- Speaker #0
Bonjour et bienvenue au sein du podcast Où s'amène quand on s'aime, celui qui donne la parole aux conjoints d'agriculteurs. Elles sont femmes de céréaliers, d'éleveurs, de viticulteurs, en bio, en conventionnel, en raisonnée. Elles viennent de toute la France. Certaines sont tombées dans l'agriculture toute petite. D'autres la découvrent jour après jour. Elles jonglent entre la ferme, la famille, leur métier. Elles portent une force incroyable. Moi, c'est Marion. Et avec ce podcast, j'espère que certaines d'entre vous se reconnaîtront dans leur profession. trouveront des conseils, des échos à leur vie, prendront peut-être un peu de recul, trouveront du soutien ou simplement verront une mise en lumière de ce qui se vit, souvent dans l'ombre, au cœur des fermes. Ici c'est de la good vibes, de la sororité, du partage et un vrai souffle de girl power en agriculture. Alors à votre avis, où ça mène quand on s'aime ? Aujourd'hui, je reçois Lisa. Salut Lisa !
- Speaker #1
Salut !
- Speaker #0
Tu es enseignante chargée de communication. Tu ne travailles pas encore sur l'exploitation de ton conjoint qui est viticulteur dans le Grand Est à Pfaffenheim.
- Speaker #1
C'est ça, bravo !
- Speaker #0
Vous avez deux enfants et tu es mariée.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et voilà, c'est une petite structure de moins de 20 hectares qui ne fait pas d'élevage et en agriculture raisonnée.
- Speaker #1
C'est ça, tout à fait.
- Speaker #0
Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?
- Speaker #1
Voilà, donc je m'appelle Lisa. Je n'étais pas du tout destinée au milieu agricole, comme beaucoup d'entre nous, je pense. J'ai fait mes études et j'ai exercé en tant qu'assistante sociale pendant très longtemps, notamment dans les hôpitaux et dans les services de cancérologie et à la lutte contre le cancer. Et ensuite, j'ai eu ma première fille, mon deuxième fils. Et il y a un moment où la gestion de la famille, le travail, ça faisait trop. Donc on a eu des moments plus compliqués où il a fallu prendre des décisions quant à ma vie pro. Et donc j'ai décidé d'arrêter de travailler quand Elliot est né. Je me suis très vite rendue compte que rester à la maison, c'était pas possible. J'avais besoin de travailler. et donc là il a fallu ben construire du moins un quotidien professionnel qui fonctionne avec un mari agriculteur. Et donc, j'ai eu l'occasion d'avoir un poste en tant qu'enseignante de religion, parce qu'il faut savoir qu'en Alsace-Moselle, à l'école publique, il y a des cours de religion.
- Speaker #0
Donc,
- Speaker #1
les cours de catéchisme, c'est des cours de religion en école primaire. Donc là, je travaille sur deux écoles autour du village de chez moi. Et à côté de ça, j'ai intégré l'équipe de la CAF coopérative où mon mari ramène son raisin. Et je m'occupe de tout ce qui est communication et événementiel. Et donc tout ça me permet d'avoir une vie professionnelle à côté de ma vie de maman.
- Speaker #0
Ok, trop chouette. J'ai hâte que tu nous détailles un peu plus ça par la suite. Est-ce que tu peux nous présenter justement l'exploitation de ton conjoint ?
- Speaker #1
Oui bien sûr, Julien est issu du milieu viticole, ses deux grands-pères étaient viticulteurs, c'est vraiment des familles ancestrales au niveau du village et de la viticulture. Ses parents ont choisi des voies professionnelles différentes, donc il a continué à baigner dans le milieu par ses oncles. Et notamment, il a beaucoup travaillé avec un de ses oncles sur l'exploitation familiale. Et à 18 ans, il a dit à ses parents, j'ai mon bac en poche, maintenant j'ai envie de monter ma propre exploitation. Sauf qu'il partait de rien. Il y avait des petites vignes encore dans la famille. C'était petit, il a décidé de monter une entreprise de prestations viticoles. Il allait travailler pour d'autres viticulteurs. Les fonds de cette première entreprise lui ont permis de se lancer à côté sur une exploitation. Il a commencé tout petit, avec une parcelle, puis deux, puis trois. En ramenant ses fonds de prestations et en les injectant dans l'exploitation. il a pu aujourd'hui arriver à 6 hectares.
- Speaker #0
Aujourd'hui,
- Speaker #1
les choses changent, il fait beaucoup moins de prestations et donc il a développé son exploitation. Il fait toujours encore un peu de prestations parce que la situation viticole actuelle est aussi en difficulté. Donc, ça lui permet de continuer à rentrer des fonds. Mais la grosse partie de son temps, elle reste sur son exploitation.
- Speaker #0
Et quelles sont les principales productions sur son exploitation ?
- Speaker #1
On est sur exclusivement l'exploitation viticole. Donc, on fait sur tout. Donc, nous, on est en AOC Alsace, Vend'Alsace. Donc, on est sur sept cépages différents, les sept cépages alsaciens. Le Riesling, le Gaevers Traminaire, le Pinot Blanc, le Pinot Gris, le Pinot Noir, le Muscat et lequel j'ai oublié ? Oh là là !
- Speaker #0
Ça nous donne déjà une idée. Ça marche, ok, trop chouette. On y voit beaucoup plus clair. Vous avez deux enfants, c'est ça ? Quel âge ils ont ?
- Speaker #1
Juliette a deux ans et demi et Elliot a un an et demi. Ils ont 15 mois d'écart.
- Speaker #0
Ok, très bien. On est vraiment sur les mêmes profils que moi. C'est rigolo. On doit avoir quelques mois d'écart, mais on est vraiment sur la même chose.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Maintenant qu'on voit un petit peu mieux le décor, on va parler un peu plus de toi. D'où est-ce que tu viens initialement et est-ce que tu as grandi dans un milieu agricole ?
- Speaker #1
Moi, je viens de Soulsmat, quand on continue dans les noms super sympas en Alsace. C'est un petit village qui est à un peu moins de 10 km de Pfeffeneim. J'ai grandi dans un contexte de campagne, mais pas du tout dans une famille agricole. Voilà, ma maman est infirmière, mon papa travaille dans une usine qui fabrique des machines pour le chemin de fer, donc voilà, pas spécialement dans un milieu viticole. Mon grand-père avait un petit peu de vigne qu'il faisait à côté de son métier principal, mais voilà, je ne connaissais pas du tout finalement les difficultés, les modes de fonctionnement d'un mode de vie agricole. Par contre, j'ai rencontré Julien quand on était au collège. Donc voilà, des familles agricoles et notamment viticoles, j'en ai quand même vu autour de moi, mais je n'ai jamais vécu au sein de l'une d'elles.
- Speaker #0
Ok. Et tu nous parlais tout à l'heure un petit peu de ton parcours professionnel. Si on revient un petit peu dessus, quelles études initialement tu as faits et quelles formations et dans quel but ?
- Speaker #1
Après mon bac, je suis rentrée à l'école d'assistante sociale. J'ai fait mes trois ans pour être diplômée, chose que j'ai eue. Et à la sortie, j'avais envie d'enseigner. Je n'avais plus tellement envie de partir vers le social, mais plutôt d'enseigner. Et donc, j'ai fait mon master à l'époque. C'était l'IUFM, l'école des maîtres, pour devenir un site. Donc, j'ai passé mon master que j'ai eu. Et à la fin de mon master, pour un parcours de vie à ce moment-là que j'ai eu, j'ai décidé de partir à l'autre bout du monde. J'ai pris mon sac à dos et j'ai pas mal vadrouillé en Amérique du Sud notamment. Et j'ai vu des écoles en Argentine, j'ai vu des écoles au Chili, j'ai vu une école au Pérou. Et en fait, je me suis rendue compte que l'enseignement là-bas était très... En capacité en tout cas d'individu. d'individualiser en fonction des enfants. Alors qu'ici, on est sur des programmes plus globaux. Et finalement, je me suis rendue compte qu'enseigner de cette manière-là, ça ne me convenait pas. Donc, quand je suis revenue en France, j'ai trouvé du travail en tant qu'assistante sociale et je me suis rendue compte que me tourner, faire de l'accompagnement en individualité... me convenait mieux. Donc, j'ai fait mon petit bonhomme de chemin et pendant plusieurs années, j'ai exercé en tant qu'assistante sociale.
- Speaker #0
Alors après, on a suivi un petit peu tes choix professionnels. Qu'est-ce que tu fais ? Comment est-ce que tu allies ce double métier pour moi que tu nous présentais ? Le fait d'être enseignante de religion en école primaire et le fait de faire de la com. Comment est-ce que tu pourrais nous présenter une journée type ? Comment est-ce que tu allies un peu tout ça ?
- Speaker #1
Alors, du coup, en général, Le matin, la plupart du temps, les enfants sont gardés par une nounou. Le lundi, mardi, jeudi, vendredi, parfois le mercredi, on a trouvé une super nounou qui est incroyable et qui se plie en quatre par rapport aux horaires qu'on peut avoir lors des saisons très intenses. Par exemple, je pense au palissage, au traitement, mais aussi au vendange. Elle essaie de toujours nous aider au mieux. Donc le matin ils sont chez la nounou, ce qui me permet soit d'être à l'école dans les moments où j'enseigne, soit du coup de travailler sur l'autre activité, donc à la CAF-COP. Alors là, je travaille soit de la CAF-COP, soit de la maison, puisque comme c'est de l'organisation d'événements et de la communication, je suis énormément sur l'ordinateur. Donc ça, je peux le faire depuis chez moi. Et l'après-midi, je les récupère à midi. On mange la plupart du temps tous les quatre. Et puis ensuite, l'après-midi, ils sont avec moi.
- Speaker #0
Qu'est-ce que ça t'apporte ces deux métiers, donc par rapport à ce que tu faisais avant ? Comment est-ce que tu t'y retrouves, toi, dans ton épanouissement professionnel ?
- Speaker #1
Alors, du coup, je retrouve le côté très, très, très social d'une assistante sociale à l'école, puisque je suis toute la matinée entourée d'entre 15 et 25 élèves en fonction des classes. Et puis, en plus, j'ai la chance de retrouver un peu le côté de l'enseignement qui me plaisait beaucoup, mais sans les contraintes des programmes. Alors, bien sûr, on a des programmes à suivre, mais en même temps, voilà. On fait du mieux qu'on peut avec une heure par semaine, donc on n'a pas du tout cette pression qu'on peut avoir quand on est enseignant. On a une possibilité d'ouvrir, l'objectif c'est d'ouvrir les esprits. Donc on a cette possibilité d'être très souple au niveau de la gestion de notre classe avec les élèves. Donc je retrouve ce côté-là, et je retrouve le côté très... parce qu'une assistante sociale... Il faut qu'elle soit très organisée, il faut qu'elle soit très... Voilà, pour que les démarches fonctionnent avec les personnes qu'elle fait. Et donc, ce côté très rigoureux et organisé, je le retrouve, du coup, à la cave. Et en plus, voilà, moi, j'ai toujours aimé organiser des événements. Je me suis éclatée à organiser mon mariage, je me suis éclatée à organiser nos 30 ans. Voilà, c'est des choses que j'aime et que je peux perpétuer dans le cadre de... Enfin, intéressant et économique, puisque l'objectif, c'est que la cave coopérative continue à se développer. Donc, en plus, il y a des enjeux qui sont intéressants.
- Speaker #0
Ok, je comprends bien. Et est-ce que tu aides de temps en temps sur l'exploitation ? Et si tu le fais, qu'est-ce que tu aimes y faire ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr, en tant que femme viticulteure, j'ai l'occasion d'y aller. J'essaye d'y passer à peu près… J'y suis entre une demi-journée et deux demi-journées par semaine en temps normal.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
En fait, ça dépend des travaux de saison. Alors moi, c'est absolument que des travaux manuels. Je ne fais pas du tout de tracteur. Ensuite, il y a des saisons comme le palissage où il faut qu'on s'organise pour que les enfants soient plus gardés, pour que je puisse aller aider, parce que c'est un temps bien donné. Donc, il suffit un peu la course contre la montre. Et l'autre saison, ça reste les vendanges, qui sont très, très intenses.
- Speaker #0
Et on est d'accord que ça, donc tu le fais vraiment par plaisir. Et puis, pour filer un coup de main à Julien, Mais que tu n'es pas spécialement déclarée, tu n'es pas du tout installée sur l'exploitation.
- Speaker #1
Non, je suis vraiment en tant que statue de femme de viticulteur, enfin, femme d'exploitant.
- Speaker #0
Oui, et ça, ça ne te gêne pas, puisque toi, tu y vas vraiment par plaisir et pour l'aider, plus que pour... Je comprends bien.
- Speaker #1
On s'était posé la question à un moment donné, qu'est-ce que... Enfin, pas à la suite, quand j'ai arrêté de travailler, est-ce que j'interviens plus sur l'exploit ? Est-ce que je... prend un autre statut que celui de femme d'exploitant. Et en fait, déjà, la situation financière actuelle n'est pas vraiment très stable. Notre CAF coopérative a connu des difficultés financières très compliquées au moment de la période du Covid. Donc voilà, elle a sorti doucement la tête de l'eau, mais on est sur quelque chose qui n'est quand même pas très serein et très pérenne. Et en fait, l'autre chose aussi, c'est que moi, je suis atteinte d'une polyarthrite rhumatoïde et on ne sait pas comment ça va évoluer. Et mon physique, il est des fois un peu mis en difficulté. Oui, c'est un métier très physique, très impactant sur la santé physique. C'est ça. Et je ne peux pas dire à Julien, tu peux compter sur moi, je vais descendre du bois pendant 4 mois tout l'hiver. J'en sais rien. Donc, me dire que je vais passer de 2 demi-journées par semaine à une semaine complète, ça nous a... paru, à un moment donné, un peu compliqué. Donc, c'est aussi pour ça que, pour l'instant, il reste sur ce format d'exploitation et en faisant de la prestation à côté. Parce que, en fait, la prestation, ça lui permet de faire quand lui... il peut. Sur l'exploitation, il n'a pas besoin d'y être à 100%. Alors que s'il avait plus de superficie, ça serait compliqué parce qu'il aurait besoin de quelqu'un tout le temps.
- Speaker #0
De ce qu'on entend, c'est que tu n'as pas l'air d'être fermée non plus sur le sujet à l'avenir en fonction de comment les choses peuvent évoluer, que ce soit sur l'exploitation ou toi professionnellement.
- Speaker #1
Oui. En fait, aujourd'hui, ça reste très flou.
- Speaker #0
Ce qui est chouette aussi, je trouve, dans votre profil, parce que tu as construit ça autour Merci. autour de l'exploitation. Lui, il a construit son exploitation et on voit que c'est des petits ajustements par-ci, par-là pour créer cet équilibre-là. C'est assez chouette, je trouve.
- Speaker #1
Oui, quand j'ai commencé ma vie professionnelle, je ne pensais pas... Enfin, moi, je n'avais jamais imaginé m'arrêter de travailler pour que d'un coup, ça fonctionne. Enfin, moi, je m'étais toujours dit ben voilà, on est un couple, on fait des enfants et puis on s'organise pour que chacun ait une vie professionnelle et son espace dans la vie de famille. Maintenant, quand on épouse un agriculteur, alors du coup, moi, je connais plus du moins la viticulture et la partie céréalière parce qu'il y en a aussi en Alsace. Il y a un petit peu d'élevage, mais beaucoup moins. Mais il y a des périodes qui sont… Enfin, ils ne peuvent pas prendre le relais pour les enfants. Pendant les 20 ans, Julien, il part très, très tôt, il rentre très, très tard. Il y a des jours où les enfants ne le voient pas du tout. Moi, je ne voyais plus comment je pouvais continuer à travailler avec un temps plein comme ça.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Donc, on est venu réajuster. Alors après, voilà, c'est un petit peu un deuil aussi, quand même, quelque part, à faire de sa vie professionnelle. Mais moi, voilà, c'est un deuil que j'ai fait au moment où j'en avais besoin, où j'avais besoin de prendre aussi peut-être un petit peu de distance avec ce que je faisais à ce moment-là. Et j'avais besoin d'être là. Enfin, j'avais envie que nos enfants, voilà, on ne les dépose pas. à 6h30, 7h le matin chez la Nounou pour que chacun puisse travailler et on les récupère le soir à 18h30. Ça, c'était un souhait personnel. Ensuite, c'est sûr qu'arrêter de travailler, ça a aussi un impact sur le budget de la famille. Et ça, je pense que ça m'a aussi pas mal pesé. C'est pour ça que j'ai eu besoin de retrouver une activité professionnelle. En plus du fait de ne pas avoir envie de rester à la maison toute la journée, il y avait aussi le fait qu'il y a quand même une grosse perte financière. et que chaque récolte, c'est un peu la surprise de connaître ensuite le salaire de Julien.
- Speaker #0
Oui, c'est ça, il y a les aléas. Et au-delà de l'aspect financier, organisation de famille, est-ce que aussi le fait d'aller travailler, de voir d'autres gens socialement, toi, ça te fait du bien aussi de couper ? Est-ce que tu serais vue travailler avec ton conjoint toute la journée sur exploitation ? Est-ce que ça, c'est un aspect aussi ?
- Speaker #1
Ça faisait entre-partie des nombreuses discussions qu'on avait en se disant, mais on va se raconter quoi le soir ?
- Speaker #0
Clairement, c'est des questions qu'on peut se poser.
- Speaker #1
Il y a des saisons où lui, il est énormément sur le tracteur, et puis moi, je suis plus à pied, en tout cas en manuel. Du coup, effectivement, on a des trucs à se raconter le soir parce qu'on se voit moins. Mais quand tu descends du bois toute la journée à deux, voilà quoi. Il y avait aussi ce côté-là de garder l'aspect couple. On est une équipe, on s'entraide. Il m'aide aussi beaucoup en tant qu'aidant. Il a une place d'aidant, vu qu'avec la polyarthrite, il y a des moments où c'est compliqué. Et puis moi, j'essaye d'être aidante dans les vignes quand je peux. Donc, on est devenu une équipe avec chacun sa place, chacun son rôle. Mais on a envie de garder vraiment notre statut de couple aussi.
- Speaker #0
Et puis vous êtes un couple, vous êtes aussi des parents, ce qui renforce aussi l'équipe, surtout avec deux enfants rapprochés. C'est bien, on a commencé à aborder tous les thèmes qui vont suivre. Alors maintenant, on voit beaucoup plus qui tu es. J'aimerais qu'on parle un peu plus de votre vie à deux et de ce que représente le quotidien quand on vit avec un viticulteur. Comment est-ce que vous vous êtes rencontrés tous les deux ?
- Speaker #1
Donc en fait, on a été dans le même collège. On a été dans le même collège. Et puis, la vie a fait que moi, je suis partie sur des études plus générales. Julien est parti au lycée agricole où il était dans une filière viticole. Et puis, voilà, chacun a fait sa vie. Chacun s'est fait ses expériences. Et puis, la force des choses, les amitiés ont fait que... Lui jouait déjà dans l'harmonie de Pfaffenheim, là où on habite. Et puis moi, je l'ai intégré bien plus tard. Mais voilà, avec chacun sa vie, pas spécialement d'atomes crochus puisque ça, la vie a continué de défiler. Et puis à 24 ans, après avoir fait un petit peu de bonhomme de chemin chacun, on s'est retrouvés à se rapprocher et à finalement se mettre en couple. Et c'est là qu'a commencé notre histoire à deux, sachant que j'ai été un petit peu... comment dire... Un petit peu vache quand même, parce que quand on a commencé à se rapprocher, c'est là où j'ai décidé de partir à l'autre bout du monde. Donc, quand ça a commencé à être sympa dans nos discussions, j'ai fini par lui dire « Bon, je viens de prendre un billet d'avion pour Buenos Aires, je ne sais pas quand on rentre. » Si tu as vraiment envie qu'on construise quelque chose, pas de souci, mais il faudra m'attendre.
- Speaker #0
Je reviendrai.
- Speaker #1
Et puis, finalement, il a bien attendu. le... Le voyage a fait qu'on a construit notre couple un petit peu en discutant beaucoup à distance, chose qui aide beaucoup encore aujourd'hui. On aime beaucoup discuter parce qu'on a été habitués à ça. Et voilà, quand je suis rentrée, on s'est mis en couple. J'ai découvert les autres faces de la viticulture. Je me suis rendue compte que finalement, un viticulteur, il travaille à d'autres mois que le mois de septembre. Il ne fait pas que les langues. Parce que même si je... Je vivais dans une région viticole, je ne me rendais pas compte de tout le travail qu'il y a tout au long de l'année dans les vignes. Et puis j'ai surtout appris à devoir partager mon conjoint avec la nature, avec les aléas. Ça, c'était quelque chose de vraiment nouveau pour moi. Il y avait des périodes où, clairement, les sorties au restaurant, ça n'existe pas. Il y a d'autres choses à faire. Et donc, je me suis rendue compte que si je voulais être avec lui, il fallait que j'aille. j'allais sur l'exploitation, donc je faisais des fois ma journée de travail, et puis le soir, je n'allais pas lisser. Et après, on s'est installés ensemble. C'était une période un peu plus compliquée. C'était la période du Covid. C'est la période où la cave a rencontré une grosse crise financière où les fermages, du moins les rentrées d'argent, ont été en partie suspendues. parce que ce n'était plus possible. Et donc voilà, on est une CAF coopérative. Donc les coopérateurs sont impactés quand il y a une rentrée d'argent qui n'est plus la même au niveau commercial. Ça a été très compliqué pour Julien parce que quand tu ne rentres plus, ta rentrée d'argent normale, payer les traites de l'exploitation, payer les fermages, puisqu'il n'est pas propriétaire des 6 hectares, il a une grande partie en location. Ça, ça devenait très compliqué aussi. Ça a été aussi pour moi le moment de découvrir qu'en fait, un exploitant, il ne fait pas de différence entre le pro et le perso. Il ne coupait pas le soir quand il rentrait. C'était viscéral, la situation était vraiment viscérale. Julien fait en plus partie du conseil d'administration de cette cave. Donc, il était aux premières loges à chaque fois des comptes rendus, des résultats. On était jeunes, on avait 25 ans. Donc, on n'avait pas encore beaucoup. bouteille. Il avait, lui, déjà 8 ans d'exploitation derrière lui, mais c'est pour autant pas plus facile quand on a cet âge-là. Et puis nous, on était encore inconscients. On rêvait de se marier, d'avoir des enfants, de construire une maison et puis là, d'un coup, le ciel s'effondre. Tu peux plus avoir de projet, parce que tu sais même plus comment tu vas payer tes traites à la fin du mois. Donc ça a été une période très très compliquée où moi je me suis rendue compte à quel point j'avais envie de m'investir pour lui parce que ça me semblait être C'est... le rôle, enfin mon rôle en tout cas à ce moment-là. Donc voilà, on s'est mis à deux. Le compte commun qu'on avait pour à la base juste vivre dans un petit appartement à deux, c'est devenu un compte qui aidait aussi à tenir debout l'exploitation. Moi, j'ai engagé des fois, certains mois, une partie de mon salaire pour qu'il puisse payer ses traites. C'est le crédit du tracteur. Je rigole toujours en disant qu'une roue du premier tracteur de Julien m'appartient, mais enfin voilà. C'était un moment où je me suis rendue compte qu'on était liés et que j'avais envie d'aller plus loin, juste dans ce couple. Et donc, quand tout doucement, la cave a commencé à ressurgir de tout ça, il m'a très vite demandé en mariage. Et donc, moi, j'étais pas forcément... Au début, le mariage, ça me faisait très peur. Et puis, on a fini par se marier et puis construire. notre maison, coûte que coûte, et avoir nos deux enfants. Donc voilà, ça a été très éprouvant parce que finalement, entre 2020 et 2024, il y a eu une crise financière, un mariage, une maison et deux enfants. Donc c'était très très très intense.
- Speaker #0
Ça fait pas mal de choses, en effet. Donc là, cette maison, elle est sur l'exploitation ?
- Speaker #1
Non, elle n'est pas sur l'exploitation. C'était un terrain familial que Julien a reçu de ses parents, qui est vraiment au centre du village. Il travaille encore avec un de ses oncles pour toute la partie mécanique. Donc, il a un petit hangar à lui avec le matériel qu'il a à lui et son oncle lui met à disposition une partie des machines.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Mais c'est vraiment en dehors de notre domicile.
- Speaker #0
D'accord, ça marche. Et ça, du coup, toi, tu trouves ça bien ? Il n'a pas trop... En soi, le fait de vivre sur l'exploitation, est-ce que toi, c'est quelque chose qui te faisait peur ? Est-ce que tu préfères être un petit peu en dehors aussi ?
- Speaker #1
Vivre sur l'exploitation, c'est très, très différent, tu vois, qu'un élevage ou même peut-être que des céréales. Quoique souvent, les champs ne sont pas juste à côté, ils peuvent être plus loin. C'est-à-dire que vivre au milieu de ces vignes, c'est presque impossible. Oui, ou sur le domaine parfois. Ouais, alors sur le domaine, mais comme nous, on n'a pas de domaine. Finalement, les coopérateurs, de manière générale, en viticulture, ils vivent tous en dehors de l'exploitation. Ils ont juste, à la rigueur, le hangar avec les machines à côté. Mais si tu veux, c'est vrai que moi, je trouve que c'est chouette parce que ça permet un petit peu de couper. Après, quand ils grêlent, qu'ils grêlent à la maison, qu'ils grêlent dans les vignes, c'est pareil. Je comprends. Ça permet un peu de couper. C'est vrai que lui, il ne peut pas se dire « Oh punaise, j'ai vite encore oublié de faire ça avec une vache ou j'ai vite oublié de faire ça avec un mouton. » Lui, il ne peut pas. Notre parcelle la plus proche, je pense qu'elle est à un kilomètre de la maison. Donc, ça met quand même un peu de distance. Quand il rentre à la maison, il est de la fenêtre et il ne va pas voir ses vignes.
- Speaker #0
Ça coupe un peu.
- Speaker #1
Un petit peu, oui.
- Speaker #0
Vous parlez de votre rencontre et le fait que vous vous connaissez depuis un bout de temps. Du coup, je suppose que tu savais qu'il voulait être viticulteur ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Il était bien. Quand on s'est rencontrés, il avait son exploitation et son entreprise de prestations. Donc, le chemin était déjà tracé.
- Speaker #0
Quel regard tu avais là-dessus ? Est-ce que c'était un regard encore un peu naïf puisque tu dis que tu as un peu découvert en t'installant réellement avec lui ? Ou est-ce qu'à l'époque, tu avais déjà quelques craintes, quelques peurs ?
- Speaker #1
Alors, à ce moment-là, j'avais quand même pas mal de peurs parce que c'est une période de vie où j'avais décidé de vraiment voyager, de faire plein de trucs pour moi. Et du coup, je me suis dit, mais attends, je vais me mettre avec un mec qui est coincé en Alsace, puisqu'il est... enfin, son travail est dépendant du lieu.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Donc, même si j'étais assez naïve sur ce que ça représentait comme métier, j'étais surtout un peu inquiète en me disant, mais est-ce que vraiment... est-ce que vraiment j'ai envie... j'ai en tout cas envie de rester comme ça, implantée à un endroit. Et finalement, le fait de quand même décider de partir et puis d'aller visiter le monde, je me suis rendue compte que ça m'allait bien aussi de vivre en Alsace. Ça m'a manqué très vite. La France et l'Alsace m'ont manqué. Donc voilà, j'ai répondu à ma question par mon expérience.
- Speaker #0
Oui, mais ça t'a permis de la faire aussi quand même avant, puisque ça aurait été un peu plus difficile de le faire après, une fois que tu faisais vraiment quelque chose avec un agriculteur. En tout cas, ça aurait été compliqué de partir comme ça plusieurs mois en laissant l'exploitation. Et puis, je ne pense pas que lui, il serait senti le faire.
- Speaker #1
Justement, en parlant de voyage, est-ce que ça vous arrive de partir un petit peu en vacances ? Est-ce que tu es un peu moins la bougeotte maintenant, surtout que vous avez deux bébés ?
- Speaker #0
Alors, Julien a pris l'avion pour la première fois pour notre voyage de noces. Ok. On est partis à La Réunion, donc il est passé de rien à… 11 heures de vol pour la première. Donc, c'était la vraie première fois. Après, il n'avait pas l'habitude de partir 4 ou 5 fois par an en vacances. Il aimait bien. On a la chance d'habiter pas très loin des Alpes. Donc, on peut partir un petit peu en ski, un petit week-end de ski en hiver. On part une fois en été. Voilà, c'était devenu un peu notre rythme. Et puis ensuite, on a eu deux bébés rapprochés. La construction d'une maison, donc déjà financièrement et au niveau du temps, ce n'était pas possible. Et puis après, avec les enfants, on s'est dit, on va attendre qu'ils soient un peu plus grands avant de repartir. Donc, on est partis en vacances la dernière fois. C'était pour notre voyage de noces en décembre 2022. Et on est repartis pour la première fois en vacances tous les quatre. Là, aux vacances d'avril, on est allés chez des amis à Saint-Rémy-de-Provence qui s'installent sur un domaine viticole. Donc, on a mis du temps avant de repartir. On est venus en goûter et...
- Speaker #1
Ça devrait se remettre en place. Ok, trop bien. Et comment est-ce que vous arrivez à vous organiser pour garder un équilibre de couple dans ce rythme-là, que ce soit à côté de l'exploitation viticole ou à côté de votre vie de famille avec vos deux petits bouts ?
- Speaker #0
Bonne question. Alors clairement, nous, on fonctionne par saison. C'est-à-dire qu'il y a quand même des saisons plus... Alors, ils appellent ça la mort-saison dans la viticulture. Moi, je ne suis pas vraiment d'accord de dire la mort-saison parce qu'ils ont tout le temps du boulot. Mais il y a des périodes, on va dire entre la fin des travaux d'hiver et le début de la saison qui démarre, palissage, traitement, il y a une période un peu plus souple, d'un mois, où là, du coup, on essaye d'en profiter pour faire plein de choses à deux, de vraiment se rattraper. Et c'est un peu pareil après les vendanges. Tu as un mois, un mois, un mois et demi avant que la taille ne commence où là, du coup, comme on est... Comme on ne fait pas le vin nous-mêmes, le travail en cave, on ne l'a pas. Donc là, du coup, il peut de nouveau s'octroyer un peu plus de temps et on peut en profiter pour faire des choses vraiment tous les deux. Hormis ça, il essaye au maximum de rentrer pour les repas des enfants, donc le midi et le soir. Donc ça, c'est un moment à quatre. Mais ensuite, on privilégie surtout les... les discussions le soir quand ils rentrent, parce que ça lui arrive de ressortir une fois que les enfants sont couchés. On a des couches tôt, donc à 19h15 une fois que les enfants sont couchés, ça lui arrive assez régulièrement de repartir travailler. Disons qu'on a mis des petites choses en place comme les moments où on a très peu de temps pour se parler, quand on va se coucher, on évite d'être sur notre portable en train de scroller pour essayer d'avoir ce moment de discussion, de se passer les infos. Mais on est au clair que notre couple profite vraiment dans les temps calmes en viticulture. C'est un rythme, c'est facile à dire, mais je crois qu'une fois que tu l'as accepté, ça devient une habitude et tu le sais. Tu sais que dans quelques mois, ça va aller mieux à chaque fois.
- Speaker #1
Tu te dis que ça va passer, ça va revenir.
- Speaker #0
C'est une période, ça va passer, c'est comme ça.
- Speaker #1
C'est ça. Et dans ces périodes-là, est-ce que parfois tu te sens un petit peu seule, isolée ? Ou est-ce que vous êtes plutôt... plutôt bien entourées ? Est-ce que vous avez des amis autour de vous ? Tu me parlais de vos familles. Est-ce qu'elles sont dans le coin, du coup ?
- Speaker #0
Alors, nous, on est hyper bien entourées. On a beaucoup de chance. Mes beaux-parents habitent la rue d'à côté. Mes belles-sœurs aussi. Et puis, mes parents habitent à un maximum dix kilomètres plus loin. Ma sœur, de même. Dans notre village, on a nos amis de toujours. Et puis, nos amis qui sont venus au fur et à mesure de la vie. finalement en fait c'est un village où on bouge pas beaucoup donc les gens construisent donc nos amis restent dans le coin ça c'est on a beaucoup de chance là dessus ou du moins ils rentrent le week-end on a une amie qui habite beaucoup plus loin à Metz mais elle rentre assez souvent le week-end chez ses parents donc on est hyper bien entouré par contre pour la première fois de ma vie je pense que je me suis vraiment sentie seule mais si pas seule, comment dire, pas seule socialement, c'était vraiment seule dans mon couple, c'est quand notre fille est née, parce que Juliette est née à quelques jours des vendanges.
- Speaker #1
Tu vois, c'est un sujet que j'allais justement aborder. Si on parle un petit peu maternité, raconte-nous un peu l'arrivée de tes enfants et comment est-ce que toi, tu l'as vécu ?
- Speaker #0
On n'a vraiment rien calculé. Alors, on aurait dû, je ne sais pas, parce que finalement, tu ne choisis pas ce genre de choses. Mais mon terme de grossesse, c'était le 21 août. Une année où on a démarré les vendanges, si je ne dis pas de bêtises, le 25 août. Donc, clairement, c'est hyper stressant. En fait... ça commence à... Les vendanges, on vendange de plus en plus tôt. On s'en était déjà rendu compte l'année d'avant. On s'est mariés le 27 août. On a commencé à vendanger deux jours avant. Deux jours avant de se marier, on était dans les vignes en train de couper du raisin. Bref, le prestataire ramenait les chaises. Nous, on n'était pas sur place. Les copains ont pris le relais. Franchement, c'était incroyable. Et là, rebelote. Notre fille, elle naît fin août. Et puis on est... On est de nouveau dans les vendanges à ce moment-là. Et en fait, à ce moment-là... Tu découvres tout, là. Ouais. Moi, je découvre ce que c'est être maman. Parce que je ne m'étais vraiment pas rendue compte. Enfin, je ne sais pas si on peut se rendre compte. Mais en tout cas, c'était... Oui, de toute façon. Qu'on soit préparée ou pas,
- Speaker #1
on n'est jamais vraiment prêts.
- Speaker #0
C'est un travail émotionnel un truc de dingue. Et en fait... Et Julien n'est pas là. Je pense que je me souviendrai de toute ma vie. J'ai accouché à 8h30 le matin. Il était avec moi. Il est resté aussi longtemps qu'il pouvait. Mais à 13h, il était dans les vignes parce qu'il fallait préparer. Et je pense que là, ça a été la première fois de ma vie où je me suis sentie seule dans mon coin. Mais pas d'une manière délibérée, ni de l'un, ni de l'autre. Oui, tu n'étais pas sentie délaissée.
- Speaker #1
C'était un peu la fatalité, c'est ça ?
- Speaker #0
C'était vraiment de la fraternité. C'était de me dire... Je crois que je ne me disais rien. J'étais juste là et je ne comprenais pas tout à fait ce qui m'arrivait. Et donc là, au bout de trois jours, avoir un méga baby blues dans cet hôpital où tout le monde venait. J'ai été hyper bien entourée. Je viens essayer de venir au maximum de tout ce qui pouvait. Il m'a même proposé de dormir sur place les nuits. Et je lui ai dit non, Il faut que tu dormes parce qu'ensuite, tu vas te taper un mois où tu ne vas quasiment pas dormir. Donc là, il faut que tu aies de l'énergie. Moi, je me suis sentie seule, mais en même temps, on parlait, on communiquait, on était d'accord sur les décisions qu'on prenait. C'était logique. Je suis sortie de la maternité le mercredi. Je crois que je suis sortie de la maternité le mercredi. Le jeudi, on avait une petite réunion pour organiser les repas parce que Julien fait beaucoup les vendanges avec son oncle aussi. Donc on avait une petite réunion entre nous pour organiser les repas. Et voilà, on a commencé à vendre manger. Juliette avait une semaine. Et puis c'était parti. Et là, j'ai enclenché le mode robot. Donc plus de sentiments, plus de... Je me disais, il faut que j'arrête de pleurer. Il faut que j'arrête d'avoir ce baby blues. Maintenant, on va se mettre en mode action. Et du coup, cette année-là, moi, je ne pouvais pas aller dans les lignes. Parce que Juliette avait un mois. Ce n'était pas possible. Une semaine, pardon. Et donc... Merci. un peu plus aidé que ce que je faisais peut-être les autres années en cuisine. Donc je me souviens très bien, je me souviens couper des oignons en allaitant Juliette. Et donc on préparait les repas, et puis comme ça pendant un mois. Julien a très peu vu Juliette, il rentrait le soir, il était lessivé. Voilà, on était en mode repos chacun de son côté. Moi j'aidais comme je pouvais sur les repas, plus m'occuper de Juliette. Et puis, lui, il était dans les vignes. Et puis, il fallait que ça débite. Et en même temps, on construisait notre maison où il faisait quasiment tout lui-même. Donc, le temps qu'il avait de libre quand il n'était pas dans les vignes, il le passait sur le chantier. Et voilà, ça a été comme ça le premier mois de vie de Juliette. Et à la fin de ce mois-là, moi, je me suis écroulée. Et là, ouais, grosse claque, quoi. Parce que finalement, je me suis rendue compte que je n'avais pas du tout géré mes hormones, je n'avais pas du tout géré mes émotions, que je n'avais pas du tout écouté. Je ne me suis pas du tout reposée. Et parce que moi, pour moi, à l'époque, je ne me rendais pas compte à quel point, par exemple à l'été, tu n'es pas juste assise dans le canapé et tu attends.
- Speaker #1
Tu sais que j'allais rebondir là-dessus, justement. J'allais dire que justement, tu as tenu ton allaitement. Oui,
- Speaker #0
oui, oui. J'ai allaité Juliette jusqu'à ses six mois. Donc, oui, oui. Ce n'est pas anodin non plus. Ça rajoute une charge hyper importante. À ce moment-là, je n'étais pas préparée. Je ne me rendais pas compte, en fait, que c'est tout un art. Les premières semaines, tu ne fais rien d'autre et tu t'occupes de ton bébé, quoi. Et pour moi, m'occuper de mon bébé, ce n'était pas un travail. Donc voilà, là, je me suis pris une grosse claque. Et je me souviens d'un soir où... Et puis alors, les hormones, c'est hyper difficile. Tu ne vois pas ton homme. Alors du coup, je savais pertinemment qu'il était dans les vignes et qu'il travaillait sur un autre chantier. Mais alors, tu t'imagines plein de trucs. Et puis toi, bien sûr, en tant que femme, déjà... T'as pas perdu ton poids de grossesse, t'as tous les problèmes d'après, de postpartum, et du coup tu te sens pas à l'aise dans ton corps, et puis alors tu te dis mais est-ce que lui, peut-être que lui non plus, je la tire plus, enfin voilà, incroyable quoi, ça a été hyper difficile. Et puis lui, il tombait des nues, parce qu'il sortait d'une période hyper difficile les vendanges, il gérait notre maison, et là au milieu de ça, en fait il a dû gérer une dépression postpartum quoi. Et ça, ça a été super difficile.
- Speaker #1
Oui, ça fait beaucoup, je comprends. Mais ça ne t'a pas empêchée, 15 mois plus tard, d'accueillir un petit deuxième loulou ?
- Speaker #0
On s'y est préparé différemment.
- Speaker #1
Déjà,
- Speaker #0
c'est un deuxième. Il savait que j'étais hip. Il savait que j'avais des hormones qui, après un accouchement, pouvaient vite me jouer des tours. Mais finalement, on s'était dit... « Bon, peut-être que le deuxième, on va un peu réfléchir pour pas que ce soit pendant les vendanges. » Donc, ça n'a pas été pendant les vendanges, mais c'était pendant la saison de la taille. Donc, ce n'était pas forcément mieux. Là, on arrive en novembre, c'est ça ? Oui, en novembre 2024. Entre-temps, il termine la maison avec... On a un entourage qui a été incroyable parce que du coup, une fois que j'avais Juliette et que j'avais compris que non, je ne pouvais pas reprendre le travail, m'occuper Juliette aussi de le temps. dispo, aider dans les vignes, aider sur le chantier. Il y avait un moment, c'était plus possible. J'ai dû dire, OK, je ne peux plus tout faire. Et donc là, on a eu un entourage incroyable. Nos familles, nos amis qui sont venus sur le chantier tous les samedis pour aider Julien. Lui, il faisait des heures de dingue. Tant qu'il faisait pas jour, il allait à 5h le matin jusqu'à 7h30 sur la maison, il faisait du placo. Ensuite, il faisait sa journée dans les vignes. Et puis le soir, à 18h, il retournait jusqu'à 22h pour faire du placo, l'enduit. Enfin voilà, il ne s'est pas arrêté pendant des mois et des mois et des mois. Donc, on arrive au bout de cette maison. On déménage et puis là, on apprend que je suis enceinte d'Eliott.
- Speaker #1
J'allais dire, le fait des enfants rapprochés, c'était un souhait de votre part depuis un bout de temps. Vous en aviez parlé ou un petit peu un concours de circonstances ?
- Speaker #0
pas aussi rapprochés, savent que la polyarthrite s'est invitée suite à un revenu en puissance maximale après la grossesse de Juliette. Donc, des traitements à changer, beaucoup de choses à revoir. Et donc, au niveau médical, on avait dit « Bon, écoutez, on va attendre que le deuxième arrive pour changer les traitements, c'est un peu plus cohérent » . Donc, nous, on s'était dit « Bon, on va laisser faire. Je ne vais pas reprendre de... de contraception et puis sincèrement, tu as la tête dans le chantier. Voilà, tu es dans autre chose. Et puis, on verra ça une fois qu'on est dans la maison. Et puis, en fait, finalement, on est rentré dans cette maison déjà presque à 4.
- Speaker #1
Et du coup, les premiers mois à 4, comment ça s'est passé ? Parce que je sais que c'est… Pour l'avoir vécu, je sais que ça peut être compliqué. Et puis, gérer deux bébés seuls dans des périodes agricoles denses, c'est quand même… énormément de boulot, il y a tout à faire en fois deux, comment est-ce que toi tu l'as vécu ça ?
- Speaker #0
Alors moi en vrai l'arrivée de Juliette a été un tel raz-de-marée que le passage à deux a été plus facile et ouais ça a été tellement tellement intense l'arrivée de Juliette que j'avoue que l'arrivée d'Eliott a été pour moi en tout cas plus facile en plus il n'en était que à ce moment là ma maman habitait chez nous parce qu'elle était aussi en train de construire et que du coup où... Il y avait un temps où sa maison avait pris du retard et elle avait dû rendre son appart, donc elle a habité quelques mois chez nous. Ça a coïncidé avec l'arrivée d'Eliott. Donc ça nous a beaucoup aidé. Après, il est vrai qu'on s'est retrouvés face à nos vraies premières problématiques de couple au moment où il y avait les deux enfants et les périodes dans les vignes intenses. où finalement, là, le temps de trouver un juste milieu sur les horaires où je suis à rendre, sur le temps que moi, je peux octroyer aux enfants, à l'aide dans les vignes, à ma vie pro, là, il a fallu un temps de réajustement. Mais je dirais quand même que ça a été quand même moins compliqué que juste l'arrivée du fait.
- Speaker #1
Oui, je comprends. OK, on a, je pense, bien balayé. Ce sujet, si on prend un petit peu de recul sur cette conversation, qu'est-ce qui te fait du bien, toi, chaque jour dans cette vie-là et dans l'équilibre que vous avez créé tous les deux ?
- Speaker #0
En fait, je me sens à ma place.
- Speaker #1
Tout simplement.
- Speaker #0
Je me sens dans mes baskets. En fait, je ne me dis pas si... Qu'est-ce que je rêverais d'autre ? Je n'ai rien d'autre qui me vient, tu vois. Je crois que je suis là où je devais être. Et du coup, je me dis que... Ouais. C'est comme ça que ça devait être. Et puis, c'est aussi pour ça que peut-être, j'arrive plus facilement à accepter ce rythme-là, mais parce que je ne me vois pas ailleurs.
- Speaker #1
Écoute, je trouve que c'est la meilleure conclusion qu'on puisse avoir pour cet échange.
- Speaker #0
Alors, j'en profite juste parce que quand même, si cet équilibre-là tient la route, c'est aussi parce que Julien, il a un papa qui est formidable. Un papa qui a eu un parcours professionnel, pas celui de la viticulture. Et pourtant, tout le temps qu'il a de disponible, toute l'énergie qu'il a, il a aujourd'hui 60 ans passé, mais c'est un vrai jeunot. Et donc, tout le temps qu'il l'a, il essaye d'aider au maximum ses enfants et il aide beaucoup, beaucoup, beaucoup Julien dans les vignes. Et ça, pour nous, c'est une aide.
- Speaker #1
Ça joue beaucoup dans votre équilibre à vous aussi, par ricochet. Oui,
- Speaker #0
tout à fait. Parce que du coup, il y a dans les moments de phase très intense dans les vignes et les moments où moi, pour l'instant, je ne peux pas aider plus parce que j'ai les enfants l'après-midi ou parce que c'est une période où la maladie me permet moins, son papa est là et puis je n'ai pas besoin de prendre de l'aide extérieure. Et donc financièrement... c'est incroyable en plus de l'aide psychologique qu'il lui apporte parce que c'est son papa parce qu'il est super fier de lui son papa a aidé à ce que Julien ait confiance en lui et bien il peut avoir la vie qu'on a aussi aujourd'hui grâce à ça trop bien bah écoute c'est un super message que
- Speaker #1
tu passes en plus et c'est vrai que souvent on parle un petit peu de la belle famille et c'est plutôt le regard de est-ce que c'est pas trop envahissant surtout pour des femmes qui ne viennent pas du milieu agricole de découvrir Merci. cette proximité avec la famille, etc. Comment est-ce qu'on liait tout ? Mais tu as bien raison de faire ce petit coucou parce que c'est vrai qu'on ne se rend pas compte non plus de l'implication qu'il y a dans la transmission. Là, pas tant, puisqu'il y a eu un saut de génération et que lui n'était plus dans le viticole, mais de l'implication qu'il peut y avoir et de l'entraide agricole aussi, c'est hyper intéressant.
- Speaker #0
Oui. Franchement, en tout cas, moi, je ne pourrais pas être l'après-midi avec les enfants si je devais aider plus dans les vignes. Ou alors, financièrement, Julien devrait prendre quelqu'un à un certain moment. Et là, il peut compter sur l'aide de son papa. Et ça, ça n'a vraiment pas de prix.
- Speaker #1
Écoute, merci beaucoup, Lisa, pour ta sincérité et pour ton temps.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
C'est la fin de notre échange. Merci de l'avoir écoutée jusqu'au bout. Si cet épisode vous a plu, je vous invite à découvrir tous les autres. Vous pouvez également noter le podcast sur votre plateforme d'écoute préférée. Et pour suivre l'aventure au quotidien, retrouvez-moi sur les réseaux sociaux et surtout sur Instagram où je suis très active. N'hésitez pas à vous abonner, liker, partager. C'est grâce à vous que ce projet prend forme et qu'il peut continuer à grandir. Et mesdames, si vous avez envie de raconter votre histoire, rejoignez-moi dans un prochain épisode. A bientôt !