- Speaker #0
Alors je pense que tout est très complémentaire dans la manière dont on façonne son parcours. Pour moi, il y a eu deux piliers importants. Le pilier bénévolat, celui très classique où on devient président de club et président de comité régional et on est intéressé à ce moment-là par les sujets fédéraux. Ça c'est une construction essentielle parce qu'elle permet de comprendre l'univers qu'on peut être amené un jour à piloter. Et puis l'autre partie, l'autre pilier, c'est effectivement mon parcours professionnel. Je suis rentré dans une structure, une petite SARL qui part le jeu des... Diffusion est devenu un groupe un petit peu plus important que j'ai eu le plaisir de diriger, en ayant occupé beaucoup de fonctions opérationnelles avant et en ayant une connaissance assez fine de l'entreprise. Et ça, c'est quelque chose qu'on retrouve évidemment en fédération, puisque la fédération n'est jamais qu'une grosse PME.
- Speaker #1
Merci pour cet éclairage. Avant le dirigeant, il y a le coureur, puisque j'ai cru comprendre que vous avez roulé une dizaine d'années quand même en première catégorie amateur. Vous avez pris notamment la troisième place. du championnat du Dauphiniers Savoie en 1994. Félicitations. Que reste-t-il du compétiteur dans le président d'aujourd'hui ?
- Speaker #0
C'est le sel de la motivation. Tout est là. C'est parce que j'ai été coureur cycliste, c'est parce que je suis passionné par mon sport depuis tout gamin que je me suis engagé bénévolement dans le cyclisme. Ce n'est pas un hasard si je suis plutôt dirigeant cycliste que dirigeant de foot ou d'un autre sport, même s'il y a beaucoup de points communs. Mais malgré tout, c'est ce qui nous inspire aussi. Et un président de fédération, il a besoin d'être inspiré parce qu'il a besoin de montrer la voie. En tous les cas, de pouvoir fixer un certain nombre d'objectifs qui sont le fruit d'une vision. Et si on connaît mal le sport, je pense que c'est beaucoup plus difficile.
- Speaker #1
Très bien. Côté dirigeant, vous êtes également l'un des créateurs du comité Réunald de la Fédération française du cyclisme. que vous avez d'ailleurs présidé de 2005 à 2017. Vous avez présenté une première candidature à la Fédération française de cyclisme en 2009. Je ne sais pas si vous aimez qu'on vous le rappelle.
- Speaker #0
Oui, oui, oui.
- Speaker #1
C'est une expérience dans tous les cas.
- Speaker #0
C'est un très bon souvenir.
- Speaker #1
Tout à fait. Et puis ensuite, vous avez été au Conseil fédéral de 2015 à 2017, avant votre élection à la présidence le 11 mars 2017, autour du projet Roulons tous ensemble. Alors lorsqu'on se penche finalement sur votre parcours, on constate que vous avez bâti finalement... C'est comme ça que je l'ai perçu, un territoire, avant de prendre la maison mère. Diriger une région, est-ce que finalement c'est le meilleur apprentissage pour présider ensuite une fédération nationale ?
- Speaker #0
C'est difficile pour moi de dire si c'est le meilleur, mais en tous les cas, c'est un point de passage qui me semble très important, parce que quand vous présidez, nous on appelle ça des comités régionaux dans notre fédération, mais d'autres ce sont des ligues régionales, vous avez un raccourci de la fédération. tous les sujets qui environnent le cyclisme à 360 degrés. Vous avez déjà une petite structure. En l'occurrence, pour moi, le comité Rhône-Alpes, c'était déjà et largement le plus grand de France. Donc, vous avez des salariés, vous avez des cadres d'État placés auprès du comité régional. En raccourci, c'est une petite fédération. Donc c'est effectivement un très bon apprentissage et surtout c'est un apprentissage dans lequel vous êtes au quotidien en contact avec les clubs, avec la réalité des clubs. Et ça évite que vous soyez trop décalé quand vous êtes au niveau fédéral un peu plus éloigné, ne serait-ce qu'à cause de l'agenda des présidents de clubs.
- Speaker #1
C'est peut-être du coup du fait de cette réalité des clubs que vous connaissiez, que vous côtoyez, que vous avez pu finalement obtenir assez rapidement ce mandat en 2017. Et puis ensuite, en 2021 puis 2024, vous avez été réélu avec près de 70% de vote. Mais pour un mandat que vous savez finalement être le dernier. Est-ce que vous abordez finalement différemment un mandat dont on connaît finalement déjà la fin ?
- Speaker #0
Oui, très certainement qu'on l'aborde différemment. D'abord parce que les choses ne se font pas d'un seul coup. Quand vous accédez à la présidence d'une fédération, le premier mandat, c'est un mandat, par exemple, Pour un provincial, je suis provincial, où il faut construire son réseau parisien. Ce n'est pas si évident que ça. Ça prend du temps, ça prend de l'énergie. Il faut construire son réseau sur le plan international également. La France est une grande nation de cyclisme. Tout ça, c'est une énergie que vous ne placez pas directement au cœur du projet fédéral, même si ça en fait partie. Le deuxième mandat, c'est un mandat de solidification. Vous commencez à pouvoir utiliser tout ça pour le mettre vraiment au service de la fédération, construire des grands projets. Par exemple, pour nous, le... le projet des championnats du monde 2027. Et puis le troisième mandat, c'est un mandat dans lequel il est important à la fois de concrétiser un certain nombre de choses, mais à la fois aussi de pouvoir peut-être peser sur des trajectoires qu'on voudrait durables pour la fédération. Après, d'autres équipes feront ce qu'elles ont à faire. Mais c'est assez humain en tous les cas de vouloir peser sur le devenir à moyen et long terme de son sport.
- Speaker #1
Et c'est tout à votre honneur. Pour la première fois d'ailleurs en 2024, Les clubs ont voté directement pour l'élection. C'est une petite révolution démocratique. Qu'est-ce que ça a changé dans votre rapport finalement à la base électorale ?
- Speaker #0
Alors, c'est complexe parce que nous, on a une fédération qui a beaucoup de clubs. On a 2300 clubs. Donc, c'est un éparpillement important. Et surtout, la caractéristique de ces clubs, c'est qu'ils sont en moyenne de petite taille. 45 licenciés en moyenne. Donc, le rapport au siège fédéral, parce que finalement, c'est comme ça que le père soit un club. Le rapport au siège fédéral, il est souvent très éloigné. Et c'est assez difficile de pouvoir entrer en communication, tout simplement avec toute cette base, tous ces dirigeants de clubs. Ce qui est très différent dans des fédérations où les clubs sont beaucoup plus gros et le nombre beaucoup moins important. Donc voilà, ça a changé le fait qu'il faut renforcer les outils de communication pour essayer d'expliquer son projet. Ce qui reste à faire encore pour demain et après-demain. Pour tous ceux qui seront candidats à des élections à la Fédération française de cyclisme, c'est d'arriver à convaincre les clubs de s'intéresser à ce temps d'élection. On y est partiellement arrivé, mais il y a quand même encore une grosse marge de manœuvre, me semble-t-il. Et ensuite, c'est d'essayer de pouvoir continuer à se faire élire ou faire élire des équipes sur des projets en responsabilité et pas sur des projets démagogiques. Et ça, c'est le risque que je vois. à cette conséquence de l'évolution législative qui nous a obligés à aller vers ce process là je crois quand même que dans notre pays on a parfois tendance à mélanger des idéaux de démocratie avec une réalité opérationnelle de terrain.
- Speaker #1
Une passe décisive désolé pour la petite analogie avec le football mais pour le coup c'est exactement ce que je voulais aborder puisque pour pouvoir mettre en oeuvre en pratique ces résolutions encore faut-il avoir le budget On parle notamment d'environ 25 millions d'euros, donc près de 4 millions de l'Agence nationale du sport. Et la Cour des comptes a rendu en février 2025 un rapport d'observation sur la fédération, sur lequel je ne reviendrai pas concrètement par rapport aux chiffres, ce n'est pas le lieu pour le faire. Juste, j'aimerais savoir ce que vous avez retenu en tant que président de la fédération et quelle suite concrète lui avez-vous donné ?
- Speaker #0
Alors effectivement, cette audite de la Cour des comptes... Pour moi, je le traduirais de deux manières. Il y a une manière un peu négative, c'est une charge de travail, notamment pour les équipes, qui est très conséquente. Passons sur l'aspect négatif. Sur l'aspect positif, ça a été un temps très intéressant. On a eu des échanges, des discussions avec les rapporteurs de la Cour des comptes, particulièrement perspicaces, et qui nous ont amenés à réfléchir sur certains modèles de notre organisation. On a la chance d'être sortis de cette... de cette observation de la Cour des comptes sans conséquences fâcheuses, ou en tous les cas sans qu'il y ait de points particulièrement durs qui ressortent de ce rapport-là. Mais ça amène quand même à repréciser notre projet. Et pour nous, par exemple, à travailler encore plus sur un modèle qu'on sait fragile, qui est effectivement le modèle financier de la fédération. Même si on a amélioré les choses pendant les huit ou neuf premières années de travail qu'on a pu faire, il reste des fonds propres qui sont encore un petit peu faibles. Et voilà, les discussions avec la Cour des comptes sur ces sujets-là étaient intéressantes parce qu'ils sont également porteurs de comparaisons.
- Speaker #1
Merci pour cet éclairage sur ce point. C'est délicat à mettre en œuvre en pratique, comme vous l'évoquiez. Si vous me le permettez, on va désormais évoquer des notions un peu plus juridiques. Puisque, pour nos auditrices, il faut savoir que la Fédération Auditrice et Auditeur, pardon, la Fédération Française de Cyclisme, au même titre que de nombreuses autres fédérations, dispose de ce qu'on appelle une délégation de services publics. Alors, de quoi il s'agit ? Il s'agit concrètement d'une délégation d'un service public, puisque le sport, l'organisation du sport, est un service public. Et donc, l'État a une mission de service public en France. Et donc, comme elle ne peut pas, vous imaginez bien, organisée d'elle-même, elle n'en a pas les moyens, ni la mesure, ni l'expérience et la compétence pour le faire, elle va déléguer cette organisation de services publics aux fédérations pour chacune des disciplines considérées. La délégation est généralement pour une durée de 4 ans. Elle va octroyer du coup de ce fait des prérogatives de puissance publique aux fédérations qui disposent de cette délégation, notamment l'organisation des compétitions, la délivrance des titres et ainsi de suite. Mais il s'avère que depuis une loi du 2 mars 2022, il y a eu un petit changement. dans cette organisation, puisqu'il est prévu que cette délégation, on y adjoint désormais un contrat à la sortie d'objectifs chiffrés que la fédération doit finalement respecter et à mettre en œuvre. Alors, M. Callot, ce contrat de délégation, est-ce qu'il constitue pour la fédération finalement une sorte de partenariat utile avec l'État, ou s'agit-il finalement d'une contrainte de plus, d'une case à cocher ?
- Speaker #0
Très clairement, c'est une contrainte de plus. Je pense que le partenariat, il était établi. préalablement par la manière d'animer la délégation, les contacts réguliers qu'on peut avoir avec l'administration centrale du ministère des Sports et les contacts politiques avec les différents ministres qui se succèdent parfois plus vite que les présidents de fédérations, mais c'est comme ça. Le contrat, il formalise beaucoup, beaucoup de choses et je crois que c'est un sentiment que je partage avec à peu près tous mes collègues présidents de fédérations. Mais aujourd'hui, on a l'impression quand même qu'avec ce contrat de délégation, l'État, mais l'État, c'est la machine étatique. Ce n'est pas simplement le ministère des Sports ou la ministre des Sports. C'est la machine étatique qui cherche quelque part à se couvrir sur plein, plein, plein de sujets sur lesquels on veut impliquer les fédérations. Alors certainement à juste titre, on veut le verrouiller par un contrat. J'ai plus ou moins suivi parce que le ministère n'a pas le temps non plus de suivre tout ça dans les détails. Et l'impression que ça fait peser sur les bénévoles, qui sont quand même la source première de ressources dans une fédération, c'est une lourdeur un petit peu inutile et parfois mal comprise.
- Speaker #1
Et surtout à l'heure où le sport se professionnalise de plus en plus. On a beaucoup de sujets, on a une véritable professionnalisation du sport, que ce soit pour le cyclisme ou pour d'autres disciplines sportives. Et ce faisant, il y a une question qui se pose, c'est celle d'une éventuelle création d'une ligue professionnelle de cyclisme et donc forcément d'une sub-délégation au profit de cette ligue qui revient de plus en plus sur la table. Est-ce que c'est souhaitable selon vous ?
- Speaker #0
Alors nous, nos prédécesseurs, on fait le choix en 2008 d'avoir une ligue autonome et donc on a un contrat de sub-délégation qui se renouvelle normalement tous les 4 ans. Moi, j'ai re-challengé fortement ce contrat de sub-délégation. Nous ne l'avons renouvelé que pour un an. Ce faisant, on a secoué un petit peu tout le monde, l'écosystème finalement des fédérations et des ligues, à savoir qu'on n'est que six à être concernés, les cinq autres sont les grands sports collectifs que tout le monde connaît. Parce que finalement, chacun a pris conscience qu'au moment du renouvellement, de la rediscussion du contrat de sub-délégation, c'est le moment où la fédération a réellement un pouvoir vis-à-vis de sa ligue. Et ça, c'est important. Et au moment où on se parle ce matin, on a une commission mixte paritaire qui discute d'une future loi sur le sport professionnel, dans laquelle on est, le mouvement sportif, on est quand même assez inquiet de ce que pourraient devenir les nouvelles obligations en matière de contrat de subdélégation.
- Speaker #1
Des exemples ?
- Speaker #0
Par exemple, un des amendements qu'on combat fortement et dont on espère qu'il va... passez-moi l'expression, mais sauté ce matin dans la commission mixte paritaire, prévoit que les fédérations ne pourraient plus d'elles-mêmes décider de ne pas sub-déléguer, mais devraient s'en remettre à l'avis d'un ou d'une ministre. et éventuellement à la décision finale d'une ministre. On considère, nous, que c'est un contrat de droit privé et que notre puissance délégante n'a pas à se mêler de ça. En tous les cas, pas à s'en mêler de manière décisionnelle. C'est des sujets très, très impactants pour le pouvoir de négociation des fédérations vers les ligues. Et si je pense à mes collègues des sports collectifs, pour eux, il y a de gros enjeux économiques associés. C'est moins vrai en cyclisme. Mais là, on rentre, vous voyez, dans... dans des sujets sur lesquels le législateur, et on rencontre beaucoup de députés, beaucoup de sénateurs, entre parfois par une porte un petit peu dérobée sur des sujets, veut agréger toute une série d'idées, dont certaines sont très mauvaises, mais essentiellement par méconnaissance.
- Speaker #1
Vous avez parlé du coup de l'aspect économique dans cette description des problématiques liées au contrat de sub-délégation. On la retrouve ? de plus en plus avec cette volonté de développer le spectacle parce que c'est aussi un enjeu économique forcément et donc cette volonté là il y a forcément des problématiques qui vont naître du fait d'être assez de plus en plus potentiellement dangereux des problématiques de sécurité on sait très bien qu'en matière de cyclisme la sécurité a toujours été un sujet majeur j'ai l'impression que désormais il est plus un sujet brûlant que majeur donc ça atteint une étape supplémentaire alors selon vous entre chute, trace, responsabilité éventuelle des organisateurs où se place Où placez-vous plus précisément la frontière entre le risque inhérent au sport et la faute éventuellement juridique dans le cadre de l'organisation de ces événements ?
- Speaker #0
Alors d'abord, effectivement, la sécurité sur la route, pour nous, c'est une priorité permanente. D'abord à l'entraînement, où là, on n'y peut pas grand-chose. On est dans le cadre de la sécurité routière et de la circulation sur des voies publiques ouvertes à toutes et tous. Après, on a le registre de la compétition, où effectivement, notre délégation nous amène à... Produire des règles techniques et de sécurité, c'est dire comment est-ce qu'un organisateur doit s'y prendre pour apporter en tous les cas un minima en termes de standard de sécurité. Et ensuite, tout ça se transpose effectivement sur le registre de la responsabilité. Aujourd'hui, on est de plus en plus confronté à des juges, des juges d'instruction notamment, qui ont des actions visant à chercher à élargir. le cadre de la responsabilité en considérant qu'une fédération n'a pas été assez loin dans ses règles techniques et de sécurité. Et donc, en n'allant pas assez loin, met en danger ses coureurs pour nous et particulièrement aggrave sa responsabilité quand il s'agit de mineurs. Or, pour nous, c'est une affaire d'équilibre. Il faut qu'on trouve l'équilibre entre ce qui est réalisable sur le terrain. Nos clubs organisent... plus de 11 000 manifestations par an. C'est beaucoup. Et évidemment, ce qui est suffisamment protecteur par rapport à nos coureurs, sachant qu'on ne peut malheureusement pas obtenir une sécurité absolue quand on est d'abord sur un vélo, ensuite sur une route et tout ça au milieu d'un espace public.
- Speaker #1
Le risque zéro n'existe pas. Non. On est bien d'accord là-dessus. Toujours dans cette professionnalisation, on voit désormais aussi des agents peser de plus en plus lourd. dans les carrières, les transferts, et donc du coup dans l'écosystème du cyclisme, notamment sur route. On pense notamment à l'agent de Polsixas, Yuna Loka. Est-ce que c'est une bonne chose pour le cyclisme ou est-ce qu'il faudrait mieux encadrer, même s'il est déjà à cette activité ?
- Speaker #0
Alors oui, parmi les agents, vous avez des gens très sérieux qui font très bien leur travail, vous en avez d'autres beaucoup moins. Le cyclisme n'était pas trop concerné par ce travail d'agent jusqu'à il y a quelques années. Ça s'est considérablement accentué parce qu'il y a plus d'argent, tout simplement. La masse salariale a considérablement augmenté. Et aujourd'hui, nous, on voit un travers énorme. C'est que ces agents viennent chercher des coureurs de plus en plus jeunes, notamment des mineurs, impactant très fortement sur leur parcours scolaire, sur toutes ces choses-là. Donc, on souhaite, et on a fait des propositions en ce sens à l'Union cycliste internationale, qui est une régulation beaucoup plus forte du travail des agents et du périmètre sur lequel on les laisse intervenir ou pas.
- Speaker #1
Merci pour cette information qui est tout le moins pertinente. Et on espère que l'ICI prendra du coup les mesures qui s'imposent pour tenter d'encadrer un peu mieux cette activité. Alors, en parlant de sujet délicat, parce qu'on sait que cette activité d'agent peut parfois être un petit peu délicate, la suite logique, forcément, c'est naturellement le dopage. Vous affirmez que le cyclisme est le sport qui a investi le plus dans la lutte anti-dopage. Pourtant, de manière très courante, dès qu'un coureur écrase le tour, je ne citerai pas de nom, Le soupçon René. Certains parlent de performances jugées parfois surhumaines. Comment on vit finalement cette suspicion permanente et quels sont les outils dont disposent les instances nationales ? et internationales pour prévenir dans un premier temps, puis lutter contre le dopage ?
- Speaker #0
Pour répondre à la première partie de la question, on le vit d'abord un peu dans l'agacement, forcément. Alors ça tient aussi un peu à la nature de notre sport. Je pense que le cyclisme sur route, peut-être avec quelques autres disciplines comme le marathon, comme le ski nordique, fait partie des sports physiquement les plus difficiles, les plus contraints en tous les cas. Et pour le commun des mortels... On n'arrive même pas à imaginer la différence de niveau qu'on peut acquérir, sans même parler de talent, mais juste en s'entraînant, en faisant du vélo tous les jours, et puis en plus en étant jeunes, parce qu'ils sont jeunes quand même les coureurs, ils n'ont pas 60 ans. Et ça, dans l'imaginaire populaire, c'est un truc dont on ne se séparera jamais. Quand on va voir un coureur grimper un col à 20 km heure, on se dit que ce n'est pas humainement possible. Si, ça l'est. par le biais de l'entraînement, par le biais de toutes ces choses-là. Mais du coup, ça colle déjà une sorte d'étiquette aux cyclistes. De toute façon, c'est tellement difficile qu'on ne peut pas le faire sans un apport extérieur. Bon, une fois qu'on a dit ça, si on veut regarder les choses de manière très concrète, c'est d'abord pour le sport cycliste, être volontariste, et il l'est dans toutes les mesures liées. à lutter contre le dopage. Donc lutter contre le dopage, on le fait de plusieurs manières. On le fait par des tests, dans les épreuves, hors compétition. Maintenant, les cyclistes sont de loin les sportifs les plus contrôlés. Globalement, l'année dernière, au niveau international, il y a eu un cas. Donc on a très peu de cas. Donc on nous dit, vous faites mal votre boulot. La réponse qu'on peut avoir, c'est de dire, déjà, on le fait mieux que les autres. Donc, ce n'est pas parce qu'on ne trouve pas de cas qu'on fait mal notre boulot. C'est sans doute que vis-à-vis des règles en l'état, qui sont en plus les règles de l'AMA, de l'Agence Mondiale Antidopage, nos cyclistes sont conformes. Après, qu'il puisse y avoir peut-être chez certains ou à certains moments des méthodes de dopage non encore détectables ou non encore interdites par l'AMA, moi, je ne sais pas le dire. Je ne sais pas le dire et personne ne sait le dire. Ça reste que de la suspicion gratuite. Mais ce qu'on peut affirmer, c'est que les cyclistes sont extrêmement contrôlés et les contrôles qu'on fait démontrent qu'ils sont conformes à la réglementation actuelle. Le reste, c'est affaire de spéculation.
- Speaker #1
Vous évoquiez les problématiques des pratiques qui ne sont pas encore prises en compte par les instances antidopage. Le professeur Jean-Claude Alvarez, que j'ai interrogé récemment, que vous connaissez peut-être, évoquait... pour lui la nécessité, pour les instances antidopage, de se doter d'un outil de recherche dans lequel des moyens conséquents devraient être forcément mis en oeuvre pour pouvoir permettre une recherche quotidienne des nouveaux outils et même d'anticiper éventuellement les pratiques qu'il pourrait éventuellement mettre en oeuvre par les éventuels contrevenants. Est-ce que vous adhérez à cette solution éventuelle ou non ?
- Speaker #0
Bien sûr, et le président de l'Union cycliste internationale David Lappartien qui siège à l'AMA, au conseil d'administration de l'AMA, milite pour ça. Le cyclisme milite pour qu'il y ait plus de moyens mis sur ces sujets de recherche, sur ces sujets d'activation de tous moyens, on va dire, par l'AMA. Ce n'est pas du tout partagé avec les autres sports. Et même dans l'esprit, je pense qu'il y a des différences d'approche très importantes selon les cultures, entre la culture anglo-saxonne, la culture française. Il y a des cultures très différentes dans la manière d'approcher le dopage. Et quand on transfère ça sur des grandes organisations internationales, on n'a pas toujours la ligne rigoureuse qu'on aimerait voir appliquée. Dans le volontarisme du cyclisme, par exemple, on conserve aujourd'hui les échantillons pendant 10 ans. C'est-à-dire que le coureur qui prendrait des substances non détectables aujourd'hui, peut-être dans 10 ans, elles le seront. Donc, on essaye d'aller au maximum de ce qu'il est possible de faire, encore une fois, dans un contexte. de l'Agence mondiale anti-dopage et un contexte international.
- Speaker #1
Mais finalement, au-delà des méandres administratifs liés à toute organisation, notamment aussi importante que celle du sport professionnel, que ce soit national ou international, qu'est-ce qui fait que ce type de solution proposée prend autant de temps à être mise en œuvre ?
- Speaker #0
L'argent. L'argent. C'est les budgets qu'on peut consacrer à ça, tout simplement, et que les États sont en capacité de s'accorder. pour alimenter le budget de l'AMA. J'imagine que si l'AMA recevait davantage de moyens, il y a des spécialistes au sein de cette agence qui sont remarquables, donc qui réinvestiraient cet argent. Mais la difficulté, c'est de mobiliser les parties prenantes, les États, sur l'importance de travailler sur ces sujets-là et d'y consacrer suffisamment de crédit.
- Speaker #1
Merci pour votre retour. Pour nos auditeurs et auditeuses, par rapport à cette question des moyens et des outils en matière de lutte anti-dopage, j'aimerais faire une petite précision par rapport aux obligations de localisation, qui est un mécanisme qui n'est pas forcément très connu par le grand public, qui consiste finalement à permettre... à des instances anti-dopage, que ce soit nationales ou internationales, que ce soit l'Agence française de l'hypnodopage, que ce soit parfois l'UCI, d'inscrire des sportifs dans des groupes qu'on appelle des groupes cibles, comme vous le savez. Et ces groupes cibles, ce sont des groupes dans lesquels des sportifs qui sont nommément désignés par ces instances, sont des groupes dans lesquels ces sportifs ont l'obligation de renseigner la localisation, d'où le nom « obligation de localisation » . Alors la difficulté, elle est qu'ils doivent renseigner pendant une période d'un an au départ. leur localisation sur un créneau de 6h à 23h, et ce, tous les jours pendant un an. Au départ, c'est un an. Malheureusement, et ça, c'est une vraie dérive sur laquelle on reviendra peut-être, c'est souvent renouvelé pendant de très nombreuses années. Je suis inconnue certain que ça fait plus de 10 ans. Donc, c'est vraiment très problématique et très intrusif dans leur vie privée. Le tout de cette obligation, c'est quoi ? C'est de permettre aux instances de pouvoir procéder à un contrôle qu'on appelle inopiné lors de ces créneaux qui ont été renseignés, à l'endroit qui a été renseigné. Et donc, du coup, si la personne en question sportive n'est pas présente ou s'il a changé à la dernière seconde forcément ses obligations, on appelle ça un manquement ou un no-show lorsqu'il n'a pas été présent. Et trois manquements sur une période de 12 ans, ça implique potentiellement une suspension de 24 mois qui peut être réduite dans certaines circonstances où il n'y a pas de négligence et ainsi de suite sur lesquelles je ne reviendrai pas. Donc là, ça fait partie d'un des outils préventifs qui a été prévu par les instances antidopage. Il y a également forcément des listes de produits dopants qui sont forcément interdites. Il y a des exonérations qui sont possibles via des autorisations d'usage à usage thérapeutique, qu'on appelle des AUT. Voilà, tout un tas d'outils qui permettent de contrôler en amont, de contrôler aussi après, puisque du coup, il y a des contrôles, comme vous l'évoquiez, dans le cadre des compétitions, qui permettent de déterminer si tel ou tel sportif est éventuellement dopé. Alors ça, c'est le régime actuel. Il y a un régime potentiellement futur sur lequel on va revenir, mais qui est actuellement présent dans la pratique. En tout cas, les gens se posent des questions. C'est la fameuse question du dopage mécanique. Quid en matière de cyclisme ? Quel est votre avis sur le sujet ?
- Speaker #0
Alors d'abord sur ces obligations de localisation, je voudrais pour vos auditeurs que chacun mesure bien l'effort des sportifs.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Imaginez, il fait chaud aujourd'hui, vous sortez du bureau, vous décidez avec votre famille d'aller dîner ce soir au bord d'un plan d'eau. Ça, un sportif concerné par ses obligations de géolocalisation, il faut qu'il remette, qu'il pense à remettre à jour. Sa géolocalisation par rapport à ça. C'est extrêmement intrusif. Et la charge mentale associée, elle est énorme. Alors, côté mouvement sportif, on défend bien évidemment ce principe-là, parce qu'il n'y en a malheureusement pas d'autres, mais il faut quand même, de temps en temps, se mettre aussi à la place de ce que ça provoque sur la vie d'un sportif. C'est presque pire que le bracelet chronique. Donc d'abord, rendre hommage aux sportifs de tous les sports d'ailleurs. qui sont concernés par ces sujets-là, parce que vraiment, ça les amène à jouer le jeu d'une manière incroyable pour faciliter ces opérations-là. Après, le premier risque, c'est le risque de l'erreur, de l'oubli. Je n'ai pas pensé de changer ma géolocalisation parce qu'on m'a provoqué un stage la semaine prochaine qui n'était pas prévu. Je devais être à Nice, je vais être à l'Alpe d'Huez. Vous avez quand même à faire une population qui, pour partie, est encore très jeune. Donc, notre travail, notre fédération, c'est d'essayer de les aider, de les accompagner, de les sensibiliser. Quand il y a eu un au chaud, comme on dit, c'est-à-dire que l'inspecteur est venu et l'athlète n'était pas là où il devait être, on les reçoit, on leur explique tout l'enjeu pour eux d'abord, le risque que ça représente pour eux. On les rappelle à la règle. Et puis, on essaie de leur expliquer également l'enjeu que ça présente pour leur sport, pour leur fédération. Et que si malheureusement, ils devaient être sanctionnés à cause de ça, ils vont embarquer tout l'écosystème qui les accompagne. Ce n'est pas eux tout seuls. Donc, on essaie de faire ce travail pédagogique, notamment avec les plus jeunes. Et c'est important de le faire. Ensuite, sur la fraude technologique qu'on peut craindre dans le cyclisme, et plus la technologie va avancer, plus on la craindra, notamment avec tous les travaux qui se font aujourd'hui sur l'électrification des moteurs, pas spécialement des moteurs de vélo, mais des moteurs en général. Le fait que ce soit de plus en plus petit, miniaturisé, ça nous fait craindre, effectivement, que certains en profitent pour tricher. Donc là encore, en tous les cas, au plus haut niveau, au niveau international, on a des mesures très strictes de vérification des vélos. Par exemple, sur le Tour de France, les vélos de tous les coureurs sont vérifiés tous les jours, de manière très précise, avec du matériel spécialisé. Il y a un petit camion dédié qui permet de passer les vélos comme s'ils rentraient dans un appareil de radiographie. On voit tout l'intérieur, tout ce qu'il y a dedans. Et l'Union Cycliste Internationale tient à faire ce travail de manière rigoureuse, même si jusqu'à ce jour, on a eu un seul cas dans la préhistoire de ce qui pouvait être l'électrification des vélos avec une athlète en cyclocross qui s'est fait prendre d'ailleurs très facilement parce que ce n'était pas une fraude très habile, on va dire.
- Speaker #1
Alors si en matière de dopage mécanique, vous dites avoir mis en place des systèmes qui permettent en tout cas d'essayer d'éviter ces fraudes-là, par rapport à ce que vous rebondissiez sur la question des obligations de localisation, vous avez évoqué le caractère intrusif sur lequel j'aimerais revenir. Qu'est-ce que vous proposeriez, vous, à votre expérience pratique du terrain pour éventuellement éviter de potentiellement nuancer un petit peu plus sa difficulté ? On sait bien, comme vous l'avez évoqué, la difficulté que ça peut occasionner. On sait bien que certains des athlètes n'ont pas forcément les moyens d'avoir un encadrement élargi qui leur permette de mettre en place, en lui et place, de même, ces obligations de localisation. Qu'est-ce que vous proposeriez éventuellement pour pouvoir éventuellement les accompagner, les aider au-delà de la prévention que vous évoquiez ?
- Speaker #0
Alors, la question est très complexe parce qu'à la fois, et je le redis, on est convaincu dans le cadre de la lutte contre le dopage de la nécessité de cet aspect-là. Parce que dès lors que vous commencez à ouvrir la porte à des aménagements, par exemple, on pourrait dire qu'on allonge les délais pour pouvoir... prévenir d'un changement ou des choses comme ça. Si on rentre dans ce jeu-là, on sait qu'on ouvre des failles dans lesquelles 99% des athlètes n'en feront rien de mal et puis le pourcent qui veut tricher va s'en servir. Et comme c'est celui-ci qu'on veut coincer, c'est très difficile. Moi, je pense qu'après, c'est réellement une responsabilité aujourd'hui des fédérations, des États également. D'essayer de mettre le plus de moyens possible dans l'accompagnement des athlètes, dans le fait de bien leur expliquer comment ça fonctionne. Parce qu'au début, ce n'est pas si simple que ça. Quand ils sont perdus, de pouvoir les reprendre en main, leur redire pourquoi c'est fait. Essayer de leur enlever un peu de charge mentale. Parce qu'au bout du compte, c'est ça qui pèse, c'est la charge mentale.
- Speaker #1
Et pourquoi pas trouver un budget finalement ? pour que ces athlètes-là puissent être accompagnés pour renseigner ces obligations de localisation ?
- Speaker #0
Il y a des formes de budget qui existent au niveau de l'Agence nationale des sports qui ne sont pas directement fléchées là-dessus, mais qu'on peut, par élargissement, un petit peu allouer, s'en servir en tous les cas pour faire ça. Mais ça, ça renvoie sur la problématique du financement des fédérations par l'État.
- Speaker #1
Merci pour ces précisions. Après le soupçon, toutes les manœuvres qui sont mises en... les moyens qui sont mis en œuvre pour pouvoir essayer d'y remédier. On va parler désormais de la fierté, puisqu'on va parler des résultats, de l'argent des athlètes, notamment des JO de Paris 2024, qui ont été un franc succès pour le cyclisme français. Il y a eu 9 médailles, 3 en or, 4 en argent, 2 en brousse. Félicitations, c'est le fruit d'un travail de très longue date, j'imagine. On a eu des titres de Benjamin Thomas à l'Omnium, on a eu Joris Dodé en BMX, on a eu Paul-Yves Ferrand-Prévot en VTT. À Tokyo, 3 ans plus tôt, on part de très loin, puisque du coup, il n'y a eu que 2 médailles. Il n'y a aucune chez les femmes. Neuf médailles en 2024, deux en 2021. C'est une progression qui est à tout le moins spectaculaire. C'est finalement votre principal argument sportif. Vous allez défendre votre mandat et votre héritage. Qu'est-ce qui a fait la bascule ?
- Speaker #0
Alors, moi, je ne parlerai pas de bascule. D'abord parce que j'ai eu cette chance. Moi, j'ai été élu, vous l'avez rappelé tout à l'heure, en mars 2017. Et en septembre 2017, on obtenait à Lima les Jeux Olympiques de 2024. Et dès lors, on a recadré notre... projet sportif avec le directeur technique de l'époque, Christophe Manat, en disant, évidemment qu'il y a un enjeu qui surpasse tous les autres, c'est de réussir les Jeux à Paris. Et on savait que ça serait important. Bien sûr, on aurait aimé faire mieux à Tokyo et on avait prévu de faire un petit peu mieux. Mais la particularité de notre équipe à Tokyo, c'est qu'elle était très jeune et on a plus de deux tiers des athlètes qui ont fait Tokyo qui ont refait Paris. Vous voyez qu'ils étaient présents à Paris. Et on sait qu'en matière olympique, l'acquisition d'expérience est importante. En plus, Tokyo venait dans un contexte très particulier de Covid. Bon, voilà, ça n'a pas facilité non plus notre approche, mais ce n'est pas une excuse parce que c'est pareil pour les étrangers. simplement je crois qu'on a eu besoin de la marche Tokyo pour continuer à affiner notre projet de performance, à se rendre compte de ce qui devait être amélioré ou transformé. C'est par exemple ce qui m'a décidé vraiment à me mobiliser pour faire venir Florian Rousseau nous accompagner sur la performance et je pense que ça a été un déclencheur extrêmement important et un facteur de réussite à Paris. Voilà, moi je le prends plus comme une étape. de cheminement vers 2024, qui était le point d'orgue de notre projet sportif. Et je suis effectivement, pour reprendre votre mot, très fier, parce qu'aux Jeux Olympiques, ce qui compte au bout du compte, quand vous subissez la pression de tous les côtés, c'est la place de la France au tableau des médailles. Et en matière de cyclisme, on a terminé première nation du tableau des médailles du cyclisme. Ça veut dire que vis-à-vis de toutes les autres nations, le cyclisme a donné une longueur d'avance à la France. Et on n'est pas 36 disciplines à l'avoir fait. Il y a le cyclisme et le surf. D'autres disciplines ont performé le judo, la natation, mais sans remporter leur tableau des médailles. Et ça, c'est un point auquel je tiens beaucoup.
- Speaker #1
C'est un vrai succès. Et encore félicitations pour le travail réalisé en amont depuis 2017, avec le point d'orgue en 2024. Ça a nécessité, j'imagine, beaucoup de travail, beaucoup d'investissement. En matière d'investissement notamment, on a évoqué le sujet du budget, du fonctionnement budgétaire qui n'était pas forcément évident à gérer. Ça, c'est au niveau de la fédération. Mais au niveau aussi des athlètes, vous-même, vous évoquiez que pour un athlète qui n'est pas rattaché à un employeur, le budget de fonctionnement annuel, il est de l'ordre d'approximativement 40 000 euros. On pense notamment aux pistards, aux pilotes de BMX. C'est un budget minimum, certes, mais qui leur permet de s'entraîner, de financer des stages et des déplacements. Mais c'est parfois très près du seuil de pauvreté. Donc là-dessus, comment sécuriser ce modèle ? pour que le haut niveau reste véritablement vivable sans dépendre de la seule médaille ?
- Speaker #0
Oui, alors sans dépendre de la médaille, ça va être difficile quand même, parce que moi je mesure encore plus après Paris 2024 l'impact favorable que nos résultats nous ont permis d'avoir. Je vois également certains collègues qui n'ont pas eu cette réussite à Paris, pour lesquels c'est très difficile, beaucoup plus difficile que pour nous. Alors pour les athlètes, on essaye déjà d'utiliser... tous les dispositifs possibles. C'est pour ça qu'on avait négocié un maximum de contrats dans l'armée des champions qui offrent au moins un statut protecteur aux athlètes et puis des solutions de reconversion à l'armée ou en dehors mais qui sont très bien travaillées. On essaye de les accompagner avec tous les dispositifs, il y en a quand même un certain nombre, d'aides individualisées qui peuvent être réfléchies sur les athlètes en fonction de leur potentiel et de leur perspective de résultats à venir. Et puis... On essaye de faire en sorte que quand ils sont en équipe de France, ils soient le mieux possible exposés médiatiquement pour pouvoir aussi attirer des partenaires privés, même si ça reste très compliqué dans des disciplines olympiques qui ne sont pas celles qui font le plus d'audience à la télé.
- Speaker #1
Vous avez évoqué le succès de ces JO, des problématiques que vous avez pu rencontrer pour les autres disciplines sportives. J'aimerais faire un petit focus rapide sur la réussite flamboyante. pour le coup des femmes en cyclisme, puisqu'elle représente quand même 13% des licenciés, et pour autant, près de 48% des médailles de haut niveau côté féminin, c'est assez incroyable. Et vous visez désormais, si je me trompe, 25% de licenciés féminins d'ici 2030. Est-ce que c'est un objectif réaliste ? Et par quel levier concret vous comptez éventuellement y parvenir ?
- Speaker #0
Oui, alors la féminisation pour nous est une vraie problématique parce qu'on a un sport... qui, je vous donne juste une expression, on met les forçats de la route, on vient de là, en fait. Donc, très masculin. Donc, cette ouverture au public féminin, on la travaille de plusieurs manières. D'abord, il y a besoin de la vitrine. Donc, nos championnes qui performent, une Pauline Ferrand-Prévot qui gagne le tour féminin, c'est des leviers d'attractivité qui sont puissants pour des jeunes femmes. Ensuite, on essaye de le travailler en féminisant tout ce qui peut l'être autour des sportifs. Dans l'encadrement des équipes de France, on a un baromètre, par exemple, qui nous permet de mesurer le taux d'encadrement féminin dans les équipes, là où il était 100% masculin il y a encore quelques années. L'idée étant d'amener de la féminisation de partout. C'est vrai pour les dirigeantes aussi, au-delà des impositions de la loi de 2022, mais on essaye d'aller au-delà de tout ça. Et le plus important, c'est la formation auprès de nos clubs pour que nos clubs acceptent le principe d'avoir des sections dédiées aux femmes, féminines, parce que les femmes ont besoin de s'entraîner aussi entre elles. Ce n'est pas toujours possible de mixer les entraînements. Ce n'est pas toujours réalisable sur le terrain. Et on n'a pas suffisamment de clubs en capacité d'avoir des sections purement féminines. Donc, c'est ces leviers-là qu'on essaye d'activer le plus fortement possible. Le 25 %, comme toujours, il faut essayer de fixer des caps, des horizons. Et puis, c'est forcé de les approcher ou de les atteindre. C'est encore mieux. il faut que ce soit moteur.
- Speaker #1
Donc là, vous parlez de l'inclusion finalement progressive des femmes dans l'organigramme, dans les structures clubs et notamment fédérales. Pauline Ferrand-Prévot, comme vous l'évoquiez, a un cas de cette montée en puissance. Elle a été championne olympique, vainqueur de Paris-Roubaix, Tour de France-Femmes, etc. Mais malgré cette montée en puissance, au-delà de l'inclusion progressive, on constate aussi par ailleurs un prize money qui est encore très inférieur à celui des hommes. mais aussi parfois des conditions de course qui ne sont pas toujours équivalentes. Que manque-t-il pour vous encore pour qu'une égalité réelle entre hommes et femmes puisse être effective dans le cyclisme ?
- Speaker #0
Il manque du temps, rien d'autre pour moi. La professionnalisation du cyclisme féminin est très récente. Et on a des progrès qui sont considérables. C'est vrai qu'on voit encore ce qui manque, mais les progrès sont considérables. Je vous donne un exemple. Dans le cyclisme sur route, il y a 10 ans, le professionnalisme était quelque chose d'inconsistant. C'est des bouts de contrat droite et gauche, mais rien de très précis. Aujourd'hui, quand vous prenez le plus haut niveau mondial, les équipements hors tour, il y en a 14, le salaire médian est de 85 000 euros par an. C'est une vraie professionnalisation, au sens où on en vit vraiment. et vous avez des athlètes qui ont des... des niveaux de vie très acceptables aujourd'hui. Mais ce chemin, il doit se faire en parallèle de l'économie que crée le réel, que crée le cyclisme féminin, sa capacité à attirer des sponsors, sa capacité à faire des audiences. Et ça, c'est une marche en avant qui prend du temps, qui ne se fait pas en un claquement de doigts. Et vous voyez, aujourd'hui, si on prend le sujet des price money, on a, quand je dis on, c'est beaucoup d'acteurs, ont fait pression sur Amourisport Organisation, la Société du Tour de France, pour réorganiser un Tour féminin. Ce qui a été fait, merci beaucoup à eux, parce que c'est vraiment le phare pour notre sport. Mais aujourd'hui, si on demande à l'organisateur du Tour de France qui peine à équilibrer le budget du Tour de France féminin d'aller y mettre les mêmes prize money, il ne va plus organiser. Donc, je pense qu'il faut avancer, il faut progresser. Un petit peu comme mon objectif de 2030, il faut mettre des caps, des horizons, mais il faut se laisser le temps de les atteindre. Et ce temps-là, il est conditionné tout simplement par notre écosystème qui, petit à petit, évolue favorablement autour du cyclisme professionnel, mais doit monter les marches une à une.
- Speaker #1
Merci pour cette nouvelle transition qui est merveilleuse, puisque j'allais justement dire que toutes les bonnes choses prennent du temps. C'est exactement ce que vous avez évoqué. En BMX d'ailleurs vous avez dit que les bons résultats sont le fruit d'un travail de 10 ans et d'ailleurs pareil pour les Jeux Olympiques c'était 2017 pour 2024 donc c'était 7 ans. Donc finalement concrètement vous avez un petit peu répondu à la question suivante c'était de savoir comment construire une filière qui gagne quand le résultat n'arrive qu'une décennie plus tard. Vous avez évoqué les leviers un petit peu économiques, le fait d'augmenter l'attractivité, avoir un levier avec un personnage, une cycliste, Pauline Ferrand-Prévot qui va potentiellement attirer des sponsors etc. Quels autres leviers, éventuellement, vous pourriez mettre en œuvre pour augmenter cette attractivité et bénéficier d'une économie qui serait plus viable ?
- Speaker #0
En fait, là, dans une fédération, vous retrouvez vraiment une logique d'entreprise. Pour faire un retour sur notre début. Pour moi, le premier point que j'ai mis en avant en devenant président de la Fédération française de cyclistes, c'est la paire. Ça, c'est sans doute l'histoire du... du petit coureur que j'ai été. Et le plus important pour moi, c'est ce qu'on peut créer à travers le résultat de nos athlètes. D'abord pour eux, parce que ça transforme leur vie. Ensuite, pour l'image de notre fédération, c'est très important. Et enfin, pour notre attractivité vis-à-vis des pouvoirs publics. vis-à-vis des partenaires privés et vis-à-vis évidemment du grand public qui nous regarde. À partir du moment où vous avez mis cette priorité en numéro un, vous allez construire tout en rapport. Vous allez laisser une part plus importante du budget pour tout ce qui peut peser sur la performance. Vous allez réfléchir à votre système de formation des cadres techniques pour qu'elle soit plus pointue. Vous allez ramener des experts sur tout ce qu'on appelle aujourd'hui les apports complémentaires, les gains marginaux. qui viennent environner la performance. Il y a des choses dont on se préoccupe aujourd'hui, on ne s'en serait jamais préoccupé il y a dix ans. Par exemple, mettre un nutritionniste qui vient faire les repas quand on est en déplacement équipe de France. Vous voyez, des choses comme ça. Donc, c'est une logique et je suis assez convaincu de ça. C'est quand on enferme une organisation vers un objectif précis, vers une logique qui est suffisamment portée et forte. normalement, ça doit produire des résultats et petit à petit, au moins, améliorer les choses et tendre vers le but recherché.
- Speaker #1
Et vos résultats ont tendance à le prouver.
- Speaker #0
En tous les cas, oui, jusqu'à maintenant, ça a relativement bien marché. Espérons que ça dure.
- Speaker #1
Je vous souhaite. On va passer du développement en France, on l'a évoqué, au rayonnement mondial, puisque vous siégez aussi en parallèle au comité directeur de l'Union cycliste internationale, l'UCI, depuis 2021, ainsi qu'à son comité d'audits et des finances. on en revient, il y a le conseil du cyclisme professionnel. Alors comment un dirigeant français pèse-t-il de l'intérieur sur les grandes décisions du cyclisme mondial ?
- Speaker #0
Honnêtement, c'est un petit peu plus facile de peser quand vous êtes français en matière de cyclisme parce qu'on est vraiment la fille aînée de l'Union cycliste internationale. C'est la France qui concentre le plus de coureurs professionnels, le plus d'épreuves.
- Speaker #1
Il y a plus grand d'épreuves avec le Tour de France.
- Speaker #0
Il y a plus grand d'épreuves avec le Tour de France. premier en fait sur les critères. Et on est très respecté. Le cyclisme français est très respecté dans le monde entier. Moi, ça a été vraiment une belle découverte de me rendre compte de ça. Également parce qu'en dehors du Tour de France, chaque fois qu'on organise les championnats du monde, les compétitions internationales, on a des standards d'organisation en France qui sont vraiment élevés. Et donc, le monde entier vient chez nous avec beaucoup d'envie, beaucoup de plaisir. Donc, fort de ça. c'est plus facile de porter certains messages. Maintenant, il faut se rendre compte également de l'inverse. C'est que quand vous parlez dans un comité directeur de l'Union cycliste internationale, depuis la France, vous incarnez la vieille Europe traditionnelle du cyclisme. Vous parlez avec des Asiatiques qui ont une connaissance très différente de notre sport ou une approche ou des visions très différentes de notre sport. Des Africains qui ont des tas de problèmes qui sont très éloignés de nos problèmes de riches européens. en matière de cyclisme. Donc il y a cette confrontation-là, et il faut surtout, je crois, beaucoup prêter l'attention aux messages que vous envoient les autres, pour pouvoir s'en servir et faire progresser les idées.
- Speaker #1
C'est encore une fois tout à votre honneur. C'est-à-dire la troisième fois que je le dis, ça veut dire qu'il y a quand même beaucoup d'éléments à faire valoir. Alors vous avez évoqué les championnats du monde de 2027 en Haute-Savoie, donc du 24 août au 5 septembre 2027. Alors il y aura 20 championnats du monde réunis sur un même territoire. de la route à la piste, du BMX au VTT, du gravel au parasitisme. Ce sera seulement la seconde édition de ces Super Mondiaux. Alors expliquez-nous ce format inédit et comment la France est-elle parvenue à décrocher un tel événement au-delà de sa place phare dans le cyclisme mondial ?
- Speaker #0
Alors d'abord, effectivement, le concept, on a aujourd'hui une vingtaine de disciplines du cyclisme différentes. Chaque discipline a ses championnats du monde chaque année, aux quatre coins du monde, dispersés. Et l'idée du président de l'Union cycliste internationale, qui est une idée assez géniale, c'est de dire une fois tous les quatre ans, l'année qui précède les Jeux olympiques, on regroupe toutes nos disciplines au même endroit, au moins dans un même pays, et on fait des super championnats du monde qui donnent une puissance événementielle assez importante. Pour vous donner une idée, pour 2027, France Télévisions va se mettre en mode, entre guillemets, Jeux olympiques, et on aura à peu près cinq heures d'antenne en direct tous les jours sur les différentes disciplines du vélo pendant 13 jours. Donc, voilà, ça donne de la puissance, effectivement, à notre sport en général. Alors, pourquoi la France ? La France cherchait, on cherchait en tous les cas, à faire revenir en France un événement qui n'a pas eu lieu depuis 2020, qui est quand même le plus gros de l'UCI et champion du monde sur route. Moi, j'ai réussi à avoir à peu près tous les autres entre 2017 et 2024. Ça faisait partie de la performance, mais il nous manquait la route. Et voilà, il y avait des discussions, plus ou moins. Et puis, l'opportunité, le volontarisme d'un président de conseil départemental, en l'occurrence celui de Haute-Savoie, qui était partant pour un projet de championnat du monde sur route. Et puis quand le président de l'Union cycliste internationale lui a dit « Si vous voulez le faire avant 2028, il n'y a qu'une solution, c'est 2027, mais là, il faut me prendre tous les champions du monde, ça sera les super champions du monde. » Et le président de Martial Salier de Haute-Savoie, qui est vraiment quelqu'un qui peut prendre des décisions rapidement et efficacement, a dit « Ben banco, on prend tout et on fait ces super champions du monde. » Et voilà, l'aventure est partie comme ça.
- Speaker #1
Merci pour ces belles précisions. Vous avez évoqué des chiffres importants. notamment que France Télévisions allait assurer 5 heures d'antenne pendant 13 jours. Au niveau des chiffres budgétaires, on parle, je crois, d'un budget d'organisation de l'ordre de 45 millions d'euros. Et on parle de près de 280 millions d'euros de retombées économiques attendues. Vous dites d'ailleurs que toutes les entreprises doivent trouver leur activité accélérée par ces championnats du monde. Alors comment un mondial devient-il un véritable projet de territoire profitable à ces entreprises ?
- Speaker #0
Alors, tout simplement parce que, là encore, pour resituer... Entre les Jeux de 2024 et les Jeux de 2030, on est le seul événement qui a fait l'objet d'un décret un peu particulier qui facilite les choses, notamment sur le plan organisationnel et fiscal. Et on l'a vu avec 2024, pour évidemment des entreprises qui ont un rapport avec l'événementiel sportif, ça a été une source d'opportunités, ça a été un accélérateur sur le plan des compétences, parce qu'on est très challengé, et nous on veut juste que 2027 s'inscrive dans cette même trajectoire. entre 24 et 30. Et on commence à avoir un nombre assez important d'entreprises qui ont été des prestataires de 2024, qui ont travaillé avec 2024, qui travailleront probablement avec 2030. Les marchés ne sont encore pas passés, mais à coup sûr, ils travailleront avec 2030. Et on leur apporte là l'opportunité d'avoir une continuité dans leur expertise sur l'événementiel quand même complexe dans notre pays. Et c'est ce que je voulais dire à travers cette expression. Et puis peut-être également à l'attention des entreprises plus locales, de Haute-Savoie notamment. Eh bien, il y a là des marchés propres à cet événement qui s'ouvrent. Et on le voit dans les appels d'offres aujourd'hui. De plus en plus d'entreprises locales, au Savoyard notamment, répondent, seules ou en consortium. Et ça, je trouve que c'est très, très bien parce que c'est ce que l'événement doit renvoyer finalement aussi. au territoire local et à la nation plus largement.
- Speaker #1
Alors, passons désormais à descendre sur la route, parce que vous évoquiez votre volonté d'organiser ces championnats du monde sur route. Donc, le tour actuellement va s'en plein. On enregistre malheureusement aussi pendant ce tour une problématique qui est fréquente et quotidienne en France, c'est la problématique de la canicule, qui subit actuellement une forte canicule en France. On n'a pas la clim d'ailleurs au studio. Le peloton a d'ailleurs couru, je crois, la quatrième étape, vers Foy, par 38 degrés. L'UCI a logiquement assoupli les règles de ravitaillement. Le ministère de l'Intérieur a exceptionnellement autorisé les préfets à suspendre ou à annuler une étape en cas de canicule, qu'on va dire extrême. Vous avez vous-même qualifié le dérèglement climatique d'épée de Damoclès. Et vous avez reconnu qu'un préfet pouvait interdire, à votre sens, une manifestation en cas de canicule. Ma question est la suivante. Au regard du réchauffement climatique, qui va forcément aller en empirant, ne serait-il pas plus pertinent de mettre en place un protocole chaleur contraignant dans les règlements, comme il peut en exister en matière de protocole commotion, plutôt que des dérogations décidées finalement au cas par cas ?
- Speaker #0
Alors, le souci qu'on a en cyclisme tout court, mais particulièrement en cyclisme sur route, c'est qu'on est confronté, c'est aussi ce qui fait la magie de notre sport, mais on est confronté à tous les aléas météo, pas que la chaleur. sur d'autres épreuves. Je pense au Tour d'Italie, par exemple, qui est au printemps. Souvent, ils sont confrontés à la neige. En montagne, en haute montagne, ça arrive assez fréquemment. On a les risques de plus en plus significatifs de tempêtes d'orage, de vents forts, très forts, de vents violents. Donc, c'est pour cette raison que l'Union cycliste internationale a établi un protocole, non pas chaleur, mais intempéries. qui amène des situations de négociation à chaud, sans jeu de mots, sur le terrain avec tous les acteurs concernés et en premier lieu les représentants des coureurs pour se dire là, possible, pas possible, on peut courir, on ne peut pas courir. Si on peut courir, quels aménagements est-ce qu'on prend ? Adapter à la situation du moment précise de la journée où ça se passe ou alors est-ce qu'on considère qu'on peut faire une étape normalement ? Je pense que là-dessus, on a la capacité de réaction. Et d'ailleurs, les coureurs ne condamnent pas ces situations globalement. Ils sont habitués à faire leur métier dans des conditions assez difficiles. Ils ne condamnent pas. Et ils savent que ça fait aussi partie du jeu, dans le sens où la chaleur, comme le froid... est un critère de différenciation de performance entre les athlètes. Après, là où je parle d'épidémoclès, c'est que moi je suis comme tout le monde, je me rends compte et j'écoute et on me dit, la fréquence de ces phénomènes va s'accentuer, donc plus fréquent et plus violent. Donc pour la chaleur, plus haut. Bon, moi je suis conscient qu'à un moment, il y a une limite à la possibilité d'être en course sur un vélo. Il y a une limite. savoir où elle est, ça dépend tellement de paramètres, pas que de la température, du vent, de l'hygrométrie, il y a plein de trucs qui rentrent en ligne de compte, mais il y a une limite. Et par rapport à ça, c'est évident qu'on doit commencer sans précipitation, il ne faut pas réagir non plus dans l'urgence, mais sans précipitation, simplement en responsabilité, comment, vers quoi on va dans 10 ans, dans 15 ans, dans 20 ans, pour l'organisation des cours cyclistes sur la période estivale. Et ça, on ne peut pas faire abstraction de cette réflexion-là. Elle est internationale, elle est aussi nationale.
- Speaker #1
Alors, cette réflexion, on l'a menée, du coup, dans le cadre d'une canicule, en coordination avec les coureurs, comme vous l'évoquiez. Cette coordination, elle est importante. Mais j'aimerais parler d'une autre coordination qui n'est pas forcément, du coup, prévue, généralement, par les textes. Et c'est une tension d'actualité sur laquelle j'aimerais revenir. C'est parfois des équipes qui sont écartées, selon un contexte géopolitique. ou encore dans d'autres disciplines telles que le football, on constate parfois une émixion de présidents en exercice, dont je dirais le nom, afin d'obtenir la levée de suspension d'un joueur. Est-ce que, du côté du cyclisme, on peut véritablement rester à l'écart de la politique internationale ?
- Speaker #0
Non, on ne peut pas. On est rattrapé par les décisions du CIO, on est rattrapé par plein de choses. Malheureusement, non, la réponse est non. Et pour autant, je pense que... L'Union cycliste internationale, comme d'autres grandes fédérations, fait le maximum d'efforts pour pouvoir séparer le traitement des sujets sportifs de toute émiction politique. Évidemment que l'exemple qui vient d'être donné par le président des États-Unis et l'organisation de la Coupe du monde de football est désastreux. Parce que ça envoie là le signal. pire, c'est que déjà qu'on est toujours un petit peu en difficulté pour s'affranchir de certains contextes politiques, qui pèsent d'une manière ou d'une autre sur le sport, là pour le coup, c'est le politique qui rentre sur le terrain de jeu. Et ça, c'est la pire des choses qu'on peut avoir. Et on en parlait hier soir en marge d'une réunion au CNOSF, mais la crainte, c'est de se dire, l'année prochaine, on est à Los Angeles. Qu'est-ce que peut faire le président des États-Unis pour retarder une équipe nationale de se rendre sur un terrain, pour lui mettre des contraintes administratives particulières ? Vous voyez, ça fait craindre que par le politique, quelque part, on puisse tricher. Et c'est encore pire que le dopage. Quelque part, c'est la négation du sport.
- Speaker #1
Et vous dites d'ailleurs que le socialisme n'est pas à l'abri de ce type de problématiques.
- Speaker #0
Aucun grand sport ne peut l'être, à mon sens. Il faut en tout cas se sentir à l'abri. Ça serait manquer de vigilance et de responsabilité pour moi.
- Speaker #1
Merci pour ces précisions. Pour finir, quelques questions sur lesquelles je vous invite, si vous me permettez de répondre au tac au tac. Très rapidement, on constate, on regarde l'actualité, l'éclosion d'un grand talent français. On parle notamment de Paul Seixas, forcément, vainqueur cette saison du Tour de Pays-Bas, de la Flèche-Vallone. C'est le plus jeune participant du Tour de France depuis 1937, excusez du peu, ça fait près de 100 ans quand même. Alors, j'allais vous poser la question de savoir... qui représentent l'éclosion d'un jeune talent de cette nature au niveau du cyclisme. Mais plutôt, la question, c'est de savoir si vous, vous estimez, un, qu'il peut gagner le Tour de France, et deux, si, sans travailler à votre devoir de réserve, vous estimez d'ici combien de temps ?
- Speaker #0
Alors, je vais répondre très rapidement et simplement. Il peut gagner le Tour de France, oui. Et le Tour de France, c'est aussi parfois une affaire de circonstances, donc je pense dès cette année.
- Speaker #1
D'accord, écoutez, on prend le... Peu, hein ?
- Speaker #0
J'ai bien dit peu. Voilà, non. Plus sérieusement, Paul Seixas fait partie des 4 ou 5 meilleurs potentiels pour le Tour de France. Le sport cycliste, on l'a suffisamment dit, est un sport d'aléas, la chute, les circonstances, plein de trucs. Donc quand vous êtes dans les 5 ou 6 meilleurs coureurs du Tour de France, intrinsèquement, vous pouvez. Ça ne veut pas dire que vous allez, mais vous pouvez. Vous faites partie de ceux qui peuvent gagner.
- Speaker #1
Merci pour cette réponse honnête. Les deux dernières questions assez rapides. Premièrement, les JO de Los Angeles, vous l'avez évoqué, arrivent en 2028. Quel est votre objectif en matière de médailles ?
- Speaker #0
Premier objectif, ce sera 2027 pour nous. C'est encore peut-être plus important sur cette Olympiade. Et pour les objectifs de médaille 2028, on n'en a encore pas tout à fait affiné. Ceci, mais on essayera de maintenir notre rang le mieux possible. Neuf, c'était beaucoup. Notre zone de stabilité, elle est plutôt autour de six médailles, ce qui est déjà pas mal.
- Speaker #1
On vous le souhaite. Dernière question, si vous pouviez promulguer une seule loi pour le vélo, une loi que l'on appellerait la loi Calot, laquelle serait-elle ?
- Speaker #0
Ça serait incontestablement une loi de protection des cyclistes sur la voie publique et qui permette de meilleure manière de laisser un petit peu d'espace sur cette voie publique pour qu'elle... puisse devenir de temps à autre un terrain de sport.
- Speaker #1
Merci. Le mot de la fin à la mode off-site, en une phrase, le vélo de demain, il roule vers quoi ?
- Speaker #0
Il roule vers un bel horizon parce que la société se transforme et qu'elle remet le vélo au cœur de ses projets.
- Speaker #1
Merci à M. Callot pour ce tour d'horizon, pour la franchise, l'expérience, le retour d'expérience qu'il a pu partager à nos auditrices et auditeurs. Avant de nous quitter, un petit cadeau, une carte du département de l'Ain gravée au XIXe siècle. pour la tasse nationale illustrée de Levasseur que vous connaissez sûrement. Vous y retrouverez notamment Bourg-en-Bresse, là où tout a commencé pour vous. Merci à vous pour votre passage. Merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci beaucoup. Merci.