- Speaker #0
Bienvenue dans le podcast « Oser l'aventure d'être soi » . Je m'appelle Tiffen Gualda, passionnée par l'entrepreneuriat, le voyage, mais aussi par l'humain et son potentiel infini d'exploration et de transformation. J'ai commencé jeune, ma quête de sens, et mon engagement dans des projets à impact positif m'a amenée dès mon adolescence à parcourir le monde. Aujourd'hui, je crée chaque jour la vie et le métier qui m'inspirent profondément et qui contribuent positivement au monde et j'accompagne d'autres personnes à le faire. Je suis convaincue que la plus grande des aventures est celle qui nous invite à plonger au cœur de ce que nous sommes et de ce qui nous anime véritablement. À travers ce podcast, j'invite chacun à explorer avec moi ce qui le rend vivant. vibrant et à dépasser ses peurs pour oser pleinement la grande aventure d'être soi.
- Speaker #1
Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans ce nouvel épisode de podcast en duo. Aujourd'hui, j'ai la joie d'accueillir à mon micro Mélanie Mello,
- Speaker #0
autrice du livre Les premières lunes de ma fille et réalisatrice du film Première lune. Le travail de Mélanie est ancré dans l'amour, la poésie, la tolérance, un cinéma sans tabou. et sans frontières. Ensemble, on va avoir une conversation autour du passage de l'intime à l'écran, comment oser réaliser un film qui libère la parole. Bonjour Mélanie, merci d'avoir accepté mon invitation.
- Speaker #1
Bonjour Tiffaine, merci à toi.
- Speaker #0
Mélanie, est-ce que pour commencer, tu veux bien te présenter pour les personnes qui vont te découvrir à travers cet épisode et nous partager à quoi est-ce que tu as à de contribuer à travers tes différentes. facettes, les différentes facettes de ton activité d'autrice, réalisatrice et aussi de baroudeuse ?
- Speaker #1
Eh bien, tout d'abord, pendant de nombreuses années, j'ai été photographe, reporter. J'ai été aussi photographe pour les femmes, vidéaste, après, par la suite. Et j'ai senti, en fait, au bout de quelques années, cette limitation de l'image fixe. Et je sentais à quel point les femmes avaient à transmettre des ressentis. Elles se confiaient souvent à moi avant photo ou après. Et ça pouvait être même dans des reportages qui parfois, en fait, n'avaient rien à voir ou étaient un peu plus corporate. Et donc, il y avait toujours ce lien du féminin et les femmes qui venaient naturellement me parler. C'était ça, le point de départ. Et puis, en 2015, j'ai voulu faire un projet photo un peu plus profond, qui était un projet d'auteur, où j'ai fait un portfolio sur les 35 femmes et l'hypersexualisation. du corps. Donc l'idée, c'était vraiment de contrebalancer en fait cette image qu'on voit dans les magazines et puis de montrer une autre réalité. Donc j'ai pris 35 femmes en photo, soit qui avaient eu une ablation abdominale, soit des cancers, etc. Et quand j'ai fait ce livre photo avec ces femmes, je pense que ça a été là ma plus grande frustration en 2015, où en fait justement j'avais vraiment très très envie de pouvoir filmer ce qu'elles me disaient, comment elles vivaient le poids. et les conditionnements autour du corps féminin, tout ce qui justement venait entraver une expression plus libre d'elle-même. Donc en 2015, ça a été là où j'ai commencé à me poser la question, mais je n'avais pas les compétences techniques pour pouvoir passer à la vidéo ou pour pouvoir passer au film. Et puis c'est après un accouchement très difficile, après mon troisième accouchement en 2017, où j'ai vécu une immense colère. que j'ai eu l'impression de garder, je pense, à peu près pendant deux ans, parce que ça a été un accouchement avec des violences gynécologiques, malgré qu'il était à la maison. Cette naissance, en fait, de mon fils m'a permis vraiment d'aller au bout du message que j'avais envie de transmettre par rapport au corps féminin. Et donc, voilà, c'est passé par moi. Et c'est lors d'un soin Rebozo, avec une hutte de sudation, où j'ai découvert que j'étais en colère, de penser que je n'étais pas quelqu'un qui pouvait être en colère. Et j'ai bien vu que si. Et j'ai eu envie que cette colère soit le mot d'une création. Et donc, c'est très bizarre à dire, mais en revenant de ce soin-là, j'étais dans mon bain et j'étais avec ma tisane et j'étais vraiment vidée, c'est le cas de le dire. Et j'ai le mot réalisatrice qui est venu, mais je ne pourrais même pas expliquer comment, avec la petite voix qui me disait « Mais non, tu n'en es pas capable, tu n'es pas légitime, il va falloir... » tout réapprendre. Tu vas devoir apprendre l'écriture de scénarios, tu vas devoir apprendre ça, ça, ça, etc. Et donc, j'ai repris mes études parce que j'étais profondément convaincue que je devais œuvrer pour montrer à quel point toute notre façon de vivre notre féminin est conditionnée de toute part. Et plus globalement, toute notre façon justement de vivre en tant qu'humain, que tout est conditionnement. Et donc, j'avais envie... Alors moi, j'ai choisi de viser l'intime féminin Et aujourd'hui, en fait, j'ai sorti en 2026, du coup, parce que les avant-premières étaient en 2025. Mais le 7 janvier, j'ai sorti mon premier film d'auteur qui s'appelle donc Première Lune, parce que j'ai voulu commencer par un des premiers passages du corps de la femme. Donc, je suis réalisatrice. Et entre-temps, j'en ai fait d'autres et j'en ai écrit pour d'autres. Donc, tout ça, ça a pris huit ans. Neuf ans bientôt. Voilà.
- Speaker #0
Merci. Alors justement, Mélanie, tu nous parles de Première Lune, qui est ton premier long-métrage documentaire en tant qu'autrice réalisatrice. À la suite de cette information que tu as reçue pendant un soin à Rébozo, qui est vraiment un soin qui est dédié aux femmes, qui est dédié à différents moments de passage de la vie des femmes. Et au sein de ce film, tu cherches justement à... inviter les femmes à se reconnecter à leur corps, à se reconnecter en particulier à leur cycle, à leur énergie féminine, en acceptant quelque part cette nature vraiment cyclique qui est la nôtre. Et c'est vraiment un sujet qui me touche parce que dans ma vision de la vie, dans ma vision de l'entrepreneuriat, qui est vraiment une vision de l'entrepreneuriat durable, j'ai aussi à cœur, comme toi, de transmettre l'importance de sortir quelque part de ce dogme de la linéarité selon lequel on devrait être. productive, productif tout le temps, performant, performante tout le temps, parce que ça s'impose aux femmes et aussi évidemment aux hommes, pour accueillir finalement un rythme qui respecte davantage les cycles et les saisons de la vie, de l'entrepreneuriat, un rythme qui est beaucoup plus organique, qui est davantage au service du vivant en soi et autour de soi. Et justement, toi, tu considères les premières règles pour les femmes comme étant vraiment cette porte. d'entrée vers la cyclicité, vers la féminité, vers ce rapport au monde et au vivant, lorsque évidemment c'est un passage qui est vécu en conscience. Et donc moi la première question que j'ai envie de te poser c'est pourquoi est-ce que ce thème il a été si important pour toi au point d'avoir le désir d'en faire un film ? Est-ce que tu peux nous repartager, même si tu nous as déjà donné des éléments, mais qu'est-ce qui a été vraiment la genèse pour toi de Première Lune ?
- Speaker #1
J'ai... J'ai souvent voulu être performante et ne jamais sentir que mes règles m'empêchaient de l'être. Donc j'ai commencé à avoir cette non-connexion en faisant une école de sport après mon bac. Et donc il ne fallait surtout pas que je sente mes règles. J'avais toujours des tampons, les serviettes les plus fines possibles parce qu'il ne fallait pas sentir quand je bougeais, etc. Et donc, ça a été une école de sport que j'ai faite à mes 18 ans, juste après mon bac, parce que j'avais envie de faire quelque chose qui bougeait. Mais au final, il y avait vraiment ce rapport à la performance qui était donc toujours présent. C'était presque évident par rapport à ma nature qui est déjà hyperactive. Donc, je n'étais déjà pas bien à l'écoute de ce que je pouvais ressentir, de mes émotions, que ce soit l'hiver, l'été, etc. Je pense qu'en fait, il fallait vraiment que je sois toujours linéaire, performante, etc. Donc, je te rejoins à 100% sur ça. Et puis, ça a été à la naissance de mon deuxième enfant, pour qui ça s'est très bien passé, l'accouchement. J'ai ressenti quelque chose que je n'avais jamais ressenti. C'est qu'en fait, quand j'ai accouché, donc c'était à la maison, j'ai été prendre une douche. Après la naissance, il est né dans l'eau. Et j'ai vu le sang s'écouler entre mes jambes. Et je me suis vue dire, waouh, mais ça, c'est le sang de la vie. Mais c'est magnifique. Et de voir le sang couler dans l'eau et de me dire que ça, c'était issu de la naissance de mon enfant. C'est comme si j'avais eu un émerveillement pour cette étape de la vie et que pour la première fois, alors que j'avais déjà été maman, j'avais vu avec les yeux de l'amour et vu mon corps et vraiment dans sa capacité à donner vie, à être connectée justement au grand tout, à la nature, au cycle. Et donc, ça a été vraiment un déclic pour moi. Et puis, quand j'ai commencé à être maman, je n'ai pas scolarisé mes enfants. On a fait l'école à la maison pendant des années, mes enfants sont scolarisés seulement que depuis deux ans, donc j'ai fait 15 ans d'école à la maison, et ils sont souvent venus avec moi et avec leur papa dans les voyages, dans les reportages, ils ont même participé des fois à la prise de son du film Première Lune, donc ils ont vraiment été baignés dans une vie de baroudeurs et de baroudeuses, et c'est à travers eux que je me suis... plus connectés à un cycle naturel, de les voir se coucher quand ils sont fatigués, se lever avec la lumière et pas justement sur un rythme scolaire tout cadré etc. Et puis après, ce qui a vraiment été un déclic fort profond, c'est quand ma fille a eu 11 ans, juste après la naissance de mon troisième enfant. Ma fille, elle allait verser 11 ans parce qu'il y a des grandes différences d'âge, la première et le troisième, et à travers elle, je m'entendais en fait être tout... le temps en train de lui dire « fais attention quand même, ton shorty est un peu trop court, fais attention à ça » . Et j'étais en train de projeter sur elle des peurs que j'avais un peu mises de côté depuis très très longtemps. Et j'ai retravaillé un peu sur ça avec la conscience et surtout la légitimité sur quelque chose que j'avais vécu quand j'étais petite, que je ne considérais pas comme étant incestuelle parce que ce n'était pas un vrai inceste. Mais j'ai eu en fait un rapport avec un homme malsain et des événements, quand j'ai eu mes règles, qui ont fait que j'ai coupé toute cette énergie féminine. Donc il y a eu quelque chose en moi qui avait traduit par « être une femme, c'est dangereux » . Et ça arrivait vers mes 13 ans. Parce qu'il faut savoir qu'une femme sur quatre est victime d'inceste, mais dans ces une femme sur quatre, la moitié, c'est à l'âge de la puberté. Parce que dans l'inconscient collectif masculin, il y a vraiment un rapport à une énergie sexuelle qui est en train de naître, etc. Donc, on est vraiment des proies faciles. Et donc, moi, je pense que j'ai vraiment bloqué tout ce rapport au féminin, à la réceptivité. J'étais vraiment… On me disait que j'étais garçon manqué quand j'étais jeune. De toute façon, c'était ça. Et je pense que c'était vraiment une protection qu'on ne voit pas mon corps, qu'on ne voit pas ma poitrine. Il fallait qu'on ne voit rien. J'étais habillée en 4XL jusqu'à mes 7 ans avec des joggings. Donc, il y avait vraiment tout ça qui avait été coupé. Et donc, quand ma fille a grandi et que je voyais qu'elle avait la puberté qui arrivait quand même assez tôt, elle a eu ses règles à 11 ans et demi, ce qui est quand même assez jeune, je voyais qu'il y avait quelque chose que j'étais en train de lui passer, des bagages pas très sympas. Et donc, j'ai eu envie vraiment d'avancer avec elle sur ce film. Donc, c'est pour ça qu'elle est présente au début du film et à la fin du film, parce que ce film est... aussi, et comme beaucoup d'auteurs et beaucoup d'artistes, est aussi une thérapie pour moi personnelle. Voilà.
- Speaker #0
Tout à fait. Nous, par exemple, au Sénégal, on a le rituel du bois sacré, en tout cas chez les Diolas, où ils partent plusieurs mois, entre un et trois mois, dans la forêt sacrée, avec tout un ensemble de pratiques que tu as évoquées aussi tout à l'heure, et beaucoup d'ailleurs qui sont secrètes, qui sont uniquement pour les initiés, mais le pendant pour les femmes n'existe pas. Il n'y a pas d'équivalent pour les femmes. Alors Mélanie, ce film, il a mis 6 ans, il me semble, pour Éclore, 8 ans. Donc c'est vraiment un film et un tournage qui s'est inscrit dans du temps long, qui a été le fruit de voyages, qui a été vraiment le fruit aussi d'une intégration que toi t'as pu avoir auprès de différentes populations, t'as vraiment pris le temps d'aller à leurs rencontres. Une question que j'ai pour toi, c'est comment est-ce qu'on reste engagé dans un projet qui dure ? aussi longtemps ? Qu'est-ce qui t'a permis d'aller vraiment au bout de ce film ? Et qu'est-ce que tu as senti évoluer en toi, entre la Mélanie qui décide de s'attaquer à ce sujet et de plonger dans la réalisation de ce film et celle qui le termine ? Qu'est-ce que finalement la réalisation de ce film a transformé aussi en toi, à travers les différentes rencontres, les différentes cultures et les femmes que tu as rencontrées sur ton passage ?
- Speaker #1
Alors je vais d'abord... Peut-être parler de la deuxième question. En fait, je trouve dans moi, dans mon sentiment et dans ma quête, c'est qu'en fait, on célèbre les fêtes commerciales, Noël, la fête des mères. On célèbre tout un tas de fêtes. Mais en fait, les plus grands passages de nos vies, on ne les célèbre pas. Donc en fait, ça va être beaucoup lié à la consommation, mais pas par rapport à ce qu'on vit dans notre corps, par rapport à notre cycle, par rapport à notre âge, etc. Ça, c'est vraiment un sentiment que j'ai depuis très longtemps. dans mes théories. C'est qu'en fait, le fait de ne pas célébrer les passages, j'ai quand même l'impression que ça amène à une quête permanente d'approbation de l'extérieur. C'est-à-dire que dans ce que je vois, alors ça c'est vraiment avec les huit ans d'expérience, c'est que les jeunes qui aujourd'hui n'ont pas de rite de passage, dans une communauté traditionnelle, une culture, enfin peu importe, là où il y a une forme de tradition par rapport à la puberté, à la naissance ou même au deuil, mais là pour le coup on parle de la puberté, J'ai remarqué qu'en fait, tu as un passage qui va être difficile une fois pour vraiment marquer ton entrée. Donc, ça va être chez les garçons, ça peut être survivre plusieurs jours dans le bouche. C'est aussi le cas chez les himbas, par exemple, chez les filles en Namibie. Il va y avoir tuer un animal, voilà. Et donc, en fait, ça va être une forme de rituel fort marqué. Et une fois que ce rituel, il est marqué, tu es intégré dans le clan pour toujours. Tu n'as... plus à prouver que tu fais partie d'eux. Et moi, je compare ça, en fait, aux réseaux sociaux et c'est vraiment une théorie très personnelle. J'ai l'impression que ça amène aujourd'hui une quête du jeu. J-E qui est permanente parce qu'on n'a pas la validation et la reconnaissance clanique et donc on est dans une quête permanente d'être approuvée par l'extérieur alors que dans le rituel traditionnel c'est une foi même si c'est aussi une autre forme de conditionnement voilà ça je suis bien d'accord avec ça mais on est sur des formes différentes et on n'est pas dans une dans une recherche identitaire qui dure tout le temps et donc je vois cette problématique là aujourd'hui Et les jeunes, je suis très tolérante en étant intervenue en collège et en foyer, avec des ateliers vidéo, des discussions, etc. Mais les jeunes aujourd'hui, quand ils se ressemblent, c'est vraiment parce qu'il y a cette quête d'appartenance, d'être reconnue par le clan, parce que ça n'existe plus au sein de notre famille. Les familles sont dispatchées, on n'habite plus avec la mère, la grand-mère, le tonton, la tata, etc. Et donc, il y a cette recherche permanente, même jusqu'à la quarantaine. Je vois, voilà, moi la première, j'ai encore besoin que mes parents soient fiers de moi. Je vais encore être dans cette recherche-là parce que je pense qu'en fait, on ne se sent pas validé pour toujours. Donc ça, c'est la première réponse.
- Speaker #0
Moi, j'adore parler dans l'entrepreneuriat de l'importance de s'entourer d'écosystèmes, de différents écosystèmes soutenants. Et ce que j'adore dans ton exemple, c'est qu'effectivement, au moment où tu as décidé de réaliser ce film, Tu venais d'avoir ton troisième enfant, tu dis que t'avais, voilà, tu te restais 3000 euros sur tes comptes et t'avais budgété le film à environ 90 000 euros, dont 67 000 ont été financés à travers le collectif, donc t'as vraiment réussi à mobiliser un écosystème autour de toi. Et selon moi, t'as aussi vraiment réussi à tisser un écosystème... pendant et après la sortie du film, parce que tu t'es aussi appuyée sur un réseau de marraines d'ambassadrices pour démultiplier l'impact du film, pour démultiplier les projections. Est-ce que tu peux nous partager un petit peu justement ton cheminement, la manière dont tu as mobilisé, que ce soit à travers le financement ou que ce soit pour la réalisation et la distribution du film ? Comment est-ce que tu as réussi à mobiliser autour de toi ?
- Speaker #1
Alors dans le film, le Sénégal est une ouverture, parce que j'y suis allée sans vraiment trouver de transmission. Et je pense que le film, avant de parler de rituel, il se base avant tout sur la transmission. Et c'est vraiment ça qui est important pour moi parce qu'à partir du moment où il y a transmission, c'est une forme de rituel en soi, c'est une forme de célébration parce que ça permet d'ancrer, de marquer. Et ça, je trouve ça vraiment nécessaire et peu importe. Il y a déjà, il y a quelque chose. Donc c'est ça que j'ai voulu mettre en exergue. Et donc, on voit que le point de départ, Au départ, il y a le Sénégal où je vois qu'il n'y a pas de rituel, mais il n'y a aussi pas de transmission. Là où je suis allée, en tout cas au nord du Sénégal. Après, je sais que ça commence à bouger un petit peu à certains endroits, de manière plus associative, collective. Mais en tout cas, de grand-mère à mère à fille, il n'y a pas de transmission, c'est un sujet qui est tabou. Moi, les seuls mots que j'ai entendus, c'est « les jeunes femmes sont allongées et elles sont couchées parce qu'elles ont mal » . Et pour moi, c'est très… reflets justement en fait de la problématique comme des trapèzes tendus. Quand on est tendu et qu'on en stresse parce que il y a un tabou autour des règles, le corps se tend et forcément amène la douleur. Et donc, je n'ai jamais entendu aucun pays qui parle autant de douleurs menstruelles qu'au Sénégal. Donc, j'ai récolté beaucoup d'interviews de cet ordre-là. Enfin, même en Casamance, quand je suis descendue, j'ai rencontré des femmes avec d'autres échanges, mais il y a ça. Et donc, il y a une absence de transmission. de mon départ dans le Sénégal. Et puis après, je vais chercher les différentes transmissions que je trouve. Donc en France, ce que j'ai observé, c'est ce côté très désincarné. C'est un peu comme un patchwork. Donc il y a des célébrations où il va y avoir un peu d'éducation menstruelle, un peu de tambour, un peu de rebozo et un peu en pioche, en picor, un peu de ci et de là. Mais en fait, il n'y a pas un ancrage réel parce que la tradition orale, on ne l'a pas, on l'a perdue. Alors que pourtant, dans le druidisme ancien, il y a eu des recherches qui ont été faites comme quoi les célébrations de la puberté existaient, filles et garçons mélangés. Mais on n'a pas de preuves, on n'a pas de traces de tout ça. Donc sans critiquer ce qui est fait actuellement en France chez nous, parce que je pars du principe que déjà, il y a quelque chose qui est fait. Je suis plutôt pour ce parti-là de me dire, déjà, même si parfois ça peut être maladroit, même si il y a des femmes qui peuvent aller peut-être trop loin dans leur transmission, au-delà de ce qui est attendu ou demandé, déjà, on est dans une tentative de connexion et de transmission. Au Rwanda, on est dans une transmission qui est une transmission sexuelle. Donc le Rwanda, par exemple, le rituel s'appelle le Gukuna. Et ce rituel-là, en fait, il consiste à étirer les petites lèvres de la vulve de la jeune fille jusqu'à ce qu'elles atteignent la taille d'un index. Donc elles apprennent à le faire avec leur tante et après elles le font elles-mêmes à plusieurs sous un arbre parce qu'il y a une croyance autour des femmes fontaines au Rwanda. Et ce rituel-là est basé sur cette croyance-là pour préparer la jeune fille à avoir un corps qui l'amène au plaisir plus tard. Ceci dit, à travers ce rituel dans le film, on voit quand même que c'est une injonction. On voit bien que la jeune fille, on est quand même dans un acte de déformation de son corps. Donc j'essaie toujours de trouver la demi-mesure et pour moi c'était très difficile. Il a fallu que je me mette vraiment dans une posture journalistique pour arriver à ne pas prendre parti et à respecter la culture. Mais c'est vrai que ce n'était pas évident. Donc là, il y avait cette transmission-là, avec pas de tabou, et la mère qui transmet, comment ça se passe les règles, combien de temps ça dure. Là, il y a une vraie information, le rituel du Gukuna, et aussi l'excuse pour aborder ce sujet-là. Et il peut être fait même avant les règles, par exemple. C'est vraiment à l'âge de la puberté. Après, à la réunion, j'y suis allée. Donc là, il y avait vraiment ce métissage. Donc je suis allée filmer une jeune fille dont la mère... était de culture tamoule et pour qui c'était très tabou et qui à travers sa fille guérissait ce passage et donc faisait une célébration avec une femme du Cameroun qui est venue à la Réunion après donc il y a tout le métissage culturel qui est mis en lumière justement dans ce passage de la Réunion mais qui n'est pas non plus fondé sur quelque chose de très traditionnel et par contre après au Québec, chez les Algonquins donc là on est dans une vraie transmission d'... d'un couple qui s'appelle Dominique Ranquin et Marie-Josée Tardif qui eux en fait Dominique Ranquin depuis toujours il est issu d'une famille de 18 frères et sœurs lui ramassait des mousses et des lichens enfin des mousses parce qu'ils disent des lichens mais c'est des mousses qui servaient en fait de serviettes hygiéniques dans la nature pour sa mère il les faisait sécher au soleil, il les rinçait sa mère lui montrait le sang menstruel et donc on n'est pas du tout dans le même rapport au sang Merci. au sang menstruel, parce qu'il y a cette notion de, on est porteuse de vie, et dans le concept d'adolescence, il n'existe pas. C'est, tu es enfant, et tu deviens adulte, quand il y a ce passage, justement, des menstruations. Et la notion des menstruations, elle est tournée comme quelque chose qui est lié à l'intériorisation, et donc du coup, c'est pas du tout négatif. Au contraire, c'est vraiment vu comme un moment, l'image qui représente la femme, c'est la tortue. D'ailleurs, je m'en suis fait tatouer une depuis. La tortue, parce que la tortue rentre à l'intérieur, en fait, lorsqu'elle a besoin. Et les menstruations sont vues comme ça. Et donc, il y a des fêtes, des célébrations qui existent depuis toujours, mais de moins en moins avec l'assimilation au christianisme qu'il y a eu chez les autochtones. Après, il y en a plein des rituels. Il y en a chez les imbas. malheureusement j'ai pas pu filmer ça a été très compliqué chez les imbas la jeune fille part pendant plusieurs jours survivre dans le bouche et puis quand elle revient toutes les femmes se mettent à quatre pattes et elle arrive en fait et là elle a sa hutte qui est construite pour elle et les femmes se mettent à quatre pattes pour l'honorer elles font une allée d'honneur ils sacrifient une vache et c'est une grande célébration et elle a sa maison voilà sa petite hutte donc voilà mais il y en a énormément mais il y en a aussi enfin fin. Il y en a beaucoup, mais avec l'équilibre masculin, il y a beaucoup plus de rituels chez les hommes.
- Speaker #0
La force du collectif. Ce que j'adore justement dans le récit et dans l'histoire de ce film, Première Lune, et la manière dont tu l'as créé, c'est que vraiment le point de départ de ce film, c'est toi. C'est ton histoire, c'est ton expérience en tant qu'adolescente, en tant que mère. C'est l'incompréhension, la colère dont tu parlais, la solitude aussi que tu as pu vivre dans ces différents passages finalement de ta vie de femme. Et donc ce que je trouve magnifique c'est à quel point tu pars finalement du personnel pour tendre vers l'universel, tu pars de toi et tu vas vers le collectif. Il y a vraiment cette trajectoire de l'intime vers l'écran, du tabou vers la mise en lumière. Et moi j'adore parce que je suis vraiment convaincue du pouvoir des histoires, c'est aussi pour ça que j'adore. Les interviews, que j'adore, le podcast, on a besoin de ces récits intimes qui nous connectent à notre humanité, à cette universalité. Et je crois beaucoup aussi, en tant qu'entrepreneur, à l'importance d'entreprendre à partir de soi, de partager son histoire, ce qui nous a amenés à finalement vouloir créer les différentes offres et les différentes activités qu'on déploie. Et parfois, c'est difficile d'oser raconter son histoire parce qu'on se dit « oui, mais ça ne va intéresser personne, c'est mon histoire personnelle, ça ne concerne que moi » . Et moi la question que j'ai envie de te poser c'est en quoi est-ce que justement nos histoires, nos vécus ont vraiment le potentiel de devenir quelque chose de plus grand que nous et d'avoir un impact sur la vie du collectif ?
- Speaker #1
Je pense que j'avais vraiment une utopie de départ à travers ce film. Et ce qui a été le plus difficile pour moi, c'est de garder mon axe, surtout sur 8 ans. Et ce que j'ai appris, c'est vraiment à tirer un fil et à travailler dans la verticalité, non pas dans l'horizontalité. Ce film m'a appris ça et m'a aussi permis d'apprendre à embrasser tous mes paradoxes intérieurs. Parce que dans ce que je voyais, que je considérais comme étant de mon regard occidental, comme étant positif, il y avait aussi ce que je considérais comme étant négatif. Et à chaque fois, cet ensemble-là faisait toujours partie d'une famille ou d'une tradition. Et donc, ça m'a vraiment appris. En tout cas, moi, je suis restée engagée parce que je pense que ça a ouvert tellement de tolérance et d'intérêt pour l'autre que la curiosité ne faisait qu'augmenter et me donnait toujours plus envie de creuser les sujets, etc. Ensuite, ce qui m'a permis de rester engagée, ça a été aussi... Il y a eu deux choses. Il y a un côté un peu combat, où je n'ai pas réussi à avoir des financements classiques du cinéma. J'ai essayé, mais je n'ai pas réussi, parce qu'il faut souvent être légitime, avoir soit plusieurs œuvres, soit avoir une assise vraiment en tant que productrice aussi. Et donc, tout ça, ça a été difficile sur un premier film pour moi, même si j'avais déjà fait des films pour d'autres thématiques, mais qui n'étaient pas des films d'auteurs. Pour un premier film d'auteur, ça a été difficile d'arriver au bout. Et donc, j'ai eu des barrières. Et à chaque fois que j'avais des barrières, en fait, ça me donnait encore plus envie de les surmonter, en fait. Ça a fait l'effet inverse. Ça a renforcé mon message, ça a renforcé mon engagement. Et le cadeau qu'il y avait à côté de ça, c'était la presse. Ce qui était hyper paradoxal, encore une fois, c'est mon mot du moment, c'est que j'avais un fort désintérêt financier de la part de structure, de collectivité, de mécène. Enfin, voilà, j'ai pas réussi, en fait, sur cette partie-là. et de l'autre côté, la presse m'a mise énormément en lumière donc il y a eu beaucoup d'interviews j'ai eu un éditeur qui est venu me chercher les éditions Jouvence, j'avais même pas fini le film, c'était en 2023 et j'avais des dizaines de journaux qui étaient rédigés sur le tournage, c'est comme ça que le livre est sorti en fait et donc il y avait un autre intérêt qui était en train de se mettre en place qui était beaucoup plus subtil et aussi un intérêt voilà de de Même le magazine Elle, le magazine Marie-Claire s'est passé à France 4 au Café des parents. Là, je me suis dit OK. Donc là, il y a vraiment quand même un intérêt. Il y a vraiment quelque chose.
- Speaker #0
même si je ne pouvais pas lever la partie financière, on va dire classique. Et donc, là où mon engagement a été vraiment maintenu, c'est grâce au collectif. Parce que le film, il a été financé par 2500 personnes, en tout 67 000 euros. Et donc, en fait, ça, pour moi, c'était vraiment la preuve qu'il avait sa place, qu'il avait son chemin. Et aujourd'hui, on est à 25 000 spectateurs et je sais que j'ai eu raison parce qu'on est à 200. 211 projections, enfin, 211 copies. Et normalement, un documentaire, la moyenne, c'est 100, 150. Et donc là, voilà. Donc, on est encore programmé beaucoup. Il est sorti en janvier, mais là, je pense qu'on en a pour deux ans. Donc, voilà, je pense que c'est l'humain qui, à chaque fois, me renvoyait de ne pas lâcher, de continuer, puis de voir, justement, aussi, comment ça faisait avancer les duos mère-fille. Puis j'étais appelée pour des conférences alors que le film n'était pas fini. Tu vois, il y a vraiment quelque chose qui s'est mis en place, qui a fait un effet, un cercle vertueux autour de ça. Voilà.
- Speaker #1
Moi, j'adore parler dans l'entrepreneuriat de l'importance de s'entourer, de différents écosystèmes soutenants. Et ce que j'adore dans ton exemple, c'est qu'effectivement, au moment où tu as décidé de réaliser ce film, Tu venais d'avoir ton troisième enfant, tu dis que t'avais, voilà, tu te restais 3000 euros sur tes comptes et t'avais budgété le film à environ 90 000 euros, dont 67 000 ont été financés à travers le collectif, donc t'as vraiment réussi à mobiliser un écosystème autour de toi. Et selon moi, t'as aussi vraiment réussi à tisser un écosystème... pendant et après la sortie du film, parce que tu t'es aussi appuyée sur un réseau de marraines d'ambassadrices pour démultiplier l'impact du film, pour démultiplier les projections. Est-ce que tu peux nous partager un petit peu justement ton cheminement, la manière dont tu as mobilisé, que ce soit à travers le financement ou que ce soit pour la réalisation et la distribution du film ? Comment est-ce que tu as réussi à mobiliser autour de toi ?
- Speaker #0
Alors le film, il est en autodistribution. Il a été autoproduit et autodistribué. En général, il y a toujours au moins l'un des deux. Et en fait, j'ai créé à la base une association qui s'appelle Barreau de production, qui du coup, en fait, maintenant, on est dix dedans. Donc, c'est génial. Et je ne suis plus que réalisatrice à travers ça. Et donc, c'est super. Et donc, en fait, par rapport à la... Je pense que par rapport à la diffusion, les personnes qui ont contribué au film, ils croyaient tellement autant que moi que chaque contributrice... bon faut quand même dire que j'ai eu beaucoup plus de contributrices que de contributeurs, mais chaque contributrice était tellement engagée personnellement, même parfois au-delà de financièrement, tu vois, dans le fait que le film devait exister et était nécessaire, qu'en fait, elles ont porté chacune sur leur territoire le projet. Donc aujourd'hui, s'il y a autant de projections, c'est aussi grâce à elles, et pour moi, c'est vraiment précieux. Et donc l'idée, en fait, de ce collectif de ma reine, c'est que toutes les contributrices Merci. qui en avaient envie, sont aujourd'hui référencés. Et donc, quand je ne peux pas me déplacer ou que le cinéma a besoin de quelqu'un qui connaît le film, qui connaît le projet, il y a un cahier d'animation. En fait, il y a tout un kit qui a été créé avec le guide d'animation du film. Elles ont accès au film pour le connaître bien et elles peuvent se déplacer. Et en fait, l'idée de ce cercle vertueux, c'est que les marraines qui l'ont fait jusqu'à présent, donc il y en a déjà de nombreuses, elles ont des retours. et aussi professionnelles parce que quand elles vont animer une séance de première lune, il va y avoir une école, il va y avoir un planning familial et souvent, c'est des femmes qui ont envie, par exemple, soit éducatrice menstruelle, soit sage-femme, soit doula, des fois, qui ont juste une association ou qui ont différents niveaux d'entreprenariat, soit autrice. Il y a vraiment plein de profils différents de ces femmes-là, mais ça permet aussi de créer un réseau. à travers le réseau de Première Lune. Donc ça, c'est chouette. Donc là, il y en a quelques-unes qui sont sur une cartographie sur le site parce qu'elles ont envie d'être référencées. Il n'y en a pas beaucoup parce qu'il n'y a pas tout le monde qui aime donner ses coordonnées. Mais du coup, moi, ça me permet de renvoyer à la cartographie des projections et à la cartographie des marraines quand les deux doivent se mettre en lien. Donc j'envoie, par exemple, une marraine là sur Annecy dans quelques jours pour animer une projection à ma place. Et voilà, donc ça. Et l'idée, c'est qu'elles puissent être aussi défrayées, elles mobilisent leur réseau, elles peuvent parler de leur activité, se mettre aussi en lumière avant la projection, pendant la discussion. Donc voilà, moi, je trouve ça génial. La force du collectif, quoi.
- Speaker #1
La force du collectif. Ce que j'adore, justement, dans le récit et dans l'histoire de ce film Première Lune et la manière dont tu l'as créé, c'est que vraiment, le point de départ de ce film, c'est toi. C'est ton histoire, c'est ton expérience en tant qu'adolescente, en tant que mère. C'est l'incompréhension, la colère dont tu parlais, la solitude aussi que t'as pu vivre dans ces différents passages, finalement, de ta vie de femme. Et donc, ce que je trouve magnifique, c'est à quel point tu pars, finalement, Du personnel pour tendre vers l'universel, tu pars de toi et tu vas vers le collectif. Il y a vraiment cette trajectoire de l'intime vers l'écran, du tabou vers la mise en lumière. Et moi j'adore parce que je suis vraiment convaincue du pouvoir des histoires, c'est aussi pour ça que j'adore. Les interviews, que j'adore, le podcast, on a besoin de ces récits intimes qui nous connectent à notre humanité, à cette universalité. Et je crois beaucoup aussi, en tant qu'entrepreneur, à l'importance d'entreprendre à partir de soi, de partager son histoire, ce qui nous a amenés à finalement vouloir créer les différentes offres et les différentes activités qu'on déploie. Et parfois, c'est difficile d'oser raconter son histoire parce qu'on se dit « oui, mais ça ne va intéresser personne, c'est mon histoire personnelle, ça ne concerne que moi » . Et moi, la question que j'ai envie de te poser, c'est en quoi est-ce que justement nos histoires, nos vécus ont vraiment le potentiel de devenir quelque chose de plus grand que nous et d'avoir un impact sur la vie du collectif ?
- Speaker #0
Alors là, c'est la scénariste qui va parler. En fait, que ce soit dans Harry Potter, dans Spider-Man ou dans Première Lune, c'est vraiment le fait de pouvoir se reconnaître. Et aujourd'hui, les discours, justement, qui sont plus commerciaux et impersonnels, ça ne... ne parle pas parce que les gens ont besoin de pouvoir se reconnaître en l'autre. Et donc, c'est pour ça qu'il y a des films qui marchent très, très bien par rapport à ça. C'est que c'est très simple. Tu pars d'une situation initiale avec un refus de partir à l'aventure ou d'affronter quelque chose qui est difficile et une situation dans ta vie qui t'oblige à affronter, à un moment donné, cette difficulté. Et de là, tu en ressors grandi et tu retournes à ta vie normale. Ça, c'est la structure d'un scénario classique. C'est le même que j'ai utilisé pour Première Lune. Mais pourquoi ça marche ? Parce que c'est la vie. On part d'une situation initiale, on vit des difficultés. Et tant qu'on ne veut pas voir et qu'on ne veut pas voir, des situations difficiles nous sont présentées et représentées en permanence jusqu'à ce qu'on affronte notre ennemi, qui peut être le climat, le voisin ou un grand démon. ou une situation X. Et donc, tant qu'on n'a pas affronté ça, ça se représentera. Et c'est ça qui sert aux gens. C'est-à-dire que l'inspiration est nécessaire et les femmes et les hommes ont besoin de ça aujourd'hui à travers le storytelling qu'il y a dans tout ce qui existe parce qu'on a besoin de se dire « Ah waouh, lui, il a été voir son ennemi et il a affronté s'il peut le faire, moi aussi je peux le faire. » Et en fait, c'est ça vraiment qui est inspirant. Et donc, il y a beaucoup de gens qui ont l'impression parfois que ça peut être comme une forme de manipulation. Mais en fait, c'est juste à l'image de la vie. Pour moi, un scénario, c'est à l'image de la vie. Et tu peux regarder n'importe quel film. Tu y penseras quand tu regarderas ton prochain film. Et tu verras qu'il y a toujours une situation de base. C'est toujours à peu près ça avec un climax et des choses qui te permettent de grandir, d'apprendre et de ressortir différent de là où tu en étais au début. Même si tu prends quelques cicatrices au passage.
- Speaker #1
Alors parfois, on ne retourne pas forcément à la vie d'avant. Il y a comme un prolongement naturel qui se fait. Et si je prends l'exemple de Première Lune, il y a le film et puis il y a l'après-film. Et parfois, on a la sensation de vivre un accomplissement, surtout après huit années pour pouvoir réaliser ce film. Et en réalité, c'est que le début. de ce qui nous attend, parce que depuis que tu as sorti le film, tu as aussi créé une web-série où tu continues à sensibiliser autour des sujets de l'éducation menstruelle, autour du sujet de la précarité menstruelle, qui est un sujet qui est important dans de nombreux pays. Le Sénégal en fait partie, comme tu le disais tout à l'heure, où c'est encore très tabou, même s'il y a des associations merveilleuses qui œuvrent, et j'en connais une... très personnellement avec un projet magnifique qui s'appelle Bien vivre mes règles et qui contribue aussi à diffuser ce message auprès des jeunes filles, à mieux connaître leur cycle, à mieux vivre aussi cette période-là. La question que j'ai envie de te poser Mélanie, c'est en quoi est-ce que justement un film ou une websérie se cotait aussi vraiment animé on se reconnaît, on s'identifie comme tu le disais, en quoi est-ce que c'est un outil ultra puissant pour pouvoir libérer la parole autour d'un sujet ?
- Speaker #0
Un film ou une série, en fait, je pense que c'est vraiment lié à l'oralité. Alors, ça peut être aussi un podcast, parce que c'est vrai qu'il y a aussi des podcasts qui racontent des histoires. Et comme tu dis, à travers l'interview, il y a aussi ça. En quoi c'est utile pour libérer un sujet ? Je pense qu'en fait, il y a plein de sujets qui peuvent être abordés. Moi, je sais que j'ai choisi l'intime parce que ça me parlait, parce que ça parlait de moi et parce qu'il y a aussi une forme de dimension politique à travers ça. et le fait que ça libère, c'est parce qu'en fait, ça crée un mouvement intérieur et ça crée un mouvement de discussion. Je vois, par exemple, quand Première Lune est diffusée, quand il y a l'échange après, il y a des jeunes filles qui me disent « Ah ben, bon, moi, j'ai déjà eu mes règles il y a 5-6 ans, mais je me rends compte que je n'en ai jamais vraiment parlé avec ma mère. » Donc, du coup, on revient sur ce qui s'est passé. Donc, même si le film est tout public et qu'il y a énormément de mères et de jeunes filles qui sont en âge d'avoir leurs premières règles qui viennent, Mais il y a aussi, en fait, des femmes beaucoup plus âgées qui viennent. Il y a beaucoup même de grand-mères qui viennent. Parce que je pense, on va dire que c'est un... au-delà d'un support, parce que c'est pas forcément un mot qui est joli, mais c'est vraiment ça permet de créer un mouvement à l'intérieur, à travers le film, et du coup de créer du mouvement à l'extérieur qui permet justement de bouger tout ce qui est figé. Et donc les règles, c'est tabou depuis des générations, on va vers quelque chose qui évolue, mais pas encore complètement, parce qu'il y a aussi la notion de transmission, la notion aussi d'amour, de tolérance, de ce que ça vient réveiller, voilà, en fait, Un film, une web-série, c'est un mouvement. C'est un mouvement et ça amène à libérer parce que c'est utilisé comme tel et parce que ça vient créer des discussions, ça vient créer des ateliers, ça vient créer des idées. Et donc, en fait, c'est tout ce qui est figé, qui n'a jamais été dit. Moi, dans mon vécu, ma maman m'a dit, et moi, en fait, je me rends compte que quand tu as eu tes règles, tu n'es pas vraiment accompagnée parce que moi, j'étais dans une phase où j'étais en pleine quarantaine et j'étais en train... de défraîchir. Elle avait des problèmes gynéco, de l'endométriose. Et en fait, j'étais un reflet de ce qu'elle était en train de traverser aussi, elle, en miroir. Et donc ça, c'est souvent quelque chose dont on parle très peu. Ça vient libérer sur plein d'endroits et ça vient créer en fait des liens et de pouvoir amener plein de discussions qui ne sont pas forcément même directement liées au film. Voilà. Et la série sort en novembre. Voilà.
- Speaker #1
Merveilleux. Hum, justement, on arrive à la fin de cette interview. Avant que tu nous partages où est-ce qu'on peut te retrouver, où est-ce qu'on peut retrouver ce que tu crées, il y a une dernière question que j'ai envie de te poser. Aujourd'hui, tu as aussi à cœur de pouvoir accompagner justement d'autres femmes à devenir réalisatrices de documentaires, à écrire leurs scénarios, à raconter leur histoire, à impacter le monde à travers les récits qu'elles ont à cœur de pouvoir mettre en image. J'imagine qu'il y a beaucoup de freins comme toi, les freins que tu as pu avoir au moment de te lancer dans cette aventure. Qu'est-ce que tu aurais envie de dire à ces femmes, peut-être à la Mélanie que tu étais et qui reçoit cette information à l'occasion d'un soin Rebozo réalisatrice ? Qu'est-ce que tu aurais envie de dire à une personne qui aspire peut-être à se lancer dans cette grande aventure, à porter sa voix, à porter ses messages ? qui potentiellement ce n'est pas du tout par au commencé, ce ne sont pas légitimes pour le faire, qu'est-ce que tu aimerais pouvoir lui dire ?
- Speaker #0
Déjà, le premier truc que j'aime dire et que j'ai réalisé, c'est qu'on a tout un message à faire passer. Enfin, toutes et tous. Mais voilà, c'est vraiment qu'on a tout un message, on a toute une expérience qui peut servir l'autre. Et pour moi, la réalisation, c'est aussi ça. C'est aussi permettre aux femmes d'accoucher. Moi, je me vois un peu comme une sage-femme de projet. tu vois il y a vraiment ce c'est vraiment Ça, je me vois comme une accoucheuse. Et donc, quand je vois qu'il y a des femmes qui viennent, qui me disent « Ah waouh, ça y est, j'y vois plus clair » , et qui, au lieu d'être horizontale, arrivent à aller en profondeur dans ce qu'elles veulent dire, déjà, ça, c'est ce que je vois. C'est vraiment qu'on a toute une expérience qui peut servir à un autre. Et non, on ne va pas se noyer dans plein d'autres contenus qui existent, parce que ça, il y en a plein des contenus, ça, c'est sûr. Mais par contre, ce qui existe peu et vers ce à quoi j'amène les femmes aujourd'hui, c'est créer un documentaire à partir d'elle-même. Parce que de toute façon, tout documentaire, tout film, quand on construit un film, une des premières choses qu'on doit faire, c'est une note d'intention. Donc même, je reprends l'exemple de Spider-Man, mais même quand on écrit Spider-Man, ça part forcément de soi. Donc c'est vraiment ça la graine, c'est ça qui te permet de continuer. Ça part de toi et après, il y a tout un écosystème qui va autour de ce film. Et pour moi, ce qui est important, c'est l'impact. Et en fait, un film comme Première Lune aujourd'hui, ce qui fait que ça marche très bien, c'est qu'il y a une très bonne campagne d'impact autour de ce film. Et n'importe qui peut porter un film au cinéma. Et non, ce n'est pas difficile. C'est un apprentissage, c'est étape par étape. Moi, j'ai mis huit ans parce qu'il y a eu le Covid et que le budget global du film était de 160 000 euros. sur le complet avec la post-prod et tout ça. Donc, ça a mis un petit peu de temps forcément. Il y a eu beaucoup de voyages, il y a eu beaucoup de refus, etc. Mais en tout cas, en sortant de chez soi, on peut déjà commencer à créer et faire un film. Donc, c'est vrai qu'aujourd'hui, j'accompagne plusieurs personnes qui ont des documentaires différents. Donc, on fait des projets clés en main avec des dossiers pour aller trouver des gens pour être partenaire. Voilà, bon. justement à force de m'être loupée maintenant je sais très bien comment il faut faire et donc pour avoir vraiment cette présentation parfaite du film avec un début de scénario une note d'intention les besoins, le budget etc et puis aussi hors dossier, d'être capable de sortir, d'ouvrir la porte et de commencer en fait à être déjà en repérage à déjà penser son film à être son film, enfin pour moi il n'y a même pas de dissociation, je suis première lune en fait, tu vois je ne peux pas me dire bah tiens j'ai ce projet ça s'arrête, je commence autre chose, non ça fera toujours partie et parce que c'est voilà, Ragnar Niarod qui sort en novembre, ça amène ça va amener un prolongement je suis en train d'écrire deux autres documentaires long métrage et en fait euh Ce n'est pas difficile. Et puis, tout le monde peut le faire, surtout. On nous fait croire que c'est inaccessible, mais après, souvent, c'est parce qu'on veut bien y croire aussi. Mais sinon, pour moi, non. Et puis, la diffusion, ce n'est pas si difficile. Enfin, voilà, il y a vraiment… Tout est possible. Et moi, c'est justement avec Barreau de Sprott, l'idée, c'est vraiment ce côté collectif, d'aider aussi d'autres gens à diffuser. L'idée vers quoi je tends actuellement, c'est d'être dans une forme de collectif pour la création. et d'être aussi en soutien et en accompagnement du début à la fin. Donc ça, ça serait ça l'idée.
- Speaker #1
Où est-ce qu'on peut te retrouver Mélanie ? Où est-ce qu'on peut retrouver ton film ? Est-ce qu'il y a une actualité qui arrive dans ton paysage que tu aimerais nous partager ?
- Speaker #0
Alors le premier tournage de mon premier épisode de Ragnagna Road, il est le 18 mai. Donc ça sera un épisode sur les ragnagnas et les garçons. Donc, ça va être vraiment axé sur le masculin du jeune garçon au père de famille et peut-être pourquoi pas au grand-père, de voir comment c'est quoi le positionnement des hommes face aux règles, autre que ma femme est chiante quand elle a ses règles. Donc, voir un petit peu justement faire un espèce d'état des lieux, de voir comment en fait les hommes comprennent le cycle et puis justement que ça puisse amener à sensibiliser et avoir cette nécessité-là. Je suis en train d'écrire un documentaire sur l'adolescence plus large. Mais là, je n'en dis pas trop parce que je ne l'ai pas encore déposé. Donc, j'aime bien. Et après, l'épisode de Ragnarok va sortir en octobre. Il y a la version anglaise aussi qui va sortir fin mai de première lune. Il y a beaucoup d'actualités. Et puis après, pour retrouver toutes les infos, les projections, je me déplace une semaine sur deux en ciné-échange partout en France, mais aussi parfois à l'étranger. Donc ça, c'est sur premierelune.fr. Et pareil pour Instagram, il y a Première Lune sur Instagram, Facebook. Voilà, je ne suis pas trop sur d'autres plateformes. Et il y a aussi mon perso, Mélanie Mello Cinéma sur Insta. Voilà.
- Speaker #1
Merveilleux. Merci Mélanie pour cette conversation. C'était riche. Et je me réjouis de continuer à te voir œuvrer et faire ta magie dans le monde.
- Speaker #0
Merci beaucoup. Merci Tiffaine.
- Speaker #1
À très vite.
- Speaker #0
À très vite.
- Speaker #1
Merci pour votre présence. Si cet épisode vous a plu, je vous invite à le partager avec vos proches pour continuer à semer ensemble des graines d'inspiration. Vous pouvez également noter le podcast sur Apple Podcasts ou Spotify pour contribuer à le rendre plus visible et vous abonner pour être tenu au courant des prochains épisodes. Enfin, pour suivre mes aventures et connaître l'actualité de mes programmes et accompagnements, retrouvez-moi sur la page Instagram Tiffaine Gualda. A très vite !