- Speaker #0
Bonjour et bienvenue au centre de podcast que ça mène quand on s'aime, celui qui donne la parole aux conjoints d'agriculteurs. Elles sont femmes de céréaliers, d'éleveurs, de viticulteurs, en bio, en conventionnel, en raisonnée. Elles viennent de toute la France. Certaines sont tombées dans l'agriculture toute petite. D'autres la découvrent jour après jour. Elles jonglent entre la ferme, la famille, leur métier. Elles portent une force incroyable. Moi c'est Marion, et avec ce podcast, j'espère que certaines d'entre vous se reconnaîtront dans leurs propos, pourront les conseiller, les écho à leur goût, prendront peut-être un peu de recul, pourront du soutien, ou simplement verront une mise en lumière de ce qui se vit, souvent dans l'ombre, au cœur des fermes. Ici c'est de la good fight,
- Speaker #1
de la sororité, du partage, et un vrai souffle de girl power en agriculture. Alors, à votre avis, où ça mène quand on s'aime ?
- Speaker #0
Aujourd'hui, je reçois Solène. On vient tout juste de faire connaissance toutes les deux et je suis très contente de partager ce petit moment avec toi. Pour commencer cette interview, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?
- Speaker #1
Je m'appelle Solène, je suis maman de deux enfants qui ont 5 et 11 ans. Je suis chargée de communication, je m'occupe essentiellement d'animer les réseaux sociaux pour plusieurs marques. Je suis salariée, je suis séparée du papa de mes enfants depuis trois ans maintenant. Et j'ai rencontré Florian. qui est agriculteur et ça fait un an et demi maintenant qu'on est ensemble. Donc je suis entre la ville et la campagne, entre la ferme et ma petite maison. J'habite Mayenne, dans le département de la Mayenne. Voilà ma petite présentation.
- Speaker #0
C'est très clair. Est-ce que tu peux nous présenter un peu plus en détail l'exploitation de ton conjoint, ses principales activités, son mode de production, la taille de l'exploitation ? Enfin, ce que tu veux.
- Speaker #1
Il est installé, donc il est dans le nord Mayenne. Il est installé avec ses parents. Ça fait 7-8 ans maintenant qu'il est avec ses parents, qu'ils ont un peu, je crois que c'est 120 hectares. Donc, ils cultivent essentiellement pour nourrir leurs vaches, parce qu'ils ont des vaches laitières, entre 110 et 120 vaches laitières. Et donc, ils cultivent essentiellement du maïs, du blé, de l'orge. Voilà, donc essentiellement pour nourrir les vaches. Et à côté de ça, donc, il a également des veaux, 400 veaux. Et ils ont également des porcs. Donc, ça fait pas mal d'élevage, ouais.
- Speaker #0
Ok. Oui, ça fait pas mal de boulot, en effet.
- Speaker #1
Ça fait pas mal de boulot. Après, ils sont robotisés, le robot de traite et robot pour nourrir aussi les vaches.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Toute la journée, en fait, il y a un robot qui vient nourrir les vaches. Donc, ils se sont un peu délestés de cette partie-là. Moi, je vais l'aider, mais c'est très ponctuel.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Ça m'arrive d'aller l'aider de temps en temps, parce que j'ai mes enfants une semaine sur deux. Et donc, une semaine sur deux, je suis un peu plus dispo pour aller l'aider le soir ou le week-end.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Voilà. Ça m'amuse en plus, je trouve ça sympa.
- Speaker #0
Ce que j'allais dire, t'aimes bien. Qu'est-ce que tu fais pour l'aider ?
- Speaker #1
Ouais, j'aime bien. Là, tu vois, la dernière fois, on a rentré la paille pour les veaux, parce qu'il se fait livrer les aliments pour les veaux. Donc, on a rentré ça. C'est assez physique. Donc, c'est vrai qu'il y a des trucs, des fois, c'est quand même assez physique. Je vais l'aider pour nourrir les veaux aussi. Je monte dans le tracteur, je vais avec lui. En fait, pour le voir aussi de temps en temps, il faut quand même que je sois un peu avec lui au boulot. Donc c'est vrai, quand il y a les moissons, les choses comme ça, je vais avec lui.
- Speaker #0
Ok, trop bien.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Alors maintenant qu'on voit un peu mieux le décor, on va parler un peu plus de toi. D'où viens-tu initialement et est-ce que tu as grandi dans un milieu agricole ?
- Speaker #1
Alors non, ce n'est pas du tout mon milieu. C'est ça qui est assez marrant et un peu insolite. C'est que moi, j'ai vécu 30 ans à Paris avant d'arriver en Mayenne. Je suis parisienne, moi, à la base. Et donc, le papa de mes enfants est mayennais. Et donc, quand je l'ai rencontré, déjà, je ne savais pas du tout, je ne connaissais pas du tout l'existence de ce département. C'est quand même très drôle. Et donc, on a eu notre premier enfant. Et de là, on s'est quand même posé la question de se dire, qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on reste à Paris ? C'est vrai que c'était une vie pour nous, déjà pour lui, parce que lui, il n'était pas originaire de Paris. Et puis moi, c'est vrai que je commençais à en avoir marre de ce rythme parisien, ce rythme effréné, de ces petites surfaces, pas de jardin, pas d'extérieur. Et c'est vrai que quand on a un enfant, on a une vie qui change aussi, on a un rythme différent. Et la question s'est posée de se dire, est-ce qu'on part ? Est-ce qu'on reste ? naturellement, on s'est dit pourquoi on n'irait pas en Mayenne ? Mon ex-conjoint avec toute sa famille et ses amis ici. C'est vrai que moi je l'ai suivi sans vraiment trop réfléchir. J'ai fait une rupture conventionnelle à l'époque dans mon ancien travail. J'ai tout quitté quoi, famille, travail, amis pour venir en Mayenne. Donc lui pas du tout agriculteur, pas du tout dans le milieu agricole, infirmier. Mais voilà on a atterri quand même en campagne. Et moi je me suis dit waouh c'est un peu violent quand même le changement. On était vraiment en plein milieu des champs, on avait trouvé une location et j'avais dit « C'est quand même un peu violent, si on pouvait se rapprocher un peu de la ville. » Donc on est partis vivre à Mayenne. Puis voilà, ça s'est fait comme ça, c'est comme ça que j'ai arrivé en Mayenne. Et je suis tombée un peu amoureuse de ce département, de cette ville, parce que qualité de vie, parce que les gens hyper accueillants. Je suis tombée amoureuse de cette vie, de ce nouveau rythme qu'on avait trouvé.
- Speaker #0
Ok. Comment est-ce que tu as vécu cette transition ? Et quels moyens tu as mis en place pour la vivre au mieux, pour vous montrer du monde, pour faire ton cercle autour de toi ? En fait,
- Speaker #1
moi, je suis quelqu'un de très sociable, déjà de base. Donc c'est vrai que ça ne me faisait pas peur de quitter ma région. En tout cas, je n'ai pas trop réfléchi. Et je suis quelqu'un d'assez ouverte. Les amitiés, moi, c'est quelque chose, ça va, ça vient. Je n'ai pas un groupe d'amis. Je n'avais déjà pas un groupe d'amis très fixe. Voilà, moi, je... J'aime bien rencontrer des gens, des nouvelles personnes, faire de nouvelles expériences. Donc c'est vrai que ça n'a pas été trop dur. Donc au début, quand je suis arrivée en Mayenne, j'ai tout de suite rejoint une association pour me faire des contacts, me faire un réseau. Donc je suis rentrée dans une association qui faisait des actions sur la ville de Mayenne essentiellement. De là, j'ai commencé à rencontrer des gens, à me faire des contacts, des nouveaux amis. Je dansais pas mal, donc j'ai fait pas mal de sous. soirée sur Laval. Donc c'est comme ça que j'ai commencé à me faire mon réseau. Et puis j'avais mon fils qui était petit, donc c'est vrai que ça m'occupait pas mal. J'ai monté mon autre entreprise aussi, où j'ai fait un site e-commerce où je vendais des vêtements d'occasion pour enfants. Donc voilà, ça a commencé comme ça. Puis mon conjoint avait quand même des amis ici, donc c'est vrai que c'était plus facile aussi. Et puis ses parents, etc. Donc je me suis pas retrouvée toute seule finalement, même si je m'étais éloignée de ma famille. Il y avait quand même de son côté des connaissances, donc ça a facilité un peu les choses. Voilà.
- Speaker #0
Ok, je comprends bien. Et tu parlais de monter ta micro-entreprise. Est-ce que tu peux nous parler un petit peu de ton parcours professionnel et comment t'en es arrivée à être à Paris ? Je suis pas à mon compte.
- Speaker #1
Mais c'est vrai que quand j'ai quitté mon entreprise à Paris, c'est vrai que j'ai fait pas mal de choses. Et quand je suis arrivée, je me suis dit, tiens, est-ce que ça serait pas l'occasion de monter mon propre projet, de faire vraiment ce que j'ai envie de faire ? J'ai fait une petite formation sur la création d'entreprises à Laval pour monter mon business plan, etc. Voir si mon projet était viable. Donc j'ai créé cette... ce site e-commerce. Il n'a pas duré très longtemps parce que c'est vrai que je me suis un peu essoufflée et donc je me suis vite remise dans le salariat et j'ai travaillé pour une entreprise de robe de mariée. J'ai pris le poste de community manager, donc j'animais les réseaux sociaux pour cette entreprise. Ensuite le Covid est arrivé, j'étais enceinte et là je me suis lancée sur les réseaux sociaux. À titre personnel, je me suis dit tiens pourquoi je ne développerais pas mon propre compte Instagram et je me suis mise à faire des vidéos très régulièrement. Et en fait, ça a pris, j'ai une communauté qui a grossi, qui est arrivée. Aujourd'hui, j'ai à peu près 17 000 abonnés sur mon compte Instagram, lesjoiesdelacampagne. Donc lesjoiesdelacampagne, déjà, j'avais déjà choisi ce nom il y a plusieurs années, bien avant de rencontrer Florian, finalement. C'est quand même marrant, quoi. Et donc après, de fil en aiguille, en fait, l'office de tourisme de mon département m'a contactée. Parce que voilà, je commençais à avoir une petite communauté, je mettais en avant le département. Dès que j'allais visiter quelque chose, je faisais des stories, je faisais une vidéo. Donc en fait, ça a fait boule de neige comme ça. J'ai commencé à mettre en lumière les commerçants du coin, etc. Ça a pris un peu comme ça. Et à la sortie du Covid, il a bien fallu que je retrouve un travail. Fin de mon congé maternité, j'ai retrouvé du travail. Et aujourd'hui, je suis community manager dans l'entreprise pour laquelle je travaille. Et à côté de ça, j'anime mes réseaux sociaux aussi à titre perso, ma petite communauté que j'adore.
- Speaker #0
Influenceuse rurale donc ?
- Speaker #1
Influenceuse rurale, complètement. et ça marche. Trop, trop chouette.
- Speaker #0
C'est drôle en fait avec ce parcours d'ex-parisienne des verculaires qui connaît pas le département.
- Speaker #1
C'est complètement atypique. C'est vrai que je suis devenue un peu ambassadrice si tu veux de ma ville et puis du département. C'est ça qui est trop drôle et venant de Paris, c'est vrai que j'ai un regard. C'est génial pour le département d'avoir une personne comme moi qui vient de Paris et qui s'est super bien adaptée à la vie mayonnaise et qui aujourd'hui en plus c'est avec un agriculteur, donc je peux pas être... plus près de la terre et de la Mayenne. Je trouve ça génial.
- Speaker #0
Je trouve ça dingue, je trouve ça trop intéressant. Qu'est-ce que tu partages sur ce compte ? Qu'est-ce qui t'anime à partager avec ta communauté ?
- Speaker #1
Ce que j'aime, c'est que ça va dans les deux sens. On dit souvent influenceuse, mais je ne me vois pas du tout comme influenceuse. Je ne vends rien sur mon compte Instagram, je n'aime pas du tout faire de la pub. J'ai des marques qui me démarchent, mais ce n'est pas du tout le but de mon compte Instagram. Ce que je partage, c'est vraiment ma vie, un peu ma vie perso quand même, même si je choisis ce que je veux mettre. J'essaie de ne pas trop partager mes enfants parce qu'ils grandissent et puis mon fils est au collège. On sait que ça devient un peu un moment sensible, donc je ne partage pas trop mes enfants. Non, je partage beaucoup ce que je fais en Mayenne, des sorties, des lieux à visiter, des commerçants, des associations. Ça peut être une inauguration, une soirée qui va se passer en Mayenne. Je partage vraiment beaucoup ce qui se passe en Mayenne. Et puis ma vie de femme d'agriculteur, j'aime pas trop dire femme d'agriculteur, mais je vis avec Florian, donc je partage aussi un peu son quotidien, puis lui ça le dérange pas du tout, donc c'est ça aussi que j'ai trouvé génial. Souvent les agriculteurs ils sont un peu réservés, ils sont assez pudiques, ils aiment pas trop ça en général les réseaux sociaux, et là c'est ça que j'ai bien aimé aussi, c'est qu'il respectait aussi moi ma passion, et puis il joue le jeu avec moi, il partage aussi avec moi, il est content de partager. Et voilà, ça s'est fait comme ça.
- Speaker #0
C'est important aussi de montrer encore autre chose, en montrant les choses d'une ferme, etc. C'est de plus en plus intéressant.
- Speaker #1
En fait, Florian, ce qu'il a envie, c'est aussi de montrer qu'il n'y a pas qu'un type de ferme, c'est-à-dire qu'un agriculteur égale une ferme. Ils fonctionnent tous différemment. Et c'est aussi ouvrir les yeux aux gens sur le monde agricole. Je pense qu'il y a plein de gens qui s'imaginent quelque chose. Et en fait, c'est très différent quand on est vraiment dedans. Moi, je peux en témoigner. C'est vrai que maintenant que je vis avec Florian, il y a plein de choses que je découvre, que je vois, que je n'imaginais pas. La connaissance qu'ils ont, c'est quand même incroyable. Sur le monde animal, sur la terre, sur les saisons. Ils connaissent plein de choses. On a des clichés des fois dans la tête. Et c'est vrai que de vivre dedans, c'est un autre regard qu'on a.
- Speaker #0
Et justement, quel regard, toi, tu avais sur l'agriculture, sur les agriculteurs et les fermes dans ta vie parisienne à l'époque ?
- Speaker #1
Et bien honnêtement, j'en avais pas quoi. Je m'y intéressais pas déjà. Dans mes souvenirs, j'avais aucun intérêt quoi. C'est-à-dire que j'allais dans un supermarché, je mangeais, je vivais sans me préoccuper de savoir d'où ça venait, quel travail il y avait derrière, quelle énergie ça demandait pour produire tout ça, quelles contraintes ils avaient. Tout ça, j'en tenais pas du tout compte. Et je l'ai vraiment découvert même encore il y a quelques années, même pas en Mayenne, alors un peu plus. On est quand même plus près des agriculteurs, plus près du consommé local. Quand on part en province, c'est vraiment en rencontrant Florian que j'ai pris conscience de plein de choses. Et c'est vrai que je n'avais pas du tout conscience de tout ça quand j'étais dans ma vie parisienne. Pas du tout.
- Speaker #0
Quand tu es arrivée en Mayenne, est-ce que le fait de faire ce choix de cette vie rurale, tu as dû faire des concessions au niveau professionnel ? Ou est-ce que les choses se sont faites naturellement dans un parcours pro ?
- Speaker #1
Oui, forcément, j'ai fait des concessions. Alors, il y a deux étapes. C'est-à-dire que je différencie un peu mon départ en Mayenne et puis ma vie avec Florian, aujourd'hui. Quand j'ai quitté Paris pour venir en Mayenne, bien sûr que j'ai fait des concessions. J'ai suivi mon conjoint, j'ai quitté mon travail. Pour moi, si, j'ai quand même fait des concessions. À l'époque, pour moi, c'était des concessions. Aujourd'hui, je le considère peut-être un peu moins comme ça, parce que je suis très contente de ma nouvelle vie en Mayenne. Mais à l'époque, oui, j'ai quand même fait des concessions, parce que j'ai quitté un bon poste. Clairement, on n'est pas rémunérés pareil. Ici en Mayenne qu'à Paris, même si on n'a pas les mêmes frais ici, on peut dire que j'ai quand même, au niveau professionnel, perdu quelque chose. J'ai gagné en qualité de vie, j'ai gagné d'autres choses sur d'autres plans. Et aujourd'hui, avec Florian, non. Du coup, on n'habite pas encore ensemble.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Parce que je n'ai pas encore envie, justement, de faire ce... Je n'ai pas envie de me dire, je vais refaire comme j'ai fait il y a dix ans, où j'ai tout quitté, un peu les yeux fermés. Là, je prends mon temps. On va dire que je prends plus mon temps. J'ai vieilli aussi. J'ai mûri, j'ai grandi. Et je prends plus mon temps aujourd'hui. Puis j'ai deux enfants. Donc voilà, je suis un peu moins tête brûlée. Je réfléchis un petit peu plus. Donc pour l'instant, je reste sur la ville de Mayenne. Et puis Florian est sur la ferme. Parce que je sais que Florian pourra de toute façon pas quitter sa ferme. Donc si un jour, il doit y avoir un changement, ce sera à moi de le faire. Donc voilà, pour l'instant, on prend notre temps. Pas de précipitation pour ce deuxième changement de vie qui m'attend. J'ai réfléchi pour l'instant, on prend notre temps.
- Speaker #0
Oui, je comprends bien. Du coup, est-ce que tu as des appréhensions par rapport à ce changement de vie futur et au fait d'aller peut-être un jour t'installer sur la ferme avec lui ?
- Speaker #1
Des appréhensions ? Oui, forcément, j'en ai. Pour être honnête, oui, j'en ai. Ça veut dire vivre sur la ferme, ça veut dire vivre au rythme quand même de la ferme, ça veut dire s'éloigner de la ville. Ça me fait un peu peur, quelque part. Ça veut dire aussi s'éloigner de l'école de mes enfants. Oui, ça fait toujours un peu peur. Je pense que quand je le sentirai et que ça se fera, non, c'est que je n'aurai plus de crainte. Donc, pour l'instant, on reste comme ça. Une semaine sur deux, je suis à la ferme. Et puis, une semaine sur deux, je suis à la ville avec mes enfants. Et ça nous convient bien pour l'instant comme ça. On a trouvé un peu un équilibre.
- Speaker #0
Quand vous vous êtes rencontrés, d'ailleurs, comment vous vous êtes rencontrés ? Et qu'est-ce que tu as pensé du fait qu'il était agriculteur ? Est-ce que tu avais des... ou des craintes par rapport à son métier ?
- Speaker #1
Comment on s'est rencontré ? Mayenne Tourisme m'a envoyée plusieurs fois sur le salon de l'agriculture à Paris pour être un peu en mode reporter avec ma casquette d'influenceuse, aller sur l'événement et puis faire des stories, faire des posts sur le salon. On avait un stand pour la Mayenne là-bas. Et en prévision de ce salon, je voulais préparer un peu mon déplacement et j'avais envie d'interviewer des agriculteurs mayennais. Je me suis dit tiens je vais aller à la rencontre des agriculteurs, c'est là que ça m'a fait un petit déclic, je me suis dit tiens. En plus c'était au moment des manifestations, je me suis dit tiens je voudrais essayer de comprendre leur colère et avoir leur ressenti. Et donc j'avais fait des stories où j'avais fait un peu appel à témoins d'agriculteurs et donc Florian à ce moment-là avait répondu. Et de là, on a commencé à se parler, à échanger. Et au fil d'âge, je ne suis jamais allée l'interviewer parce que je pense qu'il est pareil, un peu frileux, peut-être un peu peur de ce qu'on va penser de leur façon de travailler, ou je ne sais pas, donc assez pudique. Et finalement, je n'ai jamais... pu aller filmer, il m'avait dit, écoute, on fera ça au beau jour, parce que c'est plus agréable à la ferme quand il fait beau, et on va continuer à discuter comme ça, et puis on s'est vus quelques semaines plus tard, on s'est rencontrés, c'est moi qui suis allée sur la ferme. J'avais proposé qu'on se voit dans un lieu un peu neutre, en ville, mais non, je n'avais pas senti qu'il était ok, donc je me suis dit, bon, allez, je vais là-bas. Et voilà, c'était comme j'avais imaginé, super accueillant. Je savais ce qu'il faisait, je savais à quoi m'attendre. L'attirance était plus forte que de me dire, il est agriculteur et je savais bien qu'il ne pourrait pas sortir comme ça tout le temps le soir, que ça allait changer ma vie. Mais je lui faisais confiance, je me suis dit, ça va le faire. On va trouver des solutions pour lui faire un pas vers moi, faire un pas vers mon rythme de vie et moi faire un pas vers le sien. et en fait je suis Je pense que mon profil lui correspondait parce que j'étais indépendante, j'avais mes enfants. Je n'allais pas l'attendre à la maison toute la journée. Ça a matché assez rapidement.
- Speaker #0
Et alors, comment est-ce que vous arrivez à trouver des moments de couple dans cette ville-là, entre la ferme et la ville ?
- Speaker #1
La semaine où je suis avec mes enfants, il vient. C'est lui qui vient chez moi, donc dès qu'il a fini. Et puis après, il part le lendemain matin. Il faut qu'il nourrisse ses veaux le matin avant 7h. Et puis on se retrouve le soir. C'est comme ça la semaine où j'ai mes enfants. Donc on arrive quand même à se voir. Et les semaines où je n'ai pas mes enfants, c'est moi qui vais à la ferme. Je viens chez lui, j'arrive ici, puis on fait notre petite vie. Là, pour le coup, on n'est que tous les deux, donc on profite. Et puis les week-ends, il travaille le matin et le soir. Donc on est quand même un peu assignés à la ferme le week-end. On ne peut pas vraiment partir en week-end. Ça, c'est vrai que ça peut être un peu frustrant des fois pour moi. Lui, il a l'habitude. Pour lui, ce n'est pas une contrainte. Mais c'est vrai que pour moi, des fois, ça peut être un peu frustrant. Et donc, il faut qu'il soit à la ferme le matin et le soir à 17h, 17h30, il faut qu'il soit à la ferme. Donc, c'est vrai que ça nous oblige à être pas loin, à rester dans le coin, même si des fois, on part faire... Ça peut nous arriver d'aller en ville, de se faire un resto le midi. Mais il faut qu'on soit revenus. Donc ça, c'est vrai que ça nous bloque un peu des fois.
- Speaker #0
Et les vacances, vous êtes déjà parties ensemble ? Non ?
- Speaker #1
Il n'y en a pas. Non. Honnêtement, en un an et demi, il n'y a pas eu de vacances. Donc ça, c'est vrai que pour moi, c'est un peu lourd, des fois, à porter. En fait, j'ai des pics de... Des fois, ça va pendant un bon moment, puis après, j'ai des pics de... Putain, ça me saoule, quoi. Ça me saoule de pas avoir de vacances. Est-ce que c'est moi qui en demande trop ? Est-ce que... Donc lui, il comprend, mais c'est vrai que pour lui, c'est pas évident de prendre des vacances, parce qu'il est qu'avec ses parents. J'ai du mal encore à comprendre comment il pourrait se faire remplacer. Je sais qu'il y a des services de remplacement.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Mais ils font pas appel à ça, donc... Donc, je ne sais pas... Comme je ne suis pas dans les petits papiers, je suis avec lui, je suis à la ferme, il me raconte tout. Et comme je ne suis pas vraiment avec eux, je ne sais pas trop ce qui est possible de faire, ce qui n'est vraiment pas possible financièrement, etc. Donc je ne sais pas trop jusqu'où je peux aller pour lui demander des week-ends, des vacances. J'ai quand même dit à un moment, un week-end par mois, ce serait bien. Un week-end complet, un week-end par mois où on peut quand même se libérer. Ce serait bien. Donc pour l'instant, il s'y tient.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
On s'y tient, mais dans sa tête, il faut quand même que si on prend un week-end, c'est vraiment pour faire quelque chose. C'est-à-dire qu'il faut qu'on parte, qu'il y ait une raison de prendre un week-end.
- Speaker #0
Oui, bien sûr.
- Speaker #1
Pour lui, un week-end, c'est compliqué. On sent qu'il y a une pression, une pression où c'est dans l'éducation, je ne sais pas, parce que ses parents étaient agriculteurs, ses grands-parents étaient agriculteurs. Ils ont une façon de voir les week-ends et les vacances qui n'est pas forcément... Pour eux, se reposer, ça n'existe pas.
- Speaker #0
Ouais, c'est même pas forcément un besoin, sans doute, quand tu dis, moi, je suis pas en carte. Peut-être qu'il ne le comprend pas tant,
- Speaker #1
parce qu'il ne l'a jamais trouvé avec lui non plus. Puis lui, comme s'il n'en avait pas forcément besoin. Donc maintenant qu'il est avec moi, si, ça paraît plus évident. Mais c'est quand même encore... Des fois, on a l'impression que c'est un gros mot, de dire, allez, on se prend des vacances. On a parlé déjà de partir une semaine l'année prochaine, l'été prochain. Donc je pense qu'il va s'organiser en fonction. Mais ouais, c'est vrai que c'est un sujet qui peut un peu, des fois, un peu grincer, quoi. Mais non, non, ça se fait. Ouais, ça se fait.
- Speaker #0
C'est un peu pour ça qu'on l'aborde et je pense que de nombreuses nanas vont se retrouver dans les sentiments que tu partageais, dans se dire, j'ai pas envie de le faire culpabiliser non plus. Et puis, comme tu dis, c'est pas vraiment à toi, à la ferme, d'aller dire, alors, vous voulez pas mettre des choses en place ? Je le sens pas. Voilà, faudra que ça vienne peut-être un peu... Faudra voir comment ça peut se faire, mais... C'est toujours un peu... C'est un petit peu de chier comme sujet, moi je comprends.
- Speaker #1
Oui, il était question peut-être de recruter quelqu'un. Donc c'est en discussion avec ses parents. Et puis voilà, c'est normal.
- Speaker #0
Et justement, tu parles de ses parents, du fait qu'il travaille avec eux. Quelle est ta relation avec ta belle famille ? Et comment tu vis le fait qu'il soit un peu omniprésent dans votre vie ? Du fait de travailler avec lui, sans doute d'habiter pas loin, je suppose, de la ferme aussi.
- Speaker #1
Alors, je m'entends très bien avec ses parents. Les parents habitent vraiment sur la ferme. De leur maison, on voit les vaches. Mais lui, il est... Alors, il n'est vraiment pas loin du tout, mais il est au bout d'une route. Il a trouvé une maison, il a acheté une maison, vraiment au bout du chemin qu'il donne à la ferme. Donc, on n'est pas vraiment sur la ferme. Donc, ça, c'est quand même bien.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
On n'a pas ce côté où on voit non plus les parents tous les matins, tous les soirs, enfin, en tout cas, moi. Et voilà, sinon, on s'entend super bien avec les parents. Je trouve que c'est des gens qui ont une routine de vie. Il ne faut pas avoir peur de la routine quand on est femme d'agriculteur, parce que c'est vrai qu'ils sont très routiniers. Ils ont une journée, c'est calé. C'est-à-dire que le matin, ils déjeunent ensemble, ils prennent le café ensemble avant vraiment de commencer la journée. Et le soir, c'est le café avant de repartir sur les vaches, et puis forcément sur les veaux, et puis les cochons. Et puis moi, je vais piocher un peu dans cette routine. C'est-à-dire que si j'ai envie d'aller boire le café avec eux, j'y vais. Donc voilà, ils arrivent quand même vraiment à séparer leur vie privée et puis le travail. Même si des fois, ce n'est pas toujours évident, mais ils essayent quand même de le faire. Et ça, c'est appréciable pour les gens qui ne travaillent pas avec eux, dont moi. C'est appréciable. Donc non, on s'entend très bien. Florian, on les voit toute la journée. Mais moi, finalement, je vais faire ma vie aussi. Je vais au travail le matin, je ne les croise pas forcément. Et le soir, je rentre, je retrouve Florian. On ne voit pas forcément ses parents. En fait, on les voit un peu le week-end finalement, mais sinon la semaine, pas tant que ça.
- Speaker #0
Et justement, tu m'en parlais de s'installer à la ferme. Est-ce que toi, le fait d'habiter à 3 mètres de ta belle-mère, de ton beau-père, ça fait partie des choses que tu appréhendes un peu ? Tu nous parlais un peu de certaines craintes à y aller. Est-ce que ça, ça te ferait peur ? Ou est-ce que tu te dis, non, en fait, c'est comme ça et chacun d'entre nous aura notre intimité, il n'y aura pas de soucis ?
- Speaker #1
Non, honnêtement, moi ça me gêne pas du tout, parce que je m'entends bien avec eux. C'est des gens avec qui je m'entends bien parce qu'ils sont assez francs, on rigole bien, on a même un peu le même délire. Et puis voilà, je vois qu'ils ont compris que Florian avait quelqu'un et que ça durait. Et que chacun chez soi aussi, même eux, ils sont plutôt partisans. C'est aussi bien d'être chez soi le soir. On passe de temps en temps, mais c'est quand même chacun sa vie. Il y a un respect qui se fait naturellement de Florian, de moi.
- Speaker #0
Tu nous parlais tout à l'heure de tes enfants. Quand tu leur as dit que tu fréquentais un agriculteur, est-ce qu'ils ont été surpris ? Comment est-ce qu'ils ont réagi à ça ? Et deuxième question, mais qui je pense sera en lien, c'est pour ça que j'enchaîne un petit peu. Qu'est-ce qu'ils pensent, eux, d'aller habiter sur une ferme, une semaine sur deux ?
- Speaker #1
Alors, mes enfants, ils sont hyper cools. Pour le coup... Ils ont tout de suite accroché avec Florian. Alors au début, ça les amusait. Je trouve qu'ils sont un peu moins intéressés maintenant. Non, mais même là, ils demandent de temps en temps de monter à la ferme. Allez, on monte à la ferme. Ma fille, surtout ma petite qui a 5 ans, elle adore aller voir les veaux. Elle adore aller voir les vaches. Moi, je suis contente qu'ils puissent connaître aussi cet univers-là. Je suis contente qu'ils connaissent un peu la ville avec moi et un peu la campagne. Je suis contente qu'ils connaissent Paris parce que de temps en temps on retourne à Paris. Je suis contente qu'ils puissent... Je trouve que pour l'avenir, ils vont s'adapter. Je suis contente qu'ils puissent apprendre à s'adapter à plusieurs milieux, à plusieurs univers. Je trouve que c'est bien. Et puis eux, au début, ça les amusait beaucoup. Et puis un peu moins maintenant. Mais de temps en temps, quand on monte à la ferme, ils sont toujours partants pour monter dans le tracteur ou aller voir les veaux, participer en fait.
- Speaker #0
Ça peut attiser un peu leur curiosité, peut-être qu'ils comprennent aussi un peu mieux ce qu'ils mangent, ce qu'il y a derrière, les animaux, l'éleveur, etc. Et puis là,
- Speaker #1
on n'est pas dans la ferme pédagogique. C'est ce que je dis quand il y a des gens qui me disent souvent « Ah ben, on aimerait trop venir visiter la ferme de Florence. » C'est vrai que c'est la curiosité. On se dit « Attention, c'est pas la ferme, on est vraiment sur une entreprise. » Ils se disent, tiens, je vais venir visiter comme si c'était... Non, on est vraiment sur une ferme quand même. On n'est pas sur la petite ferme pédagogique comme les gens peuvent l'imaginer des fois quand ils sont dans les grandes villes ou les choses comme ça. Donc, il ne faut pas oublier que c'est un lieu de travail et qu'on ne passe pas comme ça, comme on veut. Il y a quand même des gros engins, il y a quand même des choses dangereuses sur une ferme. Donc, ce n'est pas non plus anodin. Il ne faut pas...
- Speaker #0
C'est bien de le rappeler, je pense aussi. Tu as raison. Et alors avec du recul, qu'est-ce qui chaque jour te fait du bien dans cette vie-là ? Est-ce qu'il y a une fierté, une satisfaction particulière à vivre aux côtés d'un agriculteur ?
- Speaker #1
Oui, vraiment. J'admire vraiment Florian pour tout ce qu'il fait, toute sa connaissance sur son métier. Moi, je suis vraiment admirative. Et ça, je pense que c'est un des ingrédients, je trouve, pour qu'un couple marche et un couple dure. C'est vraiment de toujours admirer ce que fait son conjoint. Et là, pour le coup, je suis vraiment admirative de tout ce qu'il fait, avec toutes les contraintes qu'ils ont. Je trouve ça assez fort. Et puis qu'il veuille continuer aussi, parce que ses parents sont à la retraite dans 4-5 ans. Je suis fière de lui, parce qu'il a vraiment trouvé sa vocation. Quand il en parle, c'est des étoiles dans les yeux. Il n'a pas l'impression d'aller au travail. Il n'y va jamais, il ne rechigne jamais. Je suis admirative de ce courage et de cette passion qu'il a pour ce qu'il fait, pour l'agriculture. Oui, vraiment.
- Speaker #0
De toute façon, vivre avec quelqu'un de passionné, c'est hyper élevé le misant, c'est clair.
- Speaker #1
Et puis ça me donne envie presque de le rejoindre. Des fois, je me dis, quand je suis derrière mon ordinateur, à mon bureau, c'est vrai que des fois, je me dis, mais qu'est-ce que je fous là ? En fait, son métier, il y a du sens. Il nourrit les gens. C'est concret. Il fait quelque chose, c'est concret. Il voit tout de suite le résultat. Moi, c'est vrai que je me dis, est-ce qu'on est vraiment fait pour rester derrière un ordinateur toute la journée ? à publier des trucs sur les réseaux sociaux. Et je me dis des fois, pourquoi pas le rejoindre un jour sur une autre activité ? On cherche des fois, on se projette des fois à se dire, pourquoi pas des poules ou quelque chose qui pourrait peut-être plus me correspondre. C'est vrai que les veaux en bâtiment, moi, je l'ai dit à Florian, et je lui dis, si un jour il doit te rejoindre, c'est sur quelque chose de plus... Comment dire ? Plus proche de l'animal, plus proche de la nature.
- Speaker #0
Après, ça pourrait être peut-être de trouver un lien entre tes compétences professionnelles autour de la com et le monde agricole.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai.
- Speaker #0
Il y a plein de choses, je pense, à faire là-dessus. Pour conclure cet échange toutes les deux, est-ce que tu aurais un conseil à partager à une femme qui va s'installer, qui fréquente un agriculteur ?
- Speaker #1
Comme on a dit tout à l'heure, je pense qu'il faut quand même avoir une certaine indépendance. Il faut être occupé. Il faut quand même travailler à côté. ou alors... Si on décide de travailler avec son conjoint agriculteur, pourquoi pas ? Mais c'est vrai qu'il faut quand même être assez indépendante, respecter son rythme, comprendre ses contraintes, et puis garder le lien, montrer qu'on s'intéresse à son univers, à son métier, s'intéresser. Ça, c'est important.
- Speaker #0
C'est déjà hyper complet. et puis je pense que ça permet aussi de... Mieux qu'un D, on parlait un peu de certaines contraintes à vivre avec un agriculteur, mais quand on les comprend, quand on s'y intéresse, c'est beaucoup plus simple de les accepter, de trouver des ajustements et de concilier un peu tout ça.
- Speaker #1
Oui, parce que je suis sûre qu'on peut vraiment trouver des... Ce serait se mentir de dire, non, je ne peux pas prendre un week-end, je ne peux pas passer du temps avec toi. Ce n'est pas possible, même s'ils sont très occupés. On ne passe peut-être pas beaucoup de temps ensemble, mais essayer de faire en sorte qu'ils soient de qualité. Vraiment d'être ensemble quand on est ensemble.
- Speaker #0
Parfait. Merci beaucoup, Mussolini, pour ta sincérité.
- Speaker #1
De rien. Ça m'a fait plaisir.
- Speaker #0
C'est la fin de notre échange. Merci de l'avoir écouté jusqu'au bout. Si cet épisode vous a plu, je vous invite à découvrir tous les autres. Vous pouvez également noter le podcast sur votre plateforme d'écoute préférée. Et pour suivre l'aventure au quotidien, retrouvez-moi sur les réseaux sociaux et surtout sur Instagram où je suis très active. N'hésitez pas à vous abonner, liker, partager. C'est grâce à vous que ce projet prend forme et qu'il peut continuer à grandir. Et mesdames, si vous avez envie de raconter votre histoire, rejoignez-moi dans un prochain épisode. A bientôt !