- Speaker #0
Bonjour et bienvenue au sein du podcast Où ça mène quand on s'aime, celui qui donne la parole aux conjoints d'agriculteurs. Elles sont femmes de céréaliers, d'éleveurs, de viticulteurs, en bio, en conventionnel, en raisonnée. Elles viennent de toute la France. Certaines sont tombées dans l'agriculture toute petite, d'autres la découvrent jour après jour. Elles jonglent entre la ferme, la famille, leur métier et portent une force incroyable Moi c'est Marion et avec ce podcast j'espère que certaines d'entre vous se reconnaîtront dans leurs propos trouveront des conseils des échos à leur vie prendront peut-être un peu de recul trouveront du soutien ou simplement verront une mise en lumière de ce qui se vit souvent dans l'ombre au cœur des fermes Ici, c'est de la good vibes, de la sororité, du partage et un vrai souffle de girl power en agriculture. Alors, à votre avis, où ça mène quand on s'aime ? Bonjour à tous ! Aujourd'hui, c'est un épisode un petit peu particulier puisque je reçois pour la deuxième fois une femme que vous avez peut-être déjà entendue ici. Juliane faisait partie de les toutes premières femmes à avoir témoigné dans ce podcast en avril 2024. A l'époque, elle avait 26 ans, un petit garçon de quelques mois. et venait de quitter son emploi pour se rapprocher de la ferme de son conjoint Fernand. Ils étaient tout juste fiancés, elle me parlait alors d'un projet qui n'était pas encore qu'à ses débuts, créer son propre atelier de transformation pour fabriquer de la modiarella et développer une activité qui lui permettrait de trouver sa place sur la ferme sans simplement rejoindre l'exploitation familiale. Deux ans et demi plus tard, beaucoup de choses ont changé, le projet est devenu réalité, Juliane a créé son laboratoire de fromagerie et produit aujourd'hui ses propres fromages sur la ferme. Alors forcément, j'avais envie de reprendre le fil de notre première conversation. Il y a une petite chose que je préfère vous dire tout de suite. Juliane et moi, on n'a évidemment pas attendu deux ans et demi pour nous revoir. On est amis dans la vie, on s'est très largement revus depuis. J'ai eu la chance de venir visiter son laboratoire sur la ferme. Vous entendrez donc sans doute une certaine complicité dans cet épisode et c'est quelque chose que je n'avais pas envie de cacher. Juliane, je suis très heureuse de te retrouver ici. La première fois qu'on s'est parlé, ton projet était encore dans les cartons. Aujourd'hui, il existe vraiment. Pour commencer, comment vas-tu ?
- Speaker #1
Eh bien, ça va très bien. Bonjour Marion. Non, ça va très très bien.
- Speaker #0
Quand on s'est parlé en 2024, tu avais une idée assez précise de ce que tu voulais construire, mais beaucoup de choses restaient encore à imaginer. Entre les démarches, les travaux, les choix techniques, les essais, les investissements, et puis finalement les premiers produits, il s'est forcément passé beaucoup de choses. Personnellement, je connais évidemment une partie de l'histoire, mais je trouve intéressant de la raconter ici, parce que les auditeurs, eux, ne m'en connaissent pas forcément les différentes étapes. J'ai donc envie qu'on remonte un petit peu le fil de cette aventure. À l'époque, tu me parlais d'un projet de fromagerie qui était assez flou encore. Qu'est-ce qui s'est passé entre cette idée et le laboratoire que tu as aujourd'hui ?
- Speaker #1
Eh bien, si je ne me trompe pas, on s'est rencontrés à l'interview aux alentours de février-mars 24.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Donc, c'est à ce moment-là que j'ai eu ma rupture conventionnelle d'accordé dans mon ancienne entreprise. Exactement. Donc, je suis revenue à la maison avec l'idée de monter un projet. Tout doucement. En discutant avec Fernand, ça s'était affiné dans nos têtes, mais sans en avoir réellement parlé à ma belle-famille. Donc quand je suis revenue, on a un peu joué carte sur table en disant que je voulais revenir, monter un atelier de transformation. Je voulais un peu m'adapter aux productions qui étaient déjà existantes sur l'exploitation. Et donc j'ai annoncé à mes beaux-parents et à mon beau-frère que je voulais transformer du lait à la ferme. J'ai été assez bien, enfin non, même très bien accueillie. Mes beaux-parents, mon beau-frère... Ils m'ont tout de suite dit oui, grosso modo. Ils m'ont tout de suite soutenue dans le projet et m'ont aidée dans le projet, si je puis dire. Donc, les deux, trois premiers mois qu'on suivit, ça a été beaucoup de renseignements. Ils m'ont accompagnée, mon beau-frère, mon beau-père, sont venus avec moi sur des visites d'élevage de bufflonnes pour aller voir une production de mozzarella en Belgique. Ils ont vraiment été moteurs dans le projet avec moi. Donc, ça, ça a été super chouette. Donc après, toutes les réflexions du financement, du montage des structures, c'est fait dans les mois qui ont suivi, sur mai, juin, juillet. Une fois qu'on était d'accord tous ensemble, on a monté la structure. J'ai fait les plans de financement, demandes d'aide, tout ce qui s'ensuit sur un projet un peu entrepreneurial. Et Fernand et son frère ont eux-mêmes autoconstruit l'atelier de transformation. Donc ça, ça s'est fait de septembre à janvier. Moi, j'étais derrière eux.
- Speaker #0
C'est sur des anciens bâtiments de la ferme ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait. On a rénové une grange, une vieille grange qui n'était plus utilisée. C'était plus un débarras qu'une grange. Elle n'était même plus utilisée à des fins agricoles.
- Speaker #0
Directement sur l'exploitation.
- Speaker #1
C'était le débarras de mon beau-père. On a retapé cette grange. On a fait un labo tout propre dedans de 110 mètres carrés, qui est déjà un bel outil pour commencer. J'ai investi dans des machines. Le fait d'avoir l'historique... du dossier de la ferme, ça a été aussi relativement très rapide parce que moi, j'ai arrêté de travailler en mars 24. Du coup, le labo a été fini en janvier, février et début... Mars 25, les premières mozzarella sortaient du laboratoire. Donc ça a été très très vite.
- Speaker #0
Oui, c'est clair.
- Speaker #1
Donc gros changement de vie. Après 2025, ça a été les premières recettes, les premiers essais et le démarchage de nouveaux prospects, nouveaux clients pour la mozzarella. Donc voilà pour la première phase du projet.
- Speaker #0
Est-ce que tu imaginais il y a deux ans et demi que ton projet prendrait cette forme-là ?
- Speaker #1
Honnêtement non, parce que quand on démarre un projet comme ça, c'est quelque chose de nouveau. Se projeter dans un futur qu'on ne connaît pas, c'est jamais facile. Donc non, je ne pensais pas que ça aurait pris cette tournure-là. Aujourd'hui, ce que je n'ai pas précisé, c'est que depuis un an tout pile, j'ai une salariée à temps plein sur l'atelier avec moi. Donc on est quand même deux personnes sur la structure. On a des volumes, là cet été, en mozzarella, on a fait des volumes de dingo. C'est quand même un projet qui prend une ampleur assez importante. Là, j'avais aussi une personne à mi-temps. Bon, ça, c'était plus pour me seconder, moi, cet été, parce qu'on reviendra là-dessus un peu plus tard dans l'épisode. Mais les projets familiaux font parfois qu'il faut s'adapter un petit peu aussi. Mais non, je n'imaginais pas cette vie-là. Et je n'arrivais pas à me projeter non plus sur l'organisation de ma vie dans le futur et qui, aujourd'hui, me plaît. J'aime bien le fait de pouvoir m'organiser, le fait de pouvoir maintenant déléguer un petit peu plus aussi, faire ce qui me plaît dans le métier. Non, c'est chouette. C'est chouette, c'est un très beau projet et je suis contente de là où je suis.
- Speaker #0
Être chef d'entreprise, quoi.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Est-ce que tu as rencontré des difficultés dans la création de ton projet ?
- Speaker #1
Sur les demandes d'aide agricole, ça, ce n'est pas toujours le plus simple. C'est des dossiers qui mettent deux ans à être montés. Nous, on a été tellement vite entre la phase initiale du projet et puis la phase mise en route de l'atelier. C'était très rapide. Donc forcément, sur la partie aide, ça ne suit pas forcément. Après, moralement, au tout début, les premières... prod quand il y a des loupés et tout ça et qu'on doit jeter des productions honnêtement ça fait mal au coeur mais en fait ça fait partie du chemin c'est de la R&D mais tant qu'on ne le vit pas on ne s'en rend pas compte mais oui il y a eu des petits aléas quand même mais bon ça fait partie du jeu et aujourd'hui ils sont loin derrière et on les a oubliés
- Speaker #0
Et à l'inverse quels sont été les moments que tu as préféré et là où tu t'es dit ça y est c'est vraiment la création de mon entreprise ?
- Speaker #1
C'est la phase d'autonomie Mouah ! J'ai fait ce que je voulais, quand je voulais. Après, on a quand même des contraintes techniques, des contraintes horaires de rendez-vous, des contraintes financières aussi. Mais c'est cette liberté de choix, tant financière qu'organisationnelle, que sur le choix de mes produits. C'est cette partie-là qui est vraiment appréciable, surtout sur une phase initiale de projet. Je repense à une partie qu'on avait adorée, qui était assez longue, mais qu'on avait adorée. C'est le choix de la marque, le choix des emballages. Et là, on se dit, ah, mais c'est le mien, c'est mon bébé, c'est mon produit. Et ça, c'est vraiment chouette.
- Speaker #0
Oui, c'est le plus concret, en fait. Je comprends.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Peut-être aussi les premières dégustations aux copains, à la famille, tout ça, non ?
- Speaker #1
Exactement. Oui, c'est ça, c'est sûr. Le partager exactement à la famille, aux copains, et montrer que voilà, je sais faire ça. Et puis avoir des super retours, c'est super agréable. Et puis même nos premières dégustations à nous, quand on a eu les premiers bons produits. « Oh, mais c'est trop bon, on sait faire ça ! » Il y a une satisfaction qui est vraiment sympa.
- Speaker #0
Oui, c'est chouette. On est un gros groupe de copains avec beaucoup d'agriculteurs dedans. Et c'est vrai que quand on a les produits des copains, forcément, en tout cas, nous, on adore. C'est hyper concret. On est fiers d'eux et c'est trop chouette comme moment aussi d'amitié, je trouve.
- Speaker #1
Oui, c'est clair.
- Speaker #0
ton métier et je trouve ça intéressant parce qu'en 2024, tu me parlais beaucoup de ce que tu espérais trouver dans cette nouvelle vie, davantage de liberté en regardant parler, plus de proximité avec ta famille, un rythme plus compatible avec celui de Fernand, mais aussi et surtout le sentiment de construire quelque chose qui t'appartient. Donc avant de parler de tout ce que cette activité a changé dans ta vie, j'ai envie qu'on entre vraiment dans ton quotidien professionnel aujourd'hui. Aujourd'hui, concrètement, qu'est-ce que tu produis dans ton laboratoire ? Quelle est ta gamme de produits ? Est-ce que tu peux nous refaire la liste de tes produits ?
- Speaker #1
Eh bien, en gamme, il y a la première gamme, c'est la mozzarella, qu'on produit sous trois formes, donc trois jours de production différents. Boules, billes, râpées, et après tout ce qui est produit de crèmerie, beurre et crème. Donc quasiment deux autres jours de production. Un produit... Une prod, donc une journée de travail.
- Speaker #0
Ok. Et pourquoi avoir choisi la mozzarella ?
- Speaker #1
Eh bien, comme je l'avais dit déjà en 2024, en fait, je voulais travailler un produit, enfin une matière première qu'on avait déjà sur l'exploitation. Mais je voulais surtout sortir un peu des sentiers battus et de ce qu'on peut déjà trouver. J'avais, comme je l'avais dit à l'époque, et je tiens toujours mon discours parce que c'est ce que j'ai pu retrouver sur le skier, je ne voulais pas me battre avec mes voisins. Quand je dis ça, c'est que je ne voulais pas me battre. avec le producteur de glace qui est à 15 km, avec les yaourts qui sont à 10 km. Et nous, on a des contraintes techniques qui ne me permettaient pas de partir sur des produits affinés parce qu'en termes de conduite d'élevage, de système de traite, ce n'est pas tout à fait compatible avec ce qui se passe ici sur notre exploitation. On est entre-tribautisés, parfois c'est quand même contraignant la production de fromage avec ces systèmes-là. Je ne voulais pas du coup réformer la ferme de ma belle-famille.
- Speaker #0
Oui, c'est pas l'idée.
- Speaker #1
Exactement, donc je voulais du frais et en frais je voulais un produit novateur et donc la mozza c'était quand même un des produits les plus consommés, c'est le produit le fromage le plus consommé à l'échelle mondiale, européenne et française et en fait on n'en trouve que très très peu en produits fermés en France parce que oui il y a la connotation italienne certes mais aujourd'hui on a quand même des tendances de circuit court connaître l'origine des produits, des recettes courtes Donc, j'ai voulu aller là-dessus justement pour retrouver tout ça dans mon produit. Et en fait, j'ai la chance d'être sur un marché où pour le moment, à l'échelle des Hauts-de-France, je suis quasiment toute seule. Donc, c'est facile.
- Speaker #0
Oui, je comprends. Trop chouette. Est-ce qu'il existe une journée type quand on est productrice de mozzarella ?
- Speaker #1
Au début, j'aurais dit que non. Aujourd'hui, on rentre quand même, je ne vais pas dire une journée type, mais du coup, une semaine type parce que chaque journée de la semaine est dédiée à une production différente. Oui, les journées se ressemblent quand même. On démarre à la fromagerie à 6h. Tout le travail de lancement, semencement, l'emprésurage, tout se fait le matin. On conditionne en fin de matinée. Et sur les coups de 13-14h, la journée est finie. C'est vraiment un travail qui se fait le matin. L'après-midi, c'est plus dédié soit au nettoyage ou à la livraison ou alors la fromagerie est fermée et moi, je suis plus sur la partie administrative.
- Speaker #0
Oui, OK. Quelle partie de ton métier préfères-tu et laquelle tu apprécies un petit peu moins ?
- Speaker #1
Le nettoyage, parce qu'en fromagerie, 80% du métier, c'est du nettoyage. Ça, il faut s'y faire. Ça a un coût à prendre parce qu'on se dit, mais j'ai l'impression de nettoyer en continu. J'ai l'impression qu'on passe plus de temps à nettoyer qu'à produire. Mais c'est le jeu pour avoir une production saine et un produit sain pour le consommateur. Moi, quelle partie j'adore ? Ce n'est pas celle où je suis le plus à l'aise, mais c'est la partie commerciale. Les vendements de produits, je ne suis pas commerciale de formation. Je suis ingénieure de formation, mais je n'ai quand même pas tout à fait les techniques commerciales. J'apprends en faisant, mais c'est la partie que je trouve sympa. Aller essayer de vendre son produit auprès de magasins, d'épiceries, je trouve ça hyper intéressant.
- Speaker #0
Et finalement, ce qui m'intéresse beaucoup dans ton parcours, c'est le chemin professionnel que tu as fait. En 2024, tu me disais très clairement que tu ne t'épanouissais pas vraiment dans ton travail. Tu avais envie de construire quelque chose qui ait davantage de sens pour toi et qui puisse aussi t'intégrer dans ta vie familiale et dans la réalité de la ferme. Aujourd'hui, tu as un petit peu de recul sur ce choix. Est-ce que tu te sens ? plus épanouie professionnellement maintenant ?
- Speaker #1
Oui, complètement. Déjà, j'ai choisi de faire ce métier-là. Non pas que je n'ai pas choisi mes métiers précédents, mais j'ai tout choisi dans l'organisation de mon entreprise. Ça reste mon entreprise, c'est mon entité. Que ça marche ou que ça ne marche pas, c'est quand même une certaine fierté d'essayer de tout faire pour que ça aille. Donc forcément, oui, il y a un épanouissement. Aujourd'hui, forcément, il y a les contraintes de métier. J'en parlais juste avant, le nettoyage, tout ça. Tout n'est pas merveilleux quand on produit, mais de faire déjà ce qu'on aime, d'avoir une finalité, c'est-à-dire que je pars d'une matière première que mon mari produit pour avoir un produit fini. Je gagne ma vie par ma propre entreprise. Aujourd'hui, je ne vais pas dire que c'est ultra rentable, mais on s'en sort. Ça ne fait qu'un an et demi qu'on est en route aussi. Tout ça, ça apporte une certaine satisfaction et un épanouissement. J'ai pu aussi en parler, c'est l'organisation. Si mon petit bout qui a trois ans est malade, j'arrive facilement à m'éclipser pour aller le chercher à l'école ou que sais-je. Mais c'est cette liberté dans l'organisation, dans le choix de ce que j'ai envie de faire qui est assez sympa. Certes, il y a des contraintes. Tous les lundis, on produit. Tous les mardis, on produit. Tous les mercredis, on produit. Mais je m'organise si on veut partir. même sur la partie plus personnelle. Si on veut partir en week-end, on arrive à s'organiser pour décaler une prod le jour d'avant et prendre le vendredi. C'est cette flexibilité qui me plaît et le cœur du métier en lui-même.
- Speaker #0
Ce projet te permet de nouvelles choses. Justement, tu as parlé d'organisation de ton temps, de liberté. Tu as déjà répondu un petit peu à tout ça. Est-ce que tu as retrouvé un rythme de vie plus compatible avec celui de Fernand ? Parce que ça, c'est une chose dont tu nous parlais à l'époque où tu disais j'ai l'impression qu'on est en décalage entre mon rythme d'industrie et son rythme à la ferme. Est-ce que tu trouves qu'à l'heure actuelle, vos vies sont plus compatibles ?
- Speaker #1
À 200 %. Je pense qu'en termes de volume horaire, je ne m'en rends pas compte, mais je dois faire un plus gros volume horaire que ce que je faisais par le passé. Mais je le ressens moins parce que je suis sur place, c'est pour moi. Après, on est coordonnés, c'est-à-dire qu'on commence à peu près en même temps. Ils m'aident beaucoup, beaucoup moins maintenant parce que le labo est en rythme de croisière, si je puis dire, maintenant. Mais il m'a quand même beaucoup aidée. S'il fallait aller produire avec moi, que j'étais toute seule, il venait. Il était hyper présent. Et aujourd'hui, c'est des petits détails du quotidien, mais c'est à 10h si j'ai une petite pause. Ah bah bien, on va se boire un café, ça dure un quart d'heure, mais on a le temps de se voir, d'échanger deux, trois choses. C'est de manger ensemble tous les midis, c'est de partager nos quotidiens, mais en temps réel en fait, c'est pas un récapitulatif qu'on se fait le soir, c'est qu'on sait exactement ce que fait l'autre, on travaille pas ensemble souvent, maintenant on travaille quasiment plus ensemble, au début beaucoup, mais chacun fait son truc, mais on sait ce que fait l'autre, on sait où est l'autre, et puis on se retrouve à des petits moments comme ça, c'est juste génial. Et franchement, dans notre organisation de famille, ça a été beaucoup plus fluide aussi depuis que je suis revenue.
- Speaker #0
Trop bien. On va en parler juste après. Pour finir sur ton rapport au travail, qu'est-ce que tu as découvert chez toi depuis que tu as cette vie d'entrepreneuse ? Est-ce qu'il y a une facette de toi que tu ignorais ou qui était peut-être enfouie et qui s'est révélée depuis que tu as ton projet à toi ?
- Speaker #1
Je ne sais pas si c'est une grande découverte, mais c'est la première fois que j'ai, je pense, ressenti autant de stress. C'est sûr qu'au début, j'avais des moments de stress où je perdais les pédales et je disais à ça, non mais imagine, je ne m'en sors pas. « T'as vu les investissements ? » Mais Fernand, il essayait beaucoup de m'apaiser, de relativiser parce qu'il a plus de recul et qu'il est déjà aussi passé sur cette phase entrepreneuriale par le passé. Mais c'était un peu du stress, la peur de l'échec, je pense aussi, mais qui se matérialisait par du stress où je pense que je ne devais pas toujours être très facile à supporter au tout début.
- Speaker #0
Ce qui est intéressant, c'est que dès le départ, tu avais posé une limite très claire. Tu ne voulais pas simplement arriver sur l'exploitation pour devenir une personne de plus. Tu voulais créer ton projet avec ta propre activité et ta propre place. C'était très clair lors de la première interview. Alors j'ai envie de savoir comment cette place s'est construite au sein de l'exploitation et de votre famille. Est-ce qu'à l'heure actuelle, tu peux dire que tu as trouvé ta place sur l'exploitation ?
- Speaker #1
Je ne sais pas si on peut le dire tel quel en termes de mots, de vocabulaire, parce que justement, en fait, je ne suis pas sur l'exploitation. Et c'était un peu aussi la volonté de tout ce projet-là, c'est qu'on travaille ensemble, mais c'est une entité à part. La fromagerie est une entreprise à part. Donc je peux pas dire que j'ai... pas trouvé ma place sur l'exploitation mais j'ai pas cherché à la prendre non plus. Justement, je voulais aussi un peu scinder tout ça pour ne pas être en confrontation sans cesse avec mes beaux-parents, avec mon beau-frère. Avec Fernand, c'est différent puisque dans un couple, on trouve toujours... Enfin, on trouve toujours, pas toujours, mais on cherche plus de terrain d'entendre tout ça. Là, je voulais justement pas qu'il y ait de... qu'on se marche pas sur les pieds avec ma belle famille non plus. C'est pas toujours facile de savoir se dire les choses. Donc là, justement, c'est un peu... Je vais pas dire chacun chez soi, mais... J'ai mon entreprise et du coup, ma belle famille ne peut rien me dire. Et inversement, l'exploitation, c'est la leur, ils font ce qu'ils veulent. C'est un peu chacun chez soi. Mais par contre, sur la partie, on va dire, terrain de l'exploitation, et moi de ma fromagerie, mais complètement. Et puis, comme je le disais, je suis soutenue, ils m'ont accompagnée dans le projet. Je sais quand même ce qui se passe à la ferme. Ils savent ce qui se passe à la fromagerie. Inversement. Ma belle-mère vient parfois encore m'aider de temps en temps à la fromagerie. C'est un travail d'équipe, mais chacun a son entité. Pour nous, ça nous correspond très, très bien.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Physiquement, tu es sur l'exploitation, mais sinon, les limites sont posées des deux côtés, quoi que ça n'empiète ni l'activité de l'exploitation, ni toi, ta fromagerie. Exactement,
- Speaker #1
tout est résumé. C'est que physiquement, on est ensemble, mais après, dans les entreprises, chacun la sienne.
- Speaker #0
On vient de parler de la place de Fernand sur... de ton activité. Est-ce que vous vous donnez des conseils professionnels, que ce soit toi sur la ferme ou lui sur ta fromagerie ?
- Speaker #1
Je ne sais pas si on peut dire des conseils, mais oui, on se consulte tout le temps. On sait déjà ce qui se passe chez l'autre, donc forcément dans le dialogue, on vient forcément discuter un peu de ce que fait l'autre, tout ça, et donc donner un peu son avis, tout ça. Oui, on se consulte énormément. Après, sur la partie la fromagerie, Fernand, il l'a montée avec moi, donc il est parti du début. Moi, je suis arrivé un peu après sur sa partie exploitation. Donc forcément, il a plus de recul et plus de technicité sur sa partie. Mais s'il y avait un avis à me demander, bien sûr qu'il me consulte.
- Speaker #0
Est-ce que le fait d'avoir chacun votre activité sur la même ferme est une force pour votre couple ?
- Speaker #1
Oui, complètement. De toute façon, ça résume un peu tout ce qu'on s'est dit. Et là, pour le coup, nous, on le fait ensemble. Parce que je dis que c'est mon entité, mais pour le coup, Fernand fait aussi partie de la fromagerie avec moi. Et ça nous fait des projets de couple, ça nous fait avancer. Même si sur la partie exploitation, c'est que lui, on se consulte à fond. Et ça nous fait toujours des nouveaux projets. Et on se nourrit de projets. Et on a besoin de projets pour avancer, en continu. On s'en met peut-être un peu trop, d'ailleurs, dans la tête. Mais c'est ce qui nourrit notre couple, justement.
- Speaker #0
Et du coup, on a bien compris que vous passiez un peu plus de temps ensemble, mais que vous arriviez à travailler chacun dans votre coin, entre guillemets. Fernand, plutôt sur la ferme et toi sur ta fromagerie. Est-ce que vous avez parfois besoin de vous éloigner un petit peu pour avoir chacun votre espace ?
- Speaker #1
Genre, sans pas le besoin, lui non plus. Parce que comme je t'ai dit, il y a des journées où on ne se voit pas. On se retrouve à midi, mais sinon on ne se voit pas.
- Speaker #0
C'est ça, vous ne marchez pas dessus au final. Non,
- Speaker #1
donc pas tant. Et après, c'est peut-être un peu notre façon de vivre, mais on est un peu comme les oiseaux inséparables. Je trouve qu'on est assez inséparables, que ce soit dans nos activités, tout ça. Peut-être qu'un jour, ça nous fera défaut, mais aujourd'hui, on a besoin d'être souvent ensemble, même le week-end, tout ça. On partage beaucoup de temps ensemble.
- Speaker #0
Est-ce que vous arrivez toujours à préserver des moments uniquement pour votre couple ?
- Speaker #1
Oui, on le fait un peu moins maintenant, mais... Mais oui, on essaie de se garder des moments à deux. On le fait moins parce que quand Vianney était petit, c'était facile. Il préférait être ici. Maintenant, s'il comprend qu'on va se faire un resto ou quoi que ce soit, il nous demande de venir avec nous. Donc, on essaie de trouver des conciliations. Mais oui, ça nous arrive encore de se faire un resto à deux. Et puis là, on a un autre projet personnel. C'est qu'on est en train de rénover la maison de la ferme. Et donc, ça nous fait avoir des moments à deux pour notre couple. Et c'est tout bête, mais parfois, on a des rendez-vous dans des villes, tout ça. On part à la journée, ça nous fait malgré tout nos petits moments à deux.
- Speaker #0
Oui, c'est clair, c'est important. Et puis, forcément, il y a une autre dimension de ta vie qui a énormément changé depuis notre première interview. C'est celle de ta vie de maman. En 2024, il y en a avec quelques mois. Aujourd'hui, il a plus de trois ans. Il a grandi dans cet environnement agricole au milieu de la ferme. et maintenant aussi du laboratoire. Tu avais déjà beaucoup réfléchi à la manière dont tu voulais construire cette vie de famille. Aujourd'hui, tu as un peu de recul pour savoir ce que ça donne réellement. En 2024, il avait quelques mois. Aujourd'hui, il a grandi sur la ferme. Comment est-ce qu'il vit la ferme ?
- Speaker #1
Eh bien, je ne vais pas dire comme un petit garçon parce que ce n'est pas une généralité, mais il voudrait passer sa vie à la ferme. Ah non, ça,
- Speaker #0
on ne peut pas l'entendre.
- Speaker #1
Non, mais il est même un peu... Un peu pénible parfois avec ça, parce que c'est très dur de le décoller de la ferme. Il veut tout le temps être avec papa, à la ferme, aux vaches. C'est un petit garçon qui grandit dans les vaches, mais par contre, qui a du sens très pratique. Il connaît déjà comment on fait pousser du blé, comment on fait pousser du maïs, tout ça. Il m'épate. Il est trop marrant. Même sur l'élevage en soi. Il comprend la natalité, comment on obtient du lait, tout ça. Il est trop rigolo.
- Speaker #0
Est-ce que tu as trouvé l'équilibre que tu cherchais entre ton activité et ta vie de maman ?
- Speaker #1
Oui. Oui, parce que... Et puis d'autant plus depuis un an qu'on est à Clémence, je suis un peu plus souple au niveau horaire. Bon, là, c'est vraiment exceptionnel parce que... Parce qu'en plus, je suis enceinte, donc j'ai lâché le pied encore un peu plus, mais... Mais je peux l'amener à l'école, je peux aller le chercher. Je passe plus de temps avec lui que quand il était bébé. Et sur l'organisation de la maison, tout ça, c'est d'autant plus fluide qu'avant. Donc oui, j'ai trouvé un équilibre vie professionnelle, personnelle qui me convient très, très bien.
- Speaker #0
Et sur le fait de travailler sur la ferme, est-ce que tu trouves que ça facilite la vie de famille ou pas spécialement ?
- Speaker #1
Si, parce que là, je prends l'exemple de Vianney, mais il a un âge où il commence à pouvoir aller tout seul avec papa à la ferme. Donc, c'est aussi assez pratique de dire à Fernand, tiens, est-ce que tu peux le prendre ? Il va passer une heure ou deux. Et donc, je trouve ça plus facile, justement, d'être sur une exploitation. Enfin, nous, dans notre cas, de vivre sur l'exploitation.
- Speaker #0
Comme on parle maternité, depuis notre première interview, tu as vécu aussi une épreuve beaucoup plus intime avec la perte d'un bébé en fin de grossesse. Tu as accepté d'en parler et ton témoignage à ce sujet peut aussi avoir une place ici, parce que le deuil périnatal fait partie de certaines histoires de maternité, même s'il reste encore difficile à évoquer. Est-ce que tu peux nous parler de cette grossesse et de ce que vous avez vécu tous les deux avec Fernand ? Et tous les trois avec Vianney d'ailleurs aussi.
- Speaker #1
Déjà pour commencer, avant cette grossesse en question, j'ai eu par le passé, après Vianney, deux grossesses extra-utérines. Donc déjà des épreuves difficiles. Une guérie par traitement et la deuxième, malheureusement, en fait, on ne s'en est pas rendu compte parce que je n'avais pas de douleur et pas de saignement. Mais au final, j'ai fait une grosse hémorragie interne qui aurait pu être fatale pour moi. Enfin, on parle même plus en heures, mais en demi-heure près, ça aurait pu être fatal pour moi. Donc ça a déjà laissé des traces dans notre vie. Ça, c'était en 2025, l'an dernier. Et après ça, on a continué nos projets bébés. Et je suis tombée enceinte en octobre l'an dernier, donc octobre 25. Et en mars, enfin en février, mais en février dernier, au moment de la T2, on a appris que notre bébé avait une cardiopathie rare et complexe, incurable. Et donc, on nous a proposé l'IMG, qui était fortement conseillée parce qu'en plus, notre bébé était déjà en détresse dans le ventre. et il y avait des risques de mort fétale in utero qui étaient assez élevés, donc parfois qui peuvent aussi engendrer des risques chez la maman. Donc on a décidé d'accepter l'IMG. Et donc j'ai accouché d'un petit Gabriel en mars dernier. Et donc voilà, un deuil à faire, un enterrement à préparer, un petit garçon à aimer et puis à laisser partir au ciel.
- Speaker #0
Je connaissais déjà évidemment toute cette histoire puisqu'on a été là pour vous, du moins en tout cas on a essayé de faire ce qu'on pouvait à l'époque, mais on ressent encore bien ton émotion et c'est normal. Merci d'en parler pour toutes celles à qui ça parlera, et puis de manière générale pour qu'on puisse parler un petit peu de ça et d'enlever un peu les tabous sur ce sujet. Comment est-ce que cette épreuve a changé ton regard sur la maternité ?
- Speaker #1
La question est dure, mais comment ça a changé mon regard sur la maternité, c'est que déjà tout n'est jamais acquis. rien n'est acquis, rien n'est acquis d'avance. Et même un enfant qu'on perd in utero, finalement, on l'aime. C'est une toute autre dimension, parce que là, c'est une grossesse qui s'arrête, mais au-delà d'une grossesse qui s'arrête, c'est un enfant qu'on perd. La maternité, c'est pas quelque chose de simple. Nous, on avait eu Vianney sans trop de problèmes, tout s'était bien passé, que ce soit La grossesse, l'accouchement, la naissance, on n'a jamais eu de soucis. Et puis là, quand on est confronté à ça, on se rend compte que la vie, la vie, c'est quelque chose de précieux. La maternité, c'est quelque chose de précieux. Quand tout se passe bien, il faut en profiter. Il ne faut pas hésiter à soutenir quand ça ne va pas. Et nous, on a été énormément soutenus. Ça nous a fait un bien fou. C'est ce qui nous a aidés à aller de l'avant et à s'en remettre aujourd'hui. Là, j'en parle avec beaucoup d'émotion, mais c'est quand même... Je ne vais pas dire que le deuil est fait. Je pense qu'on ne fait jamais vraiment son deuil, mais ça va mieux. On est reparti dans une dynamique positive, tout va mieux. Enfin, voilà.
- Speaker #0
Oui, et tu arrives à en parler. C'est important aussi. Comment est-ce que tu as vécu cette période au milieu de ta vie de famille, de la ferme et de ton projet professionnel ? qui était un en cours de construction qui était déjà lancée, mais je veux dire qui était dans ses prémices tout de même.
- Speaker #1
Eh bien, je veux dire dans ses prémices, oui et non, parce qu'en fait, par chance, on avait déjà embauché Clémence depuis déjà 5-6 mois. Elle s'est retrouvée au labo toute seule du jour au lendemain. Elle a assuré de dingue. Franchement, je ne la remercierai jamais assez. Elle a vraiment pris le relais pendant un mois. D'habitude, Fernand qui allait la voir... J'étais déjà 5 mois passée de grossesse, donc j'allais encore au labo, mais il y a des moments où c'était plus Fernand. Là, ni l'un ni l'autre, on allait la voir, on l'avait par téléphone. Elle a tout géré de front. À la ferme, c'est notre avantage d'être nombreux. C'est pareil, Fernand s'est un peu mis en retrait. Il a été hyper présent pour moi, mais pour lui aussi, parce qu'on était à deux affaires s'odeuil. Mais moi, il y avait la partie physique aussi qui était dure à assumer.
- Speaker #0
Oui, c'est non négligeable.
- Speaker #1
Exactement. On a cette chance d'être nombreux et c'était vraiment une force où là, pendant un mois, on était off, on n'était pas sur la ferme. On avait déjà assez de nous à gérer. On avait notre petit Vianney qui était là, qu'il fallait quand même, on va dire assumer, ce n'est pas le terme, mais être là pour lui. La vie continue, l'enfant, il est là et malgré tout, tout avance. Donc voilà comment on a vécu cette période en famille. Et on a été hyper soutenus, même par la famille, mes beaux-parents. Ma belle-mère, elle a été... Parce que je dis, Clémence a été livrée à elle-même sur la petite gestion du labo et production. Mais du coup, ma belle-mère allait au labo, entre guillemets, sous les ordres de Clémence, qui était arrivée seulement depuis six mois, mais qui avait plus le savoir-faire, entre guillemets. Non, on a été... Enfin, voilà comment on a pu le vivre, nous, au sein de notre famille.
- Speaker #0
cette épreuve de vie. Et malgré tout, ces épreuves de deuil sont très très dures, elles sont longues à passer, mais la vie est parfois bien faite et elle nous a offert une petite fille pour l'année prochaine. Là, je suis déjà à 5 mois de grossesse, je suis retombée enceinte très très rapidement après avoir perdu Gabriel. Je voulais aussi véhiculer ce message d'espoir, c'est que malgré tout et malgré le deuil, la vie ne s'arrête pas. pas, la vie continue et Dame Nature nous fait parfois de très jolis cadeaux.
- Speaker #1
Et on parle souvent de bébés arc-en-ciel dans ce cas-là. Comment est-ce que toi, tu vis cette deuxième grossesse ? Qu'est-ce qui est difficile à revivre et qu'est-ce qui est porteur d'espoir dans cette nouvelle grossesse ?
- Speaker #0
Eh bien, difficile à revivre, déjà, c'est le stress. Nous, on a découvert la malformation de Gabrielle à la T2, donc j'étais à 4 mois et demi de grossesse, grosso modo, 4 mois et demi, 5 mois. Et là, c'est tout l'avant jusqu'à ce cap. Nous, c'est un peu les moments clés des annonces de la malformation, tout ça. Donc le début de grossesse, même si finalement, je m'attendais à être plus stressée que ça, je l'ai plutôt bien vécu. Mais tant que ce n'était pas passé, tant qu'on n'avait pas écarté tout moindre risque de nouveau de malformation, c'est un peu du stress, c'est un peu difficile de se projeter sur le terme, sur ce bébé à venir. Et là, justement, on a passé tous nos examens, qui sont aussi parfois durs à revivre. On est retournés dans le même hôpital, voir le même cardiopédiatre. Enfin, tout ça, ça nous a confortés quand on a su que tout allait bien. Mais quand on se retrouve dans le même cabinet, six mois plus tard, où on se dit, waouh, il y a six mois, on nous annonçait que tout était fini. Et là, on vient pour quelque chose de nouveau, mais c'est des moments... En termes d'émotion, tout remonte. Tout ça, ce n'est pas forcément facile à passer. Mais là, maintenant que tout est passé, on se dit que la vie est magnifique. Oui, on a perdu un bébé, mais on en a un autre à venir. Ça n'efface pas Gabriel. C'est un nouvel enfant dans notre famille qui est à venir. Nous, on y voit la partie bonheur. On essaie d'en tirer que le positif.
- Speaker #1
Oui, vous restez très positif.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Pour conclure sur ce sujet, est-ce qu'il y a des choses que tu aimerais que les personnes qui nous écoutent comprennent mieux sur le deuil périnatal ?
- Speaker #0
Nous, notre thérapie, ça a été d'en parler énormément. On en a beaucoup, beaucoup parlé. Et qu'on prenne mieux, je pense qu'on ne peut pas comprendre sans le vivre. Et tant mieux, sinon, en fait, la vie serait triste. C'est ce qui fait aussi un peu la beauté de la vie. Il y a des choses comme ça qu'il ne vaut mieux pas comprendre sans le vivre. Ça épargne beaucoup de choses. Mais c'est réellement une... de perte. Et en fait, ça, je pense que on ne conscientise pas tant qu'on ne vit pas. Par contre, on peut quand même le dire, c'est réellement une perte d'un enfant. Ce n'est pas simplement une grossesse qui s'arrête. Là, j'ai accouché, on a vu notre petit bébé dans un cercueil, on l'a enterré. C'est vraiment notre enfant qui est parti au ciel. Ça, je ne m'en rendais pas assez compte. Je pense que c'est vraiment quelque chose qu'on peut partager. Il faut vraiment... comprendre que pour le couple, c'est vraiment une perte. C'est vraiment un deuil à faire.
- Speaker #1
Oui, il ne faut pas minimiser le deuil périnatal de manière générale. Oui,
- Speaker #0
mais à n'importe quel terme, c'est clair.
- Speaker #1
Tu nous parlais un petit peu de ta belle famille. Il y a un sujet que tu avais toi-même choisi à la fin de notre première interview. A l'époque, je t'avais demandé quelles questions tu poserais à la prochaine personne que j'allais interviewer. Et tu m'avais répondu... Comment trouver son équilibre avec sa belle famille quand on vit à proximité ? Alors forcément, je ne pouvais pas refaire cet épisode sans te retourner à toi la question. Est-ce que ta relation avec tes beaux-parents a évolué depuis la création de ton projet sur l'exploitation ?
- Speaker #0
Je dirais oui. Je pense qu'on s'est d'autant plus rapprochés. Parce que même si, ce que je disais dans l'épisode, on est un peu chacun chez soi. Franchement, ils ont été d'une grande aide dans la construction de ce projet. Et donc, ils en font un peu partie, même si sur les papiers, ils ne sont pas dans le projet. Ils me posent des questions, ils m'accompagnent si j'ai besoin d'aide en termes de compta, banque. Ma belle-mère, elle est hyper présente. Je pense que ça nous a rapprochés. Sur le point professionnel, après, on parlait du deuil juste avant. Nous, la perte de Gabriel, en fait, ça nous a rapprochés de toute la famille, un truc de dingue. Non pas qu'on n'était pas proches, on était quand même une famille proche. Mais en fait, quand tu vois cette solidarité, ça te rapproche encore plus. Et ils ont été hyper présents pour nous et ça nous a vraiment rapprochés. J'en parlais déjà en 2024. J'ai une belle famille hyper présente, mais pas envahissante. C'est-à-dire que je mange chez eux deux fois par semaine, tout ça, mais ils ne viennent jamais chez moi sans qu'ils y soient invités. Et ça, c'est quand même pépite. On habite à 50 mètres, mais je suis quand même chez moi. Et ça, c'est quand même très, très cool. Ça se passe très, très bien, l'équilibre avec la belle famille sur l'exploitation. Et puis là, on arrive aux âges où mes beaux-parents, tout doucement, on est en train de parler retraite. C'est en train de se faire aussi. Donc, je pense que la différence avec le moment où je suis arrivée, c'est que tout doucement, ils se mettent en retrait. Ce qui n'est pas le cas dans toutes les familles, mais ils laissent la place aux jeunes. Et ça, c'est très, très chouette.
- Speaker #1
Trop bien. Il y a quelque chose qui a forcément aussi changé depuis, c'est sans doute ton regard sur le monde agricole. En 2024, tu étais déjà très proche de la ferme, tu y vivais, tu aidais Fernand, tu connaissais son quotidien. Mais aujourd'hui, tu as créé ton activité au sein de l'exploitation. Tu as ta propre responsabilité économique, ton propre métier, ton propre quotidien professionnel lié directement à l'agriculture. Alors j'ai envie de savoir si tout ça a changé un petit peu ton regard sur cet univers. Est-ce que ton regard sur l'agriculture a changé selon toi depuis que tu y travailles réellement ? au quotidien ?
- Speaker #0
Je ne pense pas, mais parce que c'est un peu biaisé dans le sens où même quand je n'étais pas sur l'exploitation, j'ai toujours été hyper intéressée par ça. Donc depuis que je suis avec Fernand, j'ai toujours été déjà au cœur des sujets, même quand je travaillais à l'extérieur. On faisait juste le point sur ce qui s'était passé le soir et puis le week-end, tout ça, mais j'étais quasiment peut-être un peu moins, mais j'étais déjà impliquée même à distance en fait. Donc c'est déjà un milieu que je connais très bien. Tous mes amis sont agriculteurs. Peut-être un peu trop. Je ne suis peut-être que dans le milieu agricole. Donc, il manque peut-être un peu d'ouverture sur d'autres corps de métier. Mais non, mon regard n'a pas tant changé. J'aime toujours autant l'agriculture.
- Speaker #1
Est-ce que cette notion de collègue, d'autres personnes, peut-être extérieures au milieu agricole que tu avais dans ton expérience passée, te manque parfois ?
- Speaker #0
Oui. C'est vrai que j'aurais pu le mettre quand tu me disais les points durs, les points les plus compliqués par rapport au lancement de ma fromagerie. C'est peut-être ça.
- Speaker #1
Socialement.
- Speaker #0
Ne pas avoir de contact social avec des personnes extérieures. Et ça, parfois, ça peut me manquer aussi. Parce que les amis, on en a tous et j'en ai des très proches. Mais dans les semaines, chacun reste dans sa vie professionnelle. On a tous aussi notre vie de famille. Et parfois, l'interaction sociale avec d'autres personnes me manque. Après, depuis que j'ai Clémence, c'est différent parce qu'on est à deux sur notre labo. On fait un peu notre vie et on papote aussi de choses et d'autres. On se boit un café comme des collègues le font en parlant de qu'est-ce que t'as fait ce week-end, exactement comme tu peux le faire un café. Donc, ça évolue un peu depuis qu'il y a du monde en plus sur le labo. Clémence, et puis là, j'avais mon distété, c'était pareil. On parle de choses et d'autres. Et ça, ça fait du bien parce que je pense que ça m'a manqué inconsciemment un peu au début.
- Speaker #1
Est-ce que tu te... considère comme agricultrice aujourd'hui ?
- Speaker #0
Oui, oui. Oui, c'est de la transfo. Quand je présente mon métier, quand on me demande, n'importe qui me demande quel est ton métier, je dis fromagère. Je dis fromagère parce que agricultrice, les gens assimilent ça vraiment à la... Moi, la première, mais à...
- Speaker #1
Les bottes,
- Speaker #0
le champ... Exactement, à l'élevage et les cultures. Donc je dis fromagère, mais souvent après, du coup, j'explique que c'est fromagère sur l'exploitation de mon mari.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Je suis attachée à ma terre, j'ai quand même envie de dire que c'est sur l'exploitation agricole.
- Speaker #1
De toute façon, c'est tout le cœur de ce projet tout de même, donc c'est important de le dire, t'as raison.
- Speaker #0
Oui, exactement.
- Speaker #1
On arrive doucement à la fin de cet épisode. Et finalement, ce qui me plaît dans cette deuxième interview, c'est qu'on peut presque faire le bilan de la décision qu'il avait prise en 2024. A l'époque, tu quittais un endroit stable pour te lancer dans un projet. Il fallait un petit peu de culot quand même. et tu ne savais pas encore exactement où est-ce qu'il allait te mener. Aujourd'hui, tu as un laboratoire, une activité, une entreprise, une organisation familiale qui a évolué et plusieurs années de recul. J'ai envie de terminer un petit peu en revenant à cette Juliane de 2024 et à ses choix. En 2024, tu avais décidé de quitter ton emploi. Tu l'as dit toi-même quand on avait échangé toutes les deux. C'était au moment de ta rupture conventionnelle. Avec deux ans et demi de recul, est-ce que tu referais le même choix ?
- Speaker #0
Ah oui, oui. Sans point d'interrogation là, oui, oui. Je repartirai exactement là-dedans. Peut-être en évitant des petites erreurs, des choses comme ça.
- Speaker #1
Ça fait partie du chemin.
- Speaker #0
Mais ça, c'est plus sur la partie... Oui, exactement. Si tout était parfait dès le début, ce ne serait même pas drôle. Mais oui, sinon, je repartirai dans le même type de projet. J'adore ma vie d'aujourd'hui.
- Speaker #1
De quoi est-ce que tu es la plus fière aujourd'hui ?
- Speaker #0
D'avoir réussi à créer mon entreprise. puis réussir à avoir une certaine autonomie financière et une flexibilité dans mon temps de travail, tout ça. C'est le projet en général.
- Speaker #1
Si tu pouvais parler à une femme d'agriculteur qui hésite à créer son propre projet sur l'exploitation de son conjoint, qu'est-ce que tu lui dirais ?
- Speaker #0
De foncer, mais il faut foncer, surtout si on en a envie, et puis tout est toujours possible. Par contre, de bien mesurer le temps de travail. C'est des choses qu'on, surtout en agricole, on a tendance à ne pas compter ses heures. Mais en fait, avec une vie de famille, avec un mari qui bosse déjà beaucoup, c'est à bien mesurer le temps de travail et puis la rentabilité d'un produit avant de le lancer. Moi, c'est ce qui s'est passé sur le ski. C'était tout beau, tout flamme, mais autant de travail passé, ce n'était pas envisageable de développer plus sur l'exploitation. Au bout d'un moment, il faut bien s'occuper des petits loups. Papa et maman ne peuvent pas aller travailler en même temps si les enfants sont là. C'est aussi de l'organisation et ça, il faut le mesurer au début d'un projet.
- Speaker #1
Oui, ça se réfléchit aussi. Merci beaucoup Juliane d'avoir accepté de revenir raconter la suite de ton histoire et surtout de te confier comme tu l'as fait et de nous montrer ce qu'il se passe entre le projet que l'on imagine et la vie que l'on construit réellement. Et pour terminer cette deuxième conversation toutes les deux, il y a une nouvelle petite question que j'aime bien poser à la fin de mes épisodes dans cette quatrième saison. Selon toi, où ça mène quand on s'aime ?
- Speaker #0
Où ça mène quand on s'aime ? Avec beaucoup de... Beaucoup d'amour, beaucoup d'agriculture, beaucoup d'enfants.
- Speaker #1
Trop chouette. Merci beaucoup, Juliane.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
Et à bientôt.
- Speaker #0
À bientôt.
- Speaker #1
C'est la fin de notre échange. Merci de l'avoir écoutée jusqu'au bout. Si cet épisode vous a plu, je vous invite à découvrir tous les autres. Vous pouvez également noter le podcast sur votre plateforme d'écoute préférée. Et pour suivre l'aventure au quotidien, retrouvez-moi sur les réseaux sociaux et surtout sur Instagram où je suis très active. N'hésitez pas à vous abonner, liker, partager. C'est grâce à vous que ce projet prend forme et qu'il peut continuer à grandir. Et mesdames, si vous avez envie de raconter votre histoire, rejoignez-moi dans un prochain épisode. A bientôt !