- Speaker #0
Bonjour et bienvenue au centre podcast où s'amène qu'en consomme celui qui donne la parole aux conjoints d'agriculteurs. Elles sont femmes de céréaliers, d'éleveurs, de viticulteurs, en bio, en conventionnel, en raisonnée. Elles viennent de toute la France. Certaines sont tombées dans l'agriculture toute petite. D'autres la découvrent jour après jour. Elles jonglent entre la ferme, la famille, leur métier. Elles portent une force incroyable. Moi c'est Marion, et avec ce podcast, j'espère que certaines d'entre vous se reconnaîtront dans leurs propos, ouvrant des conseils, des échos à leur vie, prendront peut-être un peu de recul, ouvrant du soutien, ou simplement verront une mise en lumière de ce qui se vit, souvent dans l'ombre, au cœur des fermes. Ici, c'est de la good vibes, de la sororité, du partage, et un vrai souffle de girl power en agriculture. Alors, à votre avis, où ça mène quand on s'aime ? Aujourd'hui, je reçois Justine. On vient toutes les deux de faire connaissance et je suis très contente de partager ce moment avec toi. Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?
- Speaker #1
Écoute, je suis ravie aussi de faire ce podcast avec toi. En quelques mots, je m'appelle Justine, j'ai repris l'exploitation agricole de mon père en Saône-et-Loire. C'est un élevage de bovins laitants en race charolaise. On fait entre 50 et 60 vélages. Et ensuite, on a à peu près 80 hectares de culture. Ça dépend des années en fonction de ce qu'on implante. Pour l'instant, je suis toute seule sur l'exploitation. Mon père n'est plus du tout travailleur, on va dire, sur l'exploitation.
- Speaker #0
Ok, je suppose qu'il n'est pas loin non plus. Chapeau bas d'avoir repris ça toute seule. Est-ce que tu peux nous présenter l'exploitation également de ton conjoint ? Donc, il a sa ferme à côté, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Donc, on achète. notre exploitation et on est à peu près à 20 minutes l'un de l'autre chacun à son exploitation à 20 minutes pour présenter la sienne donc ils sont trois associés c'est une exploitation qui est sensiblement comme la mienne donc pacha les tentes en rachat relaise eux par contre font deux sans village enfin la séance en ajustement parce qu'ils sont en train d'installer une personne donc des cultures aussi par contre culture en légumineuses donc beaucoup de luzerne tout ça. Et à côté, ils ont un petit peu de vignes aussi. D'accord.
- Speaker #0
Ok, ça marche. Et c'est une ferme familiale ?
- Speaker #1
Pas du tout. Donc moi, en fait, mon conjoint s'est installé en orchade familiale. Ses parents ne sont pas du tout issus du milieu agricole.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
En fait, depuis tout petit, il a toujours été avec l'agriculteur de son village. C'est lui qui lui a tout appris. Depuis l'âge de 3 ans, il monte en tracteur avec lui. Il lui a tout appris. Et du coup, quand il a fini ses études, il s'est installé avec lui. Voilà, et donc ils étaient deux jusqu'à l'année dernière et donc là, depuis un an, ils sont trois. Ils sont en train d'installer un jeune, donc ça fait un an qu'il est en parrainage et normalement, début d'année prochaine, il va être installé.
- Speaker #0
Ok, trop chouette, c'est une belle histoire, je trouve.
- Speaker #1
Ouais, ouais, ouais, c'est pour quelqu'un qui pensait ne pas remettre sa ferme parce que pas de femme, pas d'enfant, c'est vraiment une super belle histoire, ouais.
- Speaker #0
Trop chouette. Alors maintenant qu'on voit un peu mieux le décor, on va parler un peu plus de toi.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
D'où viens-tu initialement ? Et est-ce que tu peux nous parler du contexte agricole dans lequel tu as grandi ?
- Speaker #1
Moi, contrairement à mon conjoint, je suis issue du milieu agricole. Depuis toute petite, j'ai toujours été avec mon père à la ferme. J'étais énormément, énormément avec lui. Typiquement l'image de la petite fille qui idolote son père parce qu'il va dans des tracteurs. tout ce qu'on peut imaginer. Sauf que moi, quand je suis arrivée au collège, j'ai totalement décroché de la ferme. Je n'ai plus du tout, du tout été à la ferme. De mes années collège, lycée, j'ai fait des études supérieures qui n'ont aucun lien avec le milieu agricole. J'ai passé un BTS en management et là, je me suis rendue compte que ça ne me correspondait pas du tout. Être derrière un bureau toute la journée enfermée, ce n'est pas du tout, du tout mon truc. Et en fait, en 2017, j'ai recommencé. à revenir avec mon père. Les week-ends, je retournais à la ferme avec lui, tout ça. Et mon grand-père est décédé la même année. Et je ne sais pas si c'est ça qui m'a fait réaliser que finalement, le milieu agricole, c'est ce que je voulais faire. Et à partir de ce moment-là, j'ai fini mon BTS en management. Et ensuite, je suis retournée en lice agricole. Donc, repasser un BTS en production animale. Et voilà, après, tout a suivi.
- Speaker #0
Ok, trop chouette. Et cette coupure-là que tu décris au collège, à quoi elle était liée ? Comment est-ce que tu l'expliquerais ?
- Speaker #1
Je ne sais pas vraiment comment l'expliquer. C'est vrai que déjà, quand on passe de la primaire au collège, c'est vraiment un gros, gros changement. On rencontre vraiment beaucoup d'autres personnes. Moi, je sais, quand j'étais en primaire, j'ai un peu mal vécu ce moment-là parce que c'est vrai que j'ai beaucoup été moquée du fait que mon père soit agriculteur. Donc, j'avais vraiment très, très peu d'amis. Les seuls amis que j'avais en primaire, c'est les bons, c'est ceux que j'ai encore maintenant. Après le collège, c'est vrai, c'est les rencontres, on se fait plein de copains, on ne sait pas forcément ce que les parents font dans la vie. Et voilà, c'était vraiment ça, avoir des amis et faire plein d'autres choses. Donc plus du tout, enfin le temps, je ne dirais pas jusqu'à là, mais je ne sais pas, il y a vraiment une coupure à ce moment-là, où je ne vais plus à la ferme, je vais avec les copains, jusqu'à mes études supérieures.
- Speaker #0
Sauf si c'était trop douloureux d'en parler Qu'est-ce qui fait que t'étais moquée Parce que t'étais une fille d'agriculteur
- Speaker #1
Bah c'est vrai que Moi déjà j'étais dans un petit village Comment l'expliquer Déjà j'étais la seule nana En primaire qui avait des parents agriculteurs Donc c'est vrai que pour les autres C'est un milieu qu'en général ils connaissent pas Et voilà Tu vois le genre Ton père ça pue la vache Ou alors je sens la vache que je ne pense pas que c'était le cas quand même. C'est vraiment des moqueries dans ce genre-là. C'est vrai que j'en ai beaucoup souffert. Après, ça passe. C'est passé et on se rend compte que c'est des trucs d'enfants.
- Speaker #0
Donc, au collège, c'était plus l'adolescence qu'une rupture volontaire avec le milieu agricole ?
- Speaker #1
Oui, c'est vraiment l'adolescence. J'irais vraiment dans ce sens-là. Tu le penses, c'est ça. Ta vision, elle change et tu fais de nouvelles rencontres. C'est plutôt ça qui a fait que j'ai dévié dans un sur autre chose plutôt que d'avoir continué dans le milieu agricole. Et en fait, mes parents ne me poussaient pas du tout à m'intéresser à ça. Moi, mes parents, que ce soit mon père ou mon père...
- Speaker #0
Oui, ils ne t'ont jamais forcé en te disant, il faudra que tu reprennes l'exploitation.
- Speaker #1
Ils ne m'ont jamais forcé à reprendre l'exploitation, mais on m'a surtout beaucoup poussé à ne jamais la reprendre. Vraiment, mes parents, jusqu'à ce que je m'installe, mes parents, ils n'étaient pas chauds du tout.
- Speaker #0
Et quand tu leur as dit que tu voulais t'installer ?
- Speaker #1
Eh bien, mon père... Je m'entends super bien avec lui, donc j'ai une relation très particulière avec lui. En fait, pour eux, avant que je m'installe, étant donné que j'étais une nana, je n'allais pas y arriver parce que je n'avais pas le physique, parce que c'est trop difficile. Je n'allais pas y arriver, en gros, c'est ça. Et tout de suite, en fait, quand je me suis installée, le fait d'être avec un agriculteur, ça lisse quand même pas mal les choses. Parce que du coup, de ce fait, ils se disent « il va venir l'aider » , tout ça, alors que ce n'est pas forcément le cas. En tout cas, c'était ça, j'allais pas y arriver parce que je suis une femme.
- Speaker #0
Et ça, est-ce que tu l'as ressenti aussi d'autres personnes ? Est-ce que tu as vécu un peu de discrimination, que ce soit au moment de ton installation ou après, sur le fait que tu es une femme agricultrice ?
- Speaker #1
J'irais pas jusqu'à dire ça. J'ai jamais vraiment été « moquée » ou alors des propos déplacés. venant d'autres agriculteurs, j'ai jamais ressenti ça. Venant de personnes qui n'étaient pas du milieu agricole, oui. Moi, on m'a déjà dit à plusieurs reprises que ce n'était pas possible que je sois agricultrice parce que j'étais trop jolie. Je dis parce qu'il faut être moche pour être pénisable. Et après, c'est quelqu'un qui a quand même un fort caractère, donc si tu veux, ça passe sous sa caisse. Non, en général, dès que ça commence un petit peu à me chauffer, je calme le jeu, parce que pour moi, c'est... C'est pas entendable. Qu'on puisse dire ça à une femme qui est agricultrice, pour moi, c'est vraiment pas possible. Surtout maintenant, où ça se démocratise. Je veux dire, il y a plein de femmes agricultrices. On monte dans les tracteurs, on fait des vélages. Enfin, voilà,
- Speaker #0
quoi. Oui, c'est clair. Le monde évolue. La technologie se met en place aussi pour faire bouger les choses. Les regards changent. Quand on entend encore un peu ça, c'est un peu choquant, je trouve. Mais c'est super intéressant que tu le dises et que tu précises que c'est des personnes qui ne sont pas du milieu. Parce que les autres nanas qui m'ont déjà parlé de ça, des femmes d'agriculteurs installées avec leurs conjoints souvent, elles me parlaient plus du regard d'autres agriculteurs plutôt que du monde extérieur. Et du coup, je trouve ça super intéressant que tu mettes un peu le doigt là-dessus.
- Speaker #1
Moi, en fait, c'est vraiment... Enfin, je veux préciser... Moi, ce n'est pas des paysans qui me faisaient des remarques. Ça n'a jamais été le cas. C'est d'ailleurs des paysans qui m'ont quasiment tout appris. Vraiment, en dehors de mon père, c'est vraiment des paysans qui m'ont tout appris. Par contre, des commerciaux, des choses comme ça, oui, ça oui, on ne nous prend pas au sérieux. Il suffit que je sois avec une autre personne sur mon exploitation et que, par exemple, un commercial vienne, je ne sais pas, pour de l'aliment ou autre. Ce n'est pas moi qu'on va regarder en principal. Si je ne précise pas que c'est moi la chef d'exploitation et qu'ici, c'est ma ferme, je veux dire, la personne est tournée vers l'homme que vers moi. Les commerciaux, limite, on n'est pas assez calés pour parler d'alimentation, pour parler mécanique, ce genre de choses.
- Speaker #0
Ok, je comprends. Et sur ce que tu disais tout à l'heure, là où tu as mis en garde tes parents, sur le fait que ça allait être difficile, etc., Est-ce que tu l'as ressenti ou est-ce que tu en as plutôt fait une force ?
- Speaker #1
Oui, je l'ai vraiment ressenti au début. C'est vrai que ça fait bizarre parce qu'en fait, quand on devient parent, enfin, je ne suis pas encore mère, mais j'imagine qu'en fait, on est plus inquiet de l'avenir de notre enfant dans ce milieu-là, surtout quand on est une nana. C'était plus de l'inquiétude. Après, moi, je ne l'ai pas ressenti comme ça. Je l'ai plus ressenti dans le sens, il ne me sentait pas capable. En gros, je ne vais pas être capable de faire la même chose que mon père. Donc, ça peut être blessant. Moi, ça m'a blessée quelque part. mais après vu avec le caractère que j'ai, vu que j'étais décidée à faire ça, c'était ça et c'était pas autrement. Donc c'est vrai qu'heureusement que j'ai rencontré des personnes qui leur ont fait changer d'avis. Notamment, j'avais un prof à Fontaine, donc le lycée agricole de là où je suis. Quand j'ai fait mon entretien avec lui, il y avait ma mère. Et donc ma mère lui a dit, de toute façon, elle ne s'installera pas. Et lui, il lui a très bien répondu que de toute façon, je ferai bien ce que je veux. Donc c'est vrai. Ça a bien poussé les choses. Et après, ce qui a été dommage par la suite, c'est le fait que j'ai été avec ensuite un agriculteur qui a fait qu'ils ont accepté le fait que je m'installe. Ce n'est pas le fait de me voir travailler et de se dire finalement, ça va le faire.
- Speaker #0
Oui, je comprends. Et là, ça fait combien de temps que tu es installée ?
- Speaker #1
Ça fait trois ans. Au mois de janvier, j'attaque ma quatrième année.
- Speaker #0
Et alors, qu'est-ce qu'ils en disent ? Est-ce qu'ils ont pris un peu de recul là-dessus ? Est-ce qu'ils sont fiers de toi ? Merci. le disent.
- Speaker #1
Ah oui, mes parents, là-dessus, il n'y a aucun problème. Je sais qu'ils sont super fiers parce qu'en fait, maintenant que ça fait trois ans, ils voient que la ferme, ça tourne, que j'arrive à me dégager un salaire. Enfin, voilà, il y a plein de facteurs qui font qu'après, ils s'inquiètent parce que je suis tout le temps au travail en permanence. Mais bon, après, c'est le jeu. C'est ce que je leur dis. Quand on s'installe, qu'on soit une nana ou qu'on soit un mec, on sait très bien que quand on veut être agriculteur ou agricultrice, on va passer tout son temps au travail. On va se dégager du temps. Mais c'est tout le temps, c'est comme ça, c'est le jeu. C'est ce que je leur dis tout le temps. Je dis c'est le jeu, c'est comme ça.
- Speaker #0
Et alors, tu parlais du fait qu'ils étaient rassurés que tu sois avec un agriculteur. Comment est-ce que tu l'as rencontré ? Et est-ce que toi, c'était un rêve de petite fille de te mettre en couple avec un agriculteur ou plutôt un concours de circonstances ?
- Speaker #1
Je ne sais pas comment dire. Un concours de circonstances, oui. Je ne me suis jamais dit que ce serait mieux que je sois avec un paysan. Maintenant que je le suis, je me dis heureusement que je suis avec un agriculteur parce que c'est vrai que niveau quotidien, on se comprend, mais tout à fait, je veux dire, on rentre tous les deux tard le soir. Il n'y a jamais un mot plus haut que l'autre vis-à-vis du travail. C'est vrai que je pense que si j'étais avec quelqu'un qui n'est pas dans le milieu, le fait de rentrer tous les soirs à 8 heures, de travailler le samedi et le dimanche, ça passerait beaucoup moins. Mais pour en revenir à ta question, oui, c'est un concours de circonstances. Donc, avec Vincent, on s'est rencontrés aux jeunes agriculteurs. On fait tous les deux parties de ça. Et puis après, de fil en aiguille, on s'est mis ensemble.
- Speaker #0
OK. Du coup, quand tu as su qu'il était agriculteur, je pense que tu l'as su dès le début puisque vous vous êtes rencontrés au GIA.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Est-ce que ça te faisait... peur de te dire qu'en fait vous allez avoir vos deux fermes à côté, donc vous allez être tous les deux à fond dans le boulot et puis toi tu connaissais les contraintes d'être avec un agriculteur je pense en étant fille d'agriculteur. Est-ce que t'avais des craintes ou est-ce que t'avais des excitations justement, voilà tu te disais il va me comprendre il va peut-être me soutenir, peut-être qu'il m'aidera aussi. Quels étaient tes ressentis par rapport à son métier ?
- Speaker #1
Mon ressenti au départ c'est vrai que tu sais pas trop parce que bon c'est le début de la relation, tu sais pas si ça va être sur la dure etc. Une fois que je me suis rendue compte que c'était la bonne personne, au début, la fierté, c'est parce que je me suis dit quand on va avoir des enfants, comment on va faire ? Rassurée, oui, parce qu'on se comprend vraiment totalement. Enfin, je sais qu'il va me conseiller sur beaucoup de choses. Si j'ai des doutes sur quoi que ce soit, je vais lui poser la question. Il va me dire ce qu'il en pense, etc. Donc ça, c'est hyper rassurant. C'est vraiment quelqu'un qui me rassure énormément en quotidien. Après, c'est vrai que pour l'instant, je sais qu'on ne regroupera pas nos fermes. puisque ça nous convient très bien comme ça. Et je ne sais pas si on serait capable de s'entendre au quotidien sur nos exploitations. Sur des chantiers, comme on peut le faire quand j'ai besoin d'aide, etc., on s'entend très bien. Mais sur la durée, autant au quotidien, d'être tout le temps ensemble, je ne sais pas si ce serait possible.
- Speaker #0
Après, est-ce que c'est un projet de fusionner les deux exploitations, ou pas spécialement si vous avez votre équilibre comme ça, avoir chacun son exploitation ? Non,
- Speaker #1
pas du tout. Pour l'instant, ce n'est pas du tout le projet. On en a déjà parlé. On en a déjà parlé. C'est vrai qu'après, le fait que les fermes soient à 20 minutes l'une de l'autre, ça joue quand même pas mal. Et puis, c'est vrai que moi, j'ai tellement l'habitude d'être toute seule que je ne suis pas sûre que je pourrais supporter qu'on me commande chez moi. Parce que même si on...
- Speaker #0
Confusionner les consultations.
- Speaker #1
Chez moi, ce serait toujours chez moi, dans ma tête. Et je ne sais pas si... Je pense que j'aurais du mal à être dirigée ou qu'on me dise ce que j'ai à faire chez moi. Mais pour l'instant, ça nous va très bien comme ça. Donc, si ça continue comme ça, on verra. Les choses peuvent changer. Mais pour l'instant, ça nous va bien comme ça.
- Speaker #0
OK, trop chouette. Est-ce que vous vivez sur une des fermes ou est-ce que vous vivez à côté ?
- Speaker #1
Allô ? Sur l'exploitation de Vincent, à retaper une maison, ça va faire deux ans au mois de décembre qu'on habite là-bas, qui est en face de la ferme. Hyper pratique pour lui, beaucoup moins pour moi, mais ça ne me dérange pas.
- Speaker #0
Ok, c'est ce que j'allais dire. Ce n'est pas un souci pour toi d'habiter là-bas ?
- Speaker #1
Non, pas du tout, parce que c'est vrai que moi, ça me permet de couper de la ferme. Quand je pars de chez moi, j'ai tout vérifié, surtout l'hiver. Je vérifie tout plusieurs fois pour ne pas avoir besoin de revenir. Vu que je suis à 20 minutes, Je ne vais pas m'éterniser à la ferme jusqu'à des pas d'heure, chose qui n'était pas du tout le cas quand j'habitais juste à côté, justement. Vu que j'avais le temps de rentrer, je n'étais même pas cinq minutes à pied de chez moi, donc je traînais en longueur dans les bâtiments. Je rentrais tard. Mais maintenant, du coup, ça a un peu changé la donne. C'est vrai que maintenant, vu que j'ai 20 minutes pour rentrer, je me dis, bon, allez, à telle heure, j'essaye de rentrer pas trop tard. C'est vrai que je coupe totalement.
- Speaker #0
Et lui, il arrive un peu à couper du fait de vivre là où il bosse ?
- Speaker #1
Coupé, je ne sais pas si on peut dire coupé, mais par contre c'est vrai que quand on a quelque chose de prévu, pour lui, c'est vrai que vu qu'ils sont trois, dans l'organisation c'est moins de prise de tête. C'est vrai qu'il sait que s'il n'est pas là une journée, l'avenir de l'affaire n'est pas en péril. Non, non, on arrive à couper ici un petit peu quand même. Mais voilà, ça va se faire, ça va venir avec le temps, il faut se forcer.
- Speaker #0
Est-ce que ça t'arrive d'aller filer un coup de main sur son exploitation ? Déjà, est-ce que tu as le temps de le faire ? Est-ce que tu le fais parce que tu en as envie ? Est-ce que tu le fais parce que tu as vite surplacé, donc c'est pratique ? Et puis pour gagner un peu de temps pour lui, pour qu'il soit un peu plus dispo pour toi, ou vraiment, tu n'y vas pas ?
- Speaker #1
Non, enfin j'y vais quasiment pas. J'y vais les soirs quand je rentre à la maison et que lui est encore sur la ferme en train de faire du pansage tout ça, je vais juste vous faire un tour, je l'aide pas parce qu'en général... Le fait qu'il soit déjà 3, tout est tellement à jour par rapport à moi. J'ai plus besoin de lui que lui a besoin de moi.
- Speaker #0
Oui, je comprends.
- Speaker #1
En fait, vu que je suis toute seule, déjà physiquement, on va pas se mentir, mais quand on est une femme, physiquement il y a des choses qu'on ne peut pas faire. Oui, c'est vraiment dans ce sens-là. Après, il n'est pas tous les quatre matins chez moi. C'est vraiment quand j'ai des choses très spécifiques à faire, tu vois, des chantiers d'ensilage, des choses comme ça où il faut être plusieurs. Ou alors quand, par exemple, je ne sais pas, j'ai une abreuvoir à changer, des choses où il faut être plusieurs, quoi, que je ne peux pas faire toute seule. Maintenant, chez lui, j'y vais, oui, comme ça, faire un tour, discuter avec ses associés, aller voir ses vaches, etc. Mais d'un point de vue du travail, non, j'y vais quasiment pas vraiment très, très peu parce qu'ils se débrouillent très bien tous les trois et ils n'ont pas besoin de moi pour faire des chantiers.
- Speaker #0
Ok, je comprends. Et sur le côté vie en ruralité, est-ce que tu vivais sur l'exploitation de ton papa ? Est-ce que tu as toujours vécu à la campagne et tu t'es toujours dit que tu ne te voyais pas vivre ailleurs ? Comment est-ce que tu ressens tout ça ?
- Speaker #1
On a toujours vécu... Enfin, sur la ferme, je ne dirais pas ça. Quand j'étais enfant, on habitait vraiment dans une maison dans le bourg, si je peux dire comme ça. On n'a jamais eu de maison dans la cour de ferme. Mes parents ont fait construire une autre maison qui est en contrebas de la ferme, donc qui n'est pas non plus dans la cour. Donc, j'ai toujours vécu à la campagne, à part pour mes études où j'ai été à Dijon pour faire mes études sup. Mais sinon, j'ai toujours vécu à la campagne. Et oui, j'ai toujours su que j'étais... Quand je serai adulte, j'habiterai en campagne. C'est une certitude. Je ne me vois pas du tout habiter en ville. Ça ne me correspond pas.
- Speaker #0
Et pourquoi ? Qu'est-ce qui ne te correspond pas en ville et qu'est-ce qui te correspond plus à la campagne ?
- Speaker #1
Il y a trop de monde. Il y a trop de monde. Déjà, à la campagne, tu n'as pas de bruit. Tu es dehors en permanence. C'est la nature. Il n'y a pas d'autre mot que ça. C'est la nature. Tu es bien. Tu sors dehors. Tu n'as pas de voisins, déjà. Tu es content. Pas de voisins, j'ai pas de voisins à la ferme, mais j'ai des voisins chez Vincent. Moi, en ville, ça ne me correspond pas du tout. Je ne suis pas faite pour ça.
- Speaker #0
Tu disais que vous n'avez pas grand monde autour. Est-ce que vous avez des amis, de la famille dans le coin ? Est-ce que tu te sens plutôt bien entourée ou parfois un peu isolée ?
- Speaker #1
Alors nous, chez moi, sur ma ferme, ma famille habite autour. Mon père, tout le monde habite quasiment sur la même commune. Pour ma mère, un petit peu plus loin, mais ça reste vraiment à côté. Je me suis toujours sentie entourée. C'est pas comme dans certaines régions où on est vraiment très reculé, où on voit personne. Moi c'est vrai que c'est un avantage comme un inconvénient, mais ma ferme elle est située à côté d'une ville, donc si tu veux, à 10 minutes, tu prends le train, tu prends l'autoroute, c'est vraiment ça. C'est un avantage comme un inconvénient, parce que du coup, moi, la ferme, les maisons sont vraiment très, très près de la ferme. Je n'ai jamais eu de problème pour l'instant, mais voilà, c'est un avantage.
- Speaker #0
Vous avez des amis dans le coin ?
- Speaker #1
Oui, nos amis sont agriculteurs, la plupart d'entre eux. Donc voilà, c'est vrai qu'on est très bien entourés.
- Speaker #0
Sur le fait qu'il y ait beaucoup de milieu agricole, est-ce que ça te réconforte ? Est-ce qu'ils comprennent vos contraintes ou vos annulations de dernière minute pour des contraintes agricoles ? est-ce que tu aimes bien pouvoir échanger sur ta ferme, sur les soucis que tu rencontres, sur l'amour que tu as de ce métier ? Est-ce que parfois tu aimerais pas aussi avoir des amis qui sont pas spécialement du milieu pour pouvoir parler un peu d'autres choses aussi ? Même si je sais que des agriculteurs ne parlent pas que de leur ferme, de la météo, bien que beaucoup quand même. Qu'est-ce que tu penses de ça ?
- Speaker #1
Bon, on a quand même des amis qui ne sont pas du tout issus du milieu agricole, moi mes deux meilleurs amis sont... pas du tout là-dedans. Après, c'est vrai qu'on essaye vraiment, au possible, de ne pas parler de nos fermes. À part parler d'entreprises ou de choses comme ça, de business, si je peux dire. Je ne pense pas qu'on soit des personnes fermées. Donc, c'est vrai qu'avec nos amis qui ne sont pas issus de ce milieu, ça passe très bien. Ils comprennent très bien aussi qu'on puisse ne pas être là ou qu'on ait des imprévus, qu'on arrive tard, parce que ça, oui, on arrive toujours très tard. au dîner des copains mais en général on a vraiment des personnes qui comprennent très bien notre métier sans vraiment trop connaître ce qu'on fait mais en général ça se passe très bien ok et tu parlais tout à l'heure donc du elle
- Speaker #0
est trop jolie pour être agricultrice oui est ce que la féminité c'est important pour toi et est ce que tu trouves que c'est facile d'être féminine en étant agricultrice et en vivant en ruralité de manière un peu plus générale ?
- Speaker #1
Alors moi, je trouve ça super important. J'ai beaucoup trop l'image de... Avant d'être installée, je travaillais en service de remplacement caprin. Donc j'allais dans les fermes. La plupart du temps, c'est des femmes qui ont des chèvres. J'allais beaucoup dans des fermes aider des femmes pour leur donner un coup de main, etc. Et c'est vrai que j'ai beaucoup trop remarqué que ça se laisse aller. C'est vrai que... Étant donné, ça dépend où on se trouve, mais c'est vrai qu'il suffit que ce soit des fermes qui soient très reculées, dans le fin fond du charolais ou des choses comme ça, quand on ne voit pas grand monde, mis à part ses clients pour vendre ses fromages, on ne fait pas spécialement attention. Donc moi, je n'irai pas jusqu'à dire, moi la semaine, je ne me maquille pas, je ne vais pas me maquiller pour mes vaches. Mais c'est vrai que quand on sort avec Vincent, quand on va voir nos amis, etc., j'aime bien être bien habillée, bien coiffée, maquillée. Mon petit plaisir tous les mois, c'est d'aller me faire faire les ongles. Donc voilà, pour moi, c'est des choses qui sont importantes. Tout autant du point de vue de ma personne que d'un point de vue de mon couple.
- Speaker #0
Et j'allais dire justement, comment est-ce qu'on fait pour être féminine alors qu'on est agricultrice ? Est-ce qu'on achète une cote rose et on met des bottes à paillettes ? Et on se met de rouge à lèvres pour aller voir ses vaches ? Qu'est-ce qui, toi, te fait plaisir pour être féminine dans ce cadre-là ?
- Speaker #1
Non, justement, tout ce qui est cotes roses, ça, je ne suis pas... Enfin, c'est vraiment, vraiment pas mon truc, mais pas du tout. La seule chose que j'aimerais dans les cotes, tu vois, c'est qu'ils les taillent pour des femmes, quoi. Que les fesses passent dans les cotes, accessoirement, et qu'on n'ait pas des manches qui fassent 2 mètres de long. Ça, ce serait top, tu vois, s'il y a un message à faire passer. Non, pour moi, c'est juste, voilà, mettre du mascara le matin, à la limite, pour aller au boulot. Tu vois, rien que ça, mettre du mascara... Et d'aller au boulot, moi, c'est très bien comme ça. Et d'avoir les ongles faits, ça, tu vois, j'adore.
- Speaker #0
Ouais, ouais. Puis comme tu dis, en fait, tes vaches, elles s'en moquent. Mais toi, si tu te sens bien comme ça, tant mieux, en fait.
- Speaker #1
Exactement ça. Moi, dans mon esprit, c'est si on se sent bien dans sa tête, on se trouve pas mal au boulot. Ça fait que passer des bonnes journées si on se sent bien dans sa tête.
- Speaker #0
C'est ça, ouais. C'est super important au quotidien. Tu parlais tout à l'heure des enfants et du fait que ça te faisait peut-être... peur d'avoir des enfants avec un agriculteur alors que vous êtes sur deux exploitations séparées. Est-ce que c'est un projet que vous avez et comment est-ce que vous projetez là-dessus ? Est-ce que vous pensez mettre en place des ajustements ? Comment est-ce que tu penses que vous allez construire votre vie de famille avec vos deux exploitations ?
- Speaker #1
Avec Vincent, c'est un projet qu'on a ensemble tous les deux d'avoir un enfant. Après, quand, c'est la bonne question. Moi, c'est quelque chose qui me fait peur parfois et après, je me rassure très rapidement parce que je me dis qu'on n'est pas les premiers et on ne sera pas les derniers dans cette situation. Moi, ce qui me fait peur, c'est surtout l'organisation quand je serai enceinte. Dans ma tête, je suis en train de me dire que je suis une warrior, que je vais aller au bout. Après, la réalité, elle revient vite. elle revient vite. J'ai vraiment conscience que peut-être qu'au début ça va bien se passer.
- Speaker #0
Oui, vous adapterez et vous trouverez les solutions. Merci beaucoup Justine pour cet échange. Merci d'avoir pris du temps pour discuter toutes les deux.
- Speaker #1
Merci à toi, ça a été un plaisir vraiment de partager ma petite vie avec toi.
- Speaker #0
C'est la fin de notre échange. Merci de l'avoir écouté jusqu'au bout. Si cet épisode vous a plu, je vous invite à découvrir tous les autres. Vous pouvez également noter le podcast sur votre plateforme d'écoute préférée. Et pour suivre l'aventure au quotidien, retrouvez-moi sur les réseaux sociaux, mais surtout sur Instagram où je suis très active. N'hésitez pas à vous abonner, liker, partager. C'est grâce à vous que ce projet prend forme et qu'il peut continuer à grandir. Et mesdames, si vous avez envie de raconter votre histoire, rejoignez-moi dans un prochain épisode. A bientôt !