- Speaker #0
Bonjour et bienvenue au sein du podcast que s'amène quand on s'aime, celui qui donne la parole aux conjoints d'agriculteurs. Elles sont femmes de céréaliers, d'éleveurs, de viticulteurs, en bio, en conventionnel, en raisonnée. Elles viennent de toute la France. Certaines sont tombées dans l'agriculture toute petite. D'autres la découvrent jour après jour. Elles jonglent entre la ferme, la famille, leur métier et portent une force incroyable. Moi c'est Marion et avec ce podcast, j'espère que certaines d'entre vous... se reconnaîtront dans leurs propos, pour vous rendre des conseils, des échos à leur vie, prendront peut-être un peu de recul, pour vous rendre du soutien, ou simplement verront une mise en lumière de ce qui se vit, souvent dans l'ombre, au cœur des fermes. Ici, c'est de la good vibes,
- Speaker #1
de la sororité, du partage, et un vrai souffle de girl power en agriculture. Alors, à votre avis, où ça mène quand on s'aime ?
- Speaker #0
Aujourd'hui, je papote avec Marie-Laure, on vient tout juste de faire connaissance. Et je suis très contente de partager un petit instant avec toi. Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?
- Speaker #1
Je m'appelle Marie-Laure, je suis mariée depuis 10 ans avec mon mari Alain, qui est agriculteur, et j'ai deux enfants de 11 ans, Abel et Johan, qui a 9 ans. Et il y a 5 ans, j'ai rejoint mon mari sur l'exploitation, et on a une entreprise ensemble également dans l'agricole.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous présenter un peu plus cette exploitation ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Donc, c'est une exploitation avec mon mari et son papa. Donc, ils sont associés. Une exploitation 100% céréales maintenant. Auparavant, ils avaient des vaches allaitantes qui se sont arrêtées il y a deux ans. Et maintenant, ils sont consacrés à 100% aux céréales, avec notamment une grosse partie en maïs irrigué. Donc voilà, sur 500 hectares dans le centre de la France. Moi, je suis salariée de cette exploitation, où je m'occupe de tout l'administratif et de tout ce qui est vente des céréales.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Et depuis 5 ans, quand j'ai rejoint l'entreprise, on a acheté un site où on fait, à part du guêque, où on fait de l'achat-vente et du séchage et stockage de céréales. Où là, je suis associée avec mon mari et mon beau-père.
- Speaker #0
D'accord, je ne connais pas du tout comment ça se passe. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. En fait, nos voisins agriculteurs ont la possibilité de nous emmener leurs céréales, donc des céréales classiques, pour les stocker. Il y a plein d'exploitations qui n'ont pas la possibilité de stocker chez eux. Voilà, ils stockent chez nous. Et ensuite, ils sont libres de vendre à qui ils le souhaitent, quand ils le souhaitent. Et on propose aussi l'achat par nous-mêmes. On travaille avec pas mal de maisons d'aliments et donc voilà, ça part pas très loin de chez nous. Ça permet de valoriser et d'être libre de leur vente. Et également, on est plutôt spécialisé dans le maïs où on fait le séchage. L'année dernière, on a séché 8000 tonnes de maïs sur la saison.
- Speaker #0
Ok, et c'est à quelle destination tout ça après ?
- Speaker #1
Tout va en alimentation du bétail.
- Speaker #0
Ok, vous avez des enfants ?
- Speaker #1
Oui, deux. Abel qui a 11 ans et Johan qui a 9 ans.
- Speaker #0
Alors maintenant qu'on voit un peu mieux ce décor, on va parler un peu plus de toi. D'où viens-tu initialement et est-ce que tu as grandi dans un milieu agricole ?
- Speaker #1
Oui, je suis née dans le Pas-de-Calais, donc assez loin d'ici, dans une ferme laitière. Mes parents étaient agriculteurs laitiers. Ils les ont déménagés, vendus la ferme et expropriés par l'autoroute. Donc du coup, c'était l'opportunité de changer de région, on va dire. Donc on est arrivés dans le Cher, dans une exploitation 100% céréale pour le coup. Changement radical de vie. J'ai toujours vécu dans une ferme, mes parents sont toujours agriculteurs. Je suis dans une famille d'agriculteurs. Mon frère agriculteur, ma sœur est mariée avec un agriculteur. C'est mon quotidien, on va dire. Là, je travaille avec mon mari, mais sinon, j'ai fait des études dans la banque où j'ai été chargée de clientèle agricole pendant 10 ans avant de rejoindre l'exploitation.
- Speaker #0
Ok, alors plusieurs questions me viennent. Déjà, on va parler un petit peu de ton parcours professionnel. Est-ce que tu peux nous le présenter et nous expliquer comment est-ce que tu en es venue à ton métier actuel de salarié sur cette exploitation agricole ?
- Speaker #1
Oui, alors j'ai fait un bac technologique en comptabilité et gestion, où ensuite j'ai toujours voulu travailler dans la banque. J'ai toujours été attirée par ça, j'ai fait mon stage troisième en banque, donc dès le début. Ensuite j'ai fait un BTS banque en alternance, où j'ai plutôt géré de la clientèle particulière. Et j'ai complété avec une licence agricole, au lycée agricole j'ai fait une licence, gestion des risques agricoles, qui m'a menée à avoir un poste de conseillère agricole dès la sortie de ma licence. De par ça, j'ai travaillé en conseillère agrie de mes 20 ans jusqu'à mes 30 ans. Et mon dernier poste, c'était directrice adjointe d'une agence, mais toujours dans l'agricole. J'ai toujours fait que de l'agricole.
- Speaker #0
Ça marche. Et donc, tu nous parlais du fait que tu étais fille d'agriculteur. Est-ce que tu peux nous parler un peu de cette enfance ? Est-ce qu'il y a des joies ou des difficultés qui te reviennent à être fille d'agriculteur ?
- Speaker #1
Alors, des joies, oui. Enfin, moi, ça a toujours été ma vie. Voilà, elle est comme ça. Elle a toujours été entourée de mes parents. Je n'ai jamais été chez la nourrice, par exemple. J'ai toujours été avec mes parents. toutes les vacances scolaires, il n'y a pas vraiment de coupure. Alors même si après, ils étaient en céréales, mais ils ont toujours un peu gardé le rythme des vaches laitières. Donc du coup, les vacances sont arrivées assez tard chez mes parents, on va dire. Pas le temps qu'il y avait les enfants à la maison. On allait régulièrement dans le Pas-de-Calais voir notre famille parce qu'on était seules ici avec mes parents et mes frères et sœurs. Donc du coup, c'était les allers-retours dans la famille qui nous modifiaient le quotidien, on va dire. Mais sinon, j'ai toujours été intéressée par ce métier. J'ai toujours... Aider mes parents comme je pouvais à mon niveau. Mes parents faisaient déjà du stockage également, donc j'ai toujours essayé d'aider comme je pouvais. À 17-18 ans, avec l'étude, je suis partie à l'internat dès le collège. Donc déjà, le quotidien n'est non plus plus le même. Et puis, je ne suis jamais revenue à la maison. Après, j'ai enchaîné le collège, le lycée, les études supérieures en internat ou en appart. Donc, je suis partie assez jeune. Et puis, j'ai rencontré mon mari, j'étais au lycée, en bac. Donc voilà, à la fin des études, on s'est installés ensemble. Donc c'est vrai que le quotidien d'agriculteur, je l'avais toujours, que ce soit quand j'étais avec mon conjoint, dans sa famille ou dans la mienne. Par rapport aux choses négatives, peut-être à la rigueur, c'était plutôt... Enfin, dans notre région, en tout cas, les exploitations ne sont pas forcément dans les villages. On est assez excentrés. Donc par exemple, chez mes parents, il n'y a pas de maison à moins de 1,5 km. Donc pas de voisins, donc assez seul. J'ai la chance d'avoir des parents très sociables, donc du coup plein d'amis. On pouvait voir très fréquemment. Mais sinon, c'est ça, c'est un peu le manque d'activité. Quand il y a du boulot, ils ne peuvent pas nous emmener à droite, à gauche. On ne peut pas, voilà. Mais voilà, c'est peut-être le point négatif. Mais sinon, voilà.
- Speaker #0
Ok, je comprends bien. Tu nous parlais tout à l'heure de l'exploitation de tes parents et de la transformation. Qu'est-ce qu'il en est à l'heure actuelle ? Est-ce qu'ils travaillent toujours dessus ? Est-ce que toi, tu t'es posé la question de la reprendre aussi à un moment donné ?
- Speaker #1
Alors non. Mes parents sont toujours agriculteurs. Ils sont tous les deux. Mon frère s'est installé sur la ferme voisine, mais non, il n'est pas question, en tout cas, ce n'est pas un projet que je la reprenne. Ils sont à 50 kilomètres de chez moi, déjà de par ça, et puis on a chacun notre activité suffisante, on va dire.
- Speaker #0
Est-ce que c'était une question que tu t'étais posée à un moment donné, où tu as eu, toi, cette opportunité-là avec ton conjoint, donc finalement, tu ne t'es jamais trop posé cette question ?
- Speaker #1
Non, je ne me suis jamais trop posé la question, parce que pour moi, ça a toujours été naturel que ce soit mon frère.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Parce qu'il a repris la ferme voisine et puis c'est vraiment à côté de chez lui. Moi, j'ai une heure de route. Enfin, voilà. Non, ça n'a jamais... Enfin, en tout cas, non. Je ne me suis jamais posé la question, vraiment.
- Speaker #0
Et quand tu étais petite et que tu allais aider, etc., est-ce que tu avais le rêve de reprendre une exploitation ?
- Speaker #1
Non. Non, non, non. J'ai toujours voulu travailler en banque.
- Speaker #0
OK. Ouais, ouais, c'est drôle. Mais que finalement, tu sois revenue, en fait, dans ce milieu-là quand même.
- Speaker #1
après j'ai toujours été dans l'agricole et j'ai jamais vraiment quitté par voilà Je travaillais dans la banque, mais en agricole. Je n'ai jamais quitté ce milieu, on va dire. Après, mon mari étant fils d'agriculteur, il a repris l'exploitation et autres. Donc du coup, par la force des choses, j'y reviens. Et l'occasion s'est présentée. Donc j'ai quitté mon métier de la banque, non pas parce que ça ne me plaisait plus, mais parce que l'opportunité se présentait. Et aujourd'hui, elle est très bien comme ça, parce qu'elle est très adaptée à notre vie de famille, enfin plus adaptée à notre vie de famille. On a le même emploi du temps, donc ce n'est pas la même chose.
- Speaker #0
Justement, on va parler un peu plus de ta vie de famille, de votre vie de couple et de ce que représente le quotidien quand on vit avec un agriculteur. Donc, quand vous vous êtes rencontré et qu'il t'a dit qu'il était agriculteur, qu'est-ce que tu as ressenti ?
- Speaker #1
On ne va pas dire rassuré, mais c'est un milieu que je connais, donc je savais un petit peu à quoi.
- Speaker #0
Évidemment, oui.
- Speaker #1
Voilà, après, pour te dire, on s'est rencontré en boîte de nuit, donc ce n'était pas fait exprès qu'il soit agriculteur. Donc, voilà. mais... Mais non, j'étais plutôt sereine, on va dire, par rapport à ce niveau-là.
- Speaker #0
Et lui, du fait de se mettre avec une fille d'agriculteur, est-ce que ça le rassurait aussi d'être avec quelqu'un, peut-être, qui comprend sa vie, son quotidien, ou pas spécialement ? Peut-être que tu t'en as jamais parlé, d'ailleurs.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai que c'est un sujet qu'on n'a pas forcément déjà abordé, on va dire. Mais oui, après... Oui, c'est vrai, j'en ai jamais parlé avec lui, je ne sais pas.
- Speaker #0
Est-ce que vous vivez sur la ferme ?
- Speaker #1
On vit à un kilomètre. Non, c'est mes beaux-parents qui vivent sur la ferme et nous on vit à 1 km.
- Speaker #0
Ok, est-ce que c'est un choix ? Est-ce que vous souhaitez à terme habiter sur l'exploitation ?
- Speaker #1
Non, mais en fait, ça s'est fait naturellement. Mes beaux-parents habitant déjà sur la ferme, quand mon mari s'est installé, il a repris des hectares. Il y avait la maison où on habite actuellement, c'est un corps de ferme juste à côté. Alors, ce n'est pas la ferme principale loin de là, parce qu'il n'y a pas du tout de matériel, il n'y a pas de hangar. C'est une maison avec une branche. Mais du coup, non, ça s'est fait comme ça et il n'y a pas de projet particulier en tout cas dans ce sens-là.
- Speaker #0
Ok. Le fait de vivre juste à côté de tes beaux-parents, est-ce que c'était quelque chose avec lequel tu étais à l'aise ? Quelle est ta relation avec ta belle-famille ?
- Speaker #1
Alors, je m'entends très bien avec mes beaux-parents. Ma belle-mère n'est plus dans l'activité, mais mon beau-père est dans l'activité à 100%. Je le côtoie tous les jours, plusieurs fois par jour au téléphone, voire plusieurs heures. J'échange beaucoup avec lui et on s'entend très bien. On se râle dessus quand il faut râler, mais c'est quelqu'un avec qui je m'entends très bien.
- Speaker #0
Travailler avec son conjoint, est-ce que c'est facile ? Est-ce que ça t'apporte des moments avec lui un peu plus que si tu ne travaillais pas sur l'exploitation ? Est-ce que tu peux nous parler un peu de ça ?
- Speaker #1
Alors, quand la question s'est posée que je revienne, enfin, que je vienne sur l'exploitation, ça a été la grosse question, quoi, parce qu'on passait nos journées séparées complètement. Je veux dire, en plus, à l'époque, ils avaient des animaux, donc on se voyait très, très peu. Ils avaient un rythme de travail énorme, comme on peut connaître avec des gens qui ont des animaux. On se voyait très, très peu. Les enfants étaient très jeunes. Moi, je travaillais beaucoup, mais à l'extérieur, donc on avait des horaires pas possibles. Et je me suis dit, mais du jour au lendemain... On va se voir H24, est-ce qu'on va se supporter ? Et au final, alors à part s'il a changé d'avis, mais aux dernières nouvelles, ça se passe très très bien. Beaucoup mieux que ce qu'on aurait imaginé l'un et l'autre. Chacun a trouvé sa place, chacun sait ce qu'il a à faire, on va dire. Et oui, notre vie a complètement changé par mon arrivée et aussi par l'arrêt des animaux. Du coup, on arrive à avoir des week-ends, on arrive à partir en vacances, on arrive à gérer nos enfants sans nourrice, enfin, ils sont plus grands maintenant, mais je veux dire, voilà, on a... plus du tout le même emploi du temps et c'est quand même beaucoup plus agréable pour tout le monde et c'est plus facile.
- Speaker #0
Justement, tout à l'heure, tu nous parlais de ce que tu faisais sur l'exploitation. Est-ce que tu peux nous dire un peu ses missions à lui et les tiennes, peut-être un peu plus en détail, qu'on ait un aversu un peu de votre quotidien et de ce que vous faites l'un et l'autre et puis ton beau-père aussi sur l'exploitation ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Déjà, Alain et Hervé. Hervé, c'est mon beau-père. Alain, mon mari. tous les deux s'occupent à 100% du GEC de tout ce qui est de la ferme tout ce qui est travaux dans les champs tout ce qui est entretien tout le travail ils font 100% ils font tout on fait tout de A à Z on n'a pas d'aide extérieure et pas de prestations de service je veux dire ils font tout mon mari s'occupe beaucoup de tout ce qui est traitement, la moisson, les semis mon beau-père tout ce qui est travail des champs tout ce qui est l'entretien à la cour les choses comme ça, l'entretien du matériel moi je fais tout ce qui est partie administrative 100% de l'administratif et tout ce qui est je gère la vente des céréales également vu que je gère c'est ce que je gère sur l'autre société donc je gère également ça et puis tout ce qui est demande de devis quand ils veulent des devis de pièces ou des choses comme ça tout ce qui est voilà donc on a chacun notre rôle et on communique beaucoup pour que justement tout se goupille bien on va dire mais voilà on a chacun notre place attitrée
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous parler un peu de la charge administrative d'une exploitation ? d'école.
- Speaker #1
Elles sont lourdes, pesantes et agaçantes.
- Speaker #0
Vaste sujet.
- Speaker #1
C'est ça. Pour l'administratif, j'en faisais beaucoup quand j'étais à la banque. J'ai toujours été dans les papiers, on va dire. Alors, il y en a qui sont plus plaisantes que d'autres. Mais j'avoue que oui, il y a des choses qui sont, je trouve, inutiles et lourdes à faire, mais on n'a pas le choix. Mais effectivement, je fais tout ce qui est la gestion des assurances, le suivi à la banque, tout ce qui est déclaration de PAC, d'être en règle. sur plein de choses. Les plans d'épandage, c'est des choses qui apparaissent fous, mais on doit dire le jour où on va mettre de l'engrais, combien on va en mettre, pourquoi, comment. Voilà, donc c'est des choses qui sont très lourdes. Mon mari et mon beau-père ne sont absolument pas dans l'administratif, donc je leur cours après en permanence pour avoir les moindres infos. On a des groupes WhatsApp pour les infos, tellement je veux les infos. Mais en communiquant, on arrive à tout avoir, mais c'est des choses qui sont très lourdes. Le matin, ça m'est déjà arrivé, mon mari, le matin, il dit, est-ce qu'aujourd'hui, j'ai le droit de faire ça ? de broyer, est-ce que j'ai le droit de broyer, est-ce que j'ai le droit de déchaumer, est-ce qu'il faut que je sème un couvert c'est typiquement le genre de choses où je vais chercher les infos je fais les formations j'essaye de rester à l'écoute de toutes les nouveautés pour pas passer à côté et être en règle donc c'est plus ça des fois c'est un petit peu stressant, des fois il y a des périodes plus cool, il y a des périodes moins cool mais c'est comme ça ok ça marche,
- Speaker #0
on visualise un peu mieux comment est-ce que vous trouvez votre équilibre de couple ? Dans ce rythme à la ferme, est-ce que vous arrivez à trouver des moments à deux ?
- Speaker #1
On mange tous les midis à deux. Oui, on trouve des moments à deux. Depuis quelques années maintenant, on fait de la course à pied. Et du coup, c'est un moment où on va tous les deux, on fait partie d'une association et on partage avec d'autres qui ne sont pas dans le milieu agricole. Donc, ça nous fait aussi voir d'autres personnes. On ne reste pas dans notre cercle fermé d'agriculteurs. Et du coup, c'est un moment qu'on partage à deux. Voilà, on va ensemble. Voilà, le midi déjà on mange ensemble, donc on essaye de pas forcément parler toujours au boulot. C'est pas toujours facile, mais on essaye, et puis voilà. On fait nos activités ensemble.
- Speaker #0
Ok, trop chouette. Avec les enfants, est-ce que vous arrivez à partir en week-end, à partir en vacances ? Est-ce que vous arrivez à vous dégager du temps tous ensemble en dehors de la ferme ?
- Speaker #1
Tout à fait. Alors, ce n'était pas le cas il y a quelques années, mais depuis deux, trois ans, on arrive et on s'oblige à le faire, clairement. On n'a plus d'animaux, donc déjà, on n'a plus la contrainte des week-ends, on va dire. Alors, bien sûr, quand c'est l'heure de semer, de traiter, de... Voilà, par exemple, cet été, on est partis deux fois trois jours parce qu'on a dû revenir entre les deux, deux jours pour... pour... pour Smelkolza, parce que c'était le moment ou jamais. Mais sinon, oui, on essaye de partir deux week-ends dans l'année, deux, trois week-ends dans l'année, et une semaine, généralement, la semaine avant Noël, on part tous les quatre en vacances ensemble.
- Speaker #0
OK. Et comment est-ce que vous vous organisez pour pouvoir vous dégager ce temps-là ? Qu'est-ce qu'il y a mis en place sur la ferme pour que ça puisse être possible ?
- Speaker #1
Eh bien, il y a mon beau-père qui gère. En fait, l'hiver, c'est beaucoup plus calme sur la ferme avec les céréales. Par contre, on a gros de dégagement de camions avec les céréales, puisqu'on stocke à peu près 20 000 tonnes à l'année. Donc, on peut avoir jusqu'à 20, 30 camions par semaine à charger. Et donc là, effectivement, si on s'absente, il faut qu'il y ait quelqu'un. Donc, sur notre autre site, on a un salarié avec nous. Voilà, on gère comme ça. Mon beau-père ne part jamais en même temps que nous. Et inversement, on essaie de s'organiser comme ça. On part chacun une semaine. Et l'hiver, parce que l'été, ce n'est pas possible avec l'irrigation. Mais voilà, on gère ça comme ça.
- Speaker #0
Ça marche. Et à côté des enfants, est-ce que vous avez de la famille ? Est-ce que vous avez des amis autour de vous ? Est-ce que tu te sens plutôt bien entourée ou parfois un petit peu isolée ?
- Speaker #1
Ah non, je ne suis pas isolée. Je ne pourrais pas vivre sans amis et sans ma famille. On a une vie sociale très développée, on va dire. Je ne peux pas passer un samedi soir chez moi sans personne ou alors sans aller chez quelqu'un. Et du coup, nos amis sont très importants. Ils sont la majorité agriculteurs, donc ils ont à peu près la même emploi du temps que nous. Donc là, il ne pleut pas samedi, mais sinon, généralement, le jeudi soir, on reçoit un message « Allez, samedi, on fait ça parce qu'il pleut. » On est tous dispo. On se voit beaucoup et fréquemment, plein d'amis. Voilà, on ne peut pas faire sens. On a besoin de se voir, de discuter.
- Speaker #0
Je comprends bien. Et le fait qu'ils soient tous du milieu agricole, ou en tout cas en grande partie, est-ce que c'est quelque chose qui vous fait du bien parce que vous vous sentez compris et que vous avez des sujets d'intérêt ? Ou est-ce qu'avoir des amis qui ne sont pas... pas de ce milieu-là, vous vous faites du bien aussi pour pouvoir parler d'autres choses et couper un peu avec ce monde-là ?
- Speaker #1
Oui, effectivement. On a les deux. Déjà, ce n'est pas un critère de choix, leur métier, on va dire. On choisit tous nos amis parce qu'ils sont agriculteurs ou pas agriculteurs. En tout cas, pas chez nous. Ils ont toutes sortes de métiers, nos amis. Alors, principalement agriculteurs, mais leurs conjoints ou conjointes ne sont pas forcément agriculteurs. Et on a toujours des sujets de discussion divers et variés. Sauf quand c'est au moment de savoir s'il faut semer le colza. Alors là, la soirée d'avance, c'est l'horreur. Ils parlent tous de ça. Est-ce qu'il va pleuvoir ? Pas pleuvoir. Donc ça, je peux vous dire qu'on râle beaucoup là-dessus. Mais sinon, non, non. On a toutes sortes de sujets de discussion, que ce soit autour des enfants ou du travail d'extérieur de telle ou telle personne. On échange sur plein de choses et c'est toujours intéressant.
- Speaker #0
On va reparler un petit peu de tes enfants. Comment est-ce que vous gérez au quotidien, sachant que vous travaillez tous les deux sur l'exploitation ? Comment est-ce que vous vous organisez pour pouvoir être le plus présent possible pour eux et gérer votre vie de famille à côté de votre vie sur cette exploitation ?
- Speaker #1
Alors, ils nous suivent beaucoup, beaucoup, beaucoup. Ils nous suivent partout, alors c'est facile, ils sont un peu plus grands. Quand c'était il y a 4-5 ans, ils ne pouvaient pas suivre partout ou n'importe quel moment. C'est ma belle-mère qui gère beaucoup. qu'il est comme à l'habit à côté. C'est vrai qu'elle est d'une grande aide. Et puis après, on jongle avec la garderie de l'école, mes parents, s'ils peuvent. Mais bon, pareil, on a le même emploi du temps. Si nous, on est au boulot, c'est qu'eux aussi. Donc voilà, on jongle comme ça, ou je demande à la famille, ma sœur qui a un travail à part, pas dans l'agricole, si elle est dispo, elle me prend mes enfants. Et inversement, moi, l'hiver, quand c'est plus calme, je lui prends ses enfants quand elle est au boulot. Enfin voilà, on se rend service comme ça.
- Speaker #0
Si on parle un petit peu de maternité, justement, quand tes enfants sont Ah oui, comment est-ce que ça s'est passé ? Est-ce que c'était dans une période agricole assez dense, plutôt calme ? Est-ce que ton mari a pu être présent ? Comment est-ce que tu as vécu tout ça ?
- Speaker #1
Alors non, on n'aurait pas pu avoir pire. Quand mon fils est né à Belle, une semaine avant, on a eu un incendie à la ferme. Donc ça a été très compliqué, ça a été très grave puisqu'on a perdu tous nos fourrages, on a perdu quelques animaux. Ça a été très intense et du coup, à Belle est née avec trois semaines d'avance. Peut-être du stress et ce n'était pas du tout une période agréable. Et à ce moment-là, on habitait sur la ferme à côté de chez mes beaux-parents. Donc du coup, on avait l'incendie dans la cour. C'était pas une période calme. En plus, c'était en plein ensilage. Il est du mois de septembre. Donc voilà. Alors Alain a été assez peu présent à son grand désespoir. Enfin, il était là quand j'ai accouché, mais il n'a pas été très présent à la maternité. Pour Johan, c'était différent. Il n'a pas pu assister, mais il était à la paille. Donc quand je l'ai appelé, les deux fois, je suis allée accoucher toute seule à la maternité, il m'a rejoint. donc voilà mais pour Joanne il était beaucoup plus présent parce qu'il a toujours regretté de ne pas l'être de l'avoir été pour Abel donc du coup pour notre fille il était plus présent plus dispo bon après c'était au mois d'août c'était pas le même emploi du temps et toi comment est-ce que tu l'as vécu ?
- Speaker #0
ça tu disais que lui il avait un petit peu des remords par rapport à vos premiers enfants comment est-ce que toi t'as vécu ces périodes-là ?
- Speaker #1
j'aurais aimé qu'il soit là mais je l'ai pas forcément mal vécu parce que je sais je savais son train de vie son emploi du temps je savais qu'il n'avait pas le choix enfin voilà je... Alors, peut-être qu'il aurait pu y avoir une meilleure organisation et tout, mais on était clairement dans l'urgence à cette époque-là, avec plein de choses à gérer qui n'étaient pas prévues. Donc, voilà, il pouvait difficilement faire mieux. Et voilà, aujourd'hui, il est plus que présent, donc c'est ce qui compte.
- Speaker #0
Oui, je comprends. De toute façon, on est toujours un peu fataliste aussi. Mais c'est vrai que parfois, il y a certaines nanas qui ont soit un peu trop d'espoir, soit qui regrettent un petit peu, et puis d'autres qui, en fait, étaient bien contentes aussi. peut-être d'être un peu plus seule dans ces moments-là. C'est pour ça que je te pose un peu cette question.
- Speaker #1
Oui. Après, je suis très entourée. Je suis très famille. Je suis très proche de mes frères et de mes parents. Du coup, j'étais quand même... Alain n'était pas là toute la journée, mais l'après-midi, j'avais ma maman ou ma sœur qui passaient tous les jours une petite heure avec moi parce que je suis restée longtemps à la maternité. Du coup, je n'ai pas... J'étais contente qu'ils viennent le soir me voir, mais ça ne m'a pas surprise qu'ils ne soient pas là la journée entière, par exemple.
- Speaker #0
Oui, je comprends. OK. Et pour conclure un peu cet échange toutes les deux, on va prendre un peu de recul sur ce qui te fait du bien dans cette vie-là. Est-ce que pour toi, il y a une fierté ou une satisfaction particulière à vivre aux côtés d'un agriculteur ?
- Speaker #1
Ah oui, complètement. Alors, tu as dû remarquer, je suis quelqu'un de très émotive. Mes amis rigoleraient s'ils m'écoutaient. Je suis quelqu'un, voilà, je pleure pour un rien. Je suis très...
- Speaker #0
Mais on te l'excuse. C'est bien normal et tout va bien.
- Speaker #1
Et du coup, donc oui, oui, je suis très fière du métier. De tout ce qu'il apporte. Après, forcément, il y a des choses beaucoup plus lourdes à gérer. Des fois, on en verrait bien tout promener. Mais voilà, on produit des choses, on se démène pour y arriver. C'est un investissement lourd et prenant. C'est beaucoup d'heures. Il y en a qui diront, oui, vous êtes en céréales. Oui, tout à fait, on a connu l'avant et l'après. Donc, on s'en rend bien compte. mais voilà quand il y a des périodes plus creuses, mais il y a des périodes où quand vous faites 100-110 heures par semaine et qu'on est tous les deux à faire ce même rythme d'heures, on est bien content quand ça s'arrête, mais on est fier de l'avoir fait. Et on se dit, voilà, on ne fait pas tout ça pour rien. Et on construit quelque chose, que ce soit pour nous ou pour nos enfants. Une continuité aussi, parce que moi, j'ai mes grands-parents, mes parents, enfin nous, mes enfants qui sont fiers de ce qu'on fait aussi, je l'imagine. Donc voilà.
- Speaker #0
Et est-ce que vous souhaitez qu'ils reprennent un jour la ferme ? Est-ce que vous en parlez ? Est-ce que ça reste... Au coin de votre tête, tu disais que ton grand rentrait au collège. Il commence à être un peu grand. Est-ce qu'il vous en parle pas spécialement ?
- Speaker #1
C'est un souhait sans être un souhait. C'est-à-dire qu'ils feront absolument ce qu'ils veulent. On ne les poussera jamais à faire obligatoirement agriculteurs. Ils feront vraiment ce qu'ils veulent, ce qui leur plaît surtout. Mais oui, Abel, de son jeune âge, passe des heures à conduire le tracteur, sinon il serait malheureux. Donc oui, je sais qu'il est piqué par ça maintenant et que ça va être difficile qu'il fasse autre chose à mon petit. À part si il y a un grand changement, mais après, vraiment, il fera ce qu'il veut. Mais c'est sûr que c'est une fierté s'il y a une suite, tout à fait. Après, ma fille, il n'y a encore pas longtemps, elle voulait être infirmière pour les veaux. Donc si le métier un jour existe, pourquoi pas ? Bientôt,
- Speaker #0
ouais.
- Speaker #1
Voilà. Mais sinon, elle dit toujours, moi, je ferai les papiers à ma maman et Abel, il fera le boulot de papa. Donc, voilà. Mais oui, de toute façon, Johan est plus petite. Elle est peut-être moins investie parce qu'elle est plus petite et parce qu'Abel prend déjà de la place sur l'exploitation, mais tout aussi intéressée.
- Speaker #0
Ok, je comprends. Ça marche.
- Speaker #1
Clairement, si on est en pleine moisson, elle court pour aller faire les échantillons et c'est personne d'autre qui fait les échantillons. Enfin, voilà, c'est... Ils sont tous les deux investis dedans, c'est sûr.
- Speaker #0
Trop chouette. Oui, oui, ils se sont piqués, je comprends. Et j'avais une dernière question par rapport au fait que vous avez arrêté les animaux. Comment a été prise cette décision et pourquoi ?
- Speaker #1
Alors, cette décision qui a été prise il y a quelques années, c'est un choix réfléchi et voulu. On va dire que ça n'a pas été imposé ou quoi que ce soit. C'est un choix... Un choix de ras-le-bol, on va dire, si je peux me permettre. Je ne pense pas qu'ils m'en voudront de dire ça, mes beaux-parents. Je pense que c'est un choix de ras-le-bol. C'était lourd à gérer. C'était une très grosse ferme. Il y avait 320 vélages et 400 tourions à l'agressement. Donc, c'était une jolie ferme d'élevage. Mais voilà, c'était lourd. Et puis après, il y a les circonstances qui font que... Et puis, ça a été un choix réfléchi. Et du coup, ça a mis du temps parce que ça s'est fait naturellement, on va dire. On a enlevé les taureaux. Et puis, de ce fait, les dernières vaches sont parties il y a un an et demi. Mais voilà, ça a été choisi.
- Speaker #0
Ok, ça marche. C'était une question un petit peu naïve parce que tu en as parlé plusieurs fois que je ne t'ai pas posé la question. C'était histoire de comprendre un peu plus l'évolution de cette exploitation.
- Speaker #1
C'est sûr que ça fait 18 ans que je suis avec mon mari. J'ai plus connu la ferme avec les vaches pour l'instant que sans les vaches. Voilà. mais donc du coup ça a plus fait partie de mon quotidien même si maintenant beaucoup moins et ça nous clairement change la vie ça c'est sûr on a plus du tout le même rythme et tant mieux,
- Speaker #0
fallait que ça apporte aussi du confort mais du coup voilà est-ce que ça a eu un changement sur votre vie de couple,
- Speaker #1
votre vie de famille je suppose complètement avant ça c'était impossible de ne serait-ce prévoir dans le mois de partir de quoi enfin je veux dire C'était beaucoup plus compliqué. Déjà, il n'y a pas de période creuse. Ça, ça n'existe pas. Il n'y a pas de période creuse, on court toujours. C'était sans fin.
- Speaker #0
Je comprends. Pour finir, c'est vrai que dans ces échanges, on parle des contraintes, mais aussi des joies de vivre sur une ferme, de vivre avec un agriculteur. Qu'est-ce qui, toi, t'épanouit chaque jour dans cette vie-là ?
- Speaker #1
Je n'avais pas réfléchi à la question.
- Speaker #0
Vaste question.
- Speaker #1
Plein de choses déjà. On va dire le cadre de vie. On a notre compte. Alors oui, moi, je suis salariée du GEC. Mais je suis associée sur l'autre entreprise. Le rythme est propre à nous. C'est-à-dire que cet après-midi, je suis en télétravail de chez moi. Il y a 4h30, je vais aller chercher ma fille. C'est quelque chose que je n'aurais jamais pu faire avant. Mais par contre, moi, ce qui m'épanouit aussi, c'est d'avoir nos projets avancés. et ce qu'on a construit, ce qu'on arrive à faire, toutes nos démarches pour améliorer notre exploitation. Voilà, toutes les évolutions qu'on prévoit et qu'on arrive à réaliser. On est plutôt dans un tempérament de fonceur chez nous, on va dire. Donc, il faut toujours un projet qui pousse l'autre. Mais c'est avec plaisir. Ce sont des projets pour améliorer notre qualité de vie, améliorer notre exploitation, notre système, et faire que ça aille mieux.
- Speaker #0
Ok. Merci beaucoup Marie-Laure pour cet échange.
- Speaker #1
De rien.
- Speaker #0
C'est la fin de notre échange. Merci de l'avoir écouté jusqu'au bout. Si cet épisode vous a plu, je vous invite à découvrir tous les autres. Vous pouvez également noter le podcast sur votre plateforme d'écoute préférée. Et pour suivre l'aventure au quotidien, retrouvez-moi sur les réseaux sociaux et surtout sur Instagram où je suis très active. N'hésitez pas à vous abonner, liker, partager. C'est grâce à vous que ce projet prend. forme et qu'il peut continuer à grandir. Mesdames, si vous avez envie de raconter votre histoire, rejoignez-moi pour un prochain épisode. A bientôt !