- Speaker #0
il y a quelque chose qu'on associe, à tort ou à raison, presque automatiquement à l'entreprenariat. La liberté. Et pourtant, plus j'échange avec des entrepreneurs, et plus cette idée me semble déconnectée de leur réalité. En vérité, les choses sont beaucoup plus nuancées. La gestion administrative, les décisions à prendre, les responsabilités, les imprévus, les crises sanitaires ou économiques, les ajustements permanents, en bref… Quand on est entrepreneur, on doit être sur tous les fronts. Et en observant cette réalité, une question s'est imposée à moi. Est-ce qu'on est vraiment libre quand on est entrepreneur ? Dans cet épisode, je vous propose de prendre un temps de recul pour réfléchir ensemble à cette idée de liberté. De zoomer sur ce qu'elle permet, mais aussi sur ce qu'elle implique vraiment au quotidien. Vous entendrez également les voix de Ludovic Feher et Cyril Fabre. fondateur de Mose, une plateforme pensée pour faciliter la vie des entrepreneurs. J'ai eu la chance de les rencontrer en octobre dernier, lors de l'événement Slash, au Salon SME, un salon dédié aux travailleurs indépendants, présidé par Alain Bozetti. Je suis Magali Brue, et bienvenue dans On fait le taf, le podcast qui parle travail sans langue de bois. Quand on regarde l'entrepreneuriat de l'extérieur, il y a une image qui revient très souvent, celle de la liberté. On voit des parcours inspirants, des personnes qui ont quitté leur emploi, qui ont entre guillemets repris le contrôle de leur vie. Sur les réseaux sociaux, on voit des entrepreneurs organiser leur temps, travailler d'où ils veulent, choisir leur projet. Bon, cette image, elle n'est pas totalement fausse. Quand on entreprend, il faut avouer qu'on sort d'un cadre. Il n'y a plus d'hierarchie directe. Plus d'horaire imposé, on décide seul, on s'organise, on avance à sa manière, on travaille selon ses règles. Et ça, c'est une vraie forme de liberté. Mais une fois dedans, les choses changent, elles prennent une autre tournure. Parce que très vite, on ne fait plus seulement son métier, on gère carrément une activité. Et cette activité, elle demande d'être partout. La gestion administrative, la prospection, la communication, le développement de son activité, les clients à trouver, les missions à sécuriser, les revenus à stabiliser. Et puis, il y a ce qui ne se voit pas, la peur de manquer d'argent, la peur de manquer de clients, les périodes creuses, la solitude, les doutes. Est-ce que je fais bien ? Est-ce que je vais y arriver ? Est-ce que ça va marcher ? Et surtout, ce que j'observe. C'est que le problème n'est pas le savoir-faire. Les entrepreneurs savent faire. Ils connaissent leur métier. Ils sont souvent très créatifs, audacieux, débrouillards. Ils apprennent, ils testent, ils échouent, ils avancent. Le vrai sujet, c'est autre chose. C'est de devoir tout porter seul. Et de ne pas toujours savoir vers qui se tourner, à qui poser une question, avec qui partager un doute, ou tout simplement avec qui échanger. Et ça, il est vrai que ça change profondément l'expérience entrepreneuriale. Mais en creusant cette réflexion, j'ai eu envie d'aller un tout petit peu plus loin en m'intéressant à ce qui existait aujourd'hui pour faciliter la vie des entrepreneurs, des outils, des méthodes, mais surtout des environnements qui permettent de ne plus avancer seul. Et c'est dans ce contexte... que j'ai repensé à une rencontre faite en octobre dernier au Salon SME avec Cyril Fabre et Ludovic Feher.
- Speaker #1
Quand je rencontre Ludovic et Cyril, je leur demande d'abord de me présenter Mose.
- Speaker #2
Alors, qui es-tu ?
- Speaker #1
Je suis Ludovic Feher, le cofondateur de Mose.
- Speaker #2
Et toi, est-ce que tu peux te présenter ? Moi, je m'appelle Cyril Fabre et je suis le cofondateur de Mose.
- Speaker #0
D'accord. Est-ce que vous pouvez dire à celles et ceux, expliquer à celles et ceux qui nous écoutent, Qu'est Moz et pourquoi votre présence ici ?
- Speaker #1
Alors Moz, il faut expliquer d'où ça vient, la genèse de Moz. Moz, c'est né d'une expérimentation. On a eu la chance de pouvoir travailler avec France Travail et avec la région PACA. On nous a demandé de lancer une expérimentation pour accompagner 100 personnes éloignées de l'emploi. Donc au départ, un gros challenge pour nous. C'est en 2022-2023. À la suite de cette expérimentation, on a eu un taux de réussite de plus de 87%. Nous en étions très fiers. Mais étant les subventions, l'État nous a dit que l'expérimentation était terminée. Merci et au revoir et à bientôt. Et là, nous nous sommes retrouvés avec plus de 100 personnes qui nous ont dit « Et nous, qu'est-ce qu'on fait maintenant ? » Vous avez fait une belle expérience, mais on fait quoi ? Donc on a dit qu'on ne va pas vous laisser, on va vous accompagner. On les a accompagnés pendant un peu plus d'un an avec les moyens du bord, avec les outils qui existaient sur le marché. On a testé plein plein d'outils. Et on s'est dit qu'il fallait créer un outil qui pouvait regrouper tout ce qu'on pouvait trouver pour accompagner un micro-entrepreneur, que ce soit l'accompagner pour se rencontrer, pour rencontrer d'autres entrepreneurs et rompre l'isolement, pour avoir des informations légales, fiscales, juridiques, et surtout pour trouver du business et pouvoir développer son chiffre d'affaires. Et de là est né donc MozConnect, que nous avons lancé officiellement le 1er septembre, qui est en fait une plateforme tout en un qui regroupe un réseau social sur lequel on... sur lequel on se rencontre. On peut discuter, on peut créer des groupes, on peut faire des partenariats, on peut lier des connaissances. Et à partir de là, on se rencontre. Parce que chez nous, le côté humain est très important. Ce qu'on veut, c'est que les gens puissent se rencontrer. Donc, à partir de ce réseau social, on peut créer des événements. Petit déjeuner, déjeuner, after work. Et de ces rencontres, naissent du business. Et après, directement à partir de la plateforme, on peut basculer sur un logiciel de facturation qui lui permet... plusieurs types de facturation. On a la facturation directe que tout le monde connaît, je facture un client. On a la facturation par l'apport d'affaires.
- Speaker #0
Très vite, ils abordent une notion intéressante, celle d'apport d'affaires. Concrètement, c'est quelqu'un qui va recommander un entrepreneur à son réseau et lui permettre de décrocher de nouveaux clients. En échange, il est rémunéré. Une logique gagnant-gagnant, mais qui repose sur un point clé.
- Speaker #1
Ce qui est important, c'est que tu es payé au moment où le client paie.
- Speaker #0
Donc, si je comprends bien, l'apporteur d'affaires est rémunéré uniquement une fois que le client a payé l'entrepreneur.
- Speaker #1
Exactement. Le contrat est signé, le client paie. Au moment où le client paie, une partie de ce paiement va à la personne qui a réalisé la prestation et l'autre partie du paiement me vient directement. Je n'ai pas besoin de les réclamer, de savoir où ça en est, de l'avancement. C'est réalisé de façon tout à fait automatique.
- Speaker #0
OK. Avant de créer Mose, je voulais aussi comprendre d'où il venait.
- Speaker #1
25 ans d'immobilier. J'ai été formateur, j'ai été consultant et c'est surtout deux agences immobilières. Ça c'était pour le côté commercial et Cyril, mon associé, lui était formateur pour la SNCF. Lui, il était vraiment beaucoup plus technique et il est venu grâce à son épouse du monde du nettoyage industriel. C'est pour ça qu'on a aussi une brique crédit d'impôt pour tout ce qui est service aux personnes où les gens qui sont connectés sur la plateforme peuvent faire bénéficier à leurs clients des 50% de crédit d'impôt.
- Speaker #0
Et comme souvent chez les entrepreneurs, leur solution part de là, d'une expérience terrain, de problématiques vécues et d'une envie de faire autrement.
- Speaker #1
Troisième, parce qu'on a encore une brique. C'est complet. En fait, le fait d'avoir accompagné ces gens pendant un an, on a vu vraiment toutes les problématiques que pouvaient réaliser les micro-entrepreneurs. On a créé ce logiciel à partir des problématiques qu'on avait rencontrées avec eux.
- Speaker #0
Mais Mose ne s'arrête pas là. Il s'attaque aussi à un sujet que beaucoup d'entrepreneurs connaissent bien, la facturation.
- Speaker #1
Donc la troisième problématique des micro-entrepreneurs ou des solo-preneurs ou des freelance, c'est de facturer à plusieurs pour un client. Quand on a une grosse mission à faire pour un client, qu'on doit être plusieurs intervenants, il y a deux solutions. Soit on envoie une multitude de factures à notre client, soit il y a une personne qui prend la responsabilité du groupe, encaisse pour le groupe, paye des impôts sur ce qu'il a encaissé et redistribue. Nous, ce qu'on a fait, on a fait ce qu'on appelle de la co-traitance. Alors, ce n'est pas de la sous-traitance, c'est la co-traitance.
- Speaker #0
La co-traitance.
- Speaker #1
C'est pas très connu, on a été obligé de voir des cabinets d'avocats et des cabinets d'avocats pour sortir quelque chose de tout à fait légal. Donc en fait, chaque intervenant crée une facture. Cette facture est envoyée dans un compte client, mais le client ne reçoit qu'un bord d'euro de paiement. Et à partir du moment où il reçoit ce bord d'euro de paiement, il a un clic à faire, le paiement part, se divise et va payer chaque. Mais bien sûr que c'est trop bien.
- Speaker #0
C'est à ce moment-là que je comprends quelque chose d'essentiel. MOSE n'est pas seulement un outil, c'est un environnement qui facilite la collaboration entre entrepreneurs. Et ça, ça change considérablement la manière de travailler et d'avancer. On progresse ensemble. Avant de conclure, je n'ai pas pu m'empêcher de leur poser ma question fétiche, la question signature de ce podcast, où vous voyez MOSE dans 5 ans ? Et la réponse est instructive.
- Speaker #2
Alors, moi je vais te dire quelque chose de très ambitieux. C'est que j'ai été très déçu, oui c'est Cyril, on a tous été très déçus par l'ubérisation de l'économie qui a amené la précarisation des indépendants. Et nous on veut mosifier l'économie, donc la mosification de l'économie, du tout, du tout, mais il existera, en tout cas on l'espère, avec une autre vision de la collaboration et une autre vision de l'indépendance. C'est-à-dire qu'en gros pour nous l'entrepreneuriat aujourd'hui est dans l'ère de... du collaboratif, du collectif, des coopératives, etc. C'est quelque chose qu'on croit moderne, mais en fait qui date de bien longtemps. Ludo a fait une visite à la famille Lister, où on parlait en 1830 de collaboratif avec M. Godin, qui faisait les poils et qui avait tout un modèle autour de ça. Et on revient à des vieilles valeurs, finalement, où on s'aperçoit que le capitalisme accru a fait qu'au final, il y a des puissants qui tirent sur la... Excusez-moi l'expression sur la gueule des plus petits. Là, on essaie de rééquilibrer les choses. On est plutôt sur quelque chose d'horizontal. Et nous, notre ambition, elle est vraiment là. Un impact social fort pour essayer de changer ces tendances-là.
- Speaker #0
Une vision qui finalement rejoint assez bien la réflexion de départ. Comment entreprendre sans forcément avancer seul ? Allez Cyril, un dernier message pour un entrepreneur qui se sent seul dans son activité ?
- Speaker #2
Je lui dirais de venir sur notre plateforme, parce qu'il aura plein de réponses à ses problèmes légaux. Il va rencontrer des gens et il va pouvoir une communauté qui est dans la bienveillance, et donc il aura des réponses. Et il aura les outils pour ensuite mettre en œuvre ce qu'on lui aura conseillé. C'est la première chose. Et s'il ne sait pas où nous trouver, le premier conseil que je donne, c'est de sortir de l'isolement et d'aller à la rencontre de tous ces réseaux, de toutes ces tribus, de tous ces collectifs qui existent partout en France. et qui sont là pour être dans la bienveillance et pour aider les indépendants.
- Speaker #0
Alors, qu'en pensez-vous ? Est-on vraiment libre quand on est entrepreneur ? Personnellement, je dirais que la réponse est oui, mais pas de la manière dont on l'imagine au départ. Parce que la liberté, ce n'est pas seulement l'absence de contraintes. C'est aussi la responsabilité de tout porter, de décider, d'ajuster, d'avancer même quand ce n'est pas clair. quand c'est flou. Et parfois, ce qui fait la différence, ce n'est pas ce que l'on fait, mais la façon de faire. Être entrepreneur, ce n'est pas être totalement libre, mais c'est peut-être avoir la possibilité de construire sa propre façon d'avancer. Et ça, ça change la donne. Cet épisode touche à sa fin et je vous remercie de l'avoir écouté jusqu'au bout. Vous pouvez vous abonner là où vous êtes en train de m'écouter pour ne pas manquer les prochains. Et surtout, N'hésitez pas à le partager à d'autres entrepreneurs ou à des proches pour leur faire découvrir la réalité de l'entrepreneuriat. Voilà, moi j'ai fait le taf, maintenant à vous de jouer. A bientôt !